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05/10/2009

JEAN-PIERRE VAN ROSSEM: "JE VIS COMME UN RHIZOME" (DH 04-10-09)


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"De engel en de duivel" (l'ange et le diable): un éditeur hollandais vient de sortir une biographie de Jean-Pierre Van Rossem. Nous avons rencontré l'inventeur du Moneytron. À l'issue de cette rencontre, sa femme, Ljudmila, est venue compter le nombre de cigarettes qu'il avait fumé…

La Dernière Heure: Que pensez-vous de cette biographie?

Jean-Pierre Van Rossem: Ce livre a été conçu trop rapidement: il devrait être prêt pour la foire du livre d'Anvers et je l'ai découvert en librairie. J'ai tout écrit en trois jours et trois nuits. Savez-vous que je n'en ai même pas reçu d'épreuves?!

DH: Et le titre, il vous plaît?

JPVR: Non! C'est un choix de l'éditeur!

DH: Vous n'abordez guère votre jeunesse: elle fut à ce point noire?

JPVR: Exactement, c'est pourquoi j'ai tout voulu oublier. Même la mort de mon frère, Paul, qui avait un an et demi de moins que moi. Ma mère n'a-t-elle pas affirmé que son décès était de ma faute et qu'on lui enlevait son meilleur fils pour lui laisser l'autre, "le connard".

DH: Manifestement, avec vos fils, Piki et Youri, l'entente est meilleure…

JPVR: Oui, cela se passe très bien. Nous suivons par exemple tous les trois les matches du Cercle de Bruges où Youri rêve de jouer un jour.

DH: C'est aux Etats-Unis qu'a débuté votre carrière financière?

JPVR: J'ai remporté un premier prix à la Foire internationale de Gand et, avec l'argent récolté, j'ai été aux Etats-unis. J'y ai rencontré le maître de l'économétrie. J'ai suivi ses cours comme élève libre. Durant la même période, j'ai fait une autre rencontre: celle de l'héroïne…

DH: Vous y avez été accro pendant longtemps…

JPVR: La sensation qu'elle procure est merveilleuse, mais le prix n'en vaut pas la peine. C'est le célèbre white light…

DH: Lou Reed en a fait une chanson…

JPVR: (Il fredonne le refrain) On vivait comme des bêtes. Nous avions plusieurs filles par jour et notions leurs performances sur des fiches.

DH: Vous dites avoir eu près de 3.000 conquêtes. Presque comme Simenon…

JPVR: C'est vrai, mais j'avais une autre passion: les Ferrari… Lorsque je me suis payé la centième, Enzo Ferrari m'a invité chez lui. J'ai cru que nous allions parler "bagnoles", or nous avons parlé "filles".

DH: Une de vos premières trouvailles a consisté à gagner dans les casinos…

JPVR: A cette époque, l'héroïne coûtait fort cher: 5.000 francs par gramme. J'ai dû trouver un truc pour gagner au casino. Mais une fois que ça s'est su, tous les casinos belges m'ont interdit…

DH: Après, sont venues les banques…

JPVR: J'ai travaillé à la Banque de Bruxelles, puis à la Kredietbank. J'y ai observé les gestionnaires de fortunes et me suis dit qu'ils n'y connaissaient rien. C'est alors que j'ai eu mes premiers contacts avec des gens riches. J'en ai aidé certains, sur base d'analyses de bilans.

DH: On en arrive peu à peu à ce qui a fait votre notoriété: le Moneytron…

JPVR: A Louvain, j'avais un bureau de répétition pour gosses de riches. Ceux-ci détestaient les maths. Je leur ai proposé de spéculer en Bourse. À l'époque, une élection se déroulait en Hollande et j'ai eu le pressentiment que la gauche allait gagner, ce qui allait à contresens du sentiment général. Nous avons gagné 13 fois notre mise. Les étudiants en ont parlé à leurs parents et certains sont venus avec des valises pleines d'argent…

DH: Quel était le principe de base du Moneytron?

JPVR: Un Belge demeurant au Chili parvenait à reproduire des actions, à la perfection. Nous avons simplement utilisé ces sortes de "doubles" en les donnant en garantie à des banques. C'était immoral, mais personne n'y perdait. Nous avons financé de la sorte six grosses opérations. À la septième cependant, il y a eu un couac. J'avais possédé jusqu'à 890 millions de dollars.

DH: Qu'avez-vous fait, à ce moment?

JPVR: J'ai organisé une conférence de presse, y annonçant deux nouvelles. La première était la bonne: le monde comptait un capitaliste de moins! La seconde était mauvaise: c'était de moi qu'il s'agissait! Je suis ensuite rentré chez moi et ai dit à ma femme d'alors que j'étais foutu! Elle m'a répondu: "On va enfin vivre normalement!"

DH: Qu'êtes-vous devenu, depuis?

JPVR: J'ai continué à suivre le précepte du philosophe Gilles Deleuze: "Vivre comme un rhizome"! Je me déploie dans toutes les directions, sans que ma vie soit planifiée. Sauf le fait de suivre les matches du Cercle de Bruges…

20/08/2009

LUTTE CONTRE LES EVASIONS: UN FAMEUX CASSE-TETE (DH 16-08-09)


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Vingt-trois juillet 2009. Un événement va se dérouler qui sera peu commenté par la presse flamande – l'affaire, il est vrai, se passe en Flandre, et le ministre de tutelle est du Nord du pays -: avec l'aide d'un hélicoptère, trois détenus s'évadent de la prison de Bruges. Or celle-ci est équipée de filets empêchant pareilles évasions. Oui mais voilà, les fugitifs n'étaient pas incarcérés dans le quartier de haute surveillance, sur lequel sont posés ces fameux treillis. Preuve qu'ils ne sont pas la panacée. Lundi en huit, lors d'une réunion qui se tiendra entre les acteurs de ce dossier, gageons que la sécurisation des prisons sera abordée. Même si elle ne figure pas à l'ordre du jour. Afin d'en savoir plus, nous avons interrogé Laurent Sempot, attaché à la direction générale des établissements pénitentiaires, au SPF Justice, Didier Breulheid, délégué CSC service public et Laurent Vrijdaghs, président de la Régie des Bâtiments.

 

Le dossier repart de zéro

La Dernière Heure: Trois évasions à Bruges, alors que la prison est protégée par des filets…

Laurent Sempot: Les détenus étaient ailleurs. Reste que la pose de treillis est extrêmement chère: à Bruges, le préau en question est grand comme un terrain de football.

DH: Qu'en est-il des autres prisons?

LS: Au même titre que tous les bâtiments de l'Etat (musées, administrations…), les prisons sont gérées par la Régie des bâtiments. Celle-ci a introduit des dossiers en 2007. Ils viennent d'être réactivés par le ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, suite à la triple évasion de Bruges.

DH: Qu'entendez-vous par "réactivation des dossiers"?

LS: Comme on l'a vu à Bruges, la pose de filets n'est pas la seule option pour mieux sécuriser les prisons. On peut aussi envisager le placement de poteaux, au milieu des terrains à protéger, voire le tirage de câbles qui quadrilleraient les lieux. Le ministre veut réexaminer ces différentes solutions.

DH: A priori, Stefaan De Clerck privilégie-t-il un type de protection?

LS: Je crois savoir qu'à son cabinet, on est assez favorable aux poteaux. Mais aucune option n'a encore été officiellement retenue.

DH: Quand elle était ministre de la Justice, Laurette Onkelinx préférait les filets. N'a-t-on pas déjà perdu beaucoup de temps?

LS: Le dossier repart à zéro et la Régie des bâtiments travaille à son propre rythme. Étant donné l'étendue de ses compétences, elle a aussi sa sensibilité propre.

DH: Qui décide quoi?

LS: C'est la Justice qui gère ce problème et la Régie qui le finalise.

DH: On a l'impression que chacun se renvoie la balle…

LS: La triple évasion de Bruges montre combien il est difficile de privilégier une solution. À la limite, rien ne dit qu'on ne peut pas envisager un mixe des différentes options: filets, poteaux, câbles… La protection en serait peut-être améliorée, sans parler des coûts que l'on pourrait diminuer.

L'hyper-sécurisation est dangereuse

La Dernière Heure: En tant que syndicaliste, y a-t-il une solution que vous privilégiez, pour la protection des prisons?

Didier Breulheid: L'hyper-sécurisation pourrait, elle-même, se révéler dangereuse. La pose de filets, pour ne parler que de cette solution, conduira les détenus à réfléchir à d'autres moyens pour s'évader. Je songe à une escalade de la violence, dont la prise d'otages.

DH: A quel niveau placeriez-vous la qualité de la sécurité des prisons belges?

DB: A Bruges, Ittre, Andenne et Gand, la sécurité est bonne. Même s'il y reste des problèmes à résoudre…

DH: A quoi songez-vous?

DB: Outre que, comme à Bruges, il est impossible de poser des filets sur toute une prison, leur placement implique d'autres problèmes: le contrôle du trafic aérien, la création de normes plus strictes pour les baptêmes de l'air, l'obligation de posséder un certificat de bonnes vies et mœurs pour les pilotes… Déontologiquement, je ne puis cependant vous citer toutes les failles que nous avons repérées.

DH: Cela donnerait des idées aux candidats à l'évasion?

DB: Exactement! Sans compter que la protection des prisons n'est pas l'affaire des syndicats: nous sommes là pour protéger le personnel pénitentiaire, tandis qu'il revient aux politiques de protéger l'ensemble de la population.

DH: Certains semblent accuser de tous les maux la Régie des bâtiments…

DB: Les moindres travaux imposent l'avis de la Régie. À la prison d'Andenne, il a fallu des mois pour réaliser des choses qui ne demandaient que peu de temps.

DH: Y a-t-il des prisons que vous estimez mal protégées?

DB: Bien sûr! Je citerais Huy, Dinant, Lantin… Ces trois-là sont très anciennes.

Responsabilités partagées entre la Justice et la Régie

La Dernière Heure: La Régie des bâtiments a-t-elle traîné, dans le dossier de la sécurisation des prisons?

Laurent Vrijdaghs: En 2007, Laurette Onkelinx a proposé des pistes au gouvernement, mais ce n'était que des pistes. Pas du concret. Je dirais qu'entre la Justice et la Régie, les responsabilités sont partagées. Ainsi, dans certains cas, la Justice refuse le placement de poteaux. Il n'existe pas une seule et unique solution.

DH: Il y aurait donc d'autres pistes qui n'ont jamais été officiellement évoquées?

LV: Oui, comme la plantation d'arbres de haute taille, l'installation de phares, mais cela ne convient que pour la nuit… En n'oubliant pas que toute option nécessite des choix: quelle taille pour les filets, quel maillage, serré ou non…

DH: Où en est-on réellement?

LV: A la Régie, nous avons déjà fait des dizaines de propositions concrètes et le temps a été long pour la mise en place de groupes de travail. Mais là, on y est: la Justice est occupée à lister les problèmes afin que nous puissions intervenir.

DH: Par exemple?

LV: Je peux annoncer que les travaux débuteront en septembre, pour les prisons de Hasselt et Bruges. Et, d'ici la fin de l'année, la liste complète sera sur la table.

DH: Si l'on vous suit, la Justice et la Régie travaillent désormais ensemble?

LV: Exactement! Les ministres des deux départements ont d'ailleurs signé un protocole qui permet de ne plus partir dans tous les sens. De plus, dans les deux ministères, existent des responsables spécifiques des dossiers: un à la Justice, pour la Régie, et deux autres à la Régie, pour la Justice. En outre, un plan pluriannuel a été conçu qui a trait aux investissements, aux travaux lourds…