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05/12/2008

MICHEL DAERDEN: "Oui, il y a un côté suicidaire chez moi!"

 

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Daerden: "Je n'ai jamais répondu à de telles questions!"

Paris Match: Avez-vous eu une enfance difficile?

Michel Daerden: Au contraire, elle fut très heureuse, avec une mère qui s'est consacrée toute entière à ses deux enfants, Jean-Louis qui avait six ans de moins que moi, et moi-même . Elle le fit même au détriment de son mari dont elle ne s'occupa guère. Et lui, qui était cheminot, a travaillé pour nourrir sa famille.

 

PM: Avez-vous connu des privations?

MD: Non, nous rendions pas compte de ce qui existait autour de nous. Nous adirions rouler à vélo, jouer aux billes et au kicker, sans nous apercevoir du monde réel. C'est de cette période que je conserve un grand détachement avec l'argent. Je n'ai aucune rancœur ni soif de revanche…

 

PM: On vous a pourtant appelé le député à la Porsche…

MD: C'était à titre privé.

 

PM: Quelle image retenez-vous de vos parents?

MD: Je retiens leur dévouement total et absolu, ainsi que la manière dont ils se sont investis dans l'éducation de leurs deux enfants. Il n'y a que cela qui comptait. Sans parler de leur grande correction.

 

PM: En avez-vous retenu des éléments pour l'éducation que vous avez donnée à vos enfants?

MD: Ma vie a été fort différente de celle qu'ont vécue mes parents. J'ai cependant retenu d'eux la notion du dévouement envers les enfants. J'ai donc toujours fait le maximum pour que mes propres enfants disposent de tout l'argent dont ils avaient besoin. On pourrait difficilement me prendre en défaut à cet égard. Mes trois enfants – Frédéric, Aurore et la plus petite, Elena – ont été élevés par leurs mères respectives, avec un père fort absent qui a consacré l'essentiel de sa vie à la politique.

 

PM: Vos enfants vous l'ont-ils reproché?

MD: Non, ils ne se sont pas exprimé avec force sur ce sujet, même si mon absence a parfois été difficile à supporter. Et puis, leurs mères ont toujours été fort présentes: j'ai été marié avec la mère de Frédéric et Aurore, puis j'ai pour compagne Sandra, la mère d'Elena, depuis vingt ans.

 

PM: Une vie politique de haut niveau est-elle conciliable avec une vraie vie de famille?

MD: C'est quasiment impossible! La vie politique du niveau de celle que j'ai mené implique un engagement de tous les instants, avec des modifications constantes de l'agenda. On est tributaire de trop de facteurs pour pouvoir mener une vie de famille normale…

 

PM: Quand vous voyez des proches qui décèdent, vous ne songez jamais à baisser le rythme de vos activités?

MD: A ces moments-là, on a souvent la même réaction: pendant un espace de temps, on se demande 'Tout cela a-t-il du sens? Mais sans avoir le temps de me poser longtemps la question, étant vite repris par le rythme de la vie. Et on repart…

 

PM: Avez-vous été marqué par un homme?

MD: En fait, deux hommes m'ont marqué. Pour ce qui est de ma profession de base, le révisorat il y a Victor Emons, professeur à l'école de gestion de l'Université de Liège et à l'Université de Mons. Il a aussi été mon maître de stage. Ensuite, en politique, il y a André Cools. Laurette Onkelinx et moi, sommes les derniers "enfants de Cools". C'est lui qui a fait de moi une tête de liste et m'a préparé à la fonction de ministre.

 

PM: Des hommes vous ont-ils marqué en dehors de votre parti?

MD: Je citerais à coup sûr Jean-Luc Dehaene, un très grand homme politique, et Guy Verhofstadt

 

PM: Au PS, de qui vous sentez-vous le plus proche?

MD: Surtout Philippe Busquin et Elio Di Rupo. Tous les deux ont fait de moi un ministre et cela, à plusieurs reprises. C'est bien la preuve qu'ils me faisaient confiance. Ce sont des choses qui ne s'oublient pas.

 

PM: Quand vous parlez de Di Rupo, on vous sent parfois un peu révérencieux, presque servile…

MD: Lorsqu'il me demande un service, c'est la moindre des choses que je le lui rende. Je n'ai jamais oublié que c'est lui qui m'a nommé! Notre relation est très fort: j'ai prêté serment comme député, le même jour que lui, en 1987. Et depuis lors, nos vies se sont toujours croisées: après la Chambre, nous sommes devenus sénateurs en même temps, ensuite nous avons siégé ensemble au gouvernement fédéral, puis au gouvernement wallon, et Elio est devenu président du PS. C'est lui qui m'a confirmé à mon poste de ministre, tout en me donnant des responsabilités financières au PS. Enfin, il m'a rejoint au sein du gouvernement wallon, lorsqu'il en est devenu ministre-président.

 

PM: Et Philippe Busquin?

MD: Si je n'ai plus de lien fonctionnel avec lui, je m'imagine mal ne plus lui rendre un service s'il me le demande. Je n'oublie pas ce qu'il a fait pour moi…

 

PM: En politique, comment réagissez-vous face à l'échec?

MD: Les gens ne le savent peut-être pas, mais j'ai connu peu d'échecs. Et, s'il y en a eu des personnels, je n'ai jamais connu l'opposition. C'est peut-être une faiblesse, mais tant au niveau communal qu'au niveau législatif, j'ai toujours appartenu à la majorité. Pour ce qui est des échecs, j'ai une grande faculté de rebond. Sans cela, ce serait infernal!

 

PM: Cette faculté de rebond est-elle innée chez vous?

MD: C'est sans doute innéi, mais c'est aussi le fruit de mon expérience…

 

PM: Vous arrive-t-il de pleurer?

MD: Non, ce n'est pas dans ma nature! Même si je me rends compte qu'avec l'âge, je deviens plus sensible, car avant, j'avais un caractère un peu abrupt. Tout cela ne m'empêche pas d'être fort affecté par la perte de proches, comme mes grands-parents, ma mère… Enfin, j'ai la grande chance que mon père soit encore en vie: il a 83 ans.

 

PM: Et la mort d'un de vos enfants?

MD: Non, je n'ose l'imaginer. Ce n'est pas dans la nature des choses. Je n'ai pas la force d'y penser.

 

PM: Avez-vous des rituels, avant les grandes échéances: comme Obama qui avait été jouer au basket, le soir de l'élection…

MD: A ces moments-là, je suis bien entendu stressé, le contraire serait anormal. Et j'essaie d'organiser au mieux les soirées électorales, avec l'aide d'une équipe pluridisciplinaire. Je suis à mon centre de campagne, avant de rejoindre les plateaux de radio et de télévision. J'ajouterais un petit élément: j'ai toujours déposé mes bulletins au même bureau de vote. C'est mon seul rituel.

 

PM: Regrettez-vous parfois de n'être pas croyant?

MD: Pas du tout! Je me porte fort bien comme agnostique, même si je me dis parfois qu'il devrait être plus facile, pour moi, d'être croyant. 

 

PM: Craignez-vous votre propre mort?

MD: Non! Mais j'ai surtout l'espoir qu'elle ne sera pas trop pénible. Comme elle viendra, autant qu'elle soit brutale!

 

PM: Vous donnez l'impression de flirter avec la mort…

MD: C'est exact! Cela vient sans doute de la vie agitée que je mène, et de toutes mes activités. Je sais aussi que cela ne risque guère d'augmenter mon espérance de vie.

 

PM: Vous ne levez jamais le pied?

MD: L'oisiveté me mènerait tout droit à la mort.

 

PM: Il y a quand même un côté suicidaire chez vous…

MD: Sûrement! D'un point de vue scientifique, d'abord. Cependant, je m'imagine mal ne plus mener la vie que j'ai: avoir des projets est le moteur de ma vie. Je m'imagine mal ne plus être occupé. Ce serait la pire des choses.

 

PM: Vous n'avez jamais craint de franchir la ligne blanche?

MD: Nul n'est à l'abri d'un problème physique. Mais à ce propos, je suis un adepte de la réflexion de Jean-Luc Dehaene: "On ne gère les problèmes que quand ils se posent!" A force d'imaginer le pire, on n'a plus de vie…

 

PM: Comment se fait-il que vous ne craquiez jamais?

MD: J'ai la chance d'avoir une grande résistance. Quatre ou cinq heures de sommeil me suffisent.

 

PM: Quelque soit l'heure du jour ou de la nuit, vous maniez toujours les chiffres avec autant de facilité…

MD: Les chiffres sont toute ma vie. Que je parle de chiffres ils s'organisent bien dans ma tête et viennent tout seuls. C'est un don!

 

PM: Et l'alcool?

MD: Il y a une légende sur l'alcool et moi. Il est vrai que j'aime bien boire un verre de vin rouge. Mais certains exagèrent: par exemple, je ne bois pas deux whiskies par an. Finalement, je ne sais pas si trois verres de vin peuvent faire du tort ou non. Je parle de trois verres, pas de trois bouteilles! (il éclate de rire)

 

PM: Vous avez pourtant déjà fait une cure?

MD: J'ai fait un régime, pour raison de santé. Et comme on ne peut faire un régime sans arrêter l'alcool…

 

PM: Ce régime, vous l'avez fait à la demande d'Elio Di Rupo?

MD: Nos relations ne sont pas de cet ordre…

 

PM: La "daerdenmania" est partie d'une prestation, lors soirée électorale bien arrosée…

MD: Elle était brillante ma prestation ce soir-là, vous ne trouvez pas?!

 

PM: La "daerdenmania", ont-ils changé votre vie?

MD: Je me rends suffisamment compte que j'ai un rôle limité, dans la plus petite région d'un tout petit pays, pour conserver les pieds sur terre. Restons modestes!

 

PM: Cette "daerdenmania", vous l'avez un peu aidée…

MD: Je vous donne ma parole que tout est venu naturellement.

 

PM: Vous en avez parfois un peu remis, non?

MD: A part les interviews qui ont suivi et le développement sur le net, je n'ai rien fait. Tout s'est enchaîné très rapidement puisque, dans la foulée, on a fait un livre sur moi, puis il y a eu des disques, ainsi que des émissions télé comme celle de Canal + France… Je n'ai jamais rien demandé de tout ce qui est arrivé.

 

PM: Vous n'avez pas eu peur que cela vous retombe dessus, comme ces chanteuses à la Britney Spears…

MD: (éclats de rire) C'est la première fois qu'on me compare à Britney Spears! Il est vrai qu'il y a toujours un effet de balancier. Et comme je ne risque pas de tomber enceint… Plus sérieusement, celui qui est dans la lumière doit, un jour ou l'autre, trouver la force de gérer la situation quand il retrouve l'ombre.

 

PM: Vous avez dit que vous aviez fait de la chirurgie esthétique par amour des femmes: c'est vrai?

MD: J'aime les femmes! J'avais des poches sous les yeux et c'était le signe d'une fatigue extrême. Beaucoup m'en faisaient la remarque. Le problème était que, même en les maquillant, ces poches ne disparaissaient plus. Comme je souhaitais que celui qui m'opérait soit un vrai pro et pouvoir encore voir les gens, après l'opération. Il existait une solution scientifique pour faire disparaître ces poches et j'ai accepté d'être opéré.

 

PM: Et le résultat?

MD: J'en suis très satisfait.

 

PM: Les femmes sont contentes?

MD: Elles me disent même que j'ai retrouvé mes beaux yeux… (il éclate de rire) 

 

PM: Vous n'allez pas devenir comme ces femmes qui se font tout refaire…

MD: Non, il n'y a pas de danger! J'ai accepté ces opérations par respect pour les gens, pour mes électeurs. C'est pour le même motif que je me suis fait refaire les dents. Le public a le droit de voir autre chose qu'un homme qui a les dents abîmées et sales, ou qui est mal habillé… 

 

PM: Vous avez aussi été victime d'une perte d'audition…

MD: Quel est celui qui ne subit pas ces petits désagréments de l'âge? C'est un problème sociétal: il n'était plus question pour moi d'accepter de ne plus entendre les questions des gens ou celles des journalistes. Quand je me suis rendu compte que ma perception auditive n'était plus suffisante et qu'il était possible d'y apporter une réponse médicale et efficace, je l'ai fait.

 

PM: On vous appelle "Papa", pour souligner une forme d'autorité?

MD: Tout est parti de ce que Frédéric est réviseur comme moi et qu'il veut faire de la politique comme moi. Il m'appelait toujours "papa", lors des réunions et en public. Cela faisait rire, tout en permettant à mes amis de me "vieillir". C'est pour cela qu'ils se sont mis à m'appeler "papa"…

 

PM: Comment jugez-vous votre fils?

MD: Il est récemment passé chez Pascal Vrébos et je trouve qu'il a été fort bon. Je crois même que l'émission va permettre de faire avancer les choses, en ce qui concerne son activité de réviseur. Il vaut toujours mieux sortir par le haut…

 

PM: Lui et vous êtes souvent attaqués sur le sujet: on a l'impression que vous êtes réviseurs de toutes les entreprises publiques de Wallonie…

MD: Aucune législation européenne ne va jamais établir d'incompatibilité entre l'exercice d'un mandat législatif et une profession libérale comme le révisorat. Surtout que le problème existe aussi pour les avocats, les architectes, les médecins les pharmaciens, les experts-comptables… Toutes ces professions ont des ordres qui les organisent… Il appartient donc aux titulaires de s'y conformer, c'est tout! Le débat s'arrête là!

 

PM: Vous vivez le même problème que Me Uyttendaele?

MD: Nous sommes en campagne électorale et d'aucuns croient qu'ils vont gagner des voix en attaquant l'un ou l'autre avocat, voire un réviseur. Etant moi-même en congé du révisorat depuis 94, Frédéric est le seul concerné par ce problème, en Belgique. C'est donc lui qu'on attaque…

 

PM: Il se dit souvent que vous n'êtes pas en odeur de sainteté, au Palais royal…

MD: Je remarque que le Palais m'invite encore…

 

PM: Peut-être, mais vous ne serez sans doute jamais ministre d'Etat…

MD: C'est un titre auquel je ne pense pas vraiment. Je préfère être ministre en exercice…

 

PM: Vous savez ce que vous ferez quand vous ne serez plus ministre?

MD: Je suis ministre depuis 14 années ininterrompues, mais je ne sais pas ce que je ferai.

 

PM: Vous dites peu de mal des gens: vous êtes un peu notre Julien Clerc?

MD:Dire du mal est tout à fait contraire à ma nature. Soit je dis du bien, soit je ne dis rien. Qu'est-ce qu'une qualité ou un défaut? De même, j'ai du mal à répliquer aux attaques. Je déteste dire du mal. Quand Didier Reynders m'attaque ad nominem, je suis franchement triste…

 

PM: Vous êtes un gentil?

MD: Cela n'enlève rien à ma détermination ou à ma volonté d'aboutir.

 

PM: Avec le recul, votre gentillesse vous a avantagé?

MD: Dans ma vie politique, j'ai toujours recherché le consensus. La pacification de Liège est un de mes grands souvenirs politiques.

 

Ce que je pense d'eux:

-      Albert II: C'est un homme éminemment sympathique qui consacre l'essentiel de son existence à la cohésion du pays.

-      Le prince Philippe: Un homme en devenir…

-      Le prince Laurent: Un homme qui a compris qu'il n'exercera jamais la fonction royale et qui cherche d'autres activités.

-      Yves Leterme: Je suis positivement surpris par la manière dont il évolue dans sa fonction de Premier ministre. Il a de plus en plus d'assurance, surtout depuis la séparation de son parti d'avec la NV.A

-      Elio Di Rupo: C'est un homme pour lequel j'éprouve une grande admiration. J'espère qu'il trouvera le chemin de son aboutissement personnel.

-      Jean-Claude Van Cauwenberghe: Je suis triste de constater combien il peut être affaibli après tout ce qu'il a fait en politique.

-      Rudy Demotte: Il s'agit d'un homme brillant et sérieux. Un grand avenir s'ouvre à lui…

-      Alain Mathot: Il y a 'abord le souvenir de son père. Alain a indiscutablement des qualités politiques, notamment dans son contact avec la population. Il fera son chemin…

-      Jean-Claude Marcourt: Il a été un grand chef de cabinet et est un excellent ministre. Il a besoin d'encore un petit effort pour conquérir la population, mission dans laquelle il s'investit énormément.

-      Philippe Moureaux: Un homme qui a marqué le PS grâce à de très grandes qualités morales et intellectuelles.

-      Didier Reynders: Il est incontestablement une des personnalités politiques les plus brillantes du paysage actuel. Il développe cependant une attitude qui le mènera à l'isolement total.

 

"Elena, mon amour!" 

On connaît surtout Frédéric et Aurore Daerden. Il a un troisième enfant, Elena, fille de sa compagne, Sandra. Le ministre en est très fier. "Elle porte un prénom italien et aura 18 ans en avril et est en dernière année d'humanités, en maths fortes. Elle est mignonne et intelligente. Tout récemment, elle m'a rapporté un formidable bulletin." Vous la voyez souvent? "Je rentre encore parfois chez moi! Et elle aussi…" "Papa" pousse sa fille à passer son permis de conduite et espère qu'elle réussira aussi bien qu'en maths…

 

 

 

26/10/2008

INTERVIEW PARIS MATCH: URSULA ANDRESS

 

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Ursula Andress et l'ostéoporose: le combat d'un ancienne James Bond girl contre la maladie silencieuse!

1962. Une naïade sort de la mer bleue et envahit la planète. Qui ne se souvient de cette femme, diablesse et volcanique, qui réveilla bien des sensations chez les hommes mûrs, dans le premier James Bond, Dr No?! C'était il y a 46 ans et celle qui fendait l'eau, vêtue d'un bikini blanc, un poignard sur la hanche, s'appelait Ursula Andress. Depuis, Ursula-la-sculpturale est devenue la mère de Dimitri, aujourd'hui 28 ans, et s'est fait discrète comme une femme du désert. Agée de 72 ans, l'ancienne James Bond girl a décidé de retrouver les feux de l'actualité pour une cause qui lui tient particulièrement à cœur: la lutte contre l'ostéoporose. C'est que Ursula Andress, la belle Ursula, figure au nombre des 200 millions de femmes frappées par la terrible maladie. Souhaitant aider "ces femmes à se balader sur la plage " comme elle le fit autrefois, la suissesse de naissance n'a pas manqué de répondre aux Questions de Paris Match, "ce magazine avec lequel j'ai tant aimé travailler." 

 

Paris Match: Quand avez-vous remarqué que vous étiez frappée par l'ostéoporose?

 

Ursula Andress: C'était il y a huit ans, si je ne souviens bien. Je faisais un check-up général et mon médecin m'a suggéré de vérifier l'état de mes os. On a alors pu observer que j'avais l'ostéoporose. Ou plutôt, une forme précoce d'ostéoporose, plus exactement.

 

PM: Avant le diagnostic fatal, connaissiez-vous cette maladie?

UA: J'avais uniquement retenu qu'après sa ménopause, la femme manquait d'hormones et que cela risquait de nuire à ses os. J'étais donc loin de savoir que l'ostéoporose était si grave que cela, croyant qu'elle se soignait en prenant simplement des vitamines.

 

PM: Comment avez-vous réagi quand vous avez appris la nouvelle?

UA: J'ai d'abord été fort choquée, refusant d'admettre la cruelle vérité! Dans mon esprit, l'ostéoporose ne pouvait concerner une femme comme moi, une ancienne James Bond girl qui voyageait beaucoup, qui nageait et qui marchait des kilomètres chaque jour, entretenant un immense jardin. J'étais persuadée que la maladie allait me couper l'envie de vivre.

 

PM: Il n'en a rien été?

UA: Grâce au traitement que je suis et à mon hygiène de vie, l'ostéoporose n'affecte pas ma vie de tous les jours. J'ai de la chance: main dans la main avec mon médecin, je parviens à rester moi-même, à vivre ma vie et à m'adonner aux activités que je choisis. Je vis tout à fait comme avant.

 

PM: Depuis, vous vous êtes beaucoup renseignée?

UA: Pour témoigner aujourd'hui à Bruxelles, et pour que ma parole porte, j'ai énormément lu et cela m'a fort aidée. Ce déplacement dans votre belle ville est en fait une grande première: je n'ai jamais témoigné de la sorte.

 

PM: Quel type de témoignage?

UA: Je suis venue chez vous afin de toucher un maximum de femmes. J'estimerai avoir réussi chaque fois que, grâce à moi, une femme se rendra chez son médecin pour se faire ordonner le test de densité minérale osseuse.

 

PM: Peu à peu, vous avez découvert que beaucoup d'idées reçues étaient véhiculées à propos de l'ostéoporose?

UA: Elles sont innombrables! Ainsi, celle qui veut que les femmes frappées par la maladie deviennent boiteuses ou bossues… Qu'elles soient de "vieilles bonnes femmes", en quelque sorte. Bien sûr, il n'en est rien!

 

PM: Comment avez-vous fait pour continuer à mener une vie normale?

UA: J'ai adopté une bonne hygiène de vie et ai tenté de trouver avec mon médecin le traitement qui me convenait le mieux. J'ai opté pour celui qui me permettait le mieux de profiter pleinement de la vie.

 

 PM: Vous croyez que les autres femmes atteintes d'ostéoporoses peuvent vivre comme vous le faites?

UA: Toute femme bien portante souhaite conserver une activité normale et ne pas ralentir en prenant de l'âge. Et il en va de même pour celles qui souffrent d'ostéoporose. C'est pour elles que je me bats!

 

PM: Combien de femmes sont-elles frappées par l'ostéoporose?

UA: La maladie touche une femme sur trois! Soit 20 millions de femmes. Je suis venue à Bruxelles pour être entendue par toutes ces femmes! Mais aussi pour celles qui ne sont pas encore atteintes et que je veux sensibiliser. Toute femme de plus de 50 ans devrait consulter son médecin et effectuer les examens prescrits.

 

PM: Vous appelez l'ostéoporose la "maladie silencieuse": pourquoi?

UA: Je la nomme ainsi parce qu'elle agit comme quelqu'un qui viendrait chez vous, vous prendre votre santé. Sans que vous vous rendiez compte de rien, sans que ne le sachiez. La maladie fragilise les os et peut insidieusement diminuer les activités quotidiennes, sans que la femme en ait conscience.

 

PM: C'est aussi ce qui rend le traitement insuffisamment visible…

UA: Vous avez raison! Même s'il agit efficacement, le traitement n'est pas perceptible: on n'en voit pas l'évolution. Pourtant, la femme qui se fait soigner aura l'espoir d'aller mieux. Par contre, si elle ne se soigne pas du tout, elle aura une certitude: celle de se casser l'un ou l'autre os.

 

PM: C'est parce que le traitement n'est pas immédiatement sensible que des femmes l'abandonnent?

UA: Exactement! Selon les enquêtes, 80% des femmes arrêterait de suivre le traitement parce qu'elles croient qu'il n'y a aucune amélioration. C'est bien dommage! Alors qu'il n'est pas lourd du tout! Je conseille d'ailleurs à ces femmes d'opter pour un traitement qui soit à la fois pratique pour elles et efficace pour soigner la maladie.

 

PM: Personnellement, vous avez opté pour un traitement annuel: pourquoi?

UA: Je n'ai pas suffisamment de discipline et suis trop distraite et négligente pour suivre un traitement régulier. Comme j'en avais la possibilité, j'ai choisi de me faire soigner une fois par an. Cela me convient bien.

 

PM: On dit que ce traitement est coûteux…

UA: Dans certains pays, comme la Grande-Bretagne ou l'Italie, il n'est malheureusement pas remboursé. Mon témoignage vise aussi à tenter de changer cet état de fait. Cependant, dans la plupart des autres pays, se soigner n'est pas véritablement cher: cela coûte entre 20 et 200 euros.

 

PM: Le traitement est-il douloureux?

UA: Absolument pas! Lorsque je me fais soigner, je ne sens absolument rien.

 

PM: Qui espérez-vous convaincre par votre témoignage?

UA: Je souhaite atteindre beaucoup de femmes et, sans doute, en sauver. Chaque femme qui, après m'avoir entendue ou lue, décidera de passer le test de densité minérale osseuse, ce sera une victoire pour elle et moi! Par mon témoignage, je souhaite inviter plus de femmes à parler de la santé de leurs os, à discuter avec leur médecin afin de trouver le traitement le mieux adapté à leur situation. Toutes les femmes ont besoin de se soigner de manière adéquate, non seulement pour se protéger de l'ostéoporose, mais aussi pour ne pas modifier leur style de vie.

 

PM: Quel message adressez-vous à ces femmes?

UA: Je leur demande d'être heureuses, informées et attentives!

 

PM: Et quels conseils de vie leur donneriez-vous?

UA: Je les supplierais de prendre des vitamines et du calcium, car ils sont essentiels à la bonne santé de leur tissu osseux. Je leur dirais aussi d'avoir une vie très saine.

 

PM: On vous sent fort enthousiaste de témoigner ainsi?

UA: Absolument! La campagne que je suis venu soutenir s'adresse à des femmes dont je veux qu'elles restent indépendantes et qu'elles mènent une vie active. Je refuse qu'elles soient prisonnières de la maladie ou ralenties par elle. 

 

 

Ursula_Andress (2) - PM 16-10-08.jpgLe traitemenent d'Ursula Andress? Quinze minutes par an!

Pudique, Ursula Andress ne souhaite pas expliquer par le menu le traitement qu'elle suit. Nous avons donc interrogé le docteur Steven Boonen qui l'accompagnait. Il est Docteur ès sciences et chef de division de la Gériatrie et directeur du centre des Maladies osseuses à l'Université de Louvain?

 

Paris Match: pourriez-vous décrire les symptômes de l'ostéoporose?

Steven Boonen: Cette maladie altère la solidité des os et les rend plus sensibles aux risques de fracture. Le problème, avec l'ostéoporose, est qu'elle ne présente pas de symptômes visibles et que les patients ne se sentent pas "malades", au sens où on l'entend couramment. Le diagnostic est souvent posé après une chute ou une fracture.

 

PM: L'os est donc un tissu vivant?

SB: Il se renouvelle constamment. Avec l'ostéoporose, on constate une diminution de la capacité de l'organisme à remplacer le tissu osseux vieilli, par de l'os nouveau. Les os en deviennent de plus en plus fragiles avec le temps.

 

PM: Pourriez-vous décrire le traitement que suit Ursula Andress?

SB: Son traitement s'effectue hors du milieu hospitalier. Il se fait annuellement et ne prend guère de temps: quinze minutes au plus.

 

PM: En quoi consiste-t-il?

SB: Ursula Andress se voit administrer chaque année une infusion. Mais il existe différents traitements: les patients peuvent opter pour des soins quotidiens ou, comme Ursula Andress, choisir de se faire administrer l'infusion une fois par an.

 

PM: Elles ont donc le choix?

SB: Absolument! Et cela, en fonction de la solution la mieux adaptée à leur mode de vie.

 

PM: L'ostéoporose se soigne-t-elle autrement que par un traitement médical?

SB: Certaines habitudes et une nutrition saines sont évidemment conseillées. De même qu'une activité physique régulière. Ces éléments auront une influence sur le rythme de la perte osseuse et sur la capacité du corps à renouveler son tissu osseux.

 

PM: On présente souvent l'ostéoporose comme une maladie de "vieille femme"…

SB: Des patients âgés d'à peine 25 ans peuvent être frappés d'ostéoporose. Il est pourtant vrai que ces cas sont extrêmement rares et souvent dus à des facteurs de risques spécifiques, comme le traitement chronique de certaines formes d'arthrite ou d'asthme.

 

PM: Les femmes sont plus atteintes que les hommes?

SB: Il s'agit d'un problème essentiellement hormonal. C'est ainsi que l'ostéoporose touche surtout les femmes qui ont passé la ménopause. 

 

Les partenaires d'un sex-symbol

Découverte par Paramount, Ursula Andress est apparue dans plus de trente films. Elle a joué en même temps qu'un nombre incalculable d'icônes du cinéma:

-      Sean Connery (Dr No, 1962)

-      Dean Martin et Frank Sinatra (Four for Texas, 1963)

-      Elvis Presley (Fun in Acapulco, 1963)

-      Peter Sellers et Peter o'Toole (What's new Pussycat, 1965)

-      Christopher Lee (She, 1965)

-      James Mason et Georges Peppard (The blue mask, 1965)

-      Marcello Mastroianni (La 10ème vicitme, 1965)

-      David Niven et Peter Sellers (Casino Royal, 1967)

-      Alain Delon (Soleil rouge, 1971)

-      Orson Welles et Georges Segal (Sudden star, 1968)

-      Jean-Paul Belmondo (Les tribulations d'un chinois en Chine, 1965).

 

09/10/2008

Estelle Lefébure: "Je pourrais me sentir nue sans mes bijoux Cartier"

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Paris Match: Vous êtes donc l'égérie de Cartier depuis 1996?
Estelle Lefébure: Avec Cartier, je vis une véritable et forte histoire, en ce sens que nous avons déjà fait une foule de choses, dans le monde entier. C'est une fierté et un vrai plaisir…

PM: Que symbolise Cartier pour vous?
EL: D'abord, c'est une marque française et c'est très important pour moi: je suis très fière d'être associée à ce nom. Ensuite, Cartier représente le luxe et la beauté de bijoux faits sur mesure, et cela, depuis très, très longtemps.

PM: Petite fille, vous auriez imaginé d'un jour être associée à Cartier?
EL: Toute petite, j'ai imaginé porter de beaux bijoux et mettre des parures uniques. Mais jamais je n'aurais rêvé d'être associée au nom de Cartier. Je suis une jeune fille normande et c'est un véritable rêve qui s'est réalisé.

PM: Avant d'en devenir l'égérie 1996, vous aviez déjà porté un bijou de Cartier?
EL: (petits rires) Vous me rappelez là un vieux souvenir. Avant 1996, j'ai fait ma première couverture du Vogue français, avec Patrick Demarchelier: pour l'occasion, je portais les plus grosses boucles d'oreilles de Cartier, avec une robe en jeans de Azzedine Alaya. Les photos avaient été faites aux Etats-Unis et c'était en 1986: je m'en souviendrai toujours…

PM: C'était donc 10 ans avant que Cartier ne vous engage: prémonitoire?
EL: Oui, avec l'association de deux noms prestigieux comme Vogue français et Cartier. Pas mal, vous ne trouvez pas?

PM: Si vous deviez choisir des qualificatifs pour évoquer Cartier?
EL: Je dirais "unique", "chic" et "élégant", avec une pointe de fantaisie, c'est-à-dire d'humour. Autres adjectifs qui me viennent à l'esprit: "sublime", "universel". Mais aussi "classique" comme le "Love", "Les trois anneaux"… Bref, des bijoux qui vont passer de mère en fille et resteront éternellement dans la famille.

PM: Vous parlez de "fantaisie"?
EL: Quand je dis "fantaisie", c'est dans le sens de légèreté, de couleurs. Personnellement, j'ai mes classiques: la "Tanque", la "Pacha", le bracelet "love" qu'on m'a offert et les trois anneaux que j'ai moi-même offerts à ma mère. Ce fut quelque chose de très important, pour moi. Je sais déjà que je donnerai mes bijoux à mes filles. Obligatoirement.

PM: Cartier dans le monde, c'est quoi pour vous?
EL: Il y a d'abord l'élégance française qui ressort, je l'ai dit. Je l'ai constaté quand je vivais aux Etats-Unis: Cartier, c'est le patrimoine français. En plus de représenter la France, c'est une des maisons les plus élégantes et les plus prestigieuses. Qu'il suffise de voir tous les princes, toutes les princesses qui portent des parures de Cartier. Enfin, il y a l'histoire de Cartier qui est magnifique.

PM: De très nombreuses familles royales portent du Cartier?
EL: C'est sans doute pour cela que tout le monde a envie de posséder du Cartier, pour faire partie de cette même famille.

PM: Les cent ans de la marque, à Paris, vous vous en souvenez?
EL: Il neigeait et les invités arrivaient du bout de la rue de la Paix, au cœur de Paris, sur un longuissime tapis rouge. Je m'en souviens parfaitement. Il y a eu d'autres événements fabuleux, avec des présentations magnifiques: comme cette fois où le sol de toutes les salles du magasin Cartier était recouvert de bonbons. C'était à la fois très enfantin, innocent, et magique.

PM: C'est une activité qui ne doit jamais vous lasser…
EL: Comment pourrais-je être lassée par tant de beauté? En plus, il y a toujours un renouvellement, des actions à la pointe de la nouveauté. Chaque collection est différente, tout en complétant les autres. Pas moyen de se lasser…

PM: Un souvenir, par exemple?
EL: En 1997, j'ai eu la chance d'effectuer la montée des marches à Cannes et cela m'a laissé un grand souvenir. J'étais enceinte de ma deuxième fille, Emma, et je donnais le bras à Alain-Dominique Perrin, pédégé de Cartier à l'époque. C'était pour la soirée de la marque: j'avais des boucles d'oreille Cartier ainsi qu'une fort jolie robe Azzedine Alaya. Un très, très grand souvenir.

PM: Qu'est-ce que cela fait de porter des bijoux aussi prestigieux, et il faut le dire, aussi coûteux?
EL: D'abord, celle qui les porte a très peur. Cependant, elle est aussi très fière parce que porter un bijou Cartier, c'est la touche finale pour pouvoir sortir. J'ai l'impression que je pourrais me sentir nue sans mes bijoux Cartier.

PM: A ces moments-là, vous avez des gardes du corps?
EL: Il vaut mieux, oui! Cela me rassure. Je n'aimerais pas que quelqu'un vienne m'arracher mes boucles d'oreilles ou mon collier. Étant donné que je suis en contact avec le public, il est donc préférable d'avoir corps tout près de moi.

PM: Comment vous regardent les gens, à ces moments-là?
EL: Il y a surtout beaucoup d'admiration dans leurs yeux. Plus d'admiration que d'envie.

PM: Un bijou Cartier peut-il transcender la plus jolie femme du monde?
EL: Oui, mais en plus, ce bijou fera sortir sa beauté intérieure. Un bijou peut habiller une femme, à lui seul. Ce qui est sublime, c'est qu'en portant ce bijou, une femme ne doit pas nécessairement être habillée de la plus belle robe ou du plus beau manteau de fourrure qui soit. J'aime associer les bijoux Cartier à des jeans et une chemise blanche, ou un tee shirt: c'est ce qui met le mieux en évidence la splendeur des bijoux Cartier. Le bijou fait tout.

PM: C'est cela sans doute, la spécificité Cartier…
EL: Exactement! Les bijoux Cartier peuvent être portés de la plus simple manière qui soit. Même nue. (rires)

PM: Quel est le plus beau bijou Cartier que vous ayez porté?
EL: Il n'y en a pas un! J'ai porté de sublimes parures, mais je me souviens aussi avoir porté, à Milan, la plus grosse émeraude qui existe. Il fallait saisir cette chance et en conserver le souvenir. Il ne se reproduira pas tous les jours. J'ai profité de ce moment, en savourant chaque instant.

PM: Vous êtes très belle. Quel regard portez-vous sur l'évolution de la beauté?
EL: La beauté existe, il ne faut pas le nier. En ce qui me concerne, je dois donc d'abord remercier mes parents. Mais après les parents, il y a eu pour moi un véritable travail quotidien, sans oublier la vie et ce que je suis, ce que je suis devenue. Plus une femme se connaît, plus elle irradie à partir de sa propre beauté intérieure. En ce qui me concerne, apprendre à me connaître m'a permis d'exprimer ce que j'avais à l'intérieur de moi et à en souligner le meilleur.

PM: La beauté en général évolue?
EL: La beauté devient de plus en plus superficielle. A l'heure actuelle, j'estime que tout le monde lui accorde beaucoup de'importance, sans qu'il y ait un réel approfondissement de la personnalité. Aujourd'hui, les gens jugent beaucoup trop d'après la beauté. J'espère qu'on va en revenir à des éléments plus profonds.

PM: Et l'évolution de la femme?
EL: Les mannequins qui débutent actuellement ne sont pas de vraies femmes, mais des petites gamines de 14 ans. Je ne puis imaginer que ma fille aînée, Ilona, qui a 13 ans, fasse ce même métier dans un an. À mes débuts, le star-système prenait plus en compte nos personnalités. Nous avions des caractères différents et étions assez voluptueuses. Je crois que nous représentions vraiment la femme. Aujourd'hui, l'évolution va plus vers des mannequins uniformes. Voire même, sans formes. Cependant, je ne suis pas persuadée que la femme actuelle se retrouve dans ce type d'image.

PM: Cela va donc changer, selon vous?
EL: Je crois que les marques s'en rendent compte elles-mêmes: il y a eu une perte d'identité.

PM: Vous pourriez citer trois éléments qui ont fait évoluer la beauté de la femme?
EL: Vous trouvez que les femmes sont plus belles aujourd'hui? Je n'en suis pas sûre. Il y a 50 ou 100 ans, les femmes étaient très belles. J'ai peut-être un autre œil, mais en tant que femme, j'estime qu'elles étaient sublimes. Elles ont d'ailleurs traversé tous les temps. En voit-on de plus belles aujourd'hui? Je n'en suis pas certaine. La mode était différente, mais des minijupes et des robes sexy ne font pas la beauté de la femme.

PM: Quel type de femme aimez-vous?
El: J'adore par exemple les femmes de Botero ou celles des sculptures de Rodin. Peut-être que le problème vient de ce que ce type de beauté existe moins, à l'heure actuelle.

PM: Quels éléments peuvent rendre une femme belle?
EL: L'amour, d'abord. Ça aide. Je dirais aussi qu'une femme doit être en accord avec elle-même. Enfin, il y a aussi le fait d'avoir des enfants: grâce à eux, on se sent plus forte et plus importante aux yeux du monde. Un enfant, c'est la plus grande merveille du monde. Avoir eu un enfant rend donc belle. Enfin, tout au bout du parcours, viennent le maquillage et les vêtements.

PM: Pas les bijoux?!
EL: Bien sûr, d'autant qu'ils restent, eux! Ils ont une histoire et portent des ondes. Les bijoux passent de génération en génération: je porte des bijoux de ma mère et de ma grand-mère. Un bijou, c'est éternel!

PM: Donnez-vous des conseils de beauté à vos deux filles, Ilona et Emma?
EL: Bien entendu! Je leur dis d'abord de faire attention à leur peau: c'est un capital très important. Il faut l'hydrater et la nettoyer. Un autre conseil que je leur donne est de se protéger du soleil. La beauté passe aussi par l'hygiène et l'alimentation. Elles doivent faire attention à ce qu'elles avalent.

PM: Elles sont réceptives à vos conseils?
EL: Oui! J'ai commencé très tôt et je leur ai expliqué pourquoi elles devaient faire attention. Étant donné que j'ai beaucoup de force de conviction, mon message passe assez bien. Surtout que je leur donne l'exemple.

PM: Vous vous nourrissez de nourriture bio?
EL: Oui, je mange bio, mais je choisis aussi des aliments de saison qui sont un des éléments favorisant la bonne santé.

PM: Pour en revenir à la femme, a-t-elle encore beaucoup de combats à gagner?
EL: (rires) Attention, vous ne parlez pas à une féministe! J'ai toujours été très indépendante puisque j'ai travaillé dès mes 19 ans et j'en suis très heureuse. Mais le rôle de la femme et de l'homme… Pour moi, ils ne devraient pas trop s'échanger leurs rôles.

PM: Il ne faut pourtant pas être une féministe de pointe pour regretter qu'à travail égal, les femmes gagnent moins bien leur vie, par exemple…
EL: Il reste évidemment des choses à faire. Beaucoup, même. Il y a des places à prendre, des rôles à assumer et quantité de fonctions à occuper, pour les femmes.

PM: Quelles évolutions retiendriez-vous, qui ont favorisé l'épanouissement des femmes?
EL: En politique par exemple, il y a eu une énorme progression. Si l'on revient quelques années en arrière, il n'y avait pas autant de femmes à des postes importants. Et je ne vois pas pourquoi cela s'arrêterait, d'autant que le résultat n'est pas trop mauvais. Vous ne trouvez pas?

PM: Vous a-t-on parfois considérée comme une femme-objet?
EL: Même si quelqu'un avait essayé, rien qu'une seule fois, cela n'aurait pas marché. Et s'il y a des hommes comme cela, je ne veux pas les connaître…

PM: Vous aimez la galanterie, chez l'homme?
EL: Cela fait partie du rôle d'un homme. Il ne revient pas à une femme d'ouvrir une porte, mais bien à un homme. C'est clair!

PM: Vous auriez un fils, vous lui apprendriez la galanterie?
EL: Oui! Mon rôle de mère serait de lui apprendre des choses comme celle-là. Cependant, ce n'est pas seulement de la galanterie, c'est aussi de l'éducation. Je préfère avoir un homme qui m'ouvre les portes, plutôt qu'un homme qui change les couches.

PM: Et s'il fait les deux?
EL: C'est encore mieux! Mais je trouve que, pour un homme, il y a des choses plus importantes que changer les couches.

PM: Votre beauté a-t-elle compliqué vos relations avec les autres femmes?
EL: Non! J'ai d'ailleurs un vrai public de femmes. Sans doute parce que je ne suis pas une voleuse de maris. J'ai forcément utilisé une certaine forme de séduction, mais c'était toujours par rapport au public en général.

PM: Vos filles sont-elles déjà séduisantes?
EL: Un enfant est toujours séduisant, mais mes filles jouent déjà de leur séduction, c'est vrai.

PM: Et avec les hommes, votre beauté vous a parfois posé des problèmes?
EL: Plus qu'avec les femmes parce que je ne savais pas toujours pourquoi ceux que j'avais en face de moi voulaient me parler. Le voulaient-ils pour ma beauté ou pour ce que je représentais? J'ai toujours eu une certaine méfiance.

PM: Cela vous a rendue sceptique?
EL: Je suis suffisamment intuitive pour savoir à qui j'ai affaire.

PM: En quoi votre profession de mannequin a-t-elle enrichi votre personnalité?
EL: J'ai d'abord eu la chance de découvrir le monde, très jeune. Cela m'a permis de rencontrer des personnes extraordinaires. N'oubliez pas qu'à vingt ans, j'habitais New York…

PM: Aujourd'hui, vous êtes actrice: quelle différence avec le mannequinât?
EL: Au cinéma, il est indispensable d'avoir une implication bien plus profonde et un travail en amont plus valorisant. Je ne vais pas dire qu'être mannequin ne demande pas de travail, mais cela se limite surtout à se lever tôt, à être maquillée et coiffée. Mais il est tout de même très superficiel de poser devant une caméra. Même si ce n'est apparemment pas donné à tout le monde: certains mannequins sont très jolies, mais n'arrivent même pas à poser devant l'objectif…

PM: Au moment même, se rend-on compte de ce côté superficiel?
EL: Lorsque, comme moi, une femme a cette chance que j'ai eue, elle est dans un tourbillon de succès et peut choisir ce qu'elle fait. J'ai été happée par ce succès, mais j'ai aussi pu conserver les pieds sur terre. Cela, grâce surtout à mon entourage.

PM: Vous êtes bien dure pour votre ancien métier?
EL: Ce que je dis n'empêche pas qu'il faut un véritable professionnalisme pour réussir comme mannequin. À l'époque, nous avons toutes vraiment travaillé et ce fut fort dur, il faut l'avouer.

PM: Il y a donc beaucoup de dangers…
EL: Il ne faut pas seulement être armée, mais aussi entourée par des personnes qui sont hors du métier. Travailler avec sa famille peut fausser les rapports, un jour ou l'autre. À ce titre, mes parents n'ont pas voulu s'impliquer.

PM: Vous songez à votre agent?
EL: Un premier agent m'a découverte, puis ensuite j'ai rencontré la personne qu'il fallait. Sans elle, je n'aurais pas eu la même carrière.

PM: Quel regard portez-vous, sur une certaine noirceur, au sein du mannequinât actuel?
EL: Personnellement, je n'ai pas connu aucune noirceur dans cette profession. À l'exception du SIDA: beaucoup de photographes, de coiffeurs ou de maquilleurs qui travaillaient avec moi en sont morts.

PM: La drogue et d'autres drames sont-ils inhérents à ce type de métier?
EL: Je n'ai jamais côtoyé le monde de la drogue et ne l'ai même pas approché. Je ne peux donc pas en parler, d'autant que le groupe de filles avec lesquelles je travaillais était sain: Cindy, Christie, Linda, Stéphanie. Nous n'étions pas du tout dans ce monde-là.

PM: Comment une femme peut-elle conserver son éclat?
EL: C'est génétique, je crois: ma mère, ma grand-mère et ma tante ont le même éclat. Je ne suis pas du genre à faire des excès, cela m'a permis de conserver ce capital. J'ai pris l'habitude d'avoir une vie saine et de continuer. Vient ensuite l'apprentissage des produits…

PM: Le cinéma est votre nouveau défi?
EL: Oui, mais il l'est depuis plusieurs années et il est vrai que cela a mis un peu de temps que je ne l'espérais, mais je crois que c'est normal. Dans la tête des gens, j'ai dû effacer une étiquette: Estelle-le-mannequin doit être remplacée par Estelle-la-comédienne. Le mieux, c'est quand le public choisit lui-même celle des deux qu'il préfère et quand il le dit.

PM: Qu'est-ce qui doit sortir, comme film?
EL: En janvier, sort un film de Maïwenn: "Le bal des actrices", avec du beau monde, comme Muriel Robin, Charlotte Rampling, Julie Depardieu… Et début 2009, je serai en tournage pour un thriller. Mais je ne peux pas en dire plus…

PM: Heureuse, donc?
EL: Je tente d'être heureuse de tout ce qui peut m'arriver. J'essaie de trouver le bonheur tous les jours et de m'en satisfaire.

PM: Vous connaissez la Belgique?
EL: Pas beaucoup! J'ai seulement le souvenir d'avoir été au cinéma avec mes filles, à Bruxelles et, à la sortie, d'avoir mangé d'excellentes gaufres chaudes. Elles étaient super bonnes. C'était délicieux.

PM: Bruxelles est tout près de Paris, cependant…
EL: Je m'en souviens. Ce qui m'avait frappé c'est qu'à Bruxelles, vous êtes très vite à la campagne, avec de très beaux paysages. Et aussi de très, très belles maisons.

PM: Et à part les gaufres, d'autres souvenirs?
EL: J'ai rencontré le stylicien Alexandre Flamand qui est quelqu'un de charmant.

PM: Quelle image avez-vous de la Belgique?
EL: Je songe surtout au fait qu'elle est en avance pour tout ce qui est bio, mais aussi pour le "save the planet" et toutes ces sortes de choses. Le Belge fait plus attention à son environnement.

PM: Et le caractère du Belge?
EL: Je serais incapable de le décrire.

PM: Les Belges vous laisse quand même une impression…
EL: A Bruxelles, tout semble plus calme. Paris est une ville de stress, pas Bruxelles. Cependant, c'est seulement une impression toute personnelle…

PM: Que pensez-vous de la Belgique, par rapport à la France?
EL: Je ne la connais pas suffisamment pour le dire. J'ai toujours fait des passages très rapides, sans vivre réellement dans l'ambiance.

PM: Vous êtes au courant qu'il y a une crise politique, en Belgique?
EL: Non, pas du tout! Désolée…

PM: Certains Belges francophones souhaiteraient être rattachés à la France: qu'est-ce que cela vous ferait?
EL: Personnellement cela ne me dérangerait pas.

PM: Vous ne connaissez pas bien la Belgique, pourtant c'est tout près…
EL: C'est spécial que vous me posiez des questions sur la Belgique. Je suis française et ai vécu plus de 14 ans aux Etats-unis. En outre, il y a des gens qui ne s'intéressent pas à la politique française alors, vous savez, la politique étrangère de chaque pays…

PM: Il y a pourtant eu des "unes" des journaux français sur la situation politique en Belgique, pour une crise qui dure depuis un an et demi…
EL: Je doute que beaucoup de Français aient suivi ce qui se passe en Belgique…