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15/01/2010

SOUS LE REGARD DE LA FLANDRE (1) ALEXANDER DE CROO (DH 10-01-10)


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Ce dimanche, la DH lance une nouvelle rubrique: "Les francophones vus par les Bekendissimes". Ou, quel regard les Flamands les plus connus – les Bekende Vlamingen (BV) – portent-ils sur nous, francophones wallons et bruxellois. En Flandre, le "BV" est une marque déposée, ou presque. On y trouve quelques rares politiques, des journalistes et animateurs télé, d'anciennes Miss, des sportifs, certains participants à des émissions de divertissement, bref des people. Cela va de la famille Pfaff à Bart de Wever, en passant par Frank De Winne ou Koen Wauters, le chanteur du groupe Clouseau. Marc Coenegracht, "chef magazine" du premier quotidien flamand, Het Laatste Nieuws, affine la notion de "Bekende Vlamingen": "La dénomination "Bekende Vlaming" date de la naissance de la chaîne privée, VTM, en 1989. Elle a vite été reprise par la presse écrite, et surtout le magazine Dag Allemaal et Het Laatste Nieuws. Avec le temps, être "BV" est devenu un phénomène de moins en moins rare, mais plus éphémère. Le candidat à une émission de télévision peut être élevé au rang de "BV", du jour au lendemain, et retomber dans l'anonymat tout aussi rapidement. Au faîte de la gloire, il fera la une des journaux et sera invité sur les plateaux télé." Enfin, notre interlocuteur tente d'expliquer pourquoi il n'y a pas de "WC" (Wallons connus)? "Surtout parce que le public francophone est restreint, et plus tourné vers la France que la Flandre ne l'est vers les Pays-Bas. Depuis la création de VTM, les Flamands ne regardent presque plus la télé hollandaise." Ceci posé, pour la première de cette nouvelle rubrique dominicale, nous avons interrogé Alexander De Croo, fils d'Herman et tout jeune président de l'Open VLD. À ce double titre, il est déjà un "BV".

DH: Vous considérez-vous comme un "BV"?

ADC: Cette question est une première! Si je suis un "BV", ce serait un résultat étonnant de mon élection à la présidence du VLD.

DH: Comment percevez-vous la Wallonie?

ADC: Je vais partir d'un exemple concret: lorsque je me promène à cheval, si je suis en Flandre, je ne peux pénétrer dans les forêts, alors que je peux le faire en Wallonie. Cela dit tout sur nos différences…

DH: Quels sont vos liens avec Bruxelles?

ADC: Comme étudiant à la VUB, puis professionnellement, j'ai habité dans divers quartiers de la capitale: à Forest, près de la place du Châtelain, près de la gare d'Etterbeek… Je connais donc bien Bruxelles.

DH: Avez-vous vu Bruxelles se transformer?

ADC: On y parle beaucoup plus de langues qu'avant. Par contre, rien n'a changé en matière de propreté. Je prends beaucoup le train: le couloir entre la Gare Centrale et le métro est une honte!

DH: Votre regard sur la Wallonie?

ADC: J'en ai une image très verte. De chez moi, j'aperçois des arbres et des forêts, bien plus qu'en Flandre. Au niveau économique, la Wallonie est une région dynamique où les gens veulent avancer. Enfin, selon moi, le Wallon est un bon vivant.

DH: Et l'image d'une Wallonie paresseuse et éternelle assistée?

ADC: Il s'agit d'un cliché. En Flandre également, nous avons des régions où la vie est plus aisée – Courtrai – et d'autres où c'est le contraire, comme Hasselt.

DH: Qu'aimez-vous comme villes en Wallonie?

ADC: Je connais bien Tournai puisque je n'habite pas loin. Cependant, j'avoue que je connais moins Liège et le Luxembourg. Je vais corriger cette lacune.

DH: Comment définiriez-vous le caractère wallon?

ADC: Il n'y a pas "un" caractère wallon. Je retiendrais pourtant que le Wallon aime bien vivre et bien manger. Il aime aussi discuter et manier la rhétorique. Le Flamand est plus rationnel.

DH: Et le Bruxellois?

ADC: C'est un ket qui parle un mélange des deux langues. Un peu comme je le fais avec ma mère qui est d'origine francophone. Le Bruxellois est plus "je-m'en-foutiste" et ne se laisse pas classifier.

DH: Comment percevez-vous l'éloignement entre le nord et le sud: en politique, dans les médias, dans la culture et la peoplelisation?

ADC: On peut discuter pendant des heures de ce phénomène pour savoir s'il est heureux ou non. Je n'en retiens qu'une chose: il existe!

DH: Une élection, au sein d'une circonscription nationale, serait-elle une manière de freiner la distanciation entre le nord et le sud?

ADC: La seule manière de la rendre opérante est qu'elle ne soit pas accompagnée de quotas entre Flamands et francophones.

DH: Votre avis sur les médias francophones?

DH: En radio, j'ai été invité à Matin Première (RTBF) et sur Bel RTL matin. On m'y a beaucoup interrogé sur le communautaire. Alors que la priorité est à l'économique.

DH: Que pensez-vous de la hargne dont est victime, sur internet, la journaliste de la VRT qui a participé à l'émission "De slimste man ter wereld", Linda De Win ?

ADC: Elle est connue pour être péremptoire et aimer la compétition. En flamand, on dit qu'il faut être "sur ses orteils" pour répondre à ses questions. De là vient sans doute la campagne menée contre elle…

Mini-quiz

DH: Pouvez-vous citer 3 ministres des gouvernements wallon ou de la Communauté Française?

ADC: Non, pas à part Rudy Demotte.

DH: Quel est le grand projet culturel de la Ville de Mons?

ADC: Je ne sais pas!

DH: Devenir la capitale européenne de la Culture en 2015! Connaissez-vous la ville natale de Georges Simenon?

ADC: Je ne sais pas…

DH: Liège. Autre question, qui est le bourgmestre de Charleroi?

ADC: Je ne sais pas.

DH. Jean-Jacques Viseur (CDH). Et enfin, quelle est la plus petite commune bruxelloise?

ADC: Saint-Josse-ten-Noode.

DH: Exact!

08/04/2009

INTERVIEW: HERMAN ET ARIANE DE CROO (PARIS MATCH 02-04-09)

ariane de croo - PM 02-04-09.jpg

Ariane De Croo est la digne fille de son père, Herman De Croo, ministre d'Etat et ancien président de la Chambre. Elle a récemment accepté de se présenter aux prochaines élections régionales: ce sera sans doute à la dix-neuvième et dernière place de la liste de l'Open VLD à Bruxelles, son parti devant officialiser son souhait, cette semaine du 16 mars. Paris Match a réuni le père et la fille, au domicile de celle-ci, à Watermael-Boitsfort. 

Paris Match: Ariane De Croo, pouvez-vous vous présenter?

Ariane De Croo: J'ai trente ans et suis mariée depuis 2006 à un francophone, Frédéric Schilling, qui est architecte. Nous avons un petit garçon de 13 mois: Casimir à qui nous parlons chacun dans notre langue Nous sommes installés dans une belle maison que nous achevons de rénover, au centre du quartier du Logis, à Watermael-boitsfort. Pour faire plaisir à mes parents, j'ai fait des études de droit, à la VUB – à 18 ans, j'avais des idées plus exotiques que ça! –, puis j'ai fait l'histoire de l'art, à l'ULB. Je suis parfaite trilingue. Professionnellement, j'ai d'abord été experte en matière d'art à Anvers et à Bruxelles, et actuellement, je travaille comme juriste dans le domaine des marques et des copyrights.

PM: Vous avez donc décidé de vous lancer dans le grand jeu politique?

Ariane De Croo: Le ministre bruxellois, Guy Vanhengel, avait entendu dire que je m'intéressais un peu à la politique et il m'a proposé de figurer sur la liste régionale de l'Open VLD. Après en avoir discuté avec mon mari et après de longues hésitations, j'ai accepté. Cette première candidature est surtout une manière de me faire connaître, d'ici aux communales de 2012. J'aimerais beaucoup travailler pour ma commune. Être proche des gens et de leurs préoccupations…

PM: Certains vont dire: encore une "fille de"…

Herman De Croo: Moins de 10% des hommes ou femmes politiques ont des enfants qui embrassent cette carrière. Celle-ci étant fort en vue, cela impressionne plus que lorsqu'il s'agit de fermiers, comme c'était le cas, il y a quelques générations. Doit-on pour cela empêcher les "fils ou filles de", comme vous dites, de travailler pour le bien commun?

AC: De toute manière, l'électeur a toujours le dernier mot. Nous ne nous imposons pas à lui! Enfin, je dirais que, si au départ, nous héritons du nom, par la suite, nous devons surtout nous faire un prénom.

(Herman De Croo égrène les dynasties, en politique: quatre générations de Spaak, trois générations d'Eyskens, les Ducarme père et fils qui siègent à la Chambre, sans parler de toutes les autres: Simonet, Daerden, Tobback et… Payfa, la bourgmestre d'Ariane De Croo.)

PM: Certains vous diront que vous empochez les dividendes du travail de vos parents…

ADC: C'est sans doute vrai, mais au début seulement… Par la suite, nous devons faire nos preuves. Il n'est pas question non plus que nous, jeune génération, abîmions le nom familial.

PM: À propos de votre père, inlassable travailleur (du temps où il était ministre, Herman De Croo était connu pour emmener des dossiers jusqu'aux… toilettes): son rythme de vie ne vous avait pas découragée?

ADC: En tant que jeune maman, je me suis évidemment interrogée sur le dilemme que constitue la préservation de mon cocon familial et mon travail au service des gens. Je ne compte pas travailler au même rythme que mon père, si c'est cela que vous me demandez. Il en a trop fait, il a exagéré…

PM: Il a même été victime d'un "burn out"…

ADC: Depuis, il tente de mieux choisir ses activités. Ou, plus exactement, c'est sa secrétaire y veille.

PM: Selon vous, il est possible de combiner une vie de famille et une vie politique de haut niveau?

ADC: Si l'on s'organise, oui! Voyez des femmes comme Joëlle Milquet ou Laurette Onkelinx…

herman de croo - PM 02-04-09.jpgPM: Monsieur De Croo, vous être parlementaire, depuis 41 ans: c'est un record, non?

HDC: Pour l'après-guerre, oui! Mais avant moi, il y a eu Achille Van Acker, Camille Huysmans… Savez-vous que, durant ma carrière, j'ai côtoyé 1.265 députés et 880 sénateurs. Autre chiffre: un tiers des parlementaires qui siègent aujourd'hui à mes côtés n'étaient pas nés quand j'ai prêté serment. Quant à ma récente présidence de la Chambre, mon portrait sera inauguré au Parlement, le 26 mars prochain. Il a été réalisé par un peintre de mon choix, le Basque Eneko Fraile.

ADC: (père et fille rient ensemble) Nous seulement cet artiste est excellent, mais il est aussi très fier: il est parvenu à contraindre mon père au silence pendant des heures, lorsqu'il posait. 

PM: Votre père est effectivement un moulin à parole. Est-il le même lorsqu'il est en famille?

Ariane De Croo: Il est plus à l'écoute lorsqu'il est en famille. Il attend toujours, avant de donner son avis ou de placer une plaisanterie. Je dirais même qu'il nous incite à parler.

PM: Quand vous étiez jeunes, parlait-on beaucoup de politique, à la maison?

ADC: Nous discutions beaucoup, et notre père nous interrogeait souvent sur nos opinions, mais la politique n'était pas omniprésente, comme on pourrait le croire quand on connaît la volubilité de mon père. Il nous parlait de nos amis, de notre vie scolaire…

PM: C'était aussi un père fort absent?

ADR: Cela ne nous a pas manqué, à mon frère et à moi. Nous voyions notre père, chaque soir, puisque notre mère nous couchait fort tôt et nous réveillait, vers 22 ou 23h, lorsque notre père rentrait. 

PM: Ce n'est pas mauvais pour la santé d'un enfant?

HDC: Certains estimaient que c'était barbare, mais nous avions, bien entendu, obtenu l'accord du pédiatre.

ADC: C'est d'ailleurs grâce à cet "entraînement" que je me réveille sans problème, lorsque mon propre fils pleure la nuit.

PM: Avoir un père d'une telle stature, c'était un poids pour un enfant?

ADC: Petits, nous ne nous en rendions pas compte. Un de mes plus anciens souvenirs remonte à la maternelle. J'étais étonnée qu'on veuille décorer mon école pour une visite de mon père qui était alors ministre de l'Education. On m'avait aussi dit que je ne pouvais être fille de ministre, puisque je venais à l'école en bus, comme les autres enfants…

PM: Votre père surveillait-il votre scolarité?

ADC: Un autre souvenir: un soir, il rentre et je préparerais un examen, pour le lendemain. J'étais particulièrement stressée et mon moral n'était pas trop bon. Mon père m'a demandé: "As-tu suffisamment étudié?" Je lui ai répondu que oui, et il m'a suggéré de faire une petite promenade pour me changer les idées. Mon père représentait tant de choses pour moi que ce fut comme une révélation. C'était magique! Question autorité, il n'a jamais élevé la voix. Il dispose d'une autorité naturelle.

HDC: Ma femme et moi, n'avons jamais voulu aider démesurément nos enfants: pas de professeurs particuliers, pas de passe-droits… Nous avons voulu qu'ils se débrouillent tout seuls.

PM: Ariane De Croo, aujourd'hui que vous embrassez la carrière politique, l'ombre de votre père ne vous effraye pas?

ADC: On verra! Mais je ne le crois pas trop… Mon père a toujours été très important pour moi. Il ne l'est pas plus maintenant qu'avant.

PM: Quand on vous a proposé de vous présenter aux prochaines régionales, il vous a donné son avis?

ADC: C'est plutôt moi qui lui pose des questions. Quant à ma candidature, il s'est bien gardé de m'en parler. Une fois ma décision prise, j'aurais voulu la lui annoncer moi-même, mais Guy Vanhengel l'a vu avant moi et le lui a involontairement fait comprendre…

HDC: J'étais stupéfait! Je me doutais que mon fils, Alexander, se lancerait un jour en politique. Et il l'a fait, mais seulement après s'être assuré d'une indépendance professionnelle. Il sera sur la liste emmenée par Guy Verhofstadt, aux Européennes. Pour Ariane, je ne croyais pas qu'elle serait un jour candidate. Et pourtant, à mon grand étonnement, elle a choisi de l'être…

PM: Ariane De Croo, la politique est un milieu de requins: cela ne vous fait pas peur?

ADC: On verra… En ayant suivi le parcours de mon père, je sais comment fonctionne la politique. Mais de toute manière, je n'ai rien à perdre…

PM: Quels sont vos dossiers de prédilection?

ADC: La culture! Mais au début, je vais surtout écouter…

PM: Trouvez-vous votre commune accueillante pour les Flamands?

ADC: Je ne m'estime pas flamande, mais néerlandophone. À la crèche de mon fils, les gardiennes sont bilingues, pour la plupart. Quant aux enfants, ils se mettent naturellement ensemble, selon la langue qu'ils parlent. Plus personnellement, quand je vais à la Poste ou à la banque, je parle d'abord en flamand, pour faire un test. Mais je dois dire que Watermael-Boitsfort est une commune ouverte.

HDC: Ariane n'est pas une nationaliste flamande. Et, politiquement, elle est une vraie libérale sociale.