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20/08/2009

QUE DU BONHEUR (DH 09-08-09)


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L'étrange pouvoir des comités de direction

On s'en souvient, le gouvernement n'était pas resté inactif, suite aux mouvements de grève du printemps dernier: il avait débloqué le budget nécessaire à l'engagement de 600 (!) nouveaux matons. Et pourtant! À la grande fureur des ministres, les membres du comité de direction du SPF Justice en ont décidé autrement. Seule une petite partie des engagés a été affectée à la mission pour laquelle elle avait été recrutée. Ce détournement a d'ailleurs été débattu, début juillet, lors d'un conseil des ministres. "C'est la logique Coperfin qui permet de telles embrouilles", nous a commenté un ministre. Traduction libre: les patrons des administrations font ce qu'ils veulent des décisions gouvernementales. Notre confident poursuit: "Il en va de même pour le remplacement des fonctionnaires qui partent à la pension. Étant donné qu'ils coûtent cher à cause de leur ancienneté, on les remplace par un plus grand nombre de recrues qu'il ne faudrait." Résultat? "Si l'on ne fait rien, dans 20 ans, la Fonction publique sera surpeuplée!" Comme on vous le dit! Que ceux qui croient qu'il s'agit d'une galéjade aillent donc voir du côté de Steven Vanackere, ministre CD&V de la Fonction publique, et Melchior Wathelet, secrétaire d'Etat CDH au Budget: ils ont été chargés de plancher sur ce dossier brûlant. Mais chut, ne le répétez pas, cela doit rester entre nous…

robert urbain.jpgRobert Urbain a déçu

Les lecteurs de notre rubrique dominicale n'auront pas été étonnés par les derniers avatars de Robert Urbain, ex-commissaire général de l'exposition de Shanghai 2010. Par deux fois déjà, nous nous étions fait l'écho de la mauvaise humeur des Premiers ministres – Yves Leterme, puis Herman Van Rompuy – concernant l'inertie du ministre d'Etat socialiste dans ce dossier. Si Leterme avait fait appel à son coreligionnaire Leo Delcroix pour relancer la machine, Van Rompuy l'avait désigné commissaire adjoint, le 30 juin dernier. La suite était aisée à deviner. Sentant l'oignon, Urbain a donc préféré se retirer. Un peu comme Enzo Scifo qui démissionna de son poste d'entraîneur de Mouscron avant d'être officiellement remercié. L'ancien multi ministre du Commerce extérieur a beau avancer toutes les explications du monde, il ne convainc guère: il n'a pas été à la hauteur de cette tâche à 3.600 euros mensuels, menus frais non compris…

Paris Match ne connaît pas la crise

À Paris Match Belgique, on n'a pas été loin d'ouvrir le champagne: par rapport à l'année dernière, juillet 2009 totalise en effet 29,9% de ventes en plus. La mort de Michael Jackson n'est pas étrangère à ce succès qui permet au numéro sorti pour l'événement de battre ceux diffusés lors des décès de Jean-Paul II ou Rainier de Monaco, voire pour les attentats du 11 septembre 2001. Juillet est donc le meilleur mois depuis qu'existe l'édition belge de l'hebdomadaire. Crise mondiale, vous avez dit crise mondiale?!

rallye-des-autos.jpgManque d'imagination

Fin des années 80, dans une série consacrée aux vacances des hommes politiques, nos confrères de La Libre Belgique les avaient entre autres interrogés sur leur actrice idéale. Neuf sur dix avaient répondu: Catherine Deneuve. Cette année, L'Echo a remis le couvert en posant le même type de questions à certains grands décideurs: Roch Doliveux (UCB), Daniel Weekers (Be TV), Philippe Delusinne (RTL), Peter Praet (Banque Nationale), Mischael Modrikamen… Cette fois, c'est le très select "Rallye des autos" qui fait la quasi-unanimité, étant l'établissement le plus cité par ces Messieurs. Vincent, son patron, n'avait jamais connu pareille publicité gratuite…

Coups de soleil

À la télé, l'été n'est pas uniquement propice aux rediffusions. Il provoque également, de-ci de-là, des pannes de cerveau. Liste non exhaustive des récents couacs. À RTL, Micheline Thienpont, a parlé de la reprise de la Coupe de Belgique de football (au lieu du championnat), avant d'annoncer le décès de Corazon AquiTo. Côté RTBF, pour illustrer l'éventuel retour d'Emile MPenza en équipe nationale, l'archiviste avait choisi une photo de son frère, M'BO. Enfin, en France, on a pu entendre Harry Roselmack (TF1) conclure un bafouillage par un inusité "Je me suis mélangé les pinceaux". Nul n'est parfait…

La phrase de la semaine

"Écouter l'industrie du tabac, c'est comme écouter Marc Dutroux parler du combat contre les abus sexuels." (Le professeur Dubois, spécialiste du tabac, sur France 5)

30/03/2009

CLAUDE JAVEAU: "ON EST PLUS HEUREUX EN BELGIQUE QU'EN HOLLANDE OU EN FRANCE!" (PARIS MATCH 19-03-09)

claude javeau - PM 19-03-09.jpg
Paris Match: Quel regard portez-vous sur la richesse des soixante dernières années, dans le monde ?

Claude Javeau: Elles sont extraordinaires et se divisent en deux sous-périodes. Les "trente glorieuses" d'abord, qui vont jusqu'à 1973: l'état-providence y règne, la prospérité est très forte et les pays se retrouvent sous la coupe des Etats-Unis. Puis, vient la crise du pétrole, avec le chômage qui augmente de manière brutale et l'économie qui domine. Dès la fin des années 70, ce sera le grand tournant néo-libéral du reagano-thathchérisme. On voit ce que cela donne aujourd'hui…

PM: D'autres observations?

CJ: Après la guerre, le fascisme s'écroule. La fin du communisme viendra en 1989, lors de la chute du mur de Berlin. L'équilibre de la terreur s'écroulera avec des guerres périphériques: Viêt-Nam, guerres de libération en Afrique, guerres d'indépendance, guérillas en Amérique latine, abcès de fixation au Proche-Orient…

PM: Il y a aussi l'explosion des nouvelles techniques?

CJ: Les moyens techniques innovants progressent de façon effarante. Par exemple, à l'époque où Paris Match commence en 1949, un ordinateur est une énorme machine qui occupe plusieurs pièces. Actuellement, on peut même en installer un sur un téléphone portable. De même, les grands enregistreurs deviendront des MP3 qu'on met dans sa poche. Toute cela a fait exploser le monde…

PM: Socialement, qu'observe-t-on?

CJ: La post-modernité est caractérisée par la fin de l'autorité. Concrètement, cela donne la négation de la différence générationnelle: un jeune n'accepte plus qu'un plus vieux, comme un prof par exemple, ait une légitimité sur lui. La seule autorité qu'on reconnaisse encore est celle du patronat qui remplace le patriarcat.

PM: Et en Belgique: que retenez-vous comme grands événements ayant touché la société belge ?

CJ: La Belgique de 1945 est comparable à celle de 1830. La seule réelle innovation est le vote des femmes qui, dès les législatives de 1949, imposera des gouvernements homogènes PSC-CVP. À l'époque, l'idée d'une séparation nord-sud est inexistante. Je me souviens d'avoir réalisé une enquête qui mêlait francophones et Flamands. En 2009, ce serait impensable. Viendra alors la première transformation du pays et le clichage de la frontière linguistique, dès les années 60. On passe d'un pays unitaire à une fédération où le Roi est de moins en moins influent.

PM: A cette époque, la Belgique est déjà frappée par la crise?

CJ: Le Sud disposant d'industries de faible valeur ajoutée, le chômage s'y installe en premier lieu. Ajoutez-y que la classe ouvrière est turbulente et vous comprendrez pourquoi les investissements se font surtout au Nord. Bref, la Wallonie s'appauvrit. Dès 1964, la Flandre domine, en richesse, en population et en influence, même si elle conservera toujours un ressentiment par rapport à l'ancienne élite francophone.

PM: Chez nous comme ailleurs, les jeunes montent en puissance?

CJ: Ils sont issus du baby-boom et, avec eux, l'enseignement va se développer. À l'ULB, on est passé de 3.500 étudiants en 1957, à 20.000 aujourd'hui. Ceci ne doit pas nous faire oublier qu'il y a des "déchets": le décrochage des jeunes n'ayant aucune formation.

PM: La Belgique est un des bons élèves de l'Europe?

CJ: Absolument! Et ce, dès la constitution du Benelux. Cela lui vaudra de recevoir chez elle les institutions européennes qui ne devraient plus la quitter. Bruxelles est et restera la capitale de l'Europe.

PM: Comment décrieriez-vous le Belge en général?

CJ: Il est incapable de se valoriser, surtout du côté francophone. Cette observation vaut pour beaucoup de petits pays, mais chez nous, elle est très marquée. Nous préférons la dérision. C'est d'autant plus contradictoire que la Belgique a contribué de manière extraordinaire à la Culture européenne. Qu'il suffise de se rappeler que la "petite" université qu'est l'ULB compte trois Prix Nobel. Personnellement, je ne suis pas honteux de mon passeport.

PM: Si vous deviez citer dix personnalités belges qui ont marqué ces soixante années, quelles seraient-elles et pourquoi ?

CJ: Je citerais, dans le désordre, Georges Simenon qui est, de loin, l'écrivain francophone le plus vendu au monde. Je n'aime pas l'homme, mais c'est un extraordinaire écrivain. Puis, Paul-Henri Spaak dont la stature a dépassé les frontières de son petit pays. Vient ensuite Hergé auquel je préfère pourtant Franquin: je les mets donc ensemble. Même si je ne l'apprécie guère non plus, je n'oublie pas Brel qui fut marquant. Il y a aussi Hugo Claus, du côté flamand: il aurait mérité le Nobel. Le Roi Baudouin a joué un rôle important pour le pays. Rayon politique, il pourrait y avoir Wilfried Martens que je retiendrais pour la durée et qui représente le type même de l'honnête homme. Je n'oublierais pas non plus le père Pire, voire José Van Damme et le "cannibale" Eddy Merckx évidemment…

PM: Vous n'en avez pas cité certains. Sœur Emmanuelle?

CJ: (il sourit) Elle est née en Belgique, mais n'était pas Belge. Je suppose que ce qu'elle a fait était bien. Elle avait un talent fou pour la médiatisation – en duo avec Michel Drucker –, mais je reste persuadé que beaucoup d'autres dans le monde ont fait des choses aussi belles et qu'ils auraient également mérité qu'on parle d'eux.

PM: Le professeur De Duve?

CJ: C'est notre dernier Nobel encore en vie. Il s'agit d'un homme remarquable!

PM: Les Diables rouges?

CJ: (il soupire) Pfft… En 1984, ils furent très bons …

PM: Dirk Frimout?

CJ: C'est un brave homme. "Faire le cosmonaute" lui a permis de devenir baron. C'est un modeste…

PM: Justine Henin?

CJ: Je déteste le personnage. Il est pourtant vrai que, dans un domaine qui n'est pas vital pour l'humanité comme le tennis, elle a bien réussi…

PM: Merckx ne pratiquait pas non plus en métier vital pour l'humanité…

CJ: C'est vrai, mais il incarnait l'obstination belge. Il a également réussi dans la durée. Ensuite, le cyclisme est plus populaire que le tennis. Enfin, il n'a pas la prétention de Justine Henin…

PM: Jean-Luc Dehaene?

CJ: C'est un homme important, mais surtout un monument de grossièreté. S'il existait un Prix Nobel de grossièreté, il l'aurait. Dehaene n'est pas un homme d'Etat, mais un politique remarquablement doué.

PM: Guy Verhofstadt?

CJ: Lui, je l'apprécie parce qu'il incarne une capacité de négocier "à la belge". Les gens l'aiment bien. Il est clean.

PM: Pour en revenir au niveau mondial, dans la liste des figures marquantes soumises au vote, les Belges ont présélectionné Ben Laden parce qu'il est inscrit dans l'histoire noire de ces soixante dernières années. Pour la seule Belgique, qui peut-on retenir dans cette même perspective: Dutroux ?

CJ: Il fut le Belge le plus connu, à un moment donné. Il a créé une incroyable panique au sein de la population, mais après son arrestation, la montagne a accouché d'une souris.

PM: Vous voulez parler de la théorie du grand complot?

CJ: Tout à fait!

PM: Il a pourtant provoqué des bouleversements dans la société belge?

CJ: Oui et non! On ne peut oublier le trait de génie que fut la création de la commission parlementaire. Elle a eu un incroyable effet cathartique sur les Belges. L'affaire Dutroux fut aussi le signal d'un intérêt plus grand pour les faits-divers. Enfin, il y a eu la mise en scène de la Justice avec des avocats qui n'hésitent plus à faire leur publicité: Magnée, Uyttendaele, Misson…

PM: Paradoxalement, si notre existence s'est trouvé de plus en plus enrichie par les progrès au cours de ces soixante dernières années, les gens n'ont jamais semblé si peu heureux. Un décryptage ?

CJ: Tout vient du fait qu'on a remplacé le désir par la jouissance. La société de consommation a fait dériver le désir d'être heureux vers l'accumulation d'objets, des biens qui sont vite périmés On en arrive également à des pratiques narcissiques comme les rencontres morcelées sur le net. L'homme ne parvient pas à créer une collectivité de bonheur: or, il ne peut être heureux tout seul.

 PM: Notre qualité de vie a-t-elle diminué avec le temps ?

CJ: On vit plus heureux en Belgique qu'en Hollande ou en France. Cependant, de manière plus précise, si la qualité de vie de ceux qui en bénéficiaient le plus a diminué, elle a plutôt augmenté, en moyenne. C'était vrai jusqu'au début de la crise que nous vivons. Mais certaines catégories s'accroissent: celles des gens qui sont sous le seuil de pauvreté, ceux qui sont issus de l'immigration…

PM: Pouvez-vous citer des époques où les Belges ont été plus heureux qu'aujourd'hui, au cours de ces soixante années ?

CJ: Souvenons-nous que la Belgique est sortie fort peu abîmée de la guerre. Les Belges furent très heureux entre 1950 et 1970, après l'affaire royale et malgré les grandes grèves. L'Expo 58 a symbolisé ce bonheur. À l'époque, le Belge passait comme étant le petit-bourgeois de l'Europe.

PM: Si vous deviez participer au vote sur "L'homme le plus important du monde", pour qui voteriez-vous et pourquoi ?

CJ: Churchill! Sans lui, ni vous ni moi ne serions pas là. C'était un grand personnage: il incarne la démocratie. De Gaulle, aussi, qui était un personnage étonnant. Puis, selon moi, Jean XXIII: ce petit bonhomme qu'on croyait de transition a bouleversé l'Eglise et a introduit une révolution. Je trouve que Bill Clinton fut un excellent président. Des gens comme Olof Palm, Willy Brandt ou Simone Weill ont également été extraordinaires…

PM: Des observations sur d'autres papes?

CJ: Je note que ni Pie XII ni Paul VI ne figurent dans votre sondage. Quant à Jean-Paul II, ce fut le pape des médias.

PM: Un avis sur le classement actuel: Martin Luther King mène toujours devant Barak Obama, Sœur Emmanuelle et Nelson Mandela qui sont très bien placés. Ce vote, illustré par des figures "saintes", est-il une réaction par rapport à la société injuste que nous vivons actuellement ?

CJ: Le vote en faveur de Martin Luther King correspond à notre époque où l'on récuse les grandes cassures. Quant à Nelson Mandela, il est toujours là. Notez que, parmi ceux que vous citez, figurent trois noirs: il y a peut-être une culpabilité générale de les avoir maltraités.

PM: Peut-on dire que les 60 prochaines années seront plus justes ou bien cette expression n'est-elle qu'une fugace envie d'espoir pour le monde qui, en définitive, ne changera pas ?

CJ: Cela va aller de pire en pire, avec des oppositions de plus en plus importantes. Regardez ce que le Hamas a fait à Gaza: il est parvenu à manipuler Israël de manière à ce que l'extrême droite y monte en puissance. Ceci dit, je ne crois pas que nous allons vivre un grand "clash" de civilisation, mais des conflits locaux qui risquent de dégénérer. Ainsi qu'un accroissement du chômage…

PM: Un avis aussi sur quelques excellents scores : ceux de Christiaan Barnard et Jean-Paul II, alors que Luc Montagnier et Jean XXIII sont moins cités ?

CJ: Barnard fut fort médiatisé et il a inauguré la série des remplacements d'organes. Quant à Montagnier, on n'a toujours pas le remède du virus qu'il a trouvé…

PM: Un avis sur la valeur de ce type de consultation populaire qu'est le sondage de Paris Match?

CJ: Un véritable sondage est basé sur des critères sociologiques normaux. Ici, les votes sont indicatifs, mais pas scientifiques. Il s'agit donc d'un quota. Reste que votre sondage est intéressant en ce qu'il a été réalisé à partir d'un échantillon auto-constitué.