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08/02/2010

CHARLES PICQUE: "MA PATIENCE EST A BOUT!" (DH 07-02-10)


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La Dernière Heure : Votre avis sur la récente levée de boucliers flamande contre Bruxelles ?

Charles Picqué : On a exploité des faits de délinquance pour stigmatiser Bruxelles à l’égard de laquelle certains ont une aversion

DH : Pourquoi ce débat est-il venu, maintenant ?

CP : Parce qu’on est à l’aube de discussions institutionnelles, certains voulant mettre Bruxelles sous tutelle.

DH : Bruxelles serait mal gérée…

CP : Elle n’est pas plus dépensière que les 2 autres régions, vu son statut international. Bruxelles est bien classée parmi les grandes villes et a un impact financier positif sur la Flandre et la Wallonie. Enfin, à Bruxelles, se cristallisent des problèmes qui ne se retrouvent pas ailleurs.

DH : Il y aurait pléthore de mandataires…

CP : Les chiffres le démontrent : par habitant, Bruxelles compte moins de mandataires que le Brabant flamand !

DH : Les Flamands s’en prennent de manière musclée aux communes…

CP : Parce que les conseils communaux sont à forte densité francophone.

DH : Pourquoi n’avez-vous pas réagi plus durement aux attaques flamandes : en leur mettant sous le nez Opel Anvers ou d’InBev Leuven ?

CP : J’aurais pu le faire, c’est vrai ! Cependant, depuis toutes les années que je suis à mon poste (Ndlr : bientôt 20 ans), je défends les intérêts de Bruxelles, sans mettre le feu aux relations communautaires. Mais là, ma patience est à bout !

DH : Expliquez-vous ?

CP : Toute déclaration de guerre de ma part mettrait à mal les relations entre régions et gênerait les Flamands de Bruxelles : en poids et en influence, ils sont minoritaires dans leurs partis.

DH : Les Bruxellois sont-ils unis ?

CP : Ils auraient intérêt à se serrer les coudes et à défendre ensemble leurs intérêts. Tout conflit majorité-opposition pourrait laisser des traces et être exploité par nos adversaires.

DH : On a parlé de Bronx, à propos de quartiers bruxellois…

CP : (il se fâche) C’est faux ! Ceux qui l’affirment soit n’ont jamais été dans le Bronx (ou dans certaines banlieues françaises), soit ne savent pas ce que c’est.

DH : Certains voudraient, pour Bruxelles, une zone unique de police …

CP : Si l’on regroupe les 6 zones en une seule, il faudra repasser par une décentralisation : un des problèmes est les missions supplémentaires imposées aux communes. Si celles-ci n’existaient pas, nous aurions assez de policiers.

DH : A savoir ?

CP : La zone de ma propre commune, Saint-Gilles, s’occupe du transfert de prisonniers avec les heures supplémentaires qu’il induit, sans compter le détournement d’effectifs pour protéger le Palais de Justice, voire la protection de gares internationales, les réunions européennes. Il serait mieux que nous puissions améliorer la police de proximité.

DH : C’est un thème que vous évoquez souvent…

CP : Sans beaucoup de succès ! Vous le voyez, il n’y a pas que BHV. Sait-on qu’en 2020, Bruxelles comptera 170.000 habitants en plus ?!

DH : Vous dites que la délinquance diminue…

CP : Les chiffres étant là, je l’affirme avec force ! Il faut pourtant garder la tête froide : l’âge de la délinquance baissant, il faut lui appliquer des mesures appropriées ; même chose pour le recours à des armes de guerre…

DH : Etes-vous un adepte de la Justice rapide ?

CP : Comme pour la tolérance zéro, il faut des effectifs, des moyens… Le Conseil de l’Europe l’a récemment rappelé.

DH : L’arrivée d’un nouveau gouverneur tarde à venir et c’est le vice-gouverneur, un Flamand, qui occupe le poste…

CP : Il n’y a pas d’accord politique. J’en avais parlé deux fois à Herman Van Rompuy, lorsqu’il était Premier ministre. C’est au fédéral qu’il convient d’examiner ce dossier. Il ne faut pas traîner, le gouverneur étant un élément important pour le plan catastrophes, voire la tutelle sur les zones de police.

DH : Quid des jeunes multirécidivistes : votre proposition de majorité pénale à 16 ans passe mal…

CP : Que ceux qui sont contre me donnent d’autres solutions ! Savent-ils qu’il existe aujourd’hui plusieurs dizaines de jeunes multirécidivistes à très forte dangerosité, mais en liberté ? On manque de places pour les recevoir : c’est surréaliste !

DH : Les ministres Turtelboom (Intérieur) et De Clerck (Justice) ont récemment fait des propositions…

CP : L’une d’elles était l’engagement de 50 policiers à Bruxelles. C’est dérisoire !

DH : Les candidats policiers rateraient les tests à cause de l’examen linguistique…

CP : C’est faux ! 18% réussissent les tests, ceux qui le ratent échouant surtout à l’examen psychologique.

DH : Vous allez bientôt rencontrer votre alter ego flamand, Kris Peeters ?

CP : Je suis dans de bonnes dispositions et prêt à discuter. Et j’ai pris acte qu’il avait remis à sa place son ministre, Pascal Smet, qui avait plaidé pour une zone de police unique, à Bruxelles.

27/01/2010

Eric Van Rompuy: "La fin du miracle flamand!" (DH 25-01-10)


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Interrogé hier matin sur les ondes de la RTBF, l'ancien ministre flamand de l'Economie, Eric Van Rompuy, s'est montré bien peu optimiste concernant l'avenir d'Opel Anvers. "La Flandre ne pèse pas assez sur les multinationales", a-t-il affirmé. Pressé par La Dernière Heure d'élargir son propos, le député de Parlement flamand déclare, sans ambages: "Il est faux de croire qu'Opel pourra rester ouvert!" Et de rappeler le triste sort qui fut celui de Renault Vilvorde, à la fin des années 90. Selon Van Rompuy junior, il s'agit ni plus ni moins que la fin du miracle flamand. En cause, selon lui, le fait que la Flandre manque cruellement de leviers économiques qui permettraient d'influencer les coûts salariaux, voire ceux de l'énergie. Pour appuyer ses dires, le député CD&V sort les derniers chiffres du chômage en Flandre: plus de 5.000 pour le seul mois de janvier, le gouvernement de Kris Peeters en prédisant entre 40 et 45.000 pour 2010.

La solution serait bien, selon Van Rompuy, de régionaliser le marché de travail et l'impôt des sociétés, mais la Flandre n'en a pas les moyens. D'où l'appel qu'il lance aux régions afin que celles-ci se responsabilisent plus et se dotent d'instruments différents pour y parvenir, selon qu'il s'agit de la Flandre ou de la Wallonie. Et le député d'en appeler à la mémoire de feu Gaston Geens, ministre-président flamand, qui avait lancé le projet Flander's Technology, en 1983. C'est ainsi que Van Rompuy prône, pour la ixième fois, en faveur d'entreprises flamandes plus innovantes et technologiques, parlant même de la fin de la période d'industrialisation. "Trouvons de nouveaux secteurs, des secteurs de services avec de l'informatique et de la logistique", lance l'ancien ministre flamand de l'Economie.

"Les coûts trop élevés et le manque d'innovation technologique sont des données que chaque région doit combattre, avec les moyens dont elle dispose", lance Eric Van Rompuy. Un nouvel appel vers plus de régionalisation!

Le même Van Rompuy s'élève également contre certains mandataires du sud du pays – lisez: Olivier Maingain – selon lesquels Opel Anvers est bien la preuve que la Flandre n'est pas à l'abri de catastrophes industrielles. Pareille réaction wallonne ne serait-elle pas due à une certaine suffisance dont auraient fait preuve les partis flamands, dans le passé?" "En tous les cas, ce n'est pas un reproche qu'on peut adresser au CD&V!", tranche Eric Van Rompuy, en guise de conclusion.