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02/09/2009

QUE DU BONHEUR (DH 30-08-09)


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De Clerck a joué sur du velours

A en croire un éminent membre de la commission Justice qui s'est tenue vendredi, celle-ci aurait du avoir lieu au moins 10 jours plus tôt. "C'était un peu comme des figues après Pâques", ramassait le commissaire. Et de s'étonner que, malgré les "parlottes" – 4 heures sur les évasions et 3 heures sur la juge De Tandt -, on n'avait même pas trouvé le temps d'évoquer l'enquête demandée au Comité "P". Ce dernier investigue effectivement sur Glenn Audenaert et les présumés liens que le directeur judiciaire de la police judiciaire fédérale de Bruxelles aurait eu avec la société Ijsboerke. C'est du moins ce que prétend l'avocat Peeters, au centre de la tourmente. Enfin, dernier commentaire de notre confident: "Vendredi, Stefaan De Clerck, ministre de la Justice, a joué sur du velours." Même l'opposition, comme on le sait, n'a pas exigé sa démission. C'est tout dire…

Verhofstadt n'est pas Van Rompuy

La semaine dernière, nous reprenions les propos d'André Flahaut s'élevant contre les flamandisation des relations internationales. Nous mettions cette phrase dans la bouche du bouillant socialiste: "Charles Michel n'est-il pas cornaqué par l'ancien conseiller diplomatique d'Herman Van Rompuy?" En lisant cela, le ministre MR a failli s'étrangler de rage. Rectifions donc: Flahaut avait cité le directeur général de la Coopération au Développement, Peter Moors, qui fut conseiller diplomatique de Guy Verhofstadt, et non de Van Rompuy. Honte à nous!

Affaire "Scieur": tout n'est pas dit…

Nous revenions récemment, sur l'arrêt dit "Scieur", du nom du président du tribunal de Première instance de Marche-en-Famenne qui avait rédigé un document intitulé "rôle de vacances", en l'antidatant et en y ajoutant une mention ne figurant pas sur le document initial. Le magistrat avait été jusqu'à utiliser la pièce, sachant qu'elle était fausse. On le sait, ces faits lui avaient valu d'être radié à vie et d'être condamné à six mois d'emprisonnement. Le jugement établissait en outre que le juge d'instruction Luc Riguelle avait participé à l'élaboration du faux. Or celui-ci n'avait jamais été poursuivi. Plus étrange, la magistrate qui avait dénoncé les faits – la juge Marie-Pierre Drisket – et la partie victime du faux – Jean-François et Jean-Pierre Sterpin – s'étaient vu refuser de disposer d'une copie de leur audition et du dossier répressif. Ce n'est pas tout, le juge Riguelle continue à siéger, comme si de rien n'était. De même, des membres du greffe, eux aussi impliqués dans le faux, continuent à travailler. Il n'en est pas de même pour la juge ayant dénoncé les faits: elle a été "expatriée" à Liège où elle se plaint de brimades, de la part de sa hiérarchie et de membres du personnel. Elle jure, mais un peu tard, qu'on ne la prendra plus à dénoncer des faits délictueux…

vrebos.jpgLa brique de Vrebos

Jeudi, une brique va atterrir dans les bacs des libraires: un ouvrage de près de 1.000 pages reprenant l'ensemble de l'œuvre théâtrale de pascal Vrebos. Le livre, édité par Le Cri, est préfacé par Jacques De Decker. Le Secrétaire perpétuel de l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique rappelle que c'est à Patmos, île de la Mer Egée, que Vrebos a rédigé la plupart de ses écrits: là où Saint Jean conçut l'Apocalypse. De Decker rappelle aussi qu'il assista à la création d'Un Agenda orange, première œuvre du prolifique auteur: c'était en 1970, à la Chapelle de Boendael. Après avoir lu les 23 pièces de l'auteur, le Secrétaire perpétuel tire cette conclusion: "L'époque s'est mise à ressembler à du Vrebos." Difficile de faire plus beau compliment…

La bévue de la semaine

Le site du très sérieux Monde annonçait récemment le décès de l'ancien maire de Lyon, Francisque Collomb, battu aux élections municipales de 1989 par Michel Noir, et décédé le 24 juillet dernier à l'âge respectable de 98 ans. Cette nécrologie, parue dans la rubrique Carnet, était agrémentée d'une photo de M. Collomb… Gérard, maire actuel et sans lien de parenté avec son prédécesseur. Cette bévue rappelle celle d'un quotidien belge illustrant le décès d'Audrey Hepburn en 1994, par une photo de Katharine Hepburn, toujours vaillante à l'époque.

22/02/2009

CHARLES PICQUE: "DOMINIQUE EST LA FEMME DE MA VIE" (Paris Match 12-02-09)

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Paris Match: Dominique, votre femme, et vous, fêterez-vous la Saint-Valentin?

Charles Picqué: Longtemps, je n'ai consacré aucune attention à cette fête. J'ai même un souvenir empreint de remords: un jour de Saint-Valentin, au festival du film d'Amour de Mons, je me suis comporté de manière mufle avec "Domi", ne lui consacrant guère d'attention et préférant m'occuper de mes relations publiques. Je m'en veux encore.

PM: Votre femme néglige-t-elle aussi cette fête?

CP: Je le croyais! Or il y a quelques années, quand je suis revenu avec un parfum, ce geste l'a fort émue. Depuis une dizaine d'années, je suis donc attentif à ne pas oublier la Saint-Valentin. Cette année, je l'ai déjà mise à la date de jeudi afin de ne pas l'oublier. J'en fais autant pour la fête des mères ou les anniversaires, ce qui me vaut parfois de les souhaiter quelques jours à l'avance…

PM: La Saint-Valentin est-elle, pour vous deux, l'occasion de vous dire des choses que vous ne vous diriez pas les autres jours de l'année?

CP: Il serait malheureux d'attendre ce jour pour dialoguer. La Saint-Valentin relève plus d'une symbolique. Assez naturellement, nous tentons de multiplier les moments d'écoute et de partage.

PM: Quand vous fêtez la Saint-Valentin, c'est toujours comme la première fois?

CP: CP: J'ai la chance et le bonheur d'avoir une femme peu exigeante, discrète et modeste, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une personnalité bien trempée. Pour nous, la Saint-Valentin est l'occasion de nous fêter et de nous rappeler qu'il faut toujours se remettre en question face aux dangers de la routine quotidienne.

PM: Vous craignez cette routine?

CP: Je prends garde à ce que j'appelle la "tendresse indifférente". Il faut donc savoir retrouver ses humeurs amoureuses, même juvéniles. Enfin, pour nous, la Saint-Valentin est aussi l'occasion de nous fêter en évitant que les enfants ne confisquent la fête, ce qui n'est pas vrai pour la Fête des mères. J'éprouve donc un malin plaisir à écarter nos enfants du cercle de notre couple. Leur irritation m'amuse: papa et maman leur échappent, pendant quelques heures.

PM: Avez-vous un lieu de prédilection pour fêter la Saint-Valentin?

CP: Non! Nous nous arrangeons pour nous retrouver ensemble, à midi ou le soir, et manger en tête à tête. Il nous est même arrivé de rester seuls chez nous, en nous amusant de la gentille jalousie de nos enfants. Eux ont aussi fini par s'en amuser…

PM: Comment définiriez-vous la Saint-Valentin?

CP: C'est un antidote au risque de l'éloignement dans lequel tout couple peut se retrouver. Ma vie d'homme politique ne me permet pas toujours de consacrer assez de temps à ma femme et mes enfants. Cela, même si depuis quelques années, j'ai résolument modifié mes horaires pour être le plus souvent possible avec eux, surtout le soir.

PM: Depuis combien de temps, votre femme et vous, vous connaissez-vous?

CP: Cela fait presque 20 ans et nous vivons ensemble depuis 17 ans.

PM: Avoir à côté de soi une femme comme elle, cela donne des ailes?

CP: Cela ne se commande pas d'aimer une femme le plus longtemps possible, mais le fait d'être dans une relation amoureuse depuis 20 ans, apporte de la stabilité. C'est là qu'est tout l'enjeu.

PM: Quel type de stabilité?

CP: Cette stabilité ne signifie ni routine ni indifférence. Une bonne relation est faite de stabilité et de la capacité de s'étonner, de manière à conserver du piment à la relation. La pire des choses, c'est quand il n'y a plus de curiosité mutuelle, de réactivité devant d'éventuels problèmes.

PM: Une stabilité évolutive, en quelque sorte?

CP: Il faut éviter que l'un n'évolue plus au même rythme que l'autre. Une relation amoureuse se réinvente tout le temps. Vivre longtemps avec le même partenaire ne signifie pas une stabilité morose, dès lors que le couple vit intensément sa relation, ou de manière sincère et active. 

PM: Comment vivez-vous vos conflits?

CP: Les explications sincères ou les différends sur les choix de vie ne sont pas inquiétants. Être ensemble depuis 20 ans ne signifie pas qu'il n'y plus deux personnalités, avec leur liberté propre et leur indépendance d'esprit. Il est extrêmement dangereux de devenir un couple ghetto, replié sur lui-même. Chaque époux doit donc conserver des amis privilégiés, à côté d'amis communs. Même chose pour les centres d'intérêts.

PM: C'est le contraire du couple fusionnel…

CP: Ce type de couple se replie sur lui-même. Ce côté fusionnel est souvent synonyme de renoncement ou de résignation pour l'un des deux. C'est là que réside le principal péril qui conduit à l'indifférence et à la banalité de la relation.

PM: Le mariage de Wilfried Martens, à 72 ans: quel effet cela vous a-t-il fait-il?

CP: C'est le signe qu'on peut écrire une nouvelle page de sa vie à tout moment. Ce qui m'a surtout frappé, c'est que l'affection unissant Wilfried Martens et Miet Smet est ancienne et s'est concrétisée tard. C'est le côté charmant de ce mariage.

PM: Votre propre mariage, il y a sept ans, fut-il une décision commune?

CP: Oui, Il s'agissait d'une volonté commune. Nous avions déjà nos enfants, mais cela n'a pas été le motif principal. Nous nous sommes mariés pour le plaisir de consacrer, aux yeux de notre famille et de nos proches, notre union dont nous savions qu'elle allait durer.

PM: Votre femme et vous avez onze ans de différence: c'est un poids?

CP: Je pense que j'ai gardé une sorte de nature assez juvénile. Comme Dominique a la tête sur les épaules et une maturité évidente – je parle de sa rigueur pour tenir un ménage, de son extraordinaire sens des responsabilités par rapport aux enfants et de l'extraordinaire stabilité relationnelle et caractérielle -, pour ce motif donc, notre différence d'âge ne se sent ni ne se voit dans nos relations.

PM: Vous vous sentez toujours jeune?

CP: Je ne crois pas que ma femme sente cette différence d'âge. Je ne suis ni un pantouflard, ni quelqu'un qui a perdu de ses passions de jeunesse. D'ailleurs, c'est parfois elle qui doit me ramener à plus de raison et de sagesse.

PM: Dominique est-elle la femme de votre vie?

CP: Certainement! Ne fût-ce que parce c'est avec elle que j'ai bâti ma vie. J'ai été amoureux d'autres femmes qu'elle, mais elle m'a apporté une vraie atmosphère familiale. Une femme avec laquelle on a des enfants vous permet une relation de complicité toujours plus forte. Cela renforce le projet de vie commun, tout en apportant un sens de la solidarité et des responsabilités.

PM: Un homme peut-il avoir plusieurs "femmes de sa vie"?

CP: Oui, mais avec une nature de sentiments et de passions différente. Il peut y avoir des relations passionnelles, mais assez superficielles. Il peut aussi y avoir des relations plus sages, mais plus profondes et plus durables. Je songe aussi à des coups de folie amoureux ou des coups de foudre foudroyants. Enfin, on peut aussi s'inscrire dans un processus de découverte progressive de l'autre. Cette variété fait la richesse et l'expérience des sentiments.

PM: Dans quelle catégorie, Dominique et vous vous situez-vous?

CP: En ce qui me concerne, ce fut un coup de passion et une construction familiale. La caractéristique de cette relation est, pour ma femme, une grande loyauté et une solidarité complète. Il est important de se dire des choses, de ne rien se cacher. Dominique a une qualité qui nous a parfois évité des tensions plus graves: elle a toujours voulu crever les abcès lorsqu'il y avait des sources de conflit, même s'il y en a eu très peu.

PM: Votre caractère est fort différent?

CP: J'ai plutôt tendance à bouder et à le faire longuement. Cela a été en partie une des raison de mes précédents échecs amoureux: j'ai trop laissé traîner les choses, sans jamais mettre à plat la cause des tensions.

PM: Vous souvenez-vous de votre première rencontre?

CP: Dominique m'a été présentée pour devenir une de mes collaboratrices. C'était au tout début de la Région bruxelloise. Mon chef de cabinet qui me l'avait présentée m'avait mis en garde: c'était certes une femme charmante, mais elle pourrait être une source de tentation pour moi. J'ai résisté plus de temps qu'on ne le pense: deux ans…

PM: Ce fut réciproque?

CP: Longtemps, elle est restée dans une posture très respectueuse. (il sourit) Ce n'est pas à elle, ni à ses initiatives qu'on doit notre aventure.

PM: C'est elle qui désirait avoir des enfants?

CP: Il est vrai que son grand souhait était d'avoir des enfants. Elle a voulu s'en assurer parce que j'étais connu pour ne pas en souhaiter. En fait, je m'étais résolu à me priver d'enfants. C'était une erreur, je le constate maintenant.

PM: Vous êtes donc heureux d'avoir écouté votre femme?

CP: Les enfants ne sont pas une condition nécessaire au bonheur, mais c'est une facette du plaisir de la vie que j'ai découverte. J'étais heureux sans enfants, mais je suis heureux d'en avoir. Cela dit, je respecte ceux qui ne veulent pas d'enfants.

PM: Pourquoi ne souhaitiez-vous pas d'enfants?

CP: Il y avait chez moi, à la fois la peur d'être trop peu disponible, mais aussi celui d'être responsable d'une éducation marquée par l'absence du père. Dans les premières années de ma vie professionnelle et politique, si j'avais eu des enfants, je ne les aurais pas vus suffisamment. Il est aussi vrai que mes enfants auraient pu être un frein à mon activité. D'où ma circonspection.

PM: Faire de la politique à un haut niveau, est-ce compatible avec une vie de famille équilibrée?

CP: Oui, mais il faut une énergie, une organisation et beaucoup de sacrifices. Avoir une vie publique peut augmenter le risque de rater sa vie familiale. C'est pour cela que je suis content d'avoir eu mes enfants, dans la deuxième partie de ma vie publique lorsque j'ai été capable de faire le tri entre les obligations incontournables et celles qui ne l'étaient pas.

PM: Qu'est-ce que la fidélité, dans un couple?

CP: C'est un point majeur. Mon expérience et l'observation de mes contemporains me fait penser que la fidélité est une terrible exigence, pour les hommes en particulier. Il y a de nombreuses tentations, mais aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas quelle est la meilleure thérapie à l'infidélité: avouer ou nier l'infidélité?

PM: C'est donc une affaire d'homme?

CP: La question de la fidélité poursuit la toute grande majorité des hommes, pendant toute leur vie.

PM: Comme politique, êtes-vous plus exposé qu'un autre?

CP: La vie publique expose plus parce qu'on y multiplie les liens relationnels et les occasions. Sans parler de l'attractivité du pouvoir, même s'il est modeste en Belgique: celle-ci augmente les tentations. Enfin, la frénésie d'une vie stressante peut exposer au goût des exutoires et des décrispations.

PM: Cette attirance vous plaît?

CP: Avec l'âge, il m'est apparu évident qu'on ne m'aime pas, moi, mais plutôt la fonction que j'occupe. Le jeu de la séduction est assez présent dans le théâtre de la politique.

PM: Vous croyez aux couples libres?

CP: Non! J'ai peine à croire que le taux de réussite d'une vie conjugale marquée par l'amour libre est élevé. La probabilité de l'échec est sérieux.

PM: Lors des coups durs, votre femme a toujours répondu présente?

CP: Lorsque cela se passe, Dominique retrousse manches. Même si je ne crois pas être un homme très fragile, elle n'a jamais failli, aux moments où j'étais en difficulté matérielle ou psychologique. Dans des circonstances difficiles, elle est là, et sera toujours là. C'est une douce certitude, dans un couple, de savoir que l'autre est un filet de sauvetage. Ce seul sentiment est déjà rassurant.

D'ici juin, les Flamands n'engrangeront rien!

PM: Il y un an dans Paris Match, vous disiez craindre que nos conflits communautaires finissent par alerter certaines autorités internationales: le refus de quelques communes flamandes d'organiser les élections européennes, ne va-t-il pas dans ce sens?

CP: Je suis convaincu que le désordre belgo-belge ne laisse pas indifférent une certaine opinion européenne. Or, il ne faut pas sous-estimer le poids de la symbolique belge en Europe. Cela doit nous rendre plus sages afin d'éviter qu'on vienne nous donner des leçons de tolérance et de bonne conduite.

PM: Et Bruxelles?

CP: Son statut de capitale européenne serait peu conciliable avec le symbole de capitale d'un pays qui se déchire. Quand on sait l'importance du côté international de Bruxelles pour les deux autres régions, on peut espérer qu'elle ne sera pas être au cœur d'un tel déchirement. Surtout, si l'on se souvient que notre pays a été créé dans un souci de pacification, entre les grandes nations européennes…

PM: La place de Bruxelles dans la résolution de nos conflits est donc importante?

CP: Si la Belgique devient un symbole de lutte entre sous-nationalistes régionaux, on aura de la peine à asseoir Bruxelles comme symbole de la construction européenne.

PM: Votre solution?

CP: On peut vivre avec un distanciement nord-sud, mais dans un souci de compromis et de concessions équilibrées. Le problème n'est pas que la Belgique change de forme, mais de savoir quel processus va être suivi. Ce qui apparaîtra comme un passage en force d'une communauté pour faire plier l'autre, nous enlèvera le sens du compromis et du consensus. Va-t-on rompre avec cette tradition du compromis ou va-t-on dessiner l'avenir dans un souci de concessions mutuelles. Voilà la vraie question!

PM: Diriez-vous que la situation communautaire se présente mieux qu'il y a quelques mois?

CP: Il faudra attendre que la fièvre électorale s'apaise. Mais on peut compter sur le bon sens belge pour éviter, non pas une inévitable réforme de l'Etat, mais que celle-ci se négocie sans concessions mutuelles. La majorité des politiques se rend compte que chacun devra y mettre du sien pour réformer l'Etat et qu'il ne s'agira pas d'imposer des choses, de manière unilatérale. C'est quand on a conscience qu'il y a un prix à payer qu'on trouve le plus facilement les voies du dialogue.

PM: Va-t-on engranger des résultats, d'ici aux élections?

CP: Selon moi, les Flamands n'engrangeront rien. Rien, si ce n'est une méthode de travail et les grands principes de la négociation. Les choses sérieuses commenceront après les élections.

PM: La crise économique et financière va-t-elle avoir un effet bénéfique, ou négatif, sur la solution de nos problèmes communautaires?

CP: Soit, la crise activera les replis régionalistes, soit elle démontrera que la réforme de l'Etat doit être pensée en termes de distanciement, mais aussi de coopération. Il faudra donc, à la fois donner plus d'autonomie aux régions, tout en procédant à l'inventaire des choses qu'on peut mieux faire ensemble.

PM: Si vous aviez un conseil à donner aux négociateurs?

CP: Je leur expliquerais la même chose: il faut régionaliser certaines compétences tout en bâtissant des socles de collaboration. Selon moi, il s'agit du scénario le plus réaliste et le plus intelligent: réaliste parce qu'on n'évitera pas une réforme de l'Etat, et intelligent parce ce qu'on se rendra compte que l'autonomie accrue des régions nécessite une coopération au bénéfice de tout le monde.

PM: On vous sent plus optimiste qu'il y a quelques mois…

CP: Je ne dirais pas cela à propos du caractère inéluctable d'une grande réforme de l'Etat. Il est cependant vrai que j'ai entendu beaucoup de propos encourageant, ces derniers temps. À partir du moment où le principe d'une réforme de l'Etat a été accepté par les francophones, il s'est produit chez les Flamands une prise de conscience du bénéfice incontestable d'une coopération. 

PM: Que va devenir Bruxelles?

CP: Elle va jouer un rôle dans l'émergence du souci de collaboration dont je viens de parler. Personne ne veut perdre Bruxelles. Celle-ci, comme la crise, vont favoriser l'émergence d'un fédéralisme plus poussé et d'un plus grand souci de coopération. 

PM: Le fédéral jouera encore un rôle?

CP: On ne parlera plus de prédominance du fédéral, mais il deviendra l'enceinte des stratégies de coopération voulues par les régions. Le fédéral sera plus ce qu'on met ensemble, que le haut de la pyramide. Il sera le lieu où seront représentés nos intérêts communs, tout en permettant la coordination de nos politiques. La collaboration entre régions sera donc garantie par l'existence d'un échelon fédéral.

PM: D'autres prospectives sont moins optimistes…

CP Quand Jean-Marie De Decker dit que l'Etat fédéral servira à gérer Bruxelles, je me dis qu'il veut faire de la capitale un instrument de pouvoir de la majorité sur la minorité. Il s'agit d'une instrumentalisation, au bénéfice de la seule Flandre. C'est un scénario inacceptable!

08/02/2009

Wilfried Martens: "Leterme a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre!"

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(suite de l'interview de Wilfried Martens)

Paris Match: Peut-on affirmer que vous venez de sauver le pays?

Wilfried Martens: La formule est exagérée. S'il est vrai que la crise de la fin 2008 était grave et délicate, la clé de sa résolution se trouvait au sein du CD&V. À ce premier élément, j'en ajouterais deux autres: la méfiance entre mon parti et le VLD, et la rivalité intra-francophone, entre le MR et le PS qui ont les élections de juin prochain dans leur ligne de mire.

PM: Quelle feuille de route vous avait donnée Albert II?

WM: Il m'avait demandé d'aller vite. Ma mission a effectivement été courte: du lundi 22 décembre au dimanche 28.

PM: Vous avez extrêmement bien connu le Roi Baudouin: le contact avec Albert II fut-il différent?

WM: Avec le Roi Albert II, ce fut comme avec son frère. C'était la première fois que je le rencontrais pour ce type de mission. Le courant est passé excellemment.

PM: La première étape de votre mission d'explorateur s'est déroulée au sein de votre parti?

WM: J'ai effectivement d'abord travaillé – dans l'ordre – avec Jean-Luc Dehaene, puis Herman Van Rompuy, ainsi qu'avec  Armand De Decker, et enfin, Yves Leterme. Il y a aussi eu Marianne Thyssen et Kris Peeters.

PM: Vous soutenez encore Yves Leterme: envers et contre tout?

WM: Lors de la crise financière il a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre.

PM: Il y a pourtant eu la lettre du Premier président de la Cour de Cassation…

WM: N'oublions pas que celui-ci parlait seulement d'"indices". On ne condamne pas un homme sur de simples indices. S'il est blanchi, Yves Leterme devra revenir.

PM: Comme Premier ministre, à la place de Van Rompuy?

WM: Non, évidemment pas!  

PM: Vous parlez de sa gestion de la crise: il n'était pas seul…

WM: C'est vrai: il y avait aussi Didier Reynders.

PM: Certains vous auraient vu comme éventuel Premier ministre…

WM: C'est un membre du CD&V qui a évoqué ce cas de figure, mais le problème ne s'est jamais posé puisque je ne suis pas élu.

PM: Que vous inspire le fait que ce soit surtout l'ancienne génération du CD&V qui ait été "au charbon"?

WM: La jeune génération doit se préparer et avoir des candidats prêts pour le fédéral. La crise a démontré à suffisance l'importance de ce niveau de pouvoir.

PM: Le ministre-président flamand, Kris Peeters, vient de déclarer que "le passage du gouvernement flamand vers le fédéral n'était pas une promotion"…

WM: Je le répète: c'est au niveau de l'Etat fédéral et au niveau de l'Europe que la crise a été affrontée. Pas au niveau des régions. C'est tout de même clair! La Belgique a besoin d'hommes et de femmes qui s'engagent pour l'ensemble du pays. Si ce n'était pas le cas, même les institutions les plus élaborées ne parviendraient pas à nous sauver. Je suis formel et j'insiste: la récente crise financière a été abordée au niveau fédéral et de l'Europe.

PM: Vous êtes plus européen que jamais

WM: Depuis la création du marché unique, l'Europe a été un moteur de la croissance. Voyez où en sont certains pays qui ne font pas partie de l'Euro comme l'Angleterre, l'Islande ou le Danemark. Leur situation est terrible…

PM: Selon vous, la jeune génération du CD&V n'est pas prête?

WM: Elle ne doit pas uniquement se concentrer sur la réussite ou l'ambition personnelles, mais aussi avoir un projet commun. C'est ce que nous avions, au sein des CVP Jongeren (il isole chaque syllabe): un-pro-jet-com-mun! Il s'agit d'une nécessité absolue. J'ajouterais que l'argent n'était pas notre priorité.

PM: La jeune génération s'intéresse trop à l'argent?

WM: Aujourd'hui, l'argent est devenu très important. Trop important, même!

PM: Pour votre mission d'explorateur, vous avez dû renouer certains liens avec votre parti?

WM: Ma femme a joué un rôle important. Quant à l'actuelle présidente du CD&V, Marianne Thyssen, elle est parlementaire européen: étant donné que je préside le Parti Populaire européen, nous nous côtoyons beaucoup. Elle m'a aussi beaucoup aidé.

PM: Ces deux femmes ont joué un rôle important?

WM: Je ne vous le fais pas dire. C'est à elles que je dois d'avoir retrouvé un lien émotionnel avec mon parti. En flamand, on parle de "geesteverwanten": un besoin irrépressible.

PM: Vous semblez particulièrement apprécier Marianne Thyssen…

WM: Je ne suis pas le seul: lorsque j'ai discuté avec les présidents de parti, l'un d'eux a parlé d'un, ou d'une Première ministre. Ce n'était pas innocent. Entre parenthèses, j'observe que, avec Marianne Thyssen, mais aussi Herman Van Rompuy comme Premier ministre, et Kris Peeters comme ministre-président flamand, mon parti dispose de trois membres des classes moyennes, au sommet du pouvoir en Belgique. C'est totalement inédit, pour le CD&V.

PM: Vous estimez que vous n'avez été qu'une sorte de "facilitateur"?

WM: C'est cela! Je vous rappelle que, lorsque j'ai été appelé par Sa Majesté Albert II, il fallait résoudre deux problèmes: trouver un Premier ministre, acceptable pour tous les partis, et vérifier que tous voulaient bien d'un gouvernement qui aille jusqu'en 2011. Lorsque j'ai répondu à ces deux questions, via des rendez-vous bilatéraux, j'ai pu réunir les formations politiques, ensemble, lors d'un déjeuner.

PM: Aviez-vous insisté pour qu'aucune information ne filtre?

WM: Pas particulièrement. Vu l'importance de la crise et la volonté commune d'aller vite, ce ne fut pas nécessaire.

PM: L'existence de ce déjeuner ne fut connue qu'après-coup…

WM: Alors que jusque-là, j'avais reçu mes visiteurs à la Chambre des Représentants, j'ai décidé que ce déjeuner se déroulerait dans mes bureaux de la présidence du Parti Populaire Européen (PPE). Ceci, afin que cette rencontre reste la plus discrète possible. J'avais prévenu mes collaborateurs: s'il n'y a pas de journalistes ou de caméras à l'entrée, c'est que le secret a été respecté. Ce fut le cas.

PM: Joëlle Milquet a insisté sur la convivialité qui présida à ce repas, affirmant que ce fut grâce à vous…

WM: Je parlerais plutôt de respect mutuel. Mon expérience de ce type de négociation a bien sûr joué. À l'issue de mes premières rencontres personnelles, j'avais déjà senti que l'atmosphère était devenue plus conviviale, grâce à l'engagement des uns et des autres.

PM: Vous n'avez donc senti aucune acrimonie, lors du déjeuner au PPE?

WM: Il n'y avait pas d'électricité dans l'air. Aucune haute tension. Au cours du déjeuner, la méfiance entre partenaires a d'abord été maîtrisée, puis elle a été dépassée.

PM: Chacun s'en souvient: à l'époque de Val Duchesse, vous aviez dénoncé les déclarations "devant des grilles"…

WM: Exactement. C'est pour cela que j'ai refusé de m'exprimer durant ma mission, ne le faisant qu'après. Les médias avaient le droit de savoir ce qui s'était passé. Cela, je l'aurais fait, même j'avais connu un échec.

PM: Vous vous méfiez de la presse?

WM: Achille Van Acker affirmait qu'il ne lisait les journaux qu'à la fin de la semaine.

PM: Vous avez fait la même chose?

WM: Oui!

PM: D'autres s'expriment beaucoup, comme Mark Eyskens par exemple…

WM: Savez-vous que, lorsque la crise s'est déclenchée, j'ai été approché par cinq émissions de télévision. Or je ne souhaitais pas parler de choses que je ne connaissais pas. Sans cela, je n'aurais pas été désigné en tant qu'"explorateur".

PM: Vous faites allusion au motif de la crise politique: les relations entre politique et justice?

WM: En tant qu'avocat, je suis plutôt de l'ancienne génération. La démarcation entre politique et justice doit être totale. Tout contact entre ces deux pouvoirs est inadmissible. Dans le cas qui nous occupe, il faudra faire toute la clarté sur ce qui s'est réellement produit et, s'il y a effectivement eu des contacts, le parlement devra faire des propositions.