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02/02/2009

INTERVIEW, WILFRIED MARTENS ET MIET SMET: 40 ANS D'AMOUR

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Miet Smet, l'épouse de Wilfried Martens, a participé à une partie de l'entretien que l'ancien Premier ministre a accordé à Paris Match. Nous les avons interrogés, tous les deux, sur leur histoire d'amour.

PM: Miet Smet est votre troisième femme: croyez-vous que le Roi Baudouin aurait accepté votre situation matrimoniale et que, malgré cela, il vous aurait désigné comme explorateur?

WM: Oui! Baudouin était certes un homme rigoureux, mais il était aussi très tolérant: il acceptait les choix personnels. 

PM: Il aurait donc évolué, en même temps que la société?

WM: J'en suis persuadé. Notez tout de même que le Sud du pays a évolué plus rapidement que le Nord. La situation actuelle est bien plus saine: la société est plus ouverte et sincère. On ne se cache plus.

PM: C'est pour cela que Miet Smet et vous, avez décidé de vous marier?

WM: En quelque sorte… Il y a surtout le fait que mon divorce était devenu public. Personnellement, j'avais pourtant des doutes sur les conséquences d'un éventuel mariage: je craignais que cela devienne une sorte de "soap". Or, c'est tout le contraire qui s'est produit.

PM: C'est-à-dire?

WM: En raison des doutes que je viens d'évoquer, nous avions tenu à ce que notre mariage reste secret. Il l'est resté jusqu'à deux heures avant la cérémonie. Le même jour, le CD&V tenait un congrès: celui qui le présidait a ouvert la séance en demandant aux congressistes de bien vouloir excuser les absences de Miet Smet et Wilfried Martens, ceux-ci étant en train de se marier. La salle a applaudi.

PM: Votre mariage a même été l'objet d'une plaisanterie, durant le congrès?

WM: C'était au moment où la NVA se séparait du CD&V: Moniek Delvou, ancienne porte-parole de Jean-Luc Dehaene, a effectivement dit de notre mariage qu'il était le seul cartel qui fonctionnait.

PM: En parlant de la société qui a évolué, vous vous souveniez de votre collègue de parti, Johan Van Hecke, contraint de quitter la politique parce qu'il entretenait une relation avec une journaliste?

WM: Exactement! À l'époque, le CVP n'avait pas encore évolué… 

wilfried martens et miet smet - PM 22-01-09 (2).jpgPM: Miet Smet et vous, c'est une longue histoire d'amour?

WM: Je ne dirais pas cela. Nous avons eu une rupture qui a duré neuf années, entre 1999 et 2008.

PM: Là, vous faites allusion aux Européennes de 1999, lorsque votre parti l'a choisie comme tête de liste, alors que vous briguiez la même place?

WM: C'est cela. Je dirais que notre rupture de 99 fut politique. Pendant 9 ans, jusqu'en 2008, nous ne sommes plus parlés. (Wilfried Martens martèle) Pas un mot!

PM: Durant les années 80, des rumeurs avaient même circulé à propos de vos relations…

WM: Je sais…

PM: Donc, vous vous êtes retrouvés en 2008…

WM: En effet! Je me suis toujours intéressé à la situation du Congo et, fin janvier 2008, j'ai été assister à une séance, au Sénat, où Miet prenait la parole sur ce sujet. À l'issue du débat – il y a moins d'un an, donc – nous avons discuté, avant d'échanger nos numéros de GSM. Vous connaissez la suite…

PM: Lors de vos retrouvailles, tout est reparti comme avant?

WM: Oui, le courant est très vite repassé.

PM: Il y a vingt ans, on n'aurait jamais imaginé un couple de sexagénaires, voire plus, être au top du top…

WM: Je crois qu'on dit "seniors", en français? Effectivement, nous sommes une sorte d'exemple. Beaucoup d'hommes et de femmes de notre âge ont vu dans notre mariage une perspective. Il leur a donné espoir et confiance.

PM: … malgré le fait que vous, personnellement, ayez divorcé deux fois?

WM: Oui, mais je suis loin de faire l'éloge du divorce. Il reste un échec. Et un drame.

PM: Pourtant, au sein même de votre parti, des personnalités comme Herman Van Rompuy sont très strictes en matière d'éthique…

WM: Il est effectivement très strict, mais cela ne l'empêche pas d'accepter l'évolution de la société. Je ne les citerais pas, mais d'autres parlementaires ayant une conception tout aussi rigoureuse n'en ont pas moins épousé des personnes divorcées.

PM: Vous n'êtes donc pas le seul…

WM: Le président d'un grand pays n'est-il pas dans le même cas?

wilfried martens et miet smet - PM 22-01-09.jpgPM: Madame Smet, à quoi attribuez-vous le fait que Monsieur Martens et vous, vous vous êtes enfin retrouvés, il y a moins d'un an?

MS: Notre passé a bien entendu joué un rôle, mais aussi notre passion commune pour la politique. Chacun le sait, mon mari vit pour la politique: encore maintenant, toute la journée durant, il écoute les nouvelles à la radio, joue (sic) sur l'ordinateur… (Ils rient ensemble) Et je peux vous assurer qu'il y suit effectivement la politique. 

PM: L'un comme l'autre, vous êtes donc tombés dans la politique quand vous étiez jeunes?

MS: Mon père était sénateur et il est mort un jour en revenant du Parlement. Personnellement, j'ai aussi milité au sein des jeunes CVP. Comme Wilfried. Nous avons aussi fait partie du même gouvernement, entre 1985 et 1992.

(Deux des trois jeunes enfants de Wilfried Martens entrent dans la pièce où le couple nous reçoit)

PM: Madame Smet, vous vous entendez bien avec eux?

WM: Oui! Ils viennent un week-end sur deux, mais il y a aussi les vacances. Nous les voyons plus souvent que ne le prévoit le jugement du divorce de mon mari. Des enfants de cet âge demandent toute une organisation.

PM: Deux vice-Premières ministres de l'actuel gouvernement, Laurette Onkelinx et Joëlle Milquet, en ont quatre…

MS: Oui, mais elles sont aidées. Sans cela, ce ne serait pas possible.

PM: Il est donc possible de faire de la politique, tout en menant une vie de famille?

WM: Oui, je crois que c'est tout à fait possible. Je connais nombre de couples où l'un des deux époux exerce une activité politique de haut niveau, sans que celle-ci ait de conséquence sur l'entente du ménage. 

PM: Ce n'est pas la politique qui est à l'origine de vos deux divorces?

WM: Non!

PM: Vos enfants vous parlent de politique?

WM: (Ils éclatent de rire) Figurez-vous que, lorsque j'ai été nommé explorateur, une de mes jumelles, Sophie, m'a demandé combien j'allais gagner d'argent. 

PM: Qu'avez-vous répondu?

WM: La vérité: rien!

PM: Le Palais royal ne prévoit rien?

WM: C'est plus simple: le Palais n'a rien! Si des ministres CD&V ne m'avaient pas proposé leur chauffeur, je n'en aurais pas eu.

PM: Miet Smet, votre mari a évoqué vos retrouvailles: vous vous y attendiez?

MS: Non! Je m'étais installée comme femme seule, en continuant de mener ma vie de sénatrice du Communauté.

PM: Lequel de vous deux a demandé la main de l'autre?

MS: Nous l'avons vraiment fait ensemble. C'est la meilleure chose qui pouvait arriver, vous ne trouvez pas?

PM: Votre mari dit qu'il a craint que votre mariage ne devienne un "soap". Et vous?

MS: Lorsque deux personnes connues sont ensemble, les gens les voient bien évidemment. Il était donc préférable de nous marier. La seule chose que nous devions faire était de garder le secret. Nous y sommes parvenus, jusqu'au jour de notre mariage. Je dirais que le secret a été préservé par tous ceux qui étaient dans la confidence, jusqu'à ce que le dernier d'entre eux parle, c'est-à-dire le bourgmestre qui nous a mariés, je crois…

04/01/2009

MISCHAEL MODRIKAMEN: "Je vais au contact frontal"

 

modrikamen - PM 23-12-08.jpg

Depuis un triste week-end d'octobre, Mischael Modrikamen est devenu un habitué des médias. Il a croisé le fer avec les avocats de l'Etat, ainsi qu'avec le couple Leterme-Reynders, mais par presse interposée. Affirmer que le second ne porte pas dans son cœur le défenseur des 2.100 actionnaires de Fortis est un euphémisme. Me Modrikamen n'a jamais plié. Comme autrefois son père, qui a connu la Gestapo, avant d'être victime d'une tentative d'assassinat politique. Paris Match lui a demandé ce qu'il pensait de la crise de régime que connaît la Belgique, et comment il voyait l'avenir du pays. Sans oublier celui de ses clients. Nous avons aussi fait le point sur ses prétendues ambitions politiques.

Paris Match: On vous présente comme le tombeur du gouvernement et comme le fauteur de crise…

Mischael Modrikamen: J'ai le sentiment d'avoir fait mon travail et d'avoir défendu une cause. Nous avons exposé publiquement nos griefs, ce qui est toujours déstabilisant pour l'adversaire. 

PM: Au début, on vous présentait comme un chevalier blanc, puis aujourd'hui, certains vous reprochent de mettre en danger la survie de Fortis, mais aussi l'emploi et l'argent des clients…

MM: C'est la fuite en avant du gouvernement qui a tout causé. Sans cela, la situation serait tout autre…

PM: Vous vous attendiez à tout cela?

MM: J'ai vite senti que le dossier Fortis allait être un des plus important de l'histoire de la Belgique: avec les vingt à vingt-cinq milliards d'euros perdus, des gens ruinés et 500.000 personnes touchées…

PM: Cela, c'est pour Fortis. Et pour la crise politique?

MM: Je n'ai jamais imaginé les développements des derniers jours. Je le répète: après l'arrêt de la Cour d'appel, le gouvernement aurait fort bien pu prendre de la distance. S'il l'avait fait, on n'en serait pas là!

PM: Vous avez proposé au gouvernement de négocier: vous y songiez réellement ou était-ce stratégique?

MM: Nous y avons réellement cru. Il y a plus que la posture de celui qui ne veut pas la mort de l'autre.

PM: Le fait que tout a éclaté de la sorte ne va-t-il pas permettre de repartir sainement?

MM: J'ai l'espoir que les avocats de l'Etat auront une nouvelle feuille de route. Il est cependant clair que les entrevues actuelles chez le Roi sont surtout politiques. J'appelle de mes vœux une équipe différente.

PM: Cela va prendre des années…

MM: On ne peut se le permettre. Il faut être volontariste.

Paris Match: Quelles réflexions vous inspire la Fortisgate?

MM: Il s'agit d'une crise de régime, un peu comme celle de la VIème République. Le gouvernement Leterme n'est jamais parvenu à décoller et on vient d'atteindre les limites du système proportionnel.

PM: Il y a aussi eu des pratiques inqualifiables…

MM: Les 3, 4 et 5 octobre derniers, on reprochait au gouvernement d'être intervenu dans Fortis et de s'être substitué aux organes de la banque. Ensuite, la Justice s'en est mêlé et il y a de nouveau eu des interférences. Heureusement, lorsqu'on s'est attaqué aux fondements de la démocratie, la presse et l'opinion ont joué leur rôle. 

PM: Vous mettez la justice et la politique dans le même sac?

MM: Au niveau de la Cour d'appel, il y a eu des réactions très saines: les pressions ont été rendues publiques et les magistrats les ont dénoncées.

PM: Ces pratiques sont-elles régulières?

MM: A niveau du Parquet, il y a aussi eu une confusion des genres: il a agi à la demande du gouvernement et l'Etat, partie à un procès, a utilisé ses prérogatives d'Etat-Etat, en chargeant le Procureur général de faire une enquête, pour pouvoir aller en Cassation. C'est aussi inacceptable qu'effrayant.

PM: Qu'est-ce qui est véritablement en cause?

MM: Le gouvernement Leterme étant particulièrement faible, il a été le lieu de beaucoup de problèmes d'ego. Avec l'affaire Fortis, Yves Leterme et Didier Reynders se sont d'abord profilés comme des hommes d'Etat. Leur décision de vendre Fortis était, soit contestable, soit très mauvaise. Surtout, ils ont été sourds à toute négociation, tout en allant dans le déni. Ils ne se sont pas comportés en hommes d'Etat.

PM: Qu'aurait dû faire le gouvernement pour Fortis?

MM: Il aurait d'abord dû garantir les crédits interbancaires et empêcher les Hollandais d'agir comme ils l'ont fait. Ensuite, tous les états ont défendu leur champion, sauf la Belgique: la Hollande, la France, l'Allemagne, l'Angleterre… Nous avons fait preuve d'une incroyable impréparation et en trois jours, nous avons permis le démantèlement de la plus vieille institution financière belge. De plus, ceux qui ont négocié n'étaient pas habilités à céder les actifs d'une banque.

PM: Quel est le profil d'un homme d'Etat?

MM: Est homme d'Etat celui qui, dans des circonstances difficiles, sait faire de bons choix, dans l'intérêt de tous et qui a de l'ambition. Les membres du gouvernement en manquent terriblement.

PM: Avez-vous l'impression que nous vivons un profond chaos?

MM: Les institutions sont fort affaiblies et il faut les renouveler d'urgence.

PM: Les citoyens affirment qu'il est temps que le politique, qui effectue des pressions sur divers milieux, doit être sanctionné: votre avis?

MM: Il faut surtout réformer les institutions. La Belgique a besoin d'un gouvernement fédéral fort, ainsi que de deux ou trois institutions fédérées simplifiées. Il faut des équipes resserrées et en terminer avec les institutions qui ne servent à rien, comme les provinces. Je plaide aussi pour le système majoritaire qui permet d'identifier clairement qui est au pouvoir et d'éventuellement le sanctionner aux élections. Sans oublier l'enseignement, la justice, la sécurité, le marché du travail… 

PM: Le système majoritaire tient-il compte de la complexité de la Belgique?

MM: Les institutions ne doivent pas rendre le pays plus complexe qu'il ne l'est déjà. Voyez le dossier des vols de nuit: il est ingérable à cause de la superposition des pouvoirs. Nos institutions sont à bout de souffle. Je souhaite qu'on change de République!

PM: Cette crise arrive à un très mauvais moment: le pays risque gros…

MM: La Belgique a perdu 15 à 20 milliards, des gens sont ruinés et ne vont pas bien: dépressions, suicides… Les conséquences de la crise Fortis vont se faire ressentir économiquement, c'est certain.

PM: Tout ce que vous dites est très politique, non?

MM: Mes recours sont juridiques, comme mes griefs. Mais il est vrai que l'affaire Fortis a pris un tour politique. Bien malgré moi.

PM: L'affaire Fortis vous permettrait d'avoir des gains colossaux?

MM: Les gens ne se rendent pas comptent de ce qu'implique notre travail. Depuis trois mois, dans le cabinet, il y a neuf personnes mobilisées, jour et nuit. Nos coûts sont énormes. Le seul fait d'aller en appel revient à près de 9.000 euros. Quant aux actionnaires, celui qui avait mille actions à 15 €, il y a un an, le même a encore pour 1.000 € d'actions. Il a donc perdu 14.000 €. Pour aller en justice, il a dû payer 150 €. 

PM: Les commentaires sur vos gains vous blessent?

MM: Les critiques injustes me laissent totalement indifférent et insensible. 

PM: Vous dites qu'il faut une conciliation dans l'intérêt du pays: quelle conciliation et quel intérêt du pays?

MM: Pour la conciliation, il y a plusieurs pistes: une renégociation, la création d'une grande banque belge, je n'ai aucun a priori et ne prétends pas détenir "la" solution. Quant au pays et son avenir, je le répète: il va falloir revoir les institutions qui sont grippées.

PM: Que peut espérer le petit l'actionnaire, combien?

MM: L'objectif réaliste est d'arriver à 9-10 € par action.

PM: Et l'avenir, pour Fortis?

MM: Sauf si les bilans sont faux, Fortis n'a pas de problèmes de solvabilité, mais des problèmes de liquidité. Sa solvabilité est meilleure que celle de BNP: les Français ont plus besoin de Fortis que le contraire. Pour les liquidités, le problème de Fortis est le marché interbancaire. 

PM: Quid de l'Etat belge?

MM: Si BNP augmente son capital, l'Etat va avoir une participation totalement diluée tandis qu'il va assumer en risque, sans avoir plus rien à dire. C'est hallucinant!

PM: On a évoqué vos contacts avec Rudy Aernoudt…

MM: Je l'ai effectivement rencontré, il y a trois semaines. Je veux rappeler qu'en 2003-2004, j'avais moi-même songé à lancer un parti. À l'époque, j'avais été jusqu'à mettre au point un programme, un site internet et une récolte de fonds. Mais je me suis heurté à l'opposition de ma femme qui a menacé de divorcer.

PM: Pourquoi feriez-vous de la politique?

MM: Le drame de la Belgique est que les hommes politiques sont des professionnels: de 22 ans jusqu'à leur mort. Cela leur enlève toute fertilité mentale. Je préfère le système des Etats-Unis où l'on fait des allers-retours entre la politique et la vie civile.

PM: Pour en revenir à Aernoudt…

MM: J'ai de la sympathie pour l'homme, qui est intelligent et a été courageux. Je trouve que son programme est bon. Mais on s'est vu, sans plus… Il ne m'a rien proposé. Pour le moment, j'interviens comme avocat. Je n'ai pas d'agenda politique.

PM: Vous ne serez pas candidat en juin prochain?

MM: Non! Mais un jour… 

PM: Avez-vous envie de devenir un "chevalier blanc", en politique?

MM: Je suis attiré par la chose publique, mais j'aime ma liberté. Je ne voudrais pas dépendre d'un président de parti. J'y réfléchirais donc à deux fois avant de me lancer en politique… 

PM: Pour en revenir au gouvernement, on n'y a guère entendu de voix discordantes…

MM: L'unanimité est surtout due au fait que peu de gens connaissent ce dossier fort technique.

PM: Selon vous, Yves Leterme a commis une gaffe énorme ou espérait-il passer entre les mails du filet?

MM: Je me pose des questions sur l'homme. Je doute vraiment que ce qui s'est passé chez lui soit resté au seul niveau de son chef de cabinet. Plus généralement, il est clair qu'il a failli: il a fait ce qu'on appelle du football panic.

PM: Il n'a pas la carrure d'un homme d'Etat?

MM: Son entêtement, voire sa candeur à révéler des contacts, et le fait qu'il a exposé une magistrate, tout cela me ferait répondre par la négative. Mais dans cette affaire, je n'ai pas joué l'homme.

PM: Et Didier Reynders?

MM: Je pense qu'il s'agit d'un homme extrêmement intelligent et j'aurais espéré qu'il exerce une influence positive. Mais lui, a clairement joué l'homme, proférant parfois des âneries: par exemple, quand il a dit qu'il n'avait jamais vu un avocat demander une provision avant d'agir. Reynders a fort personnalisé le débat et a été un obstacle au règlement serein du dossier.

PM: Aucun homme d'Etat, selon vous?

MM: Sans affirmer que cela lui donne l'étoffe d'un homme d'Etat, j'ai apprécié Jo Vandeurzen qui a su prendre ses responsabilités

PM: Votre cabinet, c'est un peu David contre Goliath?

MM: Si on compte notre chauffeur, nous sommes neuf. Il y a d'abord quatre associés: ma femme, qui s'occupe de tout le back office et qui fait tourner le cabinet, Olivier Bonhivers qui a travaillé avec moi sur le dossier Fortis, Cyrille Barette qui s'occupe de nos autres clients, et moi-même. Sans parler d'excellents juristes, dont Laurent Arnouts qui est doté d'un grand flair politique.

PM: Ce type de structure vous plaît?

MM: Elle permet une liberté d'agir et ne me fait pas dépendre d'un client.

 

"Je vais au contact frontal!"

PM: Le drame de votre vie, c'est l'agression dont votre père a été victime?

MM: Cette tentative d'assassinat m'a montré la violence qu'il pouvait y avoir en politique et ses dangers. Mais cela n'a pas empêché mon père à continuer de sortir. Il ne se cachait pas.

PM: Que s'est-il vraiment passé?

MM: C'était il y a 17 ans et mon père avait découvert des fraudes à grande échelle et il a subi cette agression. Mais on n'a jamais su la vérité. Il est mort quelques années plus tard.

PM: Vous ressemblez à votre père?

MM: Mon père était très droit et très fort. Il menait une lutte responsable. En fait, il était un sage, une référence pour beaucoup de monde. J'ai vécu dans un milieu politique et syndicaliste. Très tôt, j'ai voulu devenir avocat, et surtout avocat d'affaires.

PM: On dit que vous avez hérité de sa volonté et du courage dont il a fait preuve face à la Gestapo?

MM: J'ai la même détermination que lui, mais je vais plus au contact frontal que lui. Je crois être honnête, à cent pour cent.

PM: Est-il possible de faire de la politique en restant probe ou est-on amené, un jour ou l'autre, à devoir faire des concessions?

MM: Je ne refuse pas a priori les combinaisons, mais je crois surtout au volontarisme. Il faut savoir concilier la vertu et la souplesse.

PM: En politique, vous avez des références?

MM: J'admire l'action politique, et des gens comme Churchill ou Clemenceau. 

PM: Si vous aviez le choix entre dire la vérité et tuer la Belgique, ou mentir et sauver le pays, que feriez-vous?

MM: La fin de la Belgique n'est pas un objectif en soi. Mais si je devais me taire pour un énorme péril, je le ferais.

JEAN QUATREMER: "La mort lente d'un pays!"

 

 

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Jean Quatremer est le correspondant du quotidien Libération, à Bruxelles. Les élections de 2007 lui ont donné une aura toute particulière: son blog est un des plus lus et la distance que lui donne e statut de Français lui permet d'asséner des vérités bien senties. Paris Match l'a interrogé sur le psychodrame actuel.

Paris Match: Votre avis, sur la crise que vit la Belgique?

Jean Quatremer: Cette crise témoigne d'une grande désinvolture vis-à-vis de l'Etat de droit, comme cela s'est déjà vu avec le wooncode, avec la non-désignation des trois bourgmestres…

PM: Oui, mais ici, le problème n'est pas communautaire…

JQ: C'est clair! Mais cette crise prouve que l'élite politique flamande a pris l'habitude de maltraiter l'état de droit: faire pression sur des magistrats ne semble plus surprenant. 

PM: Pourquoi?

JQ: Une fois que les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites.

PM: Plus de limites: c'est inquiétant?

JQ: Clairement, l'Etat belge est en danger! Tous les coups sont permis! On en est là…

PM: Quelle est la cause du mal belge?

JQ: Je citerais d'abord l'extrême proximité entre les politiques, les médias et le judiciaire. Quand on voit qu'un journal décide d'interroger Maître Uyttendaele sur la crise, alors qu'il est le mari d'une vice-Première ministre et qu'il est régulièrement l'avocat de l'Etat, ou quand on voit qu'un sénateur, Francis Delpérée, donne son avis sur la crise à la télévision, j'ai tout dit. La Belgique, c'est le monde des copains et des coquins. 

PM: Plus concrètement?

JQ: Il y a en Belgique, un dangereux mélange des genres. Tout le monde travaille avec tout le monde.

PM: En France aussi: par exemple, des épouses de ministres sont des journalistes en vue…

JQ: Cela ne va jamais aussi loin qu'en Belgique. Jack Lang est professeur de droit, mais vous ne le verrez jamais donner son avis sur tel ou tel sujet juridique pointu. 

PM: Pour vous, ce qui est arrivé est une première?

JQ: Jusqu'à présent, on savait que la Justice pouvait subir des pressions. Cependant, c'est la première fois qu'un Premier président de la Cour de Cassation va si loin. 

PM: Les gens n'ont pas l'air bouleversés…

JQ: Peut-être, mais je les sens touchés au plus profond d'eux-mêmes. N'oubliez pas qu'en France, c'est sur le "tous pourris" que Le Pen a fait son beurre. Quand on voit qu'en Flandre, les derniers sondages montrent que les partis extrêmes gagnent, c'est un signe…

PM: Que regard portez-vous sur la gestion de l'affaire Fortis?

JQ: La Belgique est le seul pays à avoir refusé une solution nationale pour sa plus grande banque: le gouvernement belge a bradé ses derniers joyaux. Cette affaire me laisse un goût amer en bouche: je songe aux derniers éléments que sont les pressions sur les juges, mais aussi aux pertes monumentales pour les actionnaires. Tout cela me fait dire que l'Etat de droit est en train d'être liquidé, en Belgique.

PM: Cela semble sans appel: vous ne voyez pas de solution?

JQ: Je ne perçois pas les ferments d'un sursaut. Or, comme celui-ci ne pourrait venir que de la Flandre majoritaire…

PM: Tout est dans les mains des Flamands.

JQ: Oui! Mais sauf à envisager que les Flamands renonceraient à leur course à l'autonomie, je ne vois effectivement pas de solution. Quand on est réaliste, on observe qu'il ne reste rien entre le Nord et le Sud. Et comme je ne crois pas aux crises salutaires…

PM: Vous liez le communautaire à la crise bancaire?

JQ: Prenons l'exemple de la crise économique: on aurait pu croire qu'elle aurait été salutaire à l'amélioration des relations entre francophones et Flamands. Hé bien non, plutôt que d'en profiter pour resserrer les liens, le Nord a choisi, au plus fort de la crise, de ne pas nommer les trois bourgmestres. Alors que c'était le moment de travailler ensemble et de sortir le pays du marasme.

PM: Pour vous, Yves Leterme est politiquement mort?

JQ: Il ne faut jamais dire jamais en politique, mais je suis persuadé qu'au prochain scrutin, il fera un excellent score. Il reste populaire en Flandre et, comme c'est parti, on va dire qu'il a été victime d'un complot ourdi par les francophones… 

PM: Votre définition d'un homme d'Etat?

JQ: Celui qui est capable d'oublier ses intérêts à court terme au profit des intérêts à long terme de son pays. C'est aussi l'homme qui est capable de perdre des élections pour faire avancer son pays.

PM: Qui est, à ce jour, un homme d'Etat, en Belgique?

JQ: Il y en a, comme Jean-Luc Dehaene ou Guy Verhofstadt. Mais le premier reste avant tout flamingant et le second a fait avancer certains intérêts flamands. Quant aux éventuels hommes d'Etat côté francophone, le problème est qu'on n'y a pas la main et qu'on y est minoritaires.

PM: Vous dites que les francophones n'ont pas la main. Ne seraient-ils que spectateurs?

JQ: On pourrait fort bien imaginer qu'ils signent la fin de la récréation et, si les Flamands ne l'admettent pas, qu'ils imposent une séparation du pays. 

PM: Le gouvernement a-t-il bien géré l'affaire Fortis?

JQ: Sachant que la direction de Forts avait fait toutes les conneries de la terre, il restait deux solutions au gouvernement: la faillite ou la cession.

PM: Que peuvent encore souhaiter les petits actionnaires?

JQ: Comme il est trop tard pour revenir en arrière, ils peuvent espérer la meilleure indemnisation possible.

PM: Comment voyez-vous l'avenir du pays?

JQ: Pour moi, il est très sombre. Je ne vois ni au sauveur, ni un sursaut. Et, je l'ai dit, je ne vois pas les citoyens flamands se réveiller…

PM: C'est très noir, tout cela?

JQ: Je suis effectivement très apocalyptique! Le 12 juin 2007, dans Libération, j'avais prédit ce qui se passe actuellement. Mon papier s'appelait: "Une Belgique en voie de disparition". À l'époque, beaucoup m'avaient dit que je n'y connaissais rien.

PM: Vous dites tout cela avec humour…

JQ: (rires francs) Ce n'est pas tous les jours qu'on commente en direct la lente mort d'un pays. Dans d'autres pays, la fin a été brutale, violente, avec des guerres. En Belgique, c'est tout le contraire: on fait tout, très lentement, pour que le malade ne souffre pas trop, et avec le sourire. C'est un peu comme la chute de l'empire romain…

PM: Vous y allez un peu fort, non?

JQ: Mais les pressions sur des magistrats comme il y en a eu, c'est une forme de décadence. Ce n'est pas parce qu'un homme a récolté 800.000 voix qu'il peut tout se permettre et qu'il ne doit plus avoir de limites.