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15/01/2010

VOEUX DU MR: UN ANGE NOMME FOURNAUX EST PASSE (Que du bonheur, DH du 10-01-10)

fournaux.jpgVendredi soir à Libramont et samedi matin à Wavre, Didier Reynders présentait ses bons vœux aux membres du MR. La première fois, le président a annoncé à ses troupes que, si tout allait bien, on ne voterait pas en 2010. Étant donné que, le lendemain, sur ses terres brabançonnes, Charles Michel a prophétisé la même chose, l'assistance a poussé un ouf de soulagement: cette année, on ne votera donc pas au… MR! Si c'est un des Michel qui l'assure… Autre bon mot qui aura ravi les bleus, celui qui vit le président regretter le manque de sel de déneigement, là où les vaccins antigrippaux affluaient. Plus sérieusement, vendredi, Reynders a évoqué le cas de l'ancien bourgmestre Godart, de Bouillon, qui s'était donné la mort après avoir été calomnié par des policiers. Ceux-ci viennent d'être condamnés par la Cour d'appel de Liège, avec suspension du prononcé. Le nom de Richard Fourneaux n'a été ni cité ni même évoqué. Cela n'a pourtant pas empêché certains de songer au maïeur de Dinant, une semaine avant que le conseil de conciliation du parti statue sur son cas…

04/01/2009

MISCHAEL MODRIKAMEN: "Je vais au contact frontal"

 

modrikamen - PM 23-12-08.jpg

Depuis un triste week-end d'octobre, Mischael Modrikamen est devenu un habitué des médias. Il a croisé le fer avec les avocats de l'Etat, ainsi qu'avec le couple Leterme-Reynders, mais par presse interposée. Affirmer que le second ne porte pas dans son cœur le défenseur des 2.100 actionnaires de Fortis est un euphémisme. Me Modrikamen n'a jamais plié. Comme autrefois son père, qui a connu la Gestapo, avant d'être victime d'une tentative d'assassinat politique. Paris Match lui a demandé ce qu'il pensait de la crise de régime que connaît la Belgique, et comment il voyait l'avenir du pays. Sans oublier celui de ses clients. Nous avons aussi fait le point sur ses prétendues ambitions politiques.

Paris Match: On vous présente comme le tombeur du gouvernement et comme le fauteur de crise…

Mischael Modrikamen: J'ai le sentiment d'avoir fait mon travail et d'avoir défendu une cause. Nous avons exposé publiquement nos griefs, ce qui est toujours déstabilisant pour l'adversaire. 

PM: Au début, on vous présentait comme un chevalier blanc, puis aujourd'hui, certains vous reprochent de mettre en danger la survie de Fortis, mais aussi l'emploi et l'argent des clients…

MM: C'est la fuite en avant du gouvernement qui a tout causé. Sans cela, la situation serait tout autre…

PM: Vous vous attendiez à tout cela?

MM: J'ai vite senti que le dossier Fortis allait être un des plus important de l'histoire de la Belgique: avec les vingt à vingt-cinq milliards d'euros perdus, des gens ruinés et 500.000 personnes touchées…

PM: Cela, c'est pour Fortis. Et pour la crise politique?

MM: Je n'ai jamais imaginé les développements des derniers jours. Je le répète: après l'arrêt de la Cour d'appel, le gouvernement aurait fort bien pu prendre de la distance. S'il l'avait fait, on n'en serait pas là!

PM: Vous avez proposé au gouvernement de négocier: vous y songiez réellement ou était-ce stratégique?

MM: Nous y avons réellement cru. Il y a plus que la posture de celui qui ne veut pas la mort de l'autre.

PM: Le fait que tout a éclaté de la sorte ne va-t-il pas permettre de repartir sainement?

MM: J'ai l'espoir que les avocats de l'Etat auront une nouvelle feuille de route. Il est cependant clair que les entrevues actuelles chez le Roi sont surtout politiques. J'appelle de mes vœux une équipe différente.

PM: Cela va prendre des années…

MM: On ne peut se le permettre. Il faut être volontariste.

Paris Match: Quelles réflexions vous inspire la Fortisgate?

MM: Il s'agit d'une crise de régime, un peu comme celle de la VIème République. Le gouvernement Leterme n'est jamais parvenu à décoller et on vient d'atteindre les limites du système proportionnel.

PM: Il y a aussi eu des pratiques inqualifiables…

MM: Les 3, 4 et 5 octobre derniers, on reprochait au gouvernement d'être intervenu dans Fortis et de s'être substitué aux organes de la banque. Ensuite, la Justice s'en est mêlé et il y a de nouveau eu des interférences. Heureusement, lorsqu'on s'est attaqué aux fondements de la démocratie, la presse et l'opinion ont joué leur rôle. 

PM: Vous mettez la justice et la politique dans le même sac?

MM: Au niveau de la Cour d'appel, il y a eu des réactions très saines: les pressions ont été rendues publiques et les magistrats les ont dénoncées.

PM: Ces pratiques sont-elles régulières?

MM: A niveau du Parquet, il y a aussi eu une confusion des genres: il a agi à la demande du gouvernement et l'Etat, partie à un procès, a utilisé ses prérogatives d'Etat-Etat, en chargeant le Procureur général de faire une enquête, pour pouvoir aller en Cassation. C'est aussi inacceptable qu'effrayant.

PM: Qu'est-ce qui est véritablement en cause?

MM: Le gouvernement Leterme étant particulièrement faible, il a été le lieu de beaucoup de problèmes d'ego. Avec l'affaire Fortis, Yves Leterme et Didier Reynders se sont d'abord profilés comme des hommes d'Etat. Leur décision de vendre Fortis était, soit contestable, soit très mauvaise. Surtout, ils ont été sourds à toute négociation, tout en allant dans le déni. Ils ne se sont pas comportés en hommes d'Etat.

PM: Qu'aurait dû faire le gouvernement pour Fortis?

MM: Il aurait d'abord dû garantir les crédits interbancaires et empêcher les Hollandais d'agir comme ils l'ont fait. Ensuite, tous les états ont défendu leur champion, sauf la Belgique: la Hollande, la France, l'Allemagne, l'Angleterre… Nous avons fait preuve d'une incroyable impréparation et en trois jours, nous avons permis le démantèlement de la plus vieille institution financière belge. De plus, ceux qui ont négocié n'étaient pas habilités à céder les actifs d'une banque.

PM: Quel est le profil d'un homme d'Etat?

MM: Est homme d'Etat celui qui, dans des circonstances difficiles, sait faire de bons choix, dans l'intérêt de tous et qui a de l'ambition. Les membres du gouvernement en manquent terriblement.

PM: Avez-vous l'impression que nous vivons un profond chaos?

MM: Les institutions sont fort affaiblies et il faut les renouveler d'urgence.

PM: Les citoyens affirment qu'il est temps que le politique, qui effectue des pressions sur divers milieux, doit être sanctionné: votre avis?

MM: Il faut surtout réformer les institutions. La Belgique a besoin d'un gouvernement fédéral fort, ainsi que de deux ou trois institutions fédérées simplifiées. Il faut des équipes resserrées et en terminer avec les institutions qui ne servent à rien, comme les provinces. Je plaide aussi pour le système majoritaire qui permet d'identifier clairement qui est au pouvoir et d'éventuellement le sanctionner aux élections. Sans oublier l'enseignement, la justice, la sécurité, le marché du travail… 

PM: Le système majoritaire tient-il compte de la complexité de la Belgique?

MM: Les institutions ne doivent pas rendre le pays plus complexe qu'il ne l'est déjà. Voyez le dossier des vols de nuit: il est ingérable à cause de la superposition des pouvoirs. Nos institutions sont à bout de souffle. Je souhaite qu'on change de République!

PM: Cette crise arrive à un très mauvais moment: le pays risque gros…

MM: La Belgique a perdu 15 à 20 milliards, des gens sont ruinés et ne vont pas bien: dépressions, suicides… Les conséquences de la crise Fortis vont se faire ressentir économiquement, c'est certain.

PM: Tout ce que vous dites est très politique, non?

MM: Mes recours sont juridiques, comme mes griefs. Mais il est vrai que l'affaire Fortis a pris un tour politique. Bien malgré moi.

PM: L'affaire Fortis vous permettrait d'avoir des gains colossaux?

MM: Les gens ne se rendent pas comptent de ce qu'implique notre travail. Depuis trois mois, dans le cabinet, il y a neuf personnes mobilisées, jour et nuit. Nos coûts sont énormes. Le seul fait d'aller en appel revient à près de 9.000 euros. Quant aux actionnaires, celui qui avait mille actions à 15 €, il y a un an, le même a encore pour 1.000 € d'actions. Il a donc perdu 14.000 €. Pour aller en justice, il a dû payer 150 €. 

PM: Les commentaires sur vos gains vous blessent?

MM: Les critiques injustes me laissent totalement indifférent et insensible. 

PM: Vous dites qu'il faut une conciliation dans l'intérêt du pays: quelle conciliation et quel intérêt du pays?

MM: Pour la conciliation, il y a plusieurs pistes: une renégociation, la création d'une grande banque belge, je n'ai aucun a priori et ne prétends pas détenir "la" solution. Quant au pays et son avenir, je le répète: il va falloir revoir les institutions qui sont grippées.

PM: Que peut espérer le petit l'actionnaire, combien?

MM: L'objectif réaliste est d'arriver à 9-10 € par action.

PM: Et l'avenir, pour Fortis?

MM: Sauf si les bilans sont faux, Fortis n'a pas de problèmes de solvabilité, mais des problèmes de liquidité. Sa solvabilité est meilleure que celle de BNP: les Français ont plus besoin de Fortis que le contraire. Pour les liquidités, le problème de Fortis est le marché interbancaire. 

PM: Quid de l'Etat belge?

MM: Si BNP augmente son capital, l'Etat va avoir une participation totalement diluée tandis qu'il va assumer en risque, sans avoir plus rien à dire. C'est hallucinant!

PM: On a évoqué vos contacts avec Rudy Aernoudt…

MM: Je l'ai effectivement rencontré, il y a trois semaines. Je veux rappeler qu'en 2003-2004, j'avais moi-même songé à lancer un parti. À l'époque, j'avais été jusqu'à mettre au point un programme, un site internet et une récolte de fonds. Mais je me suis heurté à l'opposition de ma femme qui a menacé de divorcer.

PM: Pourquoi feriez-vous de la politique?

MM: Le drame de la Belgique est que les hommes politiques sont des professionnels: de 22 ans jusqu'à leur mort. Cela leur enlève toute fertilité mentale. Je préfère le système des Etats-Unis où l'on fait des allers-retours entre la politique et la vie civile.

PM: Pour en revenir à Aernoudt…

MM: J'ai de la sympathie pour l'homme, qui est intelligent et a été courageux. Je trouve que son programme est bon. Mais on s'est vu, sans plus… Il ne m'a rien proposé. Pour le moment, j'interviens comme avocat. Je n'ai pas d'agenda politique.

PM: Vous ne serez pas candidat en juin prochain?

MM: Non! Mais un jour… 

PM: Avez-vous envie de devenir un "chevalier blanc", en politique?

MM: Je suis attiré par la chose publique, mais j'aime ma liberté. Je ne voudrais pas dépendre d'un président de parti. J'y réfléchirais donc à deux fois avant de me lancer en politique… 

PM: Pour en revenir au gouvernement, on n'y a guère entendu de voix discordantes…

MM: L'unanimité est surtout due au fait que peu de gens connaissent ce dossier fort technique.

PM: Selon vous, Yves Leterme a commis une gaffe énorme ou espérait-il passer entre les mails du filet?

MM: Je me pose des questions sur l'homme. Je doute vraiment que ce qui s'est passé chez lui soit resté au seul niveau de son chef de cabinet. Plus généralement, il est clair qu'il a failli: il a fait ce qu'on appelle du football panic.

PM: Il n'a pas la carrure d'un homme d'Etat?

MM: Son entêtement, voire sa candeur à révéler des contacts, et le fait qu'il a exposé une magistrate, tout cela me ferait répondre par la négative. Mais dans cette affaire, je n'ai pas joué l'homme.

PM: Et Didier Reynders?

MM: Je pense qu'il s'agit d'un homme extrêmement intelligent et j'aurais espéré qu'il exerce une influence positive. Mais lui, a clairement joué l'homme, proférant parfois des âneries: par exemple, quand il a dit qu'il n'avait jamais vu un avocat demander une provision avant d'agir. Reynders a fort personnalisé le débat et a été un obstacle au règlement serein du dossier.

PM: Aucun homme d'Etat, selon vous?

MM: Sans affirmer que cela lui donne l'étoffe d'un homme d'Etat, j'ai apprécié Jo Vandeurzen qui a su prendre ses responsabilités

PM: Votre cabinet, c'est un peu David contre Goliath?

MM: Si on compte notre chauffeur, nous sommes neuf. Il y a d'abord quatre associés: ma femme, qui s'occupe de tout le back office et qui fait tourner le cabinet, Olivier Bonhivers qui a travaillé avec moi sur le dossier Fortis, Cyrille Barette qui s'occupe de nos autres clients, et moi-même. Sans parler d'excellents juristes, dont Laurent Arnouts qui est doté d'un grand flair politique.

PM: Ce type de structure vous plaît?

MM: Elle permet une liberté d'agir et ne me fait pas dépendre d'un client.

 

"Je vais au contact frontal!"

PM: Le drame de votre vie, c'est l'agression dont votre père a été victime?

MM: Cette tentative d'assassinat m'a montré la violence qu'il pouvait y avoir en politique et ses dangers. Mais cela n'a pas empêché mon père à continuer de sortir. Il ne se cachait pas.

PM: Que s'est-il vraiment passé?

MM: C'était il y a 17 ans et mon père avait découvert des fraudes à grande échelle et il a subi cette agression. Mais on n'a jamais su la vérité. Il est mort quelques années plus tard.

PM: Vous ressemblez à votre père?

MM: Mon père était très droit et très fort. Il menait une lutte responsable. En fait, il était un sage, une référence pour beaucoup de monde. J'ai vécu dans un milieu politique et syndicaliste. Très tôt, j'ai voulu devenir avocat, et surtout avocat d'affaires.

PM: On dit que vous avez hérité de sa volonté et du courage dont il a fait preuve face à la Gestapo?

MM: J'ai la même détermination que lui, mais je vais plus au contact frontal que lui. Je crois être honnête, à cent pour cent.

PM: Est-il possible de faire de la politique en restant probe ou est-on amené, un jour ou l'autre, à devoir faire des concessions?

MM: Je ne refuse pas a priori les combinaisons, mais je crois surtout au volontarisme. Il faut savoir concilier la vertu et la souplesse.

PM: En politique, vous avez des références?

MM: J'admire l'action politique, et des gens comme Churchill ou Clemenceau. 

PM: Si vous aviez le choix entre dire la vérité et tuer la Belgique, ou mentir et sauver le pays, que feriez-vous?

MM: La fin de la Belgique n'est pas un objectif en soi. Mais si je devais me taire pour un énorme péril, je le ferais.

21/12/2008

CRISE: la ligne du temps (DH 21-12-08)

 

leterme - DH 21-12-08.jpg

Jeudi 11 décembre 2008:

17h: Les avocats de la SFPI (Société fédérale publique d'investissement) font parvenir un mail au cabinet Modrikamen, l'informant qu'ils veulent bloquer la réouverture des débats. Ils invoquent un élément neuf: la décision de la Commission européenne, du 3 décembre, approuvant le rachat de Fortis par la BNP. Auraient-ils appris que l'arrêt sera rendu, le lendemain?

Vendredi 12 décembre:

14h30: Dès le début de l'après-midi, l'on sait que cet arrêt va être rendu le jour même.  Il le sera à 20h15: les actionnaires obtiennent gain de cause sur toute la ligne. Au cabinet Modrikamen, tout le monde s'embrasse et fête l'événement. Normal, l'arrêt-déclencheur sortira tous ses effets, quoi qu'il arrive. Cela, tant qu'il ne sera pas cassé. A onze heures, Modrikamen et son associé, Me Olivier Bonhivers, tiennent une réunion pour peaufiner leur réaction.

Samedi 13 décembre:

Dès l'aube, on apprend qu'un des trois magistrats n'aurait pas signé l'arrêt. Les avocats de la SFPI font aussitôt circuler l'information que la décision est donc illégale. La suite, et les avis de la majorité des juristes, montrera qu'il n'en est rien.

Autre élément évoqué: la domiciliation des actionnaires. Ceux qui habitent l'étranger ont élu domicile au cabinet de leur défenseur, ce qui facilite le travail de tout le monde – dont le greffe –, pour l'envoi des innombrables documents. Si cette donne change, les délais de citation des parties seront augmentés de 80 jours!

Dimanche 14 décembre:

reynders et leterme - DH 21-12-08.jpgMidi: Sur les plateaux télé, Didier Reynders minimise la portée de l'arrêt, rendu quarante-huit heures plus tôt. Or celui-ci va très loin: il affirme que la vente de Fortis à BNP-Paribas ne se justifiait pas.

Petit à petit, percole l'idée qu'une procédure en tierce opposition et un recours au Conseil d'Etat pourraient être introduits.

21 heures: on apprend le renoncement officiel des actionnaires à leur domiciliation chez leur conseil. Désormais, le Code judiciaire sera respecté à la lettre.

Lundi 15 décembre:

Yves Leterme annonce officiellement le lancement, d'une tierce opposition, par la SFPI, et le recours en Cassation, par son gouvernement.

Mardi 16 décembre:

Dans les milieux les mieux informés, on apprend que le ministre de la Justice, Jo Vandeurzen – voire son cabinet – a demandé une enquête sur les magistrats de la Cour d'Appel. Comble!, celle-ci serait menée par le juge Pierre Morlet. Il s'agit de l'avocat général qui rendit un avis très négatif à l'égard des actionnaires, devant la Cour d'appel.

Autre information/rumeur: la juge Schurmans – une des trois juges de l'arrêt - aurait déposé plainte pour harcèlement contre ses confrères Blondeel et Delvoye, signataires de l'arrêt. Le Premier président de la Cour de cassation classera sans suite.

Mercredi 17 décembre:

Première informée, la presse a appris qu'un membre de la Chancellerie du Premier ministre aurait contacté le substitut du Procureur du Roi, Paul Dhaeyer.

Jeudi 18 décembre:

vandeurzen - dh 21-12-08.jpg16 heures: à la Chambre, Yves Leterme rend publique une lettre à son ami, ministre de la Justice, Jo Vandeurzen. Le contenu du courrier est aussi étonnant que la méthode. Ce souci de transparence restera comme un des faits marquants de la méthode "Leterme". Aux ministres qui l'interrogeront, le lendemain, le Premier avouera, sans rire: "Même en ayant connaissance du Tsunami que cette distribution a provoqué, je la referais!" Dans sa lettre, le Premier dénombre des coups de fil passés, début novembre, entre sa cellule stratégique et le juge Dhaeyer, pour obtenir confirmation – avant l'heure - que le Parquet allait bien rendre un avis devant le tribunal de Commerce; le courrier de Leterme évoque aussi un appel entre son chef de cabinet, Hans D'Hondt, et le même Dhaeyer pour que celui-ci lui commente l'avis. Plus fort, Leterme raconte que Dhaeyer a conseillé aux avocats de l'Etat de se rallier à son avis, et qu'il a été jusqu'à proposer de "venir en faire le commentaire devant le Premier ministre". Cette proposition ne sera pas suivie d'effet.

Toujours dans son courrier à Vandeurzen, Leterme évoque un SMS que M. Degroof, époux de la juge Schurmans, en envoyé à Hans D'Hondt: il y est dit que la magistrate "a su convaincre les instances supérieures de la Cour de Cassation d'une évolution qui pourrait s'avérer catastrophique." Autre scoop du courrier de Leterme: deux magistrats se sont rendus chez Mme Schurmans pour lui demander d'apposer sa signature au bas de l'arrêt qui sera pris le soir même. Dans un communiqué postérieur, l'époux de la juge confirmera cette visite ainsi que la "maladie" de sa femme.

Suprême élan de naïveté (?) de Leterme, il conclut son courrier à Vandeurzen par: "Vous constaterez qu'il ne saurait être question de quelque tentative ni intention que ce soit d'influencer le cours de la procédure". Troublant, lorsqu'on se souvient que le Premier a dit, au tout début de la crise financière: "Je suis favorable à la séparation des pouvoirs, mais l'intérêt supérieur de l'Etat peut parfois primer!"

cour de cass - DH 21-12-08.jpgAutre courrier, dévoilé le même jour, celui du Premier président de la Cour de Cassation, Ghislain Londers, au Président de la Chambre, Herman Van Rompuy. Le premier y affirme que des pressions ont bel et bien été exercées sur des magistrats dans le cadre du dossier Fortis. Londers ne cite aucun nom, mais promet d'apporter des précisions. 

Vendredi 19 décembre:

Le matin, dans La Dernière Heure, commentant l'affaire, le professeur de l'UCL, Robert Wtterwulghe, parle d'écoutes téléphoniques, de pressions et menaces physiques. Il va jusqu'à évoquer une "omerta".

Les détails promis par le Premier président Londers, tombent: " Hans D'Hondt a appris, dans le courant du 11 décembre 2008, qu'un brusque changement serait intervenu dans la prise de décision relative au dossier Fortis et celui-ci pourrait connaître un revirement dramatique." Selon le Premier président, "ces informations extrêmement sensibles viennent de Christine Schurmans." Toujours selon Londers, Hans D'Hondt aurait pris connaissance de la même information, via M. De Groof, époux de la juge Schurmans. Or, selon l'article 29 du code d'instruction criminelle, M. D'Hondt aurait dû avertir "sur-le-champ" le Procureur du Roi" concerné. Suite du courrier de Londers: "À la demande du ministre de la Justice , Jo Vandeurzen, le Procureur Général, Marc de le Court, a insisté pour que l'affaire soit reprise dans son intégralité, avec un siège composé de trois autres juges. L'objectif? Obtenir un jugement plus favorable (au gouvernement) sur le dossier Fortis." Ce souhait ne sera pas exaucé et l'arrêt sera bel et bien prononcé. Ghislain Londers ajoute in fine "avoir la conviction que, à la demande de M. Vandeurzen, des pressions ont eu lieu sur des magistrats." C'est sans conteste ce point précis qui poussera le ministre de la Justice à la démission, vendredi en fin d'après-midi.

Outre ce courrier du Premier président de la Cour de Cassation à Herman Van Rompuy, le Procureur général Marc De Le Court en a envoyé, lui aussi, mais à Jo Van Deurzen, le lundi 15 décembre. Il relève l'absence de la juge Schurmans, depuis le mercredi 10 décembre, mais aussi le fait qu'elle n'a pas participé à la délibération qui a porté sur les considérations conduisant à l'arrêt (…). L'affirmation du Procureur général sonne bizarrement: il note malgré tout que la juge Schurmans aurait envoyé plusieurs mails, pendant son absence. Aux dires de nombreux observateurs, dans ce courrier, le Procureur général De Le Court sort clairement de son rôle.

de le court - dh 21-12-08.jpgLe même vendredi, le Procureur général De Le Court écrit au Premier président de la Cour de Cassation. Il lui fait part de "son très profond étonnement, tant à propos de la manière dont leurs entretiens ont été relatés, que l'analyse qui en a été faite."

Le matin du même jour, les ministres ont devant eux un Jo Vandeurzen, en larmes. Le ministre de la Justice clame sa bonne foi. Il n'en démissionnera pas moins, en fin de journée.

De leur côté, plusieurs ministres demanderont à Yves Leterme pourquoi il a fait distribuer sa lettre à Van Deurzen. Ce courrier ne jette-t-il pas d'un coup sec l'opprobre sur les mondes judiciaire et politique? Non seulement, le Premier ne voit pas malice, mais il confie "aux collègues", comme il dit souvent: "Sachant ce que cela a provoqué, je le referais!" Vite, un psychiatre! Lorsqu'on apprend les SMS "bac à sable" que le chef du gouvernement a échangés avec certains journalistes, on ne peut que se frapper la tempe au moyen de l'index…

verhofstadt - DH 21-12-08.jpgDu côté de l'Open-VLD, on est moins sentimental. Ainsi, est-ce ce parti qui a exigé que ce ne soit pas le seul Yves Leterme, mais bien l'ensemble du gouvernement qui démissionne. Pas question de donner l'impression de vouloir la peau du seul Leterme.  Le VLD tenterait-il de faire revenir Guy Verhofstadt? Réponse, du tac-au-tac, d'un ministre francophone: "C'est Verhofstadt lui-même qui tente de se faire revenir!"

En fin de journée de vendredi, Leterme réunit ses vice-Premiers, afin de régler la suite des événements. C'était la tourmente! Et pourtant, Joëlle Milquet propose, le plus sérieusement du monde, qu'on "décide de prendre des mesures pour les gens."

Plus terre-à-terre, du côté du PS, la hache de guerre est déterrée: "Didier Reynders est, lui aussi, mouillé dans les contacts avec la magistrature", assène le service de presse d'Elio Di Rupo, dans une grande campagne téléphonique aux médias. Ambiance!