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24/02/2012

HERMAN VAN ROMPUY: "LE PRESIDENT PARLE ENFIN!" (Paris Match 16-02-12)

LA CRISE DE L’EUROPE ET DU MONDE FINANCIER, LA BELGIQUE ET LES ATTAQUES PERSONNELLES: VAN ROMPUY PASSE à CONFESSE

Le 19 novembre 2009, les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne choisissaient le Belge Herman Van Rompuy comme premier président permanent du Conseil européen. Il quittait son poste de Premier ministre et prenait ses fonctions le 1er janvier 2010. Le 30 mai prochain, son mandat arrivera à échéance : selon toutes les probabilités, il devrait être renouvelé. Paris Match a rencontré en exclusivité cet homme de l’ombre pour évoquer les deux folles années qu’il vient de vivre. Un véritable privilège : contraint de gérer la plus importante crise que le monde ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale, HVR ne s’était jamais exprimé jusqu’ici.

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18/01/2010

SOUS LE REGARD DE LA FLANDRE (2): KIM GEVAERT (DH 17-01-10)


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Deuxième épisode de notre rubrique dominicale: quel regard les Flamands les plus connus – les Bekende Vlamingen (BV) – portent-ils sur nous, Wallons et Bruxellois francophones?

Petit rappel. Les "BV", ce sont un peu les people flamands: quelques rares politiques, des journalistes et animateurs télé, d’anciennes Miss, des sportifs, certains participants à des émissions de divertissement. Cela va de la famille Pfaff à Bart De Wever, en passant par Frank De Winne ou Koen Wauters, le chanteur de Clouseau. La marque "BV" existe depuis les débuts de la chaîne privée VTM, en 1989, avant d'être reprise par la presse écrite Dag Allemaal et Het Laatste Nieuws en tête. Selon Marc Coenegracht, chef magazine du second, s'il n'existe pas de "FC" (francophones connus"), c'est avant tout dû à la petite taille de notre territoire, mais aussi au fait que nous sommes bien plus tournés vers la France que les Flamands ne le sont vers les Pays-Bas. Difficile dès lors, pour nos "vedettes", de rivaliser avec les Sarkozy, Drucker et autre Hallyday (même s'il est Belge).

Deuxième "BV" à se prêter au jeu: Kim Gevaert, pour une interview en français.

À Bruxelles, quand je parle flamand, on me comprend mal!

La Dernière heure: A quoi vous fait songer la Wallonie?

Kim Gevaert: La première image qui me vient à l'esprit est celle d'un tour de que j'y ai fait, il y a quelques années, dans le cadre du projet Go Active (Classe en forme). Les enfants étaient super et me réclamaient beaucoup de bisous. J'ai refait la même chose, il y a un an et j'en ai un aussi bon souvenir…

DH: Ces petits francophones étaient-ils différents de ceux de Flandre?

KG: Non, je me souviens de la même gentillesse, de part et d'autre. Peut-être les écoliers wallons étaient-ils plus intéressés par le nombre de médailles et de trophées que j'avais remporté.

DH: A quoi vous fait penser la volonté de séparer certaines fédérations sportives?

KG: La plupart du temps, les relations sont très bonnes entre sportifs. En athlétisme par exemple, nous avons toujours formé une excellente équipe. Si cela n'avait pas été le cas, nous aurions été moins fortes. Hélas, cette ambiance ne se retrouve pas au sein des fédérations.

DH: La diversité n'est donc pas un problème?

KG: Au contraire, elle rend plus forts. Un exemple concret: si je prends ma voiture et que je roule pendant une demi-heure, j'arrive dans une région – Bruxelles - où l'on parle plusieurs langues, où les cultures sont variées. C'est extra! Pour moi, qui adore la Belgique, cette diversité est une vraie force!

DH: Selon vous, les Wallons sont-ils différents des Flamands?

KG: En Wallonie, on sent évidemment plus la culture française. Concrètement, cela veut dire que les gens sont plus relax, moins stressés qu'en Flandre.

DH: Le caractère wallon comporte-t-il des points négatifs?

KG: Je regrette que les francophones ne parlent pas mieux flamand. C'est dommage! Quand on voit le niveau des petits francophones qui sortent de sixième humanité, la différence est effarante. Surtout que certains n'ont même pas appris l'autre langue! Cela, je ne le comprends vraiment pas…

DH: Avez-vous senti un changement de mentalité, des deux côtés du pays, entre le tout début de votre carrière, et le moment où vous l'avez arrêté?

KG: En dehors du sport, mes amis francophones font beaucoup d'efforts pour apprendre le flamand: connaître la culture de l'autre facilite l'intégration.

DH: Y a-t-il des villes wallonnes que vous appréciez particulièrement?

KG: Il y a un an, j'ai été à Laroche et j'ai beaucoup aimé cette petite ville. Il y a aussi Liège que j'apprécie, surtout qu'elle a fort changé, ces derniers temps: elle s'est modernisée. J'aime beaucoup sa nouvelle gare…

DH: Et Bruxelles?

KG: J'y suis souvent. Ce que j'y préfère, c'est la diversité qui fonctionne bien. Quant à mes endroits préférés, ce sont le Grand-Place, le Grand Sablon. Seul point négatif, quand je m'exprime en flamand, on me comprend mal. C'est regrettable…

Mini-quiz DH

DH: Qui est ministre-président de la Région de Bruxelles-capitale?

KG: Charles Picqué.

DH: Parfait. En Flandre, il y a les dynasties Van Rompuy, Tobback, et du côté francophone?

KG: Les Michel, les Daerden.

DH: Exact. Qui est bourgmestre de Mons?

KG: Je ne sais pas.

DH: Elio Di Rupo. En football, pouvez-vous citer trois clubs wallons?

KG: À part le Standard, je ne vois pas.

DH: Charleroi, Mons, Mouscron… Connaissez-vous trois présentateurs de JT?

KG: À part Julie Taton, je ne vois pas.

DH: Elle est animatrice, pas journaliste. Vous auriez pu citer François De Brigode, Akima Darmouch, Nathalie Maleux, Ophélie Fontana…

 

02/04/2009

HENRI ROANNE: "SANS LA CRISE, ON N'AURAIT PAS PRIS LE RISQUE D'ELIRE UN HOMME NEUF COMME OBAMA!" (PARIS MATCH 26-03-09)

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Né à Vienne, Henri Roanne fut un enfant caché pendant la guerre. Ce journaliste dans l’âme fit quelques-unes des grandes heures de la RTB. À l’occasion de la semaine spéciale Expo 58, par exemple, mais aussi de « Tout le Monde a une histoire ». Avec son ami Gérard Valet, il fut aussi celui qui révéla le vrai personnage d’Hergé. Enfin, Roanne fut et reste un grand voyageur. Un journaliste aventurier. Nous lui avons demandé de décortiquer, avec son œil d’expert, notre sondage sur la personnalité la plus importante de ces soixante dernières années. Les années Paris Match.

Paris Match : Quelles images fortes, quels événements forts, gardez-vous des soixante dernières années ?

Henri Roanne : Pour moi, l’événement fort, c’est Mai 68 ! En France, en Belgique et partout dans le monde. Je ne songe pas seulement aux assemblées libres ou aux tentatives d’autogestion, mais à la modification d’une certaine forme d’autorité que cet événement a suscitée. Alors qu’avant, le patron, le père avaient toujours raison, avec Mai 68, un nouveau mécanisme d’émancipation a vu le jour : je songe au rôle de la femme – avec son droit à l’avortement –mais aussi au changement dans la manière de concevoir l’autorité et à certaines modifications des rapports humains…

PM : D’autres événements vous ont marqué ?

HR : Je citerais la conférence de Bandung, en ce qu’elle fut un important basculement : une prise de conscience des pays non-engagés, même si elle a été suscitée par des manipulateurs et des populistes. Puis, pour moi, viennent la chute du mur de Berlin et la construction européenne. Cette dernière est extrêmement importante. Elle a changé en profondeur notre quotidien, notre mode de vie, notre poids par rapport aux autres continents… Malgré les compromis par lesquels il a fallu passer, malgré les inévitables concessions, la construction européenne est une évidente avancée. Si l’on regarde 60 ans en arrière, les relations politiques à l’intérieur de l’Europe en ont été modifiées du tout au tout. Il y a par exemple la circulation des biens et des personnes, mais également l’émergence de valeurs et de comportements communs aux Européens. Autre événement majeur, selon moi, les premiers pas de l’homme sur la lune : je le retiens d’abord pour l’évolution technique qui l’a permise, mais également pour sa contribution à améliorer notre quotidien. Cependant, même si ce fut un fait impressionnant, il n’a pas changé profondément les mentalités ni les comportements.

PM : Que voulez-vous dire ?

HR : Si l’homme a de plus en plus d’outils à sa disposition, il n’en est pas plus intelligent pour autant. Il convient de relativiser le progrès : dans son analyse du procès Eichmann, Anna Arendt a démontré que le concept de monstre peut resurgir en chacun d’entre nous. Peu importe l’avancée de la technique et des technologies… 

PM : La technique a-t-elle aussi provoqué des bouleversements ?

HR : Certainement. Il y a par exemple l’avènement de la télévision. En Belgique, la première émission expérimentale et quotidienne a été diffusée à l’occasion de l’exposition 58. L’audience fut très limitée parce que peu de gens disposaient d’une télévision. Cependant, on vit la population s’agglutiner par grappes devant les vitrines des magasins qui disposaient d’une télévision.

PM : L’arrivée de la télévision a-t-elle eu une des conséquences sur notre vie de tous les jours ?

HR : Elle a imposé une nouvelle organisation de la vie quotidienne : elle provoque un repli sur soi et les heures des programmes rythment notre vie. Enfin, je dirais qu’elle est à l’origine d’une diminution de la convivialité, ce qui est un de ses aspects négatifs. Cependant, de manière positive, la télévision permet un accès direct à tout ce qui se passe dans le monde. Même si cet accès est partiel…

PM : Vous voulez dire qu’elle trouble la vision du monde ?

HR : Oui, parce que ceux qui transmettent les informations en envoient les plus spectaculaires. La télévision uniformise l’information. Ainsi, la RTBF et RTL donnent la même vision du monde. À ce titre, la presse écrite offre plus de diversité : vous ou moi, nous lirons plus volontiers la page 4 ou la page 7 d’un journal, guidés par nos centres d’intérêt. 

PM : Peut-on dire que la crise financière constitue un nouveau basculement ?

HR : La crise des subprimes est faite d’erreurs que nous nous-mêmes avons commises puisque nous y avons été parties prenantes. Le « produire plus », le « gagner plus » des dernières décennies furent une erreur. Certes, on nous a trompés, mais il serait plus correct de dire : nous nous sommes trompés. J’espère que cette expérience va nous être utile, dans la lutte contre le pouvoir de l’argent sans limite.

PM : Et l’élection d’Obama ?

HR : Sans la crise, les gens n’auraient pas pris le risque d’élire un homme neuf. Néanmoins, il est tout aussi clair que, sans son aura, sans son intelligence et sans son esprit d’à propos, il n’aurait pas été élu.

PM : C’est ce qui explique le verdict des votants ? 
Obama n'est-il pas le cri d'une société qui a besoin d'espoir, de justice, d'égalité ; en réalité d'une "réhumanisation" du monde ? Pour vous, la victoire d’Obama représente un espoir ?

HR : C’est un immense espoir ! Les gens ont voté en fonction des compétences qu’on lui prête. Obama va réussir ou rater, en fonction de ses compétences. Mais il est rassurant que ce qu’il a dit procède d’un esprit d’ouverture et d’une grande intelligence politique. Dans quelques années, on fera son bilan. Cela n’empêche pas qu’avec lui, les Etats-Unis sont redevenus une référence dans le monde et qu’il a modifié le rapport des gens avec la politique.

PM : Barack Obama réalise plus de double des voix de De Gaulle et de Gorbatchev, alors qu'il n'a encore rien prouvé. Pourquoi ? Est-ce la preuve que les citoyens ont besoin de leaders charismatiques, surtout dans la période trouble dans laquelle nous vivons ?

HR : Il est charismatique, c’est un fait établi. Fin 2008, je me suis rendu en Israël avec ma compagne qui est Haïtienne. Nous nous sommes faits apostropher dans les rues : « Vive Obama ! », tant par des juifs que par des palestiniens. Certes, je me méfie toujours de l’aspect-gadget » d’une élection, mais le président américain ne donne pas l’impression de n’être qu’un gadget. Si sa campagne fut gigantesque en matière de communication, il ne donne pas l’image d’un tribun de foire.

PM : Comment expliquer l'écrasante victoire de Martin Luther King ? Par le seul fait qu'il est revenu dans l'actualité par l'ascension d'Obama, ou parce que l'espoir d'une société plus juste est aussi la traduction d'une volonté de paix entre les Blancs, les Noirs, les Jaunes, les Juifs, les catholiques, les musulmans ; bref Martin Luther King symbolise, plus que jamais, le rêve de l'homme ?

HR : Il est clair que Luther King symbolise le rêve de l’homme ! Mais avant tout, c’est Obama qui a fait revenir Martin Luther King dont il concrétise le combat et l’espoir qu’il a suscités. Vous m’avez parlé de basculements : Obama, Luther King, Mandela en sont aussi. Ils sont le signe de l’acceptation de la multiculturalité, du « non » au racisme. Quand je me promène et que je vois le nombre grandissant des jeunes couples multi-ethniques, je me dis que c’est un phénomène irrémédiable. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. Si cette nouveauté crée des craintes pour des gens installés dans leurs certitudes, il peut provoquer un repli communautaire, voire un repli régionaliste ou même sous-régionaliste. C’est-à-dire que, chez certains, cette ouverture peut engendrer la peur.

PM : Luther King n’aurait pourtant pas réalisé le même score, il y a un an ?

HR : Vous avez raison. La plupart des autres personnalités retenues par vos lecteurs apparaissent encore régulièrement dans l’actualité, comme Bill Gates qui, lui aussi, fait aussi rêver, mais à sa manière. D’autant qu’il est extrêmement habile.

PM : Ce classement est peuplé de personnalités "positives" : King, Obama, Sœur Emmanuelle, Mandela, Kennedy, Barnard, Churchill, Jean-Paul II, Mère Teresa. N'est-ce pas aussi un signe et un espoir pour notre monde ?

HR : Pour ma part, je qualifierais ces personnalités de « religieuses ». Ce sont avant tout des personnes de dialogue, à l’exemple de Sœur Emmanuelle. Elles véhiculent une idée de compassion, de solidarité. À ce titre, Jean-Paul II est la contre-image de Benoît XVI.

PM : Décryptons quelques performances, si vous le voulez bien. D’abord, la 3e place de Bill Gates ? L'arrivée massive de l'informatique dans nos vies ? Le fait que de nombreux jeunes ont voté ?

PM : Il a formidablement réussi dans un domaine proche des jeunes. Ceux-ci l’admirent pour cela.

PM : La 4e place de Sœur Emmanuelle ? Outre sa personnalité de paix, sa disparition a-t-elle remis ses valeurs en lumière ?

HR : Comme pour ceux que j’ai nommés les « religieux », le choix de Sœur Emmanuelle démontre que les gens ont peur et qu’ils ont envie de Paix et de calme. Les résultats de votre sondage sont un peu comme si la société consacrait elle-même des saints auxquels on peut se référer.

PM : La 5e place de Nelson Mandela : la victoire d'une société moins raciste qu'avant ? Cette 5e place est une grande victoire par rapport aux autres personnalités ?

HR : Il représente l’image de la dignité et de la résistance digne qui n’a pas été entachée par la violence. Malgré des dizaines d’années de prison, il a exercé un magister extraordinaire sur les gens. On pourrait le comparer à Gandhi qui utilisa la même non-violence assortie d’un résultat spectaculaire.

PM : La 6e place de Jacques Brel ? Il faut toujours un poète dans un tel classement ? Le fait que l'amour reste universel ? Que Brel est belge ?

HR : Vous avez tout à fait raison. J’aime beaucoup Jacques Brel. Pour les motifs que vous mentionnez, je ne suis pas étonné qu’il figure à cette place.

PM : La 7e place de Kennedy ? À la fois le triomphe d'une image restée vivace et le fait que les révélations sur sa vie ont égratigné le mythe ?

HR : Ces révélations n’ont pas modifié le mythe. Même s’il n’a pas renouvelé la vie des gens, même s’il a peut-être réalisé moins de choses que Johnson, son successeur, Kennedy reste une figure emblématique.

PM : Vous songez à d’autres figures emblématiques ?

HR : Merckx l’est aussi : jamais, un champion n’a tout dominé, tout gagné comme lui. Jusqu’au record de l’heure. De plus, pour nous, Belges, il est très représentatif : il est Bruxellois, il parle les deux langue et est populaire dans tout le Royaume. Enfin, moi qui ai travaillé à la RTBF, je ne peux séparer l’image de Merckx de celle de Luc Varenne qui a raconté ses exploits.

PM : La 8e place de Christiaan Barnard : le résultat le plus surprenant, pour une personnalité moins connue. Non ?

HR : Je suis effectivement étonné qu’on se soit souvenu de lui. Surtout que le type d’opérations qu’il a initiées est devenue de la routine. Mais il fut le premier et l'on voit tout de suite qui il est. La différence entre les transplantations cardiaques et le Sida est que, pour ce dernier, on n’a pas encore trouvé la solution.

PM : La 9e place de Churchill : c’est à la fois le triomphe de la résistance, de la liberté, et le fait que certains n'ont pas vécu le rôle majeur qu'il a joué ?

HR : Il faut avoir suivi l’actualité pour savoir ce qu’il a réalisé. Pour moi, qui fus un enfant juif caché durant la guerre, Churchill représente énormément. Mais pour les plus jeunes…

PM : La 10e place de Neil Armstrong ? L'image mythique de la conquête de l'impossible qui fait toujours rêver ? 


HR : Il serait intéressant de connaître l’âge de ceux qui ont voté pour lui. Personnellement, la nuit de son exploit, je me trouvais à Oxford avec mes enfants. Nous nous sommes levés pour suivre à la télévision les premiers pas de l’homme sur la lune. Mes fils ont près de cinquante ans et s’en souviennent encore. Ce fut une telle avancée…

PM : Quel est votre décryptage du classement de ceux qui ont récolté le moins de points : Margaret Thatcher, par exemple. Son rôle dans la politique mondiale est-il sous-estimé ?

HR : Il y a un an, elle aurait récolté plus de voix. Elle fut le chantre du néolibéralisme, or celui-ci vient de s’effondrer. Elle en a perdu le prestige, étant en quelque sorte victime des événements.

PM : Et Fidel Castro : son mythe est-il surfait ?

HR : Aujourd’hui, il incarne le désenchantement complet. À l’époque, il représentait un « socialiste au soleil », avec le côté épique de ses partisans qui sortaient de la forêt. Sartre et De Beauvoir avaient été à Cuba pour le voir. Aujourd’hui, tout cela est bien loin…

PM : Castro obtient 13 points pour 93 à Che Guevara : ce dernier symbolise plus la révolution que Castro ?

HR : Le « Che », c’est la fin d’un mythe. Des informations nous montrent désormais que l’aventurier courageux était très autoritaire et qu’il avait une vision fort étroite de la réalité. Avant, il symbolisait un peu Billy the Kid, mais c’est fini…

PM : Mao est-il un mythe oublié ? Vous qui connaissez bien la Chine, celle-ci fait-elle encore peur, intrigue-t-elle, ou bien est-elle rentrée dans les rangs ?

HR : La Chine impressionne toujours les gens. Aujourd’hui, c’est par sa force économique, par la puissance qu’elle représente.

PM : Et Arafat ?

HR : C’est le désenchantement complet. D’interlocuteur des Israéliens, il est devenu un non-interlocuteur. Ceux-ci pourraient d’ailleurs s’en mordre les doigts. Mais Arafat était ambivalent : il avait des discours différents selon qu’il était face à des Occidentaux, des Arabes ou des Palestiniens… En Israël, ma compagne et moi nous nous sommes rendus sur sa tombe. Nous étions les seuls visiteurs. C’était triste…

PM : Vous êtes ce qu'on peut appeler un grand aventurier du journalisme. Comment voyez-vous l'évolution du monde au cours de ces soixante dernières années ? Comment voyez-vous l'avenir qui nous attend ?

HR : Malgré des résistances, les mariages mixtes vont augmenter, de même que les familles multiculturelles. Je suis d’origine polono-juive, ma compagne est Haïtienne, ma fille vit avec un VietNamien, mon fils aîné avec une Jamaïcaine… Ce fait semble inévitable. Je voudrais faire une autre remarque. Malgré tous les problèmes matériels et le chômage, nous restons fort privilégiés. La partie de l’Europe dans laquelle nous vivons, l’Amérique du Nord et l’Australie sont une sorte d’éden : on ne pourra empêcher les gens de tout faire pour y venir. Ce mouvement est irréversible. Autre point, je ne sais pas trop si la disparité entre les riches et les laissés pour comptes va tout faire craquer ou si ces derniers vont se résigner. Avant, les idéologies donnaient aux plus démunis un accès vers un monde meilleur. Aujourd’hui, qu’est-ce que ces gens peuvent encore bien espérer ?

PM : Chez nous, ce terrain est-il favorable à l’émergence d’un nouveau De Grelle ?

HR : Il n’existe pas réellement de leader charismatique en Belgique. On voit bien que le côté théâtral d’un Berlusconi est dépassé.

PM : Un mot sur la valeur de ce genre de consultation populaire ?

HR : S’il n’est pas scientifique, ce type de consultation est intéressant en ce qu’il transcrit ce que les gens ont à l’esprit à un moment donné.

PM : Et vous, quels auraient été vos trois choix ?

HR : Je voterais Obama. C’est un choix pratique, mais il est le seul homme capable d’animer la machine économique et politique. Certes, il va devoir mettre de l’eau dans son vin, mais on sent chez lui un ton nouveau. Dans  sa manière d’interpeller l’Iran, par exemple. Avec lui, je l’ai dit, les Etats-Unis ont retrouvé un poids moral. Et en lui-même, il est très important : voyez lorsqu’on se demande, à propos de tel ou tel autre homme politique : est-il le nouvel Obama ? A contrario, Sarkozy aimerait passer pour celui qui va régler des tas de problèmes. Mais lui, il est un agitateur, un homme qui peut promettre tout et son contraire. Enfin, avec Obama, n’oublions pas qu’il y a le risque de placer trop d’espoir en un seul homme…

PM : De quelles couvertures de Paris Match vous souvenez-vous ?

HR : Je n’ai pas oublié celle où l’on voit en gros plan, à Budapest, un tank soviétique. Cette image avait une telle force dramatique ! Comme beaucoup d’autres que j’ai vues dans votre magazine…