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24/08/2009

MARC VERWILGHEN: "L'UN D'EUX NE DIT PAS LA VERITE!" (DH 23-08-09)

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À la guerre des polices que Marc Verwilghen avait dû gérer durant sa présidence de la commission Dutroux, puis comme ministre de la Justice, a succédé une guerre sans merci entre la PJ d'une part, et la magistrature d'autre part. Verwilghen est aujourd'hui sénateur et avocat. Nous l'avons interrogé sur l'affaire De Tandt. Notons que son interview a été menée avant que l'on apprenne qu'une instruction pénale était ouverte à charge de la présidente du tribunal de commerce.

 

La Dernière heure: Connaissez-vous le dossier?

Marc Verwilghen: Je ne le connais que pour l'avoir suivi dans la presse. Je dois ajouter que je ne connais pas Madame De Tandt et Monsieur Van Audenaert, dans le cadre strict de l'affaire. Reste que la situation est grave: l'objectivité de la magistrature peut-elle encore être garantie?

DH: Quel que soit son dénouement, l'affaire va-t-elle laisser des traces?

MV: Des traces considérables, oui! Pour reprendre une phrase que j'ai prononcée lorsque je présidais la commission Dutroux: de la juge De Tandt, présidente du tribunal de Commerce, et de Glenn Audenaert, directeur général de la PJ de Bruxelles, un des deux ne dit pas la vérité!

Une commission d'enquête?

DH: Comment savoir lequel ment?

MV: Au-delà du dossier proprement dit, il devra y avoir une réaction du politique: celui-ci ne peut évidemment juger les juges, séparation des pouvoirs oblige. On pourrait cependant envisager la mise sur pied d'une commission d'enquête qui se pencherait sur l'objectivité de la magistrature, en général.

DH: Pourquoi donner une mission si large à cette commission?

MV: Les politiques ne peuvent juger les juges, mais ils peuvent juges les responsables de la magistrature. Ainsi, le premier président de la Cour d'Appel de Bruxelles, Guy Delvoie, doit intervenir. L'événement que nous vivons est suffisamment sérieux pour que celui-ci mène une action immédiate. Même s'il est en vacances, comme j'ai cru le lire… N'oublions pas que les affaires qu'aurait à trancher la juge De Tandt pourraient entraîner des actions si ce qu'on reproche à la juge s'avérait.

DH: Vous évoquez une commission d'enquête, mais le Conseil Supérieur de la Justice ne s'est-il pas déjà prononcé?

MV: Il l'a fait! Mais sans disposer de suffisamment d'éléments sur le problème de la déontologie qui est soulevé. Le CSJ devrait avoir plus de pouvoir pour connaître l'entièreté du dossier.

DH: Votre avis sur l'action du ministre de la Justice, votre successeur, Stefaan De Clerck?

MV: Il a agi comme il convenait de la faire. Son intervention a permis de redonner confiance au justiciable. Peut-être aurait-il dû le faire plus promptement…

DH: Que se passera-t-il s'il apparaît que Madame De Tandt est dans son bon droit?

MV: Avant de me prononcer, je voudrais insister sur la présomption d'innocence dont elle doit bénéficier. Si elle n'a rien commis de répréhensible, elle disposera de procédures pour se faire rendre justice. Elle retrouvera dès lors son honneur et pourra reprendre son travail.

DH: Certains évoquent aussi l'influence de la franc-maçonnerie, voire de l'Opus Dei, dans la magistrature: avez-vous déjà senti l'influence de l'une ou de l'autre?

MV: Bien sûr, je connais ce type d'intervention, depuis 33 ans que j'exerce la fonction d'avocat. J'ai toujours su que certains juges étaient attachés à la Loge ou à l'Opus Dei. Sans toujours le cacher. Leur vie professionnelle ne peut être influencée par leur engagement philosophique. J'ai lu des plaintes qui prouvaient que certains se posaient des questions à ce sujet, mais rien n'a jamais été révélé.