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04/01/2009

DE CLERCK: "Tout le CD&V est derrière Van Rompuy!"

 

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À propos du ministre de la Justice, le terme de "nouveau" ne s'applique pas à Stefaan De Clerck. On le sait, il occupa le poste de 1995 à 1998. Cette fois, il revient pour remplacer un de ses amis, Jo Vandeurzen, parti dans des conditions troublantes que De Clerck analyse.

 

La Dernière Heure: En laissant croire que vous partiriez pour Jo Vandeurzen, le moment venu, vous avez semblé ne pas vouloir rester jusqu'en 2011…

Stefaan De Clerck: Au contraire, je suis favorable à ce que le gouvernement aille jusqu'à son terme! Si l'on votait pour le fédéral en juin prochain, cela nuirait au débat communautaire. 

DH: C'est-à-dire?

SDC: Le communautaire est lié aux régionales, alors que le socio-économique concerne le fédéral.

DH: Et pour en revenir à Vandeurzen…

SDC: Il s'agit d'un ami, au même titre qu'Yves Leterme et Inge Vervotte que j'ai personnellement préparée pour la grande politique. Leur honneur m'est très cher et je vais les aider pour qu'ils le retrouvent, après le carton rouge de la Cour de Cassation. Cela ne veut pas dire que je songe pour eux, à un poste précis ou à un moment particulier.

DH: Qu'espérez-vous pour eux?

SDC: Il faut qu'ils remontent sur le terrain! Je dis cela, d'une manière générale.

DH: Actuellement, ce n'est pas l'amour fou, au CD&V…

SDC: Nos formons un grand parti, avec des gens de qualité et une jeune génération qui monte. Il est cependant vrai que la génération intermédiaire a fait des choses qui laissent des traces. Mais il ne s'agit pas d'un clivage, au sens négatif du terme. 

DH: Le CD&V est donc uni, derrière Herman Van Rompuy?

SDC: Au sein du parti, tout le monde est d'accord de continuer à 200%! Il va falloir travailler sur le long terme. Et je sais qu'on pourra compter sur ceux que nous avons cités…

DH: Avez-vous senti que le Premier ministre bénéficiait de la confiance du gouvernement?

SDC: Nous avons eu un seul conseil des ministres et il est trop tôt pour juger. Mais il est vrai que la confiance sera le mot-clé de cette équipe.

DH: Que visez-vous, au sein de votre département?

SDC: Mon prédécesseur, Jo Vandeurzen, a été un grand ministre de la Justice, même s'il n'est pas resté longtemps. Je vais continuer sur les bases qu'il a tracées. 

DH: Quels seront vos dossiers prioritaires?

SDC: L'organisation des cours et tribunaux, et le management de la Justice. Plus, une liste d'éléments qui concernent le droit matériel. Je reviens à un poste où j'ai déjà été, il y a 10 ans: avec mon successeur direct, Tony Van Parijs, nous avions lancé 160 projets de loi. Je vais analyser où ils en sont…

DH: Votre avis sur les rapports entre le politique et la Justice?

SDC: Il s'agira de mon premier grand dossier. Comme ministre de la Justice, j'ai connu le même choc entre ces deux institutions, à l'époque de l'affaire Dutroux. Il est vrai que c'était à un autre niveau: je parle de la récente démarche exceptionnelle du Premier président de la Cour de Cassation…

DH: Vous vous attendiez à ce qui s'est passé?

SDC: Non, pas du tout! Mais je suis persuadé qu'Yves (Leterme) et Jo (Vandeurzen) ont été de bonne foi. Je vais étudier comment préparer la commission parlementaire, même si cette tâche revient au pouvoir législatif...

JEAN QUATREMER: "La mort lente d'un pays!"

 

 

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Jean Quatremer est le correspondant du quotidien Libération, à Bruxelles. Les élections de 2007 lui ont donné une aura toute particulière: son blog est un des plus lus et la distance que lui donne e statut de Français lui permet d'asséner des vérités bien senties. Paris Match l'a interrogé sur le psychodrame actuel.

Paris Match: Votre avis, sur la crise que vit la Belgique?

Jean Quatremer: Cette crise témoigne d'une grande désinvolture vis-à-vis de l'Etat de droit, comme cela s'est déjà vu avec le wooncode, avec la non-désignation des trois bourgmestres…

PM: Oui, mais ici, le problème n'est pas communautaire…

JQ: C'est clair! Mais cette crise prouve que l'élite politique flamande a pris l'habitude de maltraiter l'état de droit: faire pression sur des magistrats ne semble plus surprenant. 

PM: Pourquoi?

JQ: Une fois que les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites.

PM: Plus de limites: c'est inquiétant?

JQ: Clairement, l'Etat belge est en danger! Tous les coups sont permis! On en est là…

PM: Quelle est la cause du mal belge?

JQ: Je citerais d'abord l'extrême proximité entre les politiques, les médias et le judiciaire. Quand on voit qu'un journal décide d'interroger Maître Uyttendaele sur la crise, alors qu'il est le mari d'une vice-Première ministre et qu'il est régulièrement l'avocat de l'Etat, ou quand on voit qu'un sénateur, Francis Delpérée, donne son avis sur la crise à la télévision, j'ai tout dit. La Belgique, c'est le monde des copains et des coquins. 

PM: Plus concrètement?

JQ: Il y a en Belgique, un dangereux mélange des genres. Tout le monde travaille avec tout le monde.

PM: En France aussi: par exemple, des épouses de ministres sont des journalistes en vue…

JQ: Cela ne va jamais aussi loin qu'en Belgique. Jack Lang est professeur de droit, mais vous ne le verrez jamais donner son avis sur tel ou tel sujet juridique pointu. 

PM: Pour vous, ce qui est arrivé est une première?

JQ: Jusqu'à présent, on savait que la Justice pouvait subir des pressions. Cependant, c'est la première fois qu'un Premier président de la Cour de Cassation va si loin. 

PM: Les gens n'ont pas l'air bouleversés…

JQ: Peut-être, mais je les sens touchés au plus profond d'eux-mêmes. N'oubliez pas qu'en France, c'est sur le "tous pourris" que Le Pen a fait son beurre. Quand on voit qu'en Flandre, les derniers sondages montrent que les partis extrêmes gagnent, c'est un signe…

PM: Que regard portez-vous sur la gestion de l'affaire Fortis?

JQ: La Belgique est le seul pays à avoir refusé une solution nationale pour sa plus grande banque: le gouvernement belge a bradé ses derniers joyaux. Cette affaire me laisse un goût amer en bouche: je songe aux derniers éléments que sont les pressions sur les juges, mais aussi aux pertes monumentales pour les actionnaires. Tout cela me fait dire que l'Etat de droit est en train d'être liquidé, en Belgique.

PM: Cela semble sans appel: vous ne voyez pas de solution?

JQ: Je ne perçois pas les ferments d'un sursaut. Or, comme celui-ci ne pourrait venir que de la Flandre majoritaire…

PM: Tout est dans les mains des Flamands.

JQ: Oui! Mais sauf à envisager que les Flamands renonceraient à leur course à l'autonomie, je ne vois effectivement pas de solution. Quand on est réaliste, on observe qu'il ne reste rien entre le Nord et le Sud. Et comme je ne crois pas aux crises salutaires…

PM: Vous liez le communautaire à la crise bancaire?

JQ: Prenons l'exemple de la crise économique: on aurait pu croire qu'elle aurait été salutaire à l'amélioration des relations entre francophones et Flamands. Hé bien non, plutôt que d'en profiter pour resserrer les liens, le Nord a choisi, au plus fort de la crise, de ne pas nommer les trois bourgmestres. Alors que c'était le moment de travailler ensemble et de sortir le pays du marasme.

PM: Pour vous, Yves Leterme est politiquement mort?

JQ: Il ne faut jamais dire jamais en politique, mais je suis persuadé qu'au prochain scrutin, il fera un excellent score. Il reste populaire en Flandre et, comme c'est parti, on va dire qu'il a été victime d'un complot ourdi par les francophones… 

PM: Votre définition d'un homme d'Etat?

JQ: Celui qui est capable d'oublier ses intérêts à court terme au profit des intérêts à long terme de son pays. C'est aussi l'homme qui est capable de perdre des élections pour faire avancer son pays.

PM: Qui est, à ce jour, un homme d'Etat, en Belgique?

JQ: Il y en a, comme Jean-Luc Dehaene ou Guy Verhofstadt. Mais le premier reste avant tout flamingant et le second a fait avancer certains intérêts flamands. Quant aux éventuels hommes d'Etat côté francophone, le problème est qu'on n'y a pas la main et qu'on y est minoritaires.

PM: Vous dites que les francophones n'ont pas la main. Ne seraient-ils que spectateurs?

JQ: On pourrait fort bien imaginer qu'ils signent la fin de la récréation et, si les Flamands ne l'admettent pas, qu'ils imposent une séparation du pays. 

PM: Le gouvernement a-t-il bien géré l'affaire Fortis?

JQ: Sachant que la direction de Forts avait fait toutes les conneries de la terre, il restait deux solutions au gouvernement: la faillite ou la cession.

PM: Que peuvent encore souhaiter les petits actionnaires?

JQ: Comme il est trop tard pour revenir en arrière, ils peuvent espérer la meilleure indemnisation possible.

PM: Comment voyez-vous l'avenir du pays?

JQ: Pour moi, il est très sombre. Je ne vois ni au sauveur, ni un sursaut. Et, je l'ai dit, je ne vois pas les citoyens flamands se réveiller…

PM: C'est très noir, tout cela?

JQ: Je suis effectivement très apocalyptique! Le 12 juin 2007, dans Libération, j'avais prédit ce qui se passe actuellement. Mon papier s'appelait: "Une Belgique en voie de disparition". À l'époque, beaucoup m'avaient dit que je n'y connaissais rien.

PM: Vous dites tout cela avec humour…

JQ: (rires francs) Ce n'est pas tous les jours qu'on commente en direct la lente mort d'un pays. Dans d'autres pays, la fin a été brutale, violente, avec des guerres. En Belgique, c'est tout le contraire: on fait tout, très lentement, pour que le malade ne souffre pas trop, et avec le sourire. C'est un peu comme la chute de l'empire romain…

PM: Vous y allez un peu fort, non?

JQ: Mais les pressions sur des magistrats comme il y en a eu, c'est une forme de décadence. Ce n'est pas parce qu'un homme a récolté 800.000 voix qu'il peut tout se permettre et qu'il ne doit plus avoir de limites.