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02/02/2009

QUE DU BONHEUR 01-02-09

van rompuy - quedub 01-02-09.jpg

Van Rompuy, à Davos: "Rendez-vous dans un an!"

A ceux qui doutaient de la complicité entre Herman Van Rompuy et Didier Reynders, l'un et l'autre ont répondu en reprenant la même expression: "Il n'y a pas une feuille de papier à cigarette entre nous". Le Premier ministre l'a fait à la Chambre et le ministre des Finances, en interview. Vous n'entendrez pas autre chose, dans la bouche des témoins des pourparlers sur le dossier Fortis, qui se sont déroulées dans la nuit de jeudi à vendredi: Van Rompuy et Reynders ont travaillé en parfaite harmonie et sans état d'âme. Quelques heures après avoir quitté la table des négociations, le chef du gouvernement parlait devant 84 CEO belges. C'était au sommet de Davos, dans une des salles du prestigieux Steingerberger Hôtel. "Je reviendrai l'année prochaine!", lança le Premier ministre à l'assemblée. Point de forfanterie, puisqu'il avait ajouté la précaution oratoire qu'impose l'Etat du pays, "si la situation politique le permet". Plus concrètement, Van Rompuy décrivit ainsi sa feuille de route: redorer l'image de la Belgique, écornée depuis 18 mois. 

La culotte de Milquet

Jeudi, en séance plénière à la Chambre, le député Pierre-Yves Jeholet (MR) interrogeait la vice-Première, Joëlle Milquet (CDH), sur les dernières recommandations de la Commission européenne en matière d'Emploi. L'occasion pour l'assemblée de s'amuser un peu, tant sont animées les joutes entre ces deux interlocuteurs. Résumant l'ensemble du plan du gouvernement, en matière d'Emploi, la ministre ne se fit pas faute de rappeler au député qu'il représentait un parti du gouvernement. Le libéral l'admis. Leur présence au sein de la majorité n'empêche pas des députés CDH d'interroger certains ministres. Comme en témoigne le texte du compte-rendu analytique, guillemets compris, Jeholet conclut: "Si vous me permettez l'expression, vous serez "marquée à la culotte" par les mesures que nous proposons, dans les semaines qui viennent." Réponse offusquée de Milquet: "Au-delà de termes que j'aurais souhaités plus galants, je vous signale que le gouvernement a adopté ce matin un projet de loi comprenant plus d'une vingtaine d'articles en matière d'emploi". Comme quoi, on peut être supporter acharnée du Standard et ne pas connaître l'expression footballistique "marquer à la culotte"…

deux cents - quedub 01-02-09.jpgPièces d'un et deux cents: L'Europe décidera!

Les villes de Visé et Waregem avaient été choisies comme cobayes, dans le cadre de l'éventuelle suppression des pièces de 1 et 2 cents. L'union des Classes Moyennes et son pendant ménapien, l'UNIZO, viennent de faire savoir que l'évaluation avait été jugée "positive" par un bureau d'études. Dans la foulée, on apprenait que la Finlande et les Pays-Bas appliquaient déjà le principe dit "de l'arrondi", depuis 2002 pour l'une et 2004 pour l'autre. Etrange! C'est en effet au niveau européen que devrait se décider pareille mesure. Pour ce qui concerne la Belgique, un comité d'experts de la Banque Nationale tranche actuellement sur le dossier.

Le prix d'une Miss

En début de semaine, trois candidates à l'élection de Miss Belgian Beauty étaient condamnées à 1.500 € de dommages et intérêts à l'organisateur: elles avaient déserté le concours avant la fin. Pareille mésaventure a bien failli arriver à des candidates à Miss Bruxelles. Lors de la première étape, le 12 avril dernier, les top-biches présentes avaient été invitées à signer un contrat de trois pages bien tassées. Elles n'eurent que 3-4 minutes pour en prendre connaissance. Dans l'agitation, elles s'exécutèrent donc sans lire le document. Or celles qui se sont retirées, jugeant le concours trop absorbant, mal organisé, voire joué d'avance, ont gentiment été conviées à payer 290 €. Problème, il leur fallut faire des pieds et des mains pour obtenir une copie du contrat et vérifier qu'il contenait bien une clause de désistement. A cette somme s'en ajoute une autre: 300 € que les candidates avaient dû trouver auprès d'un sponsor. Ce n'est pas tout, le contrat prévoyait la vente, par chaque Miss potentielle, de 10 places pour la finale. Simple détail, chaque place valait 150 €. Presque le double pour aller voir Madonna, le 11 juillet prochain à Werchter…

levif - quedub 01-02-09.jpgInternet dépassé par la presse écrite?

Depuis plusieurs jours, le professeur de l'UCL Vincent Heinderyckx fait circuler un mail, suite à l'interdiction de deux quotidiens de publier une "carte blanche" que lui-même et d'autres avaient rédigées, à propos du Vif. Seul hic, un des journaux en question, La Libre Belgique pour ne pas la citer, ont fini par diffuser le document en question.

Le professeur ayant envoyé son mail à tire-larigot, il n'a pas pris la peine de le corriger pour signaler que notre confrère s'était exécuté. D'autant plus dommage que l'envoi du texte via internet avait pour but de dénoncer ceux qui tentent d'"étouffer la circulation d'idées qui dérangent"…

La phrase de la semaine

"Puisque Nocilas Sarkozy vent désigner des patrons de chaînes pour supprimer toute hypocrisie, libéralisons l'inceste! Et, tant qu'on y est, désignons-le empereur"! (Jean-François Kahn, sur France 2)

GEORGES UGEUX: NOUS VOUDRIONS RENCONTRER REYNDERS (DH 30-01-09)

 

georges ugeux - DH 30-01-09.jpg

Hier matin, L'Etat belge, Fortis holding et BNP Paribas se sont mis d'accord pour réaménager les conditions de cession des actifs belges de Fortis à BNP Paribas avaient été conclues, début du mois d'octobre 2008. Nous avons demandé à Georges Ugeux ce qu'il en pensait.

La Dernière Heure: Votre avis sur les négociations des dernières heures?

Georges Ugeux: Je note d'abord que les actionnaires qui sont arrivés après le 15 octobre ne pourront votre, lors de l'assemblée générale. Ensuite, le fait que le gouvernement s'est contenté de négocier avec Fortis holding est une véritable invitation à la révolte.

DH: Ce sont des choses que vous auriez aimé soulever?

GU: Nous avons proposé de voir le gouvernement, mais Monsieur Reynders ne l'a pas souhaité. Il nous a répondu qu'il ne savait pas qui nous représentions vraiment.

DH: Pourquoi ce souhait de le rencontrer?

GU: Nous souhaiterions mieux comprendre certaines de ses décisions.

DH: Selon vous, que vont faire les actionnaires?

GU: Ils ne vont pas changer leur vote 

DH: Les dernières négociations ne leur font rien gagner?

GU: Il faut les analyser de fort près pour voir si les actionnaires y gagnent quelque chose.

DH: Si vous deviez pointer le principal point sombre?

GU: Il réside dans le fait qu'on fait de Fortis une compagnie d'assurance. Or les marchés ont beaucoup changé et, vu le climat dans ce domaine, rien ne dit que cela pourra fonctionner longtemps…

DH: On ne vous sent pas totalement négatif?

UG: Non, c'est vrai! Le gouvernement a tenté de faire un pas dans la bonne direction, mais ce n'est pas suffisant.

DH: Qu'aurait-il du faire?

GU: Il aurait pu faire mieux s'il nous avait rencontrés, je crois.

DH: Avez-vous vu un changement avec le changement de Monsieur Leterme par Monsieur Van Rompuy?

GU: Il est clair que le changement de Premier ministre a changé la donne.

DH: De manière positive pour vous?

GU: Cela, nous le verrons…

DH: Qu'en est-il de la position chinoise?

GU: Si j'en crois Monsieur De Boeck, ils ont accepté ce qui est sorti des dernière négociations. Mais ce n'est guère étonnant: ce sont des assureurs… Depuis le début, nous avons considéré que nous devions les considérer comme alignés sur le management de Fortis. Mais ce sont des gens avec lesquels nous parlons…

DH: Que pensez-vous du travail des experts?

UG: Ils ont effectué une excellent travail d'analyse mais, personnellement, j'ai des réserves sur les propositions qu'ils ont émises: ils n'ont pas vu la perte de valeur qu'allait représenter l'émission de titres pour l'Etat.

DH: Savez-vous ce que vont faire les autres représentants d'actionnaires?

GU: Je sais que Deminor va voter contre les trois opérations…

DH: Qu'allez-vous faire en attendant l'assemblée générale?

UG: Je vais analyser les récentes avancées, mais aussi parler aux actionnaires et décider ce qu'il y aura lieu de faire pour le vote.

DH: Et vous allez donc réintroduire une demande de rencontrer Didier Reynders?

UG: Nous allons nous y mettre avec tous les autres représentants des actionnaires. En espérant qu'il accepte de nous rencontrer…

04/01/2009

MISCHAEL MODRIKAMEN: "Je vais au contact frontal"

 

modrikamen - PM 23-12-08.jpg

Depuis un triste week-end d'octobre, Mischael Modrikamen est devenu un habitué des médias. Il a croisé le fer avec les avocats de l'Etat, ainsi qu'avec le couple Leterme-Reynders, mais par presse interposée. Affirmer que le second ne porte pas dans son cœur le défenseur des 2.100 actionnaires de Fortis est un euphémisme. Me Modrikamen n'a jamais plié. Comme autrefois son père, qui a connu la Gestapo, avant d'être victime d'une tentative d'assassinat politique. Paris Match lui a demandé ce qu'il pensait de la crise de régime que connaît la Belgique, et comment il voyait l'avenir du pays. Sans oublier celui de ses clients. Nous avons aussi fait le point sur ses prétendues ambitions politiques.

Paris Match: On vous présente comme le tombeur du gouvernement et comme le fauteur de crise…

Mischael Modrikamen: J'ai le sentiment d'avoir fait mon travail et d'avoir défendu une cause. Nous avons exposé publiquement nos griefs, ce qui est toujours déstabilisant pour l'adversaire. 

PM: Au début, on vous présentait comme un chevalier blanc, puis aujourd'hui, certains vous reprochent de mettre en danger la survie de Fortis, mais aussi l'emploi et l'argent des clients…

MM: C'est la fuite en avant du gouvernement qui a tout causé. Sans cela, la situation serait tout autre…

PM: Vous vous attendiez à tout cela?

MM: J'ai vite senti que le dossier Fortis allait être un des plus important de l'histoire de la Belgique: avec les vingt à vingt-cinq milliards d'euros perdus, des gens ruinés et 500.000 personnes touchées…

PM: Cela, c'est pour Fortis. Et pour la crise politique?

MM: Je n'ai jamais imaginé les développements des derniers jours. Je le répète: après l'arrêt de la Cour d'appel, le gouvernement aurait fort bien pu prendre de la distance. S'il l'avait fait, on n'en serait pas là!

PM: Vous avez proposé au gouvernement de négocier: vous y songiez réellement ou était-ce stratégique?

MM: Nous y avons réellement cru. Il y a plus que la posture de celui qui ne veut pas la mort de l'autre.

PM: Le fait que tout a éclaté de la sorte ne va-t-il pas permettre de repartir sainement?

MM: J'ai l'espoir que les avocats de l'Etat auront une nouvelle feuille de route. Il est cependant clair que les entrevues actuelles chez le Roi sont surtout politiques. J'appelle de mes vœux une équipe différente.

PM: Cela va prendre des années…

MM: On ne peut se le permettre. Il faut être volontariste.

Paris Match: Quelles réflexions vous inspire la Fortisgate?

MM: Il s'agit d'une crise de régime, un peu comme celle de la VIème République. Le gouvernement Leterme n'est jamais parvenu à décoller et on vient d'atteindre les limites du système proportionnel.

PM: Il y a aussi eu des pratiques inqualifiables…

MM: Les 3, 4 et 5 octobre derniers, on reprochait au gouvernement d'être intervenu dans Fortis et de s'être substitué aux organes de la banque. Ensuite, la Justice s'en est mêlé et il y a de nouveau eu des interférences. Heureusement, lorsqu'on s'est attaqué aux fondements de la démocratie, la presse et l'opinion ont joué leur rôle. 

PM: Vous mettez la justice et la politique dans le même sac?

MM: Au niveau de la Cour d'appel, il y a eu des réactions très saines: les pressions ont été rendues publiques et les magistrats les ont dénoncées.

PM: Ces pratiques sont-elles régulières?

MM: A niveau du Parquet, il y a aussi eu une confusion des genres: il a agi à la demande du gouvernement et l'Etat, partie à un procès, a utilisé ses prérogatives d'Etat-Etat, en chargeant le Procureur général de faire une enquête, pour pouvoir aller en Cassation. C'est aussi inacceptable qu'effrayant.

PM: Qu'est-ce qui est véritablement en cause?

MM: Le gouvernement Leterme étant particulièrement faible, il a été le lieu de beaucoup de problèmes d'ego. Avec l'affaire Fortis, Yves Leterme et Didier Reynders se sont d'abord profilés comme des hommes d'Etat. Leur décision de vendre Fortis était, soit contestable, soit très mauvaise. Surtout, ils ont été sourds à toute négociation, tout en allant dans le déni. Ils ne se sont pas comportés en hommes d'Etat.

PM: Qu'aurait dû faire le gouvernement pour Fortis?

MM: Il aurait d'abord dû garantir les crédits interbancaires et empêcher les Hollandais d'agir comme ils l'ont fait. Ensuite, tous les états ont défendu leur champion, sauf la Belgique: la Hollande, la France, l'Allemagne, l'Angleterre… Nous avons fait preuve d'une incroyable impréparation et en trois jours, nous avons permis le démantèlement de la plus vieille institution financière belge. De plus, ceux qui ont négocié n'étaient pas habilités à céder les actifs d'une banque.

PM: Quel est le profil d'un homme d'Etat?

MM: Est homme d'Etat celui qui, dans des circonstances difficiles, sait faire de bons choix, dans l'intérêt de tous et qui a de l'ambition. Les membres du gouvernement en manquent terriblement.

PM: Avez-vous l'impression que nous vivons un profond chaos?

MM: Les institutions sont fort affaiblies et il faut les renouveler d'urgence.

PM: Les citoyens affirment qu'il est temps que le politique, qui effectue des pressions sur divers milieux, doit être sanctionné: votre avis?

MM: Il faut surtout réformer les institutions. La Belgique a besoin d'un gouvernement fédéral fort, ainsi que de deux ou trois institutions fédérées simplifiées. Il faut des équipes resserrées et en terminer avec les institutions qui ne servent à rien, comme les provinces. Je plaide aussi pour le système majoritaire qui permet d'identifier clairement qui est au pouvoir et d'éventuellement le sanctionner aux élections. Sans oublier l'enseignement, la justice, la sécurité, le marché du travail… 

PM: Le système majoritaire tient-il compte de la complexité de la Belgique?

MM: Les institutions ne doivent pas rendre le pays plus complexe qu'il ne l'est déjà. Voyez le dossier des vols de nuit: il est ingérable à cause de la superposition des pouvoirs. Nos institutions sont à bout de souffle. Je souhaite qu'on change de République!

PM: Cette crise arrive à un très mauvais moment: le pays risque gros…

MM: La Belgique a perdu 15 à 20 milliards, des gens sont ruinés et ne vont pas bien: dépressions, suicides… Les conséquences de la crise Fortis vont se faire ressentir économiquement, c'est certain.

PM: Tout ce que vous dites est très politique, non?

MM: Mes recours sont juridiques, comme mes griefs. Mais il est vrai que l'affaire Fortis a pris un tour politique. Bien malgré moi.

PM: L'affaire Fortis vous permettrait d'avoir des gains colossaux?

MM: Les gens ne se rendent pas comptent de ce qu'implique notre travail. Depuis trois mois, dans le cabinet, il y a neuf personnes mobilisées, jour et nuit. Nos coûts sont énormes. Le seul fait d'aller en appel revient à près de 9.000 euros. Quant aux actionnaires, celui qui avait mille actions à 15 €, il y a un an, le même a encore pour 1.000 € d'actions. Il a donc perdu 14.000 €. Pour aller en justice, il a dû payer 150 €. 

PM: Les commentaires sur vos gains vous blessent?

MM: Les critiques injustes me laissent totalement indifférent et insensible. 

PM: Vous dites qu'il faut une conciliation dans l'intérêt du pays: quelle conciliation et quel intérêt du pays?

MM: Pour la conciliation, il y a plusieurs pistes: une renégociation, la création d'une grande banque belge, je n'ai aucun a priori et ne prétends pas détenir "la" solution. Quant au pays et son avenir, je le répète: il va falloir revoir les institutions qui sont grippées.

PM: Que peut espérer le petit l'actionnaire, combien?

MM: L'objectif réaliste est d'arriver à 9-10 € par action.

PM: Et l'avenir, pour Fortis?

MM: Sauf si les bilans sont faux, Fortis n'a pas de problèmes de solvabilité, mais des problèmes de liquidité. Sa solvabilité est meilleure que celle de BNP: les Français ont plus besoin de Fortis que le contraire. Pour les liquidités, le problème de Fortis est le marché interbancaire. 

PM: Quid de l'Etat belge?

MM: Si BNP augmente son capital, l'Etat va avoir une participation totalement diluée tandis qu'il va assumer en risque, sans avoir plus rien à dire. C'est hallucinant!

PM: On a évoqué vos contacts avec Rudy Aernoudt…

MM: Je l'ai effectivement rencontré, il y a trois semaines. Je veux rappeler qu'en 2003-2004, j'avais moi-même songé à lancer un parti. À l'époque, j'avais été jusqu'à mettre au point un programme, un site internet et une récolte de fonds. Mais je me suis heurté à l'opposition de ma femme qui a menacé de divorcer.

PM: Pourquoi feriez-vous de la politique?

MM: Le drame de la Belgique est que les hommes politiques sont des professionnels: de 22 ans jusqu'à leur mort. Cela leur enlève toute fertilité mentale. Je préfère le système des Etats-Unis où l'on fait des allers-retours entre la politique et la vie civile.

PM: Pour en revenir à Aernoudt…

MM: J'ai de la sympathie pour l'homme, qui est intelligent et a été courageux. Je trouve que son programme est bon. Mais on s'est vu, sans plus… Il ne m'a rien proposé. Pour le moment, j'interviens comme avocat. Je n'ai pas d'agenda politique.

PM: Vous ne serez pas candidat en juin prochain?

MM: Non! Mais un jour… 

PM: Avez-vous envie de devenir un "chevalier blanc", en politique?

MM: Je suis attiré par la chose publique, mais j'aime ma liberté. Je ne voudrais pas dépendre d'un président de parti. J'y réfléchirais donc à deux fois avant de me lancer en politique… 

PM: Pour en revenir au gouvernement, on n'y a guère entendu de voix discordantes…

MM: L'unanimité est surtout due au fait que peu de gens connaissent ce dossier fort technique.

PM: Selon vous, Yves Leterme a commis une gaffe énorme ou espérait-il passer entre les mails du filet?

MM: Je me pose des questions sur l'homme. Je doute vraiment que ce qui s'est passé chez lui soit resté au seul niveau de son chef de cabinet. Plus généralement, il est clair qu'il a failli: il a fait ce qu'on appelle du football panic.

PM: Il n'a pas la carrure d'un homme d'Etat?

MM: Son entêtement, voire sa candeur à révéler des contacts, et le fait qu'il a exposé une magistrate, tout cela me ferait répondre par la négative. Mais dans cette affaire, je n'ai pas joué l'homme.

PM: Et Didier Reynders?

MM: Je pense qu'il s'agit d'un homme extrêmement intelligent et j'aurais espéré qu'il exerce une influence positive. Mais lui, a clairement joué l'homme, proférant parfois des âneries: par exemple, quand il a dit qu'il n'avait jamais vu un avocat demander une provision avant d'agir. Reynders a fort personnalisé le débat et a été un obstacle au règlement serein du dossier.

PM: Aucun homme d'Etat, selon vous?

MM: Sans affirmer que cela lui donne l'étoffe d'un homme d'Etat, j'ai apprécié Jo Vandeurzen qui a su prendre ses responsabilités

PM: Votre cabinet, c'est un peu David contre Goliath?

MM: Si on compte notre chauffeur, nous sommes neuf. Il y a d'abord quatre associés: ma femme, qui s'occupe de tout le back office et qui fait tourner le cabinet, Olivier Bonhivers qui a travaillé avec moi sur le dossier Fortis, Cyrille Barette qui s'occupe de nos autres clients, et moi-même. Sans parler d'excellents juristes, dont Laurent Arnouts qui est doté d'un grand flair politique.

PM: Ce type de structure vous plaît?

MM: Elle permet une liberté d'agir et ne me fait pas dépendre d'un client.

 

"Je vais au contact frontal!"

PM: Le drame de votre vie, c'est l'agression dont votre père a été victime?

MM: Cette tentative d'assassinat m'a montré la violence qu'il pouvait y avoir en politique et ses dangers. Mais cela n'a pas empêché mon père à continuer de sortir. Il ne se cachait pas.

PM: Que s'est-il vraiment passé?

MM: C'était il y a 17 ans et mon père avait découvert des fraudes à grande échelle et il a subi cette agression. Mais on n'a jamais su la vérité. Il est mort quelques années plus tard.

PM: Vous ressemblez à votre père?

MM: Mon père était très droit et très fort. Il menait une lutte responsable. En fait, il était un sage, une référence pour beaucoup de monde. J'ai vécu dans un milieu politique et syndicaliste. Très tôt, j'ai voulu devenir avocat, et surtout avocat d'affaires.

PM: On dit que vous avez hérité de sa volonté et du courage dont il a fait preuve face à la Gestapo?

MM: J'ai la même détermination que lui, mais je vais plus au contact frontal que lui. Je crois être honnête, à cent pour cent.

PM: Est-il possible de faire de la politique en restant probe ou est-on amené, un jour ou l'autre, à devoir faire des concessions?

MM: Je ne refuse pas a priori les combinaisons, mais je crois surtout au volontarisme. Il faut savoir concilier la vertu et la souplesse.

PM: En politique, vous avez des références?

MM: J'admire l'action politique, et des gens comme Churchill ou Clemenceau. 

PM: Si vous aviez le choix entre dire la vérité et tuer la Belgique, ou mentir et sauver le pays, que feriez-vous?

MM: La fin de la Belgique n'est pas un objectif en soi. Mais si je devais me taire pour un énorme péril, je le ferais.