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12/08/2012

L'INTERVIEW DE MICHEL DAERDEN QUI A FAIT DATE: "AVE CESAR!" (PARUE DANS PARIS MATCH LE 03-12-09)

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10/12/2009

AVE DAERDEN (PARIS MATCH 03-12-09)

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Ministre des Pensions, Michel Daerden se sent comme un poisson dans l’eau. Vous pensez bien : des chiffres du matin au soir, et du soir au matin, des chiffres à ne plus savoir qu’en faire. L’occasion de faire le point avec le ministre qui vient de suivre un stage intensif de néerlandais, à Spa…

Paris Match : Mijnheer de minister, hoe is het met uw nederlands ?

Michel Daerden : Zeer goed ! Nu spreek ik graag. Beter dan vroeger !

PM : Was et moeilijk ?

MD : Ik heb vooruitgangen (progrès) gedaan, zoals u kan het zien…

PM : Le système belge des pensions est-il équitable ?

MD : Ce système a fait ses preuves. Il convient de le pérenniser et de l’améliorer. C’est pour cela que Marie Arena, qui m’a précédé aux Pensions, avait réuni une conférence nationale. J’attends de cette dernière qu’elle me fasse des propositions.

PM : Un récent sondage a indiqué que 50% des Belges était inquiet pour sa Pension…

MD : Personnellement, je suis convaincu que notre pays continuera à payer les pensions. Les montants figurent aux budgets pour 2010 et 2011. Ensuite, c’est-à-dire jusqu’en 2015, l’effort sera supportable. Reste l’après 2015 : selon les chiffres du vieillissement, il est évident qu’il faudra trouver une contribution additionnelle. Elle ne peut venir que du fond argenté.

PM : En matière de vieillissement, la Wallonie a un avantage sur la Flandre dont les habitants sont plus âgés…

MD : Vous ne m’entendrez jamais poser le problème des pensions sur le plan communautaire. Je le règlerai toujours avec la plus grande loyauté fédérale.

PM : La crise que nous vivons ne fait qu’aggraver le problème des pensions ?

MD : C’est évident ! Elle accroît le déficit budgétaire, de 5 à 6%. Mais je vous rappelle que le plan d’assainissement, prévu par le gouvernement, prévoit l’équilibre en 2015.

PM : Et l’âge de la retraite : faut-il le déplacer ?

MD : C’est un des thèmes-clé de la conférence nationale. Cependant, à titre personnel, j’estime que l’augmentation de l’âge de la retraite – 67 ans, comme aux Pays-Bas – est un faux débat, l’important étant d’améliorer le taux d’emploi, entre 55 et 65 ans. Et malheureusement, la Belgique est à la traîne…

PM : Il y a quelques semaines, 51.000 fonctionnaires ont failli ne pas toucher leurs pensions…

MD : Cela concernait l’ONSS des pouvoirs locaux, une institution qui rencontre effectivement des problèmes. Mais une solution a été trouvée. Pour ce qui concerne l’avenir, le gouvernement a demandé que le problème soit remis sur le métier…

PM : Les indépendants ont une toute petite pension : ils la jugent inéquitable…

MD : Dès mes 21 ans, j’ai été stagiaire réviseur, en tant qu’indépendant. Je sais donc de quoi je parle. À ce titre, j’affirme que l’indépendant mérite une pension digne de ce nom et…

PM : Ce n’est pas le cas…

MD : … et je rappelle que la pension des indépendants ne cesse d’être revalorisée. Pour 2010, grâce aux mesures prise par le gouvernement, on va tendre vers l’égalité entre la pension des indépendants et celle des salariés. Cette égalité, nous devons y arriver le plus vite possible…

PM : En 2020, par exemple ?

MD : Nenni ! (sic) Nous sommes à ce point proches de l’équilibre que nous allons y arriver bien avant 2020 : dès 2011 !

PM : Et les pensions de ceux qui ont travaillé pour la Communauté française et les Régions ?

MD : Ces pensions leur sont payées à 100% par le fédéral. Cependant, la loi de financement prévoit que les pouvoirs locaux doivent payer une cotisation de solidarité. Reste à savoir combien ?

PM : Etes-vous favorable à la déductibilité de l’épargne-pension ?

MD : C’est un des dossiers de la conférence nationale. Son président, Michel Jadot, est favorable au blocage. J’attends de recevoir ses conclusions pour m’exprimer…

PM : Quand sera-ce ?

MD : J’espère avoir un rapport intermédiaire pour la fin de cette année. Puis, durant le premier semestre 2010, nous tenterons de parvenir à un véritable consensus pour mieux défendre notre dossier devant les instances européennes.

PM : Pouvez-vous réagir au portrait qui suit : « Ambitieux et brillant, stratège et tacticien habile, il s’appuya sur le courant réformateur et démagogue pour son ascension politique. Son destin reste exceptionnel. » Il s’agit d’une définition de Jules César. Vous retrouvez-vous dans ce portrait ?

MD : Ambitieux : je le suis raisonnablement. Brillant : à chacun de juger si je le suis. Stratège : c’est nécessaire pour tout homme politique. Tacticien : ça, c’est obligatoire. Quant au destin, c’est souvent le hasard qui décide…

PM : Certains naissent avec moins de chances, moins de dons que d’autres…

MD : Prenez le cas d’Elio Di Rupo : à force de courage et de ténacité, il est parvenu à s’en sortir. Elio était certes doué à la base, mais il lui a fallu beaucoup travailler.

PM : Selon vous, notre société permet-elle vraiment à chacun de s’en sortir ?

MD : C’est cela, le socialisme : faire en sorte que personne ne reste au bord du chemin. J’y ai consacré toute ma vie, avec bonheur, je crois…

PM : Vous songez à toutes les permanences sociales que vous avez tenues ?

MD : Notamment ! Celles-ci se transforment peu à peu, avec le temps qui avance. Voyez l’utilisation de Facebook…

PM : C’est un outil que vous utilisez ?

MD : (il demande à un collaborateur d’ouvrir sa page d’accueil sur le site de socialisation) Constatez-le vous-même : Facebook permet d’aider les gens. Le nombre de ceux qui se sont inscrits comme mes fans ou supporters s’élève à 47.609. C’est un des indices de la relation que j’ai avec les gens.

PM : Le succès ne vous monte pas à la tête ?

MD : Je n’oublie jamais le milieu dans lequel je suis né, ni celui dans lequel j’ai grandi.

PM : D’où vous vient cette capacité à relativiser ?

MD : Chez moi, c’est inné !

PM : Certains, nés dans le même milieu que vous, attrapent vite la grosse tête, lorsqu’ils réussissent…

MD : Je vais vous faire une confidence : j’observe beaucoup ce type de personnages qui ont un goût immodéré pour le luxe. Il revient à chacun de choisir la vie qu’il mène…

PM : Pour en revenir au destin, vous êtes issu d’un milieu difficile et, malgré cela, vous êtes parvenu à vous forger « un destin exceptionnel ». Comme César…

MD : On peut effectivement m’appliquer cette définition. Pourtant, même si je suis né dans un milieu modeste, j’ai toujours été entouré de beaucoup d’amour et d’affection : celle de mes parents. J’y ai puisé une extraordinaire force pour traverser la vie…

PM : César a grandi dans une maison assez modeste, dans un bas-quartier de mauvaise réputation, comme vous : aviez-vous conscience que d’autres étaient mieux lotis ?

MD : Bien sûr ! Je constatais que ceux de mon âge étaient mieux vêtus et, plus tard, qu’ils roulaient en moto et qu’ils possédaient de belles voitures. Ils partaient en vacances alors que moi, je devais travailler pendant mes congés. Je ne regrette rien car cela m’a apporté une conscience sociale…

PM : En arrivant au Parlement, vous vous êtes rapidement fait connaître : on vous appelait « le député à la Porsche ». C’était une revanche ?

MD : A 26 ans, j’ai terminé mes études de réviseur et, après avoir travaillé pendant 10 ans, je me suis effectivement offert une Porsche. Peut-être était-ce une erreur, mais j’ai toujours détesté l’hypocrisie. Pourquoi devais-je caché que j’avais de l’argent ?

PM : Vous l’avez conservée lorsque vous êtes entré au Parlement, en 1987 ?

MD : J’avais le choix : vendre ma Porsche et acheter une Golfe, ou conserver ma Porsche et rouler avec ma plaque du Parlement. J’ai gardé ma Porsche. Toujours par rejet de l’hypocrisie.

PM : Vous êtes un peu comme ces jeunes joueurs de football qui, dès la signature de leur premier contrat, s’offrent une voiture de luxe ?

MD : Je suis fier d’être comparé à une star du football ! Aujourd’hui, à 60 ans, j’ai acquis une certaine sagesse…

PM : Pour en revenir à Jules César, il était dictateur à vie. Qu’abrogeriez-vous ou que promulgueriez-vous comme loi si vous étiez dictateur à vie ?

MD : Etre dictateur ne fait pas partie de ma manière de penser. (il se fâche) Je suis un démocrate et compte bien le rester à vie !

PM : Avez-vous déjà visité des dictatures ?

MD : Oui, c’est la pire des choses ! Sous une dictature, les peuples vivent dans la misère, ils n’ont aucun pouvoir de s’exprimer, c’est le règne de la délation, des incarcérations abusives et des mauvais traitements. La dictature est ce que j’exècre le plus au monde.

PM : Pourtant, certains dictateurs sont reçus dans nos démocraties : Kadhafi, par exemple…

MD : Les relations internationales sont une matière complexe et la Belgique ne vit pas en autarcie.

PM : Selon la secrétaire d’Etat française, Rama Yade, celui qui serre la main de Kadhafi doit se la laver…

MD : Si je devais un jour le faire, je réfléchirais à ce que m’imposent les obligations de ma fonction…

PM : Votre collègue de parti, Willy Burgeon, était proche du pouvoir de Corée du Nord.Il s’y est rendu à la tête d’une délégation, filmée il y a des années par l’équipe de Strip-Tease. L’auriez-vous accompagné dans cette dictature, s’il vous y avait invité ?

MD : Il m’est arrivé de me rendre dans des pays de l’Est, lors de missions. Ce fut le cas à l’occasion du premier anniversaire de l’accident de la TAROM. Le soir, je me suis retrouvé à l’hôtel, au milieu des familles des victimes qui se plaignaient de ne pas être indemnisées. C’était poignant. Je n’oublierai jamais ces moments…

PM : Toujours à propos de César, que pensez-vous de Cléopâtre ?

MD : J’ai toujours été conscient du rôle que jouaient les femmes dans la vie des hommes politiques. Je ne suis dupe de rien ou, en tout cas, le moins possible.

PM : César eut une vie amoureuse intense. Il séduisit de nombreuses femmes, tout au long de sa vie. Et vous ?

MD : Il y a eu un certain nombre de femmes, dans ma vie. Elles m’ont beaucoup donné et je leur ai un peu rendu !

PM : C’est du donnant-donnant ?

MD : La vie est faite d’échanges entre les êtres humains. À longueur d’années…

PM : Vous attachez de l’importance au renvoi d’ascenseur, comme on dit ?

MD : Il faut apprendre à vivre avec l’ingratitude des autres. Un vieil échevin de Ans, ma commune, m’a dit un jour : « Je sais que, le jour où je ne serai plus échevin, certains prendront l’autre trottoir pour ne plus me saluer. » Il avait raison.

PM : C’est une pensée digne de Camus…

MD : Etre conscient que la vie politique n’est pas éternelle, qu’elle est soumise à des élections, il faut l’accepter.

PM : Etes-vous d’un tempérament sceptique ?

MD : Il faut croire en l’être humain. Sans cela, il vous manque quelque chose.

PM : Selon vous, le monde politique est-il le plus injuste, le plus dur qui soit ?

MD : Je ne connais pas tous les autres milieux… Je suis pourtant persuadé que le monde politique est très dur ! Reste que j’ai choisi de faire de la politique en toute connaissance de cause.

PM : Sauf à être malhonnête, ce n’est pas un monde où l’on s’enrichit…

MD : Effectivement !

PM : Pourquoi avez-vous choisi d’y faire carrière ?

MD : Pour servir les gens !

PM : Vous regrettez d’avoir choisi cette voie ?

MD : N’exagérons pas ! Voilà 15 ans que je suis ministre et je n’irais jamais m’en plaindre. Même s’il m’est arrivé de vivre avec des administrateurs délégués – que je ne citerai pas – qui gagnaient bien mieux leur vie que moi…

PM : Comment s’est passé votre retour au fédéral, il y a quelques mois ?

MD : Ce fut un des grands moments de ma carrière, je ne m’attendais pas à un accueil aussi chaleureux. Je ne remercierai jamais assez Herman Van Rompuy…

PM : César était Empereur de Rome. Vous êtes l’Empereur des chiffres ?

MD : Mon père me rappelle souvent combien j’étais fort en matière de chiffres… Ils ont toujours été ma passion. Ils m’ont permis de gagner ma vie et d’élever ma famille. Que serais-je devenu sans eux ?

PM : Votre fils, Frédéric, a hérité du même don ?

MD : Oui, chez lui aussi, c’est un don !

PM : Votre fille Aurore a le don artistique, elle ?

MD : Je ne pourrais le dire, n’ayant aucun don en cette matière. On verra si elle a ce don : le temps dit toujours la vérité…

PM : On dirait du Jean-Claude Van Damme…

MD : …

PM : Vous êtes fier de vos enfants ?

MD : Je fais tout pour qu’ils puissent réaliser leurs objectifs.

PM : Etiez-vous un père proche ?

MD : Non, j’ai toujours été un père absent ! Mes enfants doivent leur éducation à leur mère respective. Pour ma part, j’ai toujours fait face à mes obligations matérielles.

PM : Ils vous reprochaient vos absences ?

MD : Ils ne me l’ont jamais dit. Peut-être le pensaient-ils…

PM : Suiviez-vous Aurore quand elle était à Paris ?

MD : Non, son monde n’était pas le mien !

PM : À propos de Frédéric, craignez-vous un jour de dire : « Tu quoque fili mi ! », comme Jules César ?

MD : L’expérience m’a appris que la relation père-fils était difficile. C’est une facette de la vie qu’il faut apprendre à gérer…

PM : Avez-vous suivi le lancement du Parti Populaire de Me Modrikamen ?

MD : Le fait qu’on en ait abondamment parlé prouve que la Belgique est une véritable démocratie. Le peuple dira la vérité.