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02/05/2009

ELIO DI RUPO: "Si l'ON NE REVIENT PAS A L'HUMAIN, JE PREDIS DE MINI-REVOLUTIONS!" (Paris Match 16-04-09)

 

dirupo - PM 16-04-09.jpg

Paris Match: Vous dites souvent de la crise qu'elle est "libérale": c'est un slogan électoral?

Elio Di Rupo: La pensée libérale économique et financière nous a conduits vers un monde où l'être humain est exploité de toutes parts. Ou bien il est trop âgé ou moins valide, et on le rejette de la capacité de produire, ou bien il est dans le domaine de la production, et il est stressé au point d'être malade. C'est ce monde-là qu'il faut changer: l'être humain doit travailler et son travail doit être récompensé. C'est la règle numéro un. 

PM: Comment y parvenir?

EDR: Pour la première fois depuis les années 80, on n'a pas besoin de longs discours pour que les gens se rendent compte que l'on ne peut continuer comme on l'a fait. Il faut que la finance serve l'économie et celle-ci doit être au service de l'être humain. Si l'on n'en revient pas à un concept de progrès humain soutenable et durable, je prédis des minis révolutions, voire des jacqueries.

PM: Que c'est-il passé pour que l'on en arrive là?

EDR: Il y a cent ans, les gens étaient soumis au monde économique et n'avaient pas de droits: pas de droit à des congés payés, pas de droit aux soins de santé gratuits, pas de droit à l'enseignement… Nous, socialistes, avons mené les combats pour que les citoyens disposent de ces droits. Au tournant des années 70 et 80, les ouvriers et la classe moyenne ont senti que les choses s'amélioraient: ils avaient le sentiment que demain allait être meilleur qu'hier.

PM: Que s'est-il produit ensuite?

EDR: Un couple infernal est arrivé: Reagan et Thatcher. Ils ont été les grands artisans de la pensée unique: on ne mettait plus l'être humain au centre des préoccupations, mais on laissait le monde économique et financier évoluer comme il le souhaitait. Chacun pouvait s'enrichir. Puis voilà que, patatras!, la crise est arrivée qui a contraint les états à intervenir. Aujourd'hui, le moment est venu de changer notre vision de la société et de remettre en ordre les priorités.

PM: Vous dites cela, mais tous les partis ont été au pouvoir, depuis les années 80…

EDR: Ce n'est pas la Belgique, ni l'autorité publique belge qui a été déterminante dans l'évolution de l'économie et de la finance internationale. Le PS a été au gouvernement durant vingt ans, c'est vrai, et il a fait deux choses importantes: la consolidation de la sécurité sociale, qui est une des plus solide au monde, et la paix communautaire.

PM: Quelques mois après son élection de 1981, le socialiste François Mitterrand a été obligé de revoir ses belles promesses électorales…

EDR: Preuve qu'il était, lui aussi, soumis aux règles économiques internationales…

PM: Vous aviez pressenti la crise?

EDR: A la rentrée de septembre, le PS a remis un document sur nos craintes et sur ce qu'il convenait de faire. C'était quinze jours avant que n'éclate la crise de Fortis… Tout était parti du parti socialiste européen qui avait obtenu une résolution pour tenter de faire face à ce qu'on pressentait. A savoir la crise des sub-primes américains...

PM: Le PS n'a guère été très présent, dans l'affaire Fortis…

EDR: Dans un premier temps, nous avons été informés, quand il le fallait bien. Le kern a pris, en âme et conscience, les décisions qu'il convenait de prendre. Reste que le cœur de l'analyse a été géré par le cabinet des Finances en relation avec celui du Premier ministre. On aurait peut-être gagné en confiance si le "kern" avait disposé d'une commission, comme jadis…

PM: Ne craignez-vous pas que vos grands thèmes soient pollués par les guérillas entre partis politiques?

EDR: Je plaide pour un respect entre partis. D'accord pour débattre sur des projets, mais pas d'attaques sous la ceinture! Moi-même, je ne fais jamais de guérilla. Durant toute l'année 2007, que n'a-t-on dit des socialistes? Et durant l'orange bleue, l'on nous présentait comme infréquentables. Puis soudain, il a fallu que le PS revienne au gouvernement pour stabiliser le pays. Nous l'avons fait. Mais il suffit que nous restions une ou deux semaines sans bouger, pour que le MR nous attaque de front. Malgré cela, nous restons calmes et modérés. Il est cependant vrai que, quand on nous attaque, nous sommes bien obligés de répondre.

PM: Vous-même n'êtes pas toujours tendre avec le président du MR…

EDR: Je n'attaque pas Monsieur Reynders. C'est lui qui s'attaque, par son attitude. La difficulté réside pour lui à être à la fois président de parti – c'est-à-dire partisan – et ministre – c'est-à-dire au service de tous les Belges –. Avec son cumul, quelque chose joue sur son comportement. Ceci dit, sans vouloir être psychologue…

PM: Il n'est pas le seul à cumuler deux fonctions…

EDR: On ne sent pas la même chose chez Madame Milquet.

PM: Le retour des affaires de Charleroi ne va-t-il pas être au centre de la campagne?

EDR: Qui cela peut-il intéresser? J'ai effectivement vu une histoire de chaudière, mais je suis persuadé que les gens sont intelligents. Le gouvernement fédéral a dû mettre 20 milliards d'euros pour soutenir les banques, et des patrons se sont enrichis pour des millions d'euros! Si vous croyez que les citoyens vont s'accrocher pour suivre les procès à Charleroi?! Cela, c'est le passé! Aujourd'hui, la page est tournée. On n'avance pas en regardant dans son rétroviseur, mais devant soi.

PM: Ces patrons qui se sont enrichis, il s'agit de cas isolés…

EDR: Bien entendu! Il est normal qu'un patron de PME, voire un indépendant souhaite faire du profit maximum. Ce qui n'est pas normal c'est le laisser-aller, la mise hors-jeu des actionnaires, l'enrichissement de gens sur base d'un concept voulant qu'on maximalise le profit.

PM: A Charleroi, vous ne regrettez pas de n'avoir pas été plus sévère, plus vite?

EDR: Les historiens traiteront le passé et jugeront. J'ai pris mes responsabilités en tenant compte des éléments du moment. Voyez avec Anne-Marie Lizin: les statuts du parti ont été modifiés et cela m'a permis de décider, dans des délais rapprochés. Tout en lui laissant le droit de se défendre, ce qui est fondamental.

PM: Les avatars d'Anne-Marie Lizin n'étaient pas récents…

EDR: A partir du moment où je me suis rendu compte qu'elle n'était pas en mesure de justifier ses dépenses, je lui ai demandé de venir s'explique. Puis, j'ai pris les décisions qui s'imposaient. Politiquement, c'était devenu insoutenable…

PM: Après l'annonce de son départ, la majorité a changé, à Huy…

EDR: Je ne me suis pas du tout occupé de cela, mais bien d'Anne-Marie Lizin. Je suppose que son départ a créé des bouleversements et c'est en même temps que tout le monde que j'ai appris les modifications qui intervenaient. Je ne suis intervenu ni d'Eve ni d'Adam. Le parti n'intervient pas d'une manière permanente, au niveau local.

PM: Charleroi, Anne-Marie Lizin: le PS fait souvent la une …

EDR: Je ne dis pas que le parti socialiste est composé de gens parfaits. Il ne faut pas pour autant prétendre qu'ils sont plus indélicats qu'ailleurs. Je constate que dès qu'un socialiste éternue, cela fait scandale, alors qu'ailleurs, on en parle vingt-quatre ou quarante-huit heures, avant d'en rester là.

PM: Vous n'êtes pas un peu parano?

EDR: Pas du tout! (trois fois) Cependant, j'ai le sentiment qu'un mot d'ordre a été donné: chercher des poux aux socialistes, partout où ils sont.

PM: Vous visez la presse?

EDR: Non, pas du tout! Elle fait son travail. Pourtant, il est vrai que tout cela m'irrite: si nous ne sommes pas parfaits, nous sommes une famille utile et stabilisatrice du pays. J'espère que l'on ne reviendra pas aux pratiques odieuses de la campagne de 2007…

PM: Pour en revenir à Charleroi: vous ne regrettez pas d'avoir été trop lent?

EDR: Nous ne disposions pas des éléments que l'on connaît aujourd'hui. 70 enquêteurs travaillent depuis trois ans sur les dossiers de Charleroi. Qui aurions-nous été pour juger, alors que des professionnels ne trouvent pas!

PM: Au soir du scrutin, votre défi sera d'atteindre les 30%?

EDR: Je ne me fixe pas de défi. Mon souhait est d'être le premier parti au Parlement wallon.

PM: Personnellement, vous risquez gros?

EDR: J'essaie de faire ce que je peux. Mon mandat se termine après les législatives de 2011 et mon intention est de conduire le parti jusque-là. Il n'est même pas impossible que je me représente: Emile Vandervelde est resté plusieurs décennies à la tête du parti. Le tout est d'avoir la confiance des membres et de remporter les élections. J'ai été désigné par les affiliés avec 92%: je ne vais pas me plaindre de ce résultat…

PM: Tout autre chose: en mai, Jean-Jacques Flahaut, député- bourgmestre MR de Braine-le-Comte, sera le premier homme politique à se marier avec son ami. Votre avis?

EDR: C'est une excellente chose s'il profite de cette liberté que nous, socialistes, avons obtenue. C'est la preuve que la société belge est très avancée…

30/03/2009

QUE DU BONHEUR 29-03-09 (DH)

turtelboom - quedub 29-03-09.jpg

Sans-papiers : tour de passe-passe entre Van Rompuy et Turtelboom

Le dossier dans sans-papiers a donné lieu à un curieux tour de passe-passe, entre Herman Van Rompuy et Annemie Turtelboom. Acte un, depuis son entrée en fonction, la ministre VLD de la politique de migration et d’asile tarde à concrétiser l’accord de gouvernement sur ce dossier. Acte deux, le Premier ministre annonce, il y a quelques semaines, qu’il va consacrer l’essentiel de son temps à cette problématique. Et d’organiser des bilatérales pour tenter de faire se rapprocher les points de vue les plus éloignés. Lisez : entre VLD et PS. Acte trois, Turtelboom récupère la problématique. Commentaires, dans l’entourage de Van Rompuy : « Il est bizarre qu’elle ait fait cela, à l’issue de réunions « thérapeutiques », entre elle-même et Marie Arena, tenante des positions PS en la matière. » Le chef du gouvernement a-t-il pris ombrage de cette reprise en main ? « Turtelboom a pris une décision autonome que le Premier ne va pas condamner. » Au moins, le dossier a-t-il avancé…

musée hergé - quedub 29-03-09.jpgMusée Hergé à Louvain-la-Neuve : « Merci, Rocco ! »

C’est le 2 juin que le musée Hergé ouvrira ses portes à Louvain-la-Neuve. Œuvre de l’architecte français Christian de Portzamparc, le lieu s’étendra sur 3.600 m2, Fanny Rodwell, seconde épouse d’Hergé, ayant investi 15 millions d’euros dans la construction. Le but est d’accueillir 200.000 visiteurs par an. Benoît Lutgen, ministre wallon du Tourisme, n’est pas peu fier d’avoir emporté la mise : à l’origine en effet, Bruxelles était candidate contre la ville universaitaire. Qu’est-ce qui a bien pu permettre à Louvain-la-Neuve d’avoir la préférence ? « Le contexte universitaire et international de la ville ! », confie Lutgen. Lequel n’oublie pas non plus le rôle joué par Rocco, le chien qu’il avait reçu en quittant le secrétariat général du CDH pour rejoindre le gouvernement wallon. Il se fait que, lors du contact décisif, la veuve d’Hergé tomba sous le charme de Rocco, un superbe Jack Russel avec lequel elle joua, de longues minutes. Certes, le ministre ne va pas jusqu’à affirmer pas que c’est son toutou qui fit pencher la balance en faveur de Louvain-la-Neuve. Tout au plus se borne-t-il à admettre que Rocco contribua, à sa manière, à créer un « climat de convivialité ».

van den brande - quedub 29-03-09.jpgSus à Luc Van den Brande !

Le 15 avril prochain, seront auditionnés les 4 candidats au poste de Secrétaire général du Conseil de l’Europe. Parmi eux, on le sait, Luc Van den Brande, ministre-président du gouvernement flamand, de 1992 à 1999. Il vient d’ailleurs d’être célébré par ses pairs pour avoir – nous citons – « placé la Flandre sur la carte du monde ». Certains médias se sont déjà étonnés de la candidature de Van den Brande. D’autres franchissent un pas supplémentaire : ils ont rédigé une lettre-type qui circule sur internet. Elle est destinée à Lluis Maria de Puig, président de l’assemblée parlementaire de l’institution et reprend une partie des griefs à l’encontre de Van den Brande. Ainsi, celui d’être un farouche opposant de la Convention-cadre sur la protection des minorités nationales : Van den Brande n’a-t-il pas voté contre la résolution n°1301 relative à la protection des minorités en Belgique ? Autre argument, en tant que ministre-président, il a fait adopter en juillet 1996, un plan flamand pour la périphérie visant à restreindre les facilités linguistiques dans les 6 communes de la périphérie. Le reste, à l’avenant. Encore heureux que la NV.A ait fait exploser le cartel avec le CD&V : le gouvernement fédéral aurait été capable de proposer Bart De Wever au même poste que Van den Brande…

courard - quedub 29-03-09.jpgCourard-Lizin : il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis

Le 27 janvier dernier, une mâle dépêche tombait sur les téléscripteurs. Elle annonçait : « A plusieurs reprises, Philippe Courard a condamné sans détour le comportement de Madame Lizin. (…) Dans la mesure où l’impartialité subjective du ministre est mise en cause, une solution alternative consisterait à déléguer la mission de mener l’instruction à un autre membre du gouvernement. » Collègue de Courard, Didier Donfut reprenait le dossier en main. Or voilà que vendredi dernier, 27 mars 2009, un autre Belga arrivait. Son titre : " CHRH de Huy : Philippe Courard veut instruire le dossier. » Et d’expliquer : « Se disant « étonné » de la décision du CHRH de Huy de ne pas entamer de procédure à l’encontre d’Anne-Marie Lizin (…) le ministre entend bien analyser cette décision afin de vérifier que tout a été fait dans les règles. » Qui a osé dire que Philippe Courard ne savait pas ce qu’il voulait ? 

Affaire « Maudoux » : le retour !

On se souvient de l’affaire « Maudoux », du nom de l’ex-avocat curateur Paul Maudoux, accusé de détournements par une curatrice namuroise, Me Isabelle Bronckaert. Ayant obtenu le remboursement des sommes détournées, celle-ci avait pourtant estimé que l’ancien Procureur du Roi de Namur, devenu Procureur général de Liège, Cédric Visart de Bocarmé, n’avait guère mis de bonne volonté pour diligenter le dossier. La présence de la fille de Me Maudoux comme substitut aux côtés de Visart avait poussé la plaignante à porter le dossier devant le Conseil Supérieur de la Justice. Tandis que celui-ci étudie toujours l’affaire, notre petit doigt nous a prévenu que celle-ci devrait passer devant la chambre des mises, entre les 8 et 10 avril prochains. Le dossier n’est donc pas enterré…

milquet - quedub 29-03-09.gifLa phrase de la semaine

« Je ne m’occupe pas d’Ecolo, du PS et du MR. Je ne les critiquerai pas. Les Ecolos, ils sont dans l’opposition, donc ils fédèrent les mécontents, il font rêver. Mais il faut savoir gérer. En 1999, ils étaient à 20%. Quand ils sont sortis du gouvernement, ils étaient à 7%. » (Joëlle Milquet dans La Libre Belgique)