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13/09/2009

INTERVIEW, CLAUDE JAVEAU, A PROPOS DU SONDAGE ESTIVAL DE PARIS MATCH: "LES BELGES NE VEULENT PAS QUE LEUR ENFANT AILLE DANS UNE ECOLE OU IL Y A DES ARABES!" (PM 03-09-09)


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Paris Match: Comment analysez-vous l'ensemble des vainqueurs, par semaine: selon vous, sont-ils représentatifs de l'été?

Claude Javeau: Il convient d'abord de tenir compte du fait que c'est la rédaction de Paris Match qui propose les personnalités au choix des lecteurs. Ceux-ci auraient sans doute porté leurs votes de manière bien différente si on ne leur avait pas suggéré les noms en question.

PM: Venons-en aux vainqueurs, semaine par semaine. Pour le premier scrutin, François Pirette devance Albert II, Tom Boonen et Eddy Merckx.

CJ: Selon moi, ce n'est pas Pirette le plus grand comique francophone, mais bien Michel Daerden. D'une manière plus générale, en Belgique, il ne reste guère de véritables humoristes. Comme en France, d'ailleurs. Je citerais pourtant Kroll qui ose, en dessin, ce que beaucoup n'osent pas, dans leur spécialité. Pour en revenir au scrutin, Albert II et Eddy Merckx sont des valeurs sûres…

PM: Deuxième semaine: les bébés belge de la pub Evian, devant Jean-Michel Javeau, le faux prince belge et Joëlle Milquet…

CJ: J'avoue que je n'ai pas vu la pub Evian – j'étais en vacances –, mais il doit sans conteste y avoir une fierté de voir ces bébés de chez nous figurer dans une publicité de cette ampleur. Concernant Javeau, on l'a vu abondamment, au point qu'il a éclipsé Isabelle Durant. C'est bien lui le patron des Ecolos. Et comme il est plus photogénique que Jean-Claude Marcourt ou Philippe Courard… Enfin, Joëlle Milquet a voulu récupérer l'enseignement. Voilà Marie-Dominique Simonet mal prise…

PM: En troisième semaine, Albert II devance Eddy Merckx, Bob et Bobette, ainsi que la Reine Fabiola.

CJ: La présence d'Albert II n'est pas étonnante et celle de Merckx non plus. Quant à Bob et Bobette, ce sont des produits flamands qui ont été lancés en Wallonie.

PM: Quatrième semaine. Les agriculteurs précèdent le cycliste Vanden Broeck, devant Catherine Fonck et Kim Clijsters.

CJ: Trouver les tracteurs à cette place est normal: on n'a vu qu'eux. La ministre Fonck, elle, a tout fait pour qu'on la voie et, pour Kim Clijsters, je parlerais de matraquage.

PM: Cinquième semaine, les victimes non-indemnisées de Ghislenghien ont été choisies devant Olivia Borlée, Steven Defour et les accidentés de la route.

CJ: Le procès de Ghislenghien est aussi une forme de matraquage. Mais ici, les gens défigurés que l'on voit sont les victimes d'une impéritie et leurs visages font de l'effet à la télévision, même si c'est triste à dire. Olivia Borlée est toute mignonne, quant à Defour, il me conduit à une constatation: quand je regarde une photo de l'équipe du Standard, je n'y vois aucun Liégeois. Je dis cela en tant qu'originaire de cette ville.

PM: Pour la sixième semaine, Kim Clijsters revient au premier plan et devance les jeunes filles qui ont sauvé les pensionnaires d'un home, puis viennent les volontaires qui testent le vaccin contre la grippe et, enfin, Delphine Boël.

CJ: Nous avons déjà évoqué Kim Clijsters, tandis que le cas du home symbolise notre destin à tous (il en va de même pour le home de Melle): il s'agit de deux cas de générosité.

PM: En septième semaine, viennent l'employé du home ucclois mort en héros, puis Marie-Dominique Simonet, les athlètes belges à Berlin et Francine De Tandt.

CJ: Le crime d'Uccle est crapuleux, vu que la victime était connue de son assassin et, surtout, qu'il ne sert à rien de braquer un home: il n'y a rien à y voler. Quant à la ministre Simonet, sa famille politique a voulu récupérer l'enseignement et ne pourra révoquer l'idée de mixité sociale. Dans ce dossier, j'évoquerais aussi un non-dit: les gens ne veulent pas que leur enfant aille dans une école où il y a des arabes. Autre constat, le collège Saint-Michel est mieux protégé que Donbassegio, micheline toussaint, lizin, leterme,  Bosco. C'est dur, mais c'est comme ça… Enfin, concernant la juge De Tandt, si l'affaire est avérée, la démocratie trinquera. Et cela peut devenir plus grave: le barreau sera visé, les experts judiciaires… Ceci prouve enfin, malgré tout ce qu'on a dit, que le Conseil Supérieur de la Justice est politisé: même lorsqu'il convient de nommer un garde-chasse à Céroux-Mousty.

PM: Huitième semaine, Walter Baseggio révèle qu'il est atteint du cancer, tandis que Micheline Toussaint et Anne-marie Lizin s'affrontent.

CJ: Si je devais être morbide, je dirais que Baseggio n'est pas encore mort. Concernant Anne-Marie Lizin, il suffit de la voir pour rire.

PM: Que diriez-vous, de manière générale, de cette radiographie de notre société en été?

CJ: Deux remarques: un, comme je l'ai dit, la radiographie est fort tributaire des noms proposés, et deux, les Flamands en sont fort absents. Ainsi, Yves Leterme qui a réintégré le gouvernement fédéral. Quelle gaffe va-t-il encore nous proposer? Je trouve incroyable de le revoir comme ministre "étranger aux affaires", simplement parce qu'il a 800.000 voix qui lui collent à la peau!

PM: A l'inverse de l'enquête que nous avons menée sur les personnalités ayant marqué les 60 dernières années de Paris Match, le vote d'aujourd'hui est plus émotionnel, les votants s'étant exprimés sur l'actualité récente. Ne faut-il pas se réjouir que, dans une société soi-disant déshumanisée, les Belges soient offusqués par un braquage qui se termine en tragédie (la mort de l'employé du home ucclois devance largement l'affaire De Tandt). De même, les lecteurs sont touchés par la colère des agriculteurs, par le désarroi des victimes non-indemnisées de Ghislenghien…

CJ: Les drames que vous évoquez sont une identification et leur proximité est aisée à comprendre. En ce qui concerne les agriculteurs, je note qu'il n'y a guère de colère à leur égard: ils ne sont pas impopulaires.

PM: On trouve aussi une valeur sûre: Albert II, grâce au 21 juillet certes. Ne trouvez-vous pas cependant qu'il a moins la cote?

CJ: Il m'est difficile de répondre à la seconde partie de votre question car le Roi est un homme effacé. Ceci posé, je ne puis nier que l'achat de son yacht à plus de quatre millions d'euros a été mal perçu! De même, l'actualité royale en général a été pauvre: il y a bien eu la barbe de Philippe et la maladie de Laurent, mais c'était surtout des non-événements.

PM: Aucun politique ne figure au palmarès: cela s'explique-t-il seulement par le fait qu'ils étaient en vacances? Ce n'était pourtant pas le cas, début juillet…

CJ: Les gens ne comprennent plus la politique. Prenons un exemple, à Bruxelles, ils ont voté MR à Bruxelles et se retrouvent avec Picqué. Pourtant, j'aime bien l'homme car il ne parle pas la langue de bois. Si l'on en revient à la première partie de votre question, je crois surtout que les tractations entre partis ont eu lieu durant l'été et que la population ne sait pas vraiment ce qui va lui être proposé. C'est sans doute cela qui explique l'absence de politiques…

PM: Notre enquête met en valeur les Belges ayant le plus fait parler d'eux (en bien ou en mal): pour qui auriez-vous voté?

CJ: Personnellement, j'aurais plus évoqué des événements que des hommes. Comme le dossier Opel qui concerne 3.000 personnes, voire le retour des bonus chez Fortis banque. Il y avait aussi l'ouverture du consulat général de Marseille: c'est grave, ce cadeau que Karel de Gucht nous a laissé avant de quitter les Affaires étrangères.

PM: Comment jugez-vous la victoire finale des bébés belges de la pub Evian: est-elle uniquement dictée parce que le spot a été fort médiatisé? Ou alors les Belges, comme d'autres, ont besoin de douceur, de plaisir de vivre, en cette période trouble et sombre de crise économique?

CJ: Les bébés, cela fonctionne toujours! Aux arguments que vous avancez, j'ajouterais la fierté que les bébés soient belges – et blancs – et qu'on soit venu les chercher de France. Mais il s'agit d'un non-événement. Au même titre que la pub de Tia Hellebaut pour Pizza Hut, que je déteste.

PM: Sur le plan international, quelles auraient été pour vous les trois personnalités marquantes de l'été 2009?

CJ: J'en citerais plus que trois. J'ai été marqué par les attaques contre la volonté d'Obama de construire une véritable sécurité sociale – on le présente en nazi –, mais je retiendrais aussi le malaise de Sarkozy, les attentats aux Baléares, sans oublier Berlusconi et ses nymphettes: tant qu'on lui reproche cela, on ne parle pas de sa mise au pas de la magistrature et de la presse, ni sa politique fascisante à la Mussolini.

08/02/2009

Wilfried Martens: "Leterme a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre!"

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(suite de l'interview de Wilfried Martens)

Paris Match: Peut-on affirmer que vous venez de sauver le pays?

Wilfried Martens: La formule est exagérée. S'il est vrai que la crise de la fin 2008 était grave et délicate, la clé de sa résolution se trouvait au sein du CD&V. À ce premier élément, j'en ajouterais deux autres: la méfiance entre mon parti et le VLD, et la rivalité intra-francophone, entre le MR et le PS qui ont les élections de juin prochain dans leur ligne de mire.

PM: Quelle feuille de route vous avait donnée Albert II?

WM: Il m'avait demandé d'aller vite. Ma mission a effectivement été courte: du lundi 22 décembre au dimanche 28.

PM: Vous avez extrêmement bien connu le Roi Baudouin: le contact avec Albert II fut-il différent?

WM: Avec le Roi Albert II, ce fut comme avec son frère. C'était la première fois que je le rencontrais pour ce type de mission. Le courant est passé excellemment.

PM: La première étape de votre mission d'explorateur s'est déroulée au sein de votre parti?

WM: J'ai effectivement d'abord travaillé – dans l'ordre – avec Jean-Luc Dehaene, puis Herman Van Rompuy, ainsi qu'avec  Armand De Decker, et enfin, Yves Leterme. Il y a aussi eu Marianne Thyssen et Kris Peeters.

PM: Vous soutenez encore Yves Leterme: envers et contre tout?

WM: Lors de la crise financière il a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre.

PM: Il y a pourtant eu la lettre du Premier président de la Cour de Cassation…

WM: N'oublions pas que celui-ci parlait seulement d'"indices". On ne condamne pas un homme sur de simples indices. S'il est blanchi, Yves Leterme devra revenir.

PM: Comme Premier ministre, à la place de Van Rompuy?

WM: Non, évidemment pas!  

PM: Vous parlez de sa gestion de la crise: il n'était pas seul…

WM: C'est vrai: il y avait aussi Didier Reynders.

PM: Certains vous auraient vu comme éventuel Premier ministre…

WM: C'est un membre du CD&V qui a évoqué ce cas de figure, mais le problème ne s'est jamais posé puisque je ne suis pas élu.

PM: Que vous inspire le fait que ce soit surtout l'ancienne génération du CD&V qui ait été "au charbon"?

WM: La jeune génération doit se préparer et avoir des candidats prêts pour le fédéral. La crise a démontré à suffisance l'importance de ce niveau de pouvoir.

PM: Le ministre-président flamand, Kris Peeters, vient de déclarer que "le passage du gouvernement flamand vers le fédéral n'était pas une promotion"…

WM: Je le répète: c'est au niveau de l'Etat fédéral et au niveau de l'Europe que la crise a été affrontée. Pas au niveau des régions. C'est tout de même clair! La Belgique a besoin d'hommes et de femmes qui s'engagent pour l'ensemble du pays. Si ce n'était pas le cas, même les institutions les plus élaborées ne parviendraient pas à nous sauver. Je suis formel et j'insiste: la récente crise financière a été abordée au niveau fédéral et de l'Europe.

PM: Vous êtes plus européen que jamais

WM: Depuis la création du marché unique, l'Europe a été un moteur de la croissance. Voyez où en sont certains pays qui ne font pas partie de l'Euro comme l'Angleterre, l'Islande ou le Danemark. Leur situation est terrible…

PM: Selon vous, la jeune génération du CD&V n'est pas prête?

WM: Elle ne doit pas uniquement se concentrer sur la réussite ou l'ambition personnelles, mais aussi avoir un projet commun. C'est ce que nous avions, au sein des CVP Jongeren (il isole chaque syllabe): un-pro-jet-com-mun! Il s'agit d'une nécessité absolue. J'ajouterais que l'argent n'était pas notre priorité.

PM: La jeune génération s'intéresse trop à l'argent?

WM: Aujourd'hui, l'argent est devenu très important. Trop important, même!

PM: Pour votre mission d'explorateur, vous avez dû renouer certains liens avec votre parti?

WM: Ma femme a joué un rôle important. Quant à l'actuelle présidente du CD&V, Marianne Thyssen, elle est parlementaire européen: étant donné que je préside le Parti Populaire européen, nous nous côtoyons beaucoup. Elle m'a aussi beaucoup aidé.

PM: Ces deux femmes ont joué un rôle important?

WM: Je ne vous le fais pas dire. C'est à elles que je dois d'avoir retrouvé un lien émotionnel avec mon parti. En flamand, on parle de "geesteverwanten": un besoin irrépressible.

PM: Vous semblez particulièrement apprécier Marianne Thyssen…

WM: Je ne suis pas le seul: lorsque j'ai discuté avec les présidents de parti, l'un d'eux a parlé d'un, ou d'une Première ministre. Ce n'était pas innocent. Entre parenthèses, j'observe que, avec Marianne Thyssen, mais aussi Herman Van Rompuy comme Premier ministre, et Kris Peeters comme ministre-président flamand, mon parti dispose de trois membres des classes moyennes, au sommet du pouvoir en Belgique. C'est totalement inédit, pour le CD&V.

PM: Vous estimez que vous n'avez été qu'une sorte de "facilitateur"?

WM: C'est cela! Je vous rappelle que, lorsque j'ai été appelé par Sa Majesté Albert II, il fallait résoudre deux problèmes: trouver un Premier ministre, acceptable pour tous les partis, et vérifier que tous voulaient bien d'un gouvernement qui aille jusqu'en 2011. Lorsque j'ai répondu à ces deux questions, via des rendez-vous bilatéraux, j'ai pu réunir les formations politiques, ensemble, lors d'un déjeuner.

PM: Aviez-vous insisté pour qu'aucune information ne filtre?

WM: Pas particulièrement. Vu l'importance de la crise et la volonté commune d'aller vite, ce ne fut pas nécessaire.

PM: L'existence de ce déjeuner ne fut connue qu'après-coup…

WM: Alors que jusque-là, j'avais reçu mes visiteurs à la Chambre des Représentants, j'ai décidé que ce déjeuner se déroulerait dans mes bureaux de la présidence du Parti Populaire Européen (PPE). Ceci, afin que cette rencontre reste la plus discrète possible. J'avais prévenu mes collaborateurs: s'il n'y a pas de journalistes ou de caméras à l'entrée, c'est que le secret a été respecté. Ce fut le cas.

PM: Joëlle Milquet a insisté sur la convivialité qui présida à ce repas, affirmant que ce fut grâce à vous…

WM: Je parlerais plutôt de respect mutuel. Mon expérience de ce type de négociation a bien sûr joué. À l'issue de mes premières rencontres personnelles, j'avais déjà senti que l'atmosphère était devenue plus conviviale, grâce à l'engagement des uns et des autres.

PM: Vous n'avez donc senti aucune acrimonie, lors du déjeuner au PPE?

WM: Il n'y avait pas d'électricité dans l'air. Aucune haute tension. Au cours du déjeuner, la méfiance entre partenaires a d'abord été maîtrisée, puis elle a été dépassée.

PM: Chacun s'en souvient: à l'époque de Val Duchesse, vous aviez dénoncé les déclarations "devant des grilles"…

WM: Exactement. C'est pour cela que j'ai refusé de m'exprimer durant ma mission, ne le faisant qu'après. Les médias avaient le droit de savoir ce qui s'était passé. Cela, je l'aurais fait, même j'avais connu un échec.

PM: Vous vous méfiez de la presse?

WM: Achille Van Acker affirmait qu'il ne lisait les journaux qu'à la fin de la semaine.

PM: Vous avez fait la même chose?

WM: Oui!

PM: D'autres s'expriment beaucoup, comme Mark Eyskens par exemple…

WM: Savez-vous que, lorsque la crise s'est déclenchée, j'ai été approché par cinq émissions de télévision. Or je ne souhaitais pas parler de choses que je ne connaissais pas. Sans cela, je n'aurais pas été désigné en tant qu'"explorateur".

PM: Vous faites allusion au motif de la crise politique: les relations entre politique et justice?

WM: En tant qu'avocat, je suis plutôt de l'ancienne génération. La démarcation entre politique et justice doit être totale. Tout contact entre ces deux pouvoirs est inadmissible. Dans le cas qui nous occupe, il faudra faire toute la clarté sur ce qui s'est réellement produit et, s'il y a effectivement eu des contacts, le parlement devra faire des propositions.