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29/09/2009

INTERVIEW, ROBERT WTTERVULGHE: FORTIS EST UN REVELATEUR (DH 20-09-09)


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La Dernière Heure: Avez-vous lu l'interview de Maurice Lippens?

Robert Wtterwulghe: Oui, et j'ai même trouvé curieux qu'il s'exprime!

DH: Pourquoi?

RW: Parce que, dans l'affaire Fortis, la responsabilité est collective. Lippens a agi avec son conseil d'administration. Le seul avantage de son interview est qu'elle le démontre: "Vous voyez, il était trop rapide de dire que c'était moi…" Même s'il dit cela de manière feutrée.

DH: Mais encore…

RW: A l'époque du déclenchement de l'affaire, j'avais parlé de syndrome Messier, c'est-à-dire de vouloir la croissance pour la croissance. Fortis est tombée suite à la survenance d'un élément exogène, à savoir la crise. Il ne faut toutefois pas oublier que l'affaire KB a coûté aussi cher que Fortis. Si cette dernière n'avait pas appliqué le principe de croissance, elle serait passée. C'est la même chose pour l'automobile: la crise a accéléré le phénomène: il y a cinq ans, l'emploi et l'exportation diminuaient déjà…

DH: Que faites-vous de l'actionnaire?

RW: Outre que Fortis a eu une politique qui l'a fragilisée, son actionnaire a été le pigeon de l'affaire, en raison de la mauvaise prise de décision. En résumé, Fortis est donc le révélateur d'une dégradation de la société belge et de l'existence de réseaux. Nous sommes en pleine crise des valeurs qui frappe la Belgique, et surtout le nord.

DH: Fortis a été un déclencheur, c'est-à-dire?

RW: On savait qu'il y avait des pressions sur certains magistrats et qu'il existait des relations incestueuses entre le pouvoir politique et la justice. Le tout, aujourd'hui, est de revenir aux valeurs de nos sociétés. Sans cela, je crains que nous revivions des dérives: le nazisme ne s'est-il pas construit sur les dérives des années 30?

DH: Que faut-il penser des inculpations de l'avocat de l'Etat dans Fortis, Christian Van Buggenhout, et du président de la Cour de Cassation, Ivan Verougstraete?

RW: Ce qui arrive est très grave! Qu'un avocat soit inculpé, c'est déjà grave, mais cela existera toujours. Mais ici, nous vivons le révélateur d'une dérive: l'éthique n'est plus respectée, à cause des réseaux dont je parlais.

DH: Quel est le risque?

RW: On peut craindre des menaces extrémistes! Qu'il suffise d'écouter les thèses de certains partis flamands à propos de l'intolérance, du rejet de l'autre, de la nécessité de repli et du sentiment de refus de l'autre, voire du refus de toute solidarité.

DH: Pour vous, tout fout le camp?

RW: Je n'irais pas jusque là, mais on vit une déglingue du respect de la règle et du droit. Je songe aussi à la dérive de certains partis qui, s'ils ont défendu le pauvre et l'opprimé, n'en sont plus là.

DH: Le ministre des Finances, Didier Reynders, est-il en pleine tourmente?

RW: Je ne sais pas! Je n'ai pas d'information à ce sujet. Mais si l'avocat de l'Etat, Me Van Buggenhout, est intervenu comme il l'a fait, il y a des questions à se poser…

DH: On va droit au clash?

RW: Selon moi, il est éminemment vraisemblable que tout cela va se régler autrement que par des sanctions: des réseaux vont fonctionner et on risque d'avoir un déni de démocratie…

DH: Cela aussi, c'est grave…

RW: N'oublions cependant pas que les inculpés sont présumés innocents. Il ne s'agit donc pas de les lyncher. Le risque existe de proclamer qu'untel est blanc ou noir.