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22/02/2009

CHARLES PICQUE: "DOMINIQUE EST LA FEMME DE MA VIE" (Paris Match 12-02-09)

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Paris Match: Dominique, votre femme, et vous, fêterez-vous la Saint-Valentin?

Charles Picqué: Longtemps, je n'ai consacré aucune attention à cette fête. J'ai même un souvenir empreint de remords: un jour de Saint-Valentin, au festival du film d'Amour de Mons, je me suis comporté de manière mufle avec "Domi", ne lui consacrant guère d'attention et préférant m'occuper de mes relations publiques. Je m'en veux encore.

PM: Votre femme néglige-t-elle aussi cette fête?

CP: Je le croyais! Or il y a quelques années, quand je suis revenu avec un parfum, ce geste l'a fort émue. Depuis une dizaine d'années, je suis donc attentif à ne pas oublier la Saint-Valentin. Cette année, je l'ai déjà mise à la date de jeudi afin de ne pas l'oublier. J'en fais autant pour la fête des mères ou les anniversaires, ce qui me vaut parfois de les souhaiter quelques jours à l'avance…

PM: La Saint-Valentin est-elle, pour vous deux, l'occasion de vous dire des choses que vous ne vous diriez pas les autres jours de l'année?

CP: Il serait malheureux d'attendre ce jour pour dialoguer. La Saint-Valentin relève plus d'une symbolique. Assez naturellement, nous tentons de multiplier les moments d'écoute et de partage.

PM: Quand vous fêtez la Saint-Valentin, c'est toujours comme la première fois?

CP: CP: J'ai la chance et le bonheur d'avoir une femme peu exigeante, discrète et modeste, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une personnalité bien trempée. Pour nous, la Saint-Valentin est l'occasion de nous fêter et de nous rappeler qu'il faut toujours se remettre en question face aux dangers de la routine quotidienne.

PM: Vous craignez cette routine?

CP: Je prends garde à ce que j'appelle la "tendresse indifférente". Il faut donc savoir retrouver ses humeurs amoureuses, même juvéniles. Enfin, pour nous, la Saint-Valentin est aussi l'occasion de nous fêter en évitant que les enfants ne confisquent la fête, ce qui n'est pas vrai pour la Fête des mères. J'éprouve donc un malin plaisir à écarter nos enfants du cercle de notre couple. Leur irritation m'amuse: papa et maman leur échappent, pendant quelques heures.

PM: Avez-vous un lieu de prédilection pour fêter la Saint-Valentin?

CP: Non! Nous nous arrangeons pour nous retrouver ensemble, à midi ou le soir, et manger en tête à tête. Il nous est même arrivé de rester seuls chez nous, en nous amusant de la gentille jalousie de nos enfants. Eux ont aussi fini par s'en amuser…

PM: Comment définiriez-vous la Saint-Valentin?

CP: C'est un antidote au risque de l'éloignement dans lequel tout couple peut se retrouver. Ma vie d'homme politique ne me permet pas toujours de consacrer assez de temps à ma femme et mes enfants. Cela, même si depuis quelques années, j'ai résolument modifié mes horaires pour être le plus souvent possible avec eux, surtout le soir.

PM: Depuis combien de temps, votre femme et vous, vous connaissez-vous?

CP: Cela fait presque 20 ans et nous vivons ensemble depuis 17 ans.

PM: Avoir à côté de soi une femme comme elle, cela donne des ailes?

CP: Cela ne se commande pas d'aimer une femme le plus longtemps possible, mais le fait d'être dans une relation amoureuse depuis 20 ans, apporte de la stabilité. C'est là qu'est tout l'enjeu.

PM: Quel type de stabilité?

CP: Cette stabilité ne signifie ni routine ni indifférence. Une bonne relation est faite de stabilité et de la capacité de s'étonner, de manière à conserver du piment à la relation. La pire des choses, c'est quand il n'y a plus de curiosité mutuelle, de réactivité devant d'éventuels problèmes.

PM: Une stabilité évolutive, en quelque sorte?

CP: Il faut éviter que l'un n'évolue plus au même rythme que l'autre. Une relation amoureuse se réinvente tout le temps. Vivre longtemps avec le même partenaire ne signifie pas une stabilité morose, dès lors que le couple vit intensément sa relation, ou de manière sincère et active. 

PM: Comment vivez-vous vos conflits?

CP: Les explications sincères ou les différends sur les choix de vie ne sont pas inquiétants. Être ensemble depuis 20 ans ne signifie pas qu'il n'y plus deux personnalités, avec leur liberté propre et leur indépendance d'esprit. Il est extrêmement dangereux de devenir un couple ghetto, replié sur lui-même. Chaque époux doit donc conserver des amis privilégiés, à côté d'amis communs. Même chose pour les centres d'intérêts.

PM: C'est le contraire du couple fusionnel…

CP: Ce type de couple se replie sur lui-même. Ce côté fusionnel est souvent synonyme de renoncement ou de résignation pour l'un des deux. C'est là que réside le principal péril qui conduit à l'indifférence et à la banalité de la relation.

PM: Le mariage de Wilfried Martens, à 72 ans: quel effet cela vous a-t-il fait-il?

CP: C'est le signe qu'on peut écrire une nouvelle page de sa vie à tout moment. Ce qui m'a surtout frappé, c'est que l'affection unissant Wilfried Martens et Miet Smet est ancienne et s'est concrétisée tard. C'est le côté charmant de ce mariage.

PM: Votre propre mariage, il y a sept ans, fut-il une décision commune?

CP: Oui, Il s'agissait d'une volonté commune. Nous avions déjà nos enfants, mais cela n'a pas été le motif principal. Nous nous sommes mariés pour le plaisir de consacrer, aux yeux de notre famille et de nos proches, notre union dont nous savions qu'elle allait durer.

PM: Votre femme et vous avez onze ans de différence: c'est un poids?

CP: Je pense que j'ai gardé une sorte de nature assez juvénile. Comme Dominique a la tête sur les épaules et une maturité évidente – je parle de sa rigueur pour tenir un ménage, de son extraordinaire sens des responsabilités par rapport aux enfants et de l'extraordinaire stabilité relationnelle et caractérielle -, pour ce motif donc, notre différence d'âge ne se sent ni ne se voit dans nos relations.

PM: Vous vous sentez toujours jeune?

CP: Je ne crois pas que ma femme sente cette différence d'âge. Je ne suis ni un pantouflard, ni quelqu'un qui a perdu de ses passions de jeunesse. D'ailleurs, c'est parfois elle qui doit me ramener à plus de raison et de sagesse.

PM: Dominique est-elle la femme de votre vie?

CP: Certainement! Ne fût-ce que parce c'est avec elle que j'ai bâti ma vie. J'ai été amoureux d'autres femmes qu'elle, mais elle m'a apporté une vraie atmosphère familiale. Une femme avec laquelle on a des enfants vous permet une relation de complicité toujours plus forte. Cela renforce le projet de vie commun, tout en apportant un sens de la solidarité et des responsabilités.

PM: Un homme peut-il avoir plusieurs "femmes de sa vie"?

CP: Oui, mais avec une nature de sentiments et de passions différente. Il peut y avoir des relations passionnelles, mais assez superficielles. Il peut aussi y avoir des relations plus sages, mais plus profondes et plus durables. Je songe aussi à des coups de folie amoureux ou des coups de foudre foudroyants. Enfin, on peut aussi s'inscrire dans un processus de découverte progressive de l'autre. Cette variété fait la richesse et l'expérience des sentiments.

PM: Dans quelle catégorie, Dominique et vous vous situez-vous?

CP: En ce qui me concerne, ce fut un coup de passion et une construction familiale. La caractéristique de cette relation est, pour ma femme, une grande loyauté et une solidarité complète. Il est important de se dire des choses, de ne rien se cacher. Dominique a une qualité qui nous a parfois évité des tensions plus graves: elle a toujours voulu crever les abcès lorsqu'il y avait des sources de conflit, même s'il y en a eu très peu.

PM: Votre caractère est fort différent?

CP: J'ai plutôt tendance à bouder et à le faire longuement. Cela a été en partie une des raison de mes précédents échecs amoureux: j'ai trop laissé traîner les choses, sans jamais mettre à plat la cause des tensions.

PM: Vous souvenez-vous de votre première rencontre?

CP: Dominique m'a été présentée pour devenir une de mes collaboratrices. C'était au tout début de la Région bruxelloise. Mon chef de cabinet qui me l'avait présentée m'avait mis en garde: c'était certes une femme charmante, mais elle pourrait être une source de tentation pour moi. J'ai résisté plus de temps qu'on ne le pense: deux ans…

PM: Ce fut réciproque?

CP: Longtemps, elle est restée dans une posture très respectueuse. (il sourit) Ce n'est pas à elle, ni à ses initiatives qu'on doit notre aventure.

PM: C'est elle qui désirait avoir des enfants?

CP: Il est vrai que son grand souhait était d'avoir des enfants. Elle a voulu s'en assurer parce que j'étais connu pour ne pas en souhaiter. En fait, je m'étais résolu à me priver d'enfants. C'était une erreur, je le constate maintenant.

PM: Vous êtes donc heureux d'avoir écouté votre femme?

CP: Les enfants ne sont pas une condition nécessaire au bonheur, mais c'est une facette du plaisir de la vie que j'ai découverte. J'étais heureux sans enfants, mais je suis heureux d'en avoir. Cela dit, je respecte ceux qui ne veulent pas d'enfants.

PM: Pourquoi ne souhaitiez-vous pas d'enfants?

CP: Il y avait chez moi, à la fois la peur d'être trop peu disponible, mais aussi celui d'être responsable d'une éducation marquée par l'absence du père. Dans les premières années de ma vie professionnelle et politique, si j'avais eu des enfants, je ne les aurais pas vus suffisamment. Il est aussi vrai que mes enfants auraient pu être un frein à mon activité. D'où ma circonspection.

PM: Faire de la politique à un haut niveau, est-ce compatible avec une vie de famille équilibrée?

CP: Oui, mais il faut une énergie, une organisation et beaucoup de sacrifices. Avoir une vie publique peut augmenter le risque de rater sa vie familiale. C'est pour cela que je suis content d'avoir eu mes enfants, dans la deuxième partie de ma vie publique lorsque j'ai été capable de faire le tri entre les obligations incontournables et celles qui ne l'étaient pas.

PM: Qu'est-ce que la fidélité, dans un couple?

CP: C'est un point majeur. Mon expérience et l'observation de mes contemporains me fait penser que la fidélité est une terrible exigence, pour les hommes en particulier. Il y a de nombreuses tentations, mais aujourd'hui encore, je ne sais toujours pas quelle est la meilleure thérapie à l'infidélité: avouer ou nier l'infidélité?

PM: C'est donc une affaire d'homme?

CP: La question de la fidélité poursuit la toute grande majorité des hommes, pendant toute leur vie.

PM: Comme politique, êtes-vous plus exposé qu'un autre?

CP: La vie publique expose plus parce qu'on y multiplie les liens relationnels et les occasions. Sans parler de l'attractivité du pouvoir, même s'il est modeste en Belgique: celle-ci augmente les tentations. Enfin, la frénésie d'une vie stressante peut exposer au goût des exutoires et des décrispations.

PM: Cette attirance vous plaît?

CP: Avec l'âge, il m'est apparu évident qu'on ne m'aime pas, moi, mais plutôt la fonction que j'occupe. Le jeu de la séduction est assez présent dans le théâtre de la politique.

PM: Vous croyez aux couples libres?

CP: Non! J'ai peine à croire que le taux de réussite d'une vie conjugale marquée par l'amour libre est élevé. La probabilité de l'échec est sérieux.

PM: Lors des coups durs, votre femme a toujours répondu présente?

CP: Lorsque cela se passe, Dominique retrousse manches. Même si je ne crois pas être un homme très fragile, elle n'a jamais failli, aux moments où j'étais en difficulté matérielle ou psychologique. Dans des circonstances difficiles, elle est là, et sera toujours là. C'est une douce certitude, dans un couple, de savoir que l'autre est un filet de sauvetage. Ce seul sentiment est déjà rassurant.

D'ici juin, les Flamands n'engrangeront rien!

PM: Il y un an dans Paris Match, vous disiez craindre que nos conflits communautaires finissent par alerter certaines autorités internationales: le refus de quelques communes flamandes d'organiser les élections européennes, ne va-t-il pas dans ce sens?

CP: Je suis convaincu que le désordre belgo-belge ne laisse pas indifférent une certaine opinion européenne. Or, il ne faut pas sous-estimer le poids de la symbolique belge en Europe. Cela doit nous rendre plus sages afin d'éviter qu'on vienne nous donner des leçons de tolérance et de bonne conduite.

PM: Et Bruxelles?

CP: Son statut de capitale européenne serait peu conciliable avec le symbole de capitale d'un pays qui se déchire. Quand on sait l'importance du côté international de Bruxelles pour les deux autres régions, on peut espérer qu'elle ne sera pas être au cœur d'un tel déchirement. Surtout, si l'on se souvient que notre pays a été créé dans un souci de pacification, entre les grandes nations européennes…

PM: La place de Bruxelles dans la résolution de nos conflits est donc importante?

CP: Si la Belgique devient un symbole de lutte entre sous-nationalistes régionaux, on aura de la peine à asseoir Bruxelles comme symbole de la construction européenne.

PM: Votre solution?

CP: On peut vivre avec un distanciement nord-sud, mais dans un souci de compromis et de concessions équilibrées. Le problème n'est pas que la Belgique change de forme, mais de savoir quel processus va être suivi. Ce qui apparaîtra comme un passage en force d'une communauté pour faire plier l'autre, nous enlèvera le sens du compromis et du consensus. Va-t-on rompre avec cette tradition du compromis ou va-t-on dessiner l'avenir dans un souci de concessions mutuelles. Voilà la vraie question!

PM: Diriez-vous que la situation communautaire se présente mieux qu'il y a quelques mois?

CP: Il faudra attendre que la fièvre électorale s'apaise. Mais on peut compter sur le bon sens belge pour éviter, non pas une inévitable réforme de l'Etat, mais que celle-ci se négocie sans concessions mutuelles. La majorité des politiques se rend compte que chacun devra y mettre du sien pour réformer l'Etat et qu'il ne s'agira pas d'imposer des choses, de manière unilatérale. C'est quand on a conscience qu'il y a un prix à payer qu'on trouve le plus facilement les voies du dialogue.

PM: Va-t-on engranger des résultats, d'ici aux élections?

CP: Selon moi, les Flamands n'engrangeront rien. Rien, si ce n'est une méthode de travail et les grands principes de la négociation. Les choses sérieuses commenceront après les élections.

PM: La crise économique et financière va-t-elle avoir un effet bénéfique, ou négatif, sur la solution de nos problèmes communautaires?

CP: Soit, la crise activera les replis régionalistes, soit elle démontrera que la réforme de l'Etat doit être pensée en termes de distanciement, mais aussi de coopération. Il faudra donc, à la fois donner plus d'autonomie aux régions, tout en procédant à l'inventaire des choses qu'on peut mieux faire ensemble.

PM: Si vous aviez un conseil à donner aux négociateurs?

CP: Je leur expliquerais la même chose: il faut régionaliser certaines compétences tout en bâtissant des socles de collaboration. Selon moi, il s'agit du scénario le plus réaliste et le plus intelligent: réaliste parce qu'on n'évitera pas une réforme de l'Etat, et intelligent parce ce qu'on se rendra compte que l'autonomie accrue des régions nécessite une coopération au bénéfice de tout le monde.

PM: On vous sent plus optimiste qu'il y a quelques mois…

CP: Je ne dirais pas cela à propos du caractère inéluctable d'une grande réforme de l'Etat. Il est cependant vrai que j'ai entendu beaucoup de propos encourageant, ces derniers temps. À partir du moment où le principe d'une réforme de l'Etat a été accepté par les francophones, il s'est produit chez les Flamands une prise de conscience du bénéfice incontestable d'une coopération. 

PM: Que va devenir Bruxelles?

CP: Elle va jouer un rôle dans l'émergence du souci de collaboration dont je viens de parler. Personne ne veut perdre Bruxelles. Celle-ci, comme la crise, vont favoriser l'émergence d'un fédéralisme plus poussé et d'un plus grand souci de coopération. 

PM: Le fédéral jouera encore un rôle?

CP: On ne parlera plus de prédominance du fédéral, mais il deviendra l'enceinte des stratégies de coopération voulues par les régions. Le fédéral sera plus ce qu'on met ensemble, que le haut de la pyramide. Il sera le lieu où seront représentés nos intérêts communs, tout en permettant la coordination de nos politiques. La collaboration entre régions sera donc garantie par l'existence d'un échelon fédéral.

PM: D'autres prospectives sont moins optimistes…

CP Quand Jean-Marie De Decker dit que l'Etat fédéral servira à gérer Bruxelles, je me dis qu'il veut faire de la capitale un instrument de pouvoir de la majorité sur la minorité. Il s'agit d'une instrumentalisation, au bénéfice de la seule Flandre. C'est un scénario inacceptable!

15/02/2009

XAVIER DESGAIN: CERTAINS SONT CONTRE LES EOLIENNES PAR PHILOSOPHIE

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Ancien député Ecolo et chef de groupe pendant 5 ans au Parlement wallon, Xavier Desgain est aujourd'hui retourné à sa base de départ, "par le choix de l'électeur en 2003", comme il dit pieusement. Aucune aigreur, mais de la tristesse, à coup sûr. Reste qu'il est "le" technicien qui prépare certains dossiers pour son parti et que celui-ci n'hésite pas à citer comme référence. Ainsi, les éoliennes dont il a accepté de parler pour Paris Match.

Paris Match: Comment définiriez-vous une éolienne en langage basique?

Xavier Desgain: Ce sont des moulins à vent qui font de l'électricité.

PM: Lorsque l'on en parle, c'est surtout en termes d'inconvénients: pourquoi?

XD: Le motif est simple: elles touchent surtout au paysage et font donc parler d'elles. C'est à ce titre que leur installation nécessite une étude d'incidences sur l'environnement: on ne peut les mettre n'importe où et les riverains ont vraiment leur mot à dire. Ils disposent même d'une possibilité de recours.

PM: Des riverains ou futurs riverains se plaignent pourtant: ces études sont-elles vraiment sérieuses?

XD: Certains projets concrets ont été modifiés suite à ces études. Celles-ci, payées par les promoteurs, sont à ce point précises qu'il est possible de créer des champs d'éoliennes surmesure. Il s'agit d'une réelle garantie pour les habitants. Même si certains sont contre les éoliennes par philosophie

PM: Vous parlez des promoteurs: sont-ils privés ou publics?

XD: A l'heure actuelle, la pose d'éoliennes nécessite toujours une aide publique. Elles ne seront autosuffisantes que vers 2015-2020.

PM: Les éoliennes sont une édification très particulière: quelles sont les règles concrètent qui régissent leur implantation?

XD: Un cadre de référence fort complet a été mis au point. Il ne prévoit pas seulement l'éloignement obligatoire pour installer des éoliennes, mais jusqu'à leur couleur, leur balisage, le bruit maximal supportable…

PM: Certains se plaignent que ce cadre n'ait pas été actualisé…

XD: C'est exact! Les autorités devraient y remédier 

PM: Les éoliennes sont synonymes de variations…

XD: Vous avez raison! Par exemple, la distance maximale entre une éolienne et les habitations les plus proches peut varier en fonction du bruit qu'elle provoque, du risque de voir une pièce se détacher, voire même de l'ombre que peuvent faire ses palles. 

PM: A ce propos, des riverains se plaignent de l'effet stroboscopique des éoliennes: est-ce un réel danger pour la santé?

XD: Je n'ai jamais entendu parler de cas concrets… Il est vrai pourtant que, sur papier, la durée maximale acceptable des reflets du soleil a été calculée: 30 heures par an.

PM: Vous avez parlé du bruit…

XD: Il s'agit d'une donnée qui varie en fonction du relief, de la distance ou de la taille de l'éolienne… Si l'une d'elles totalise entre 100 et 120 décibels à son sommet, à l'intérieur d'une habitation distante de 350 mètres, il n'y aura aucune gêne. L'OMS fixe la norme à 55 décibels, tandis que chez nous, il s'agit de 40 décibels, dans l'habitation la plus proche. Le cadre de référence tient compte de tous ces facteurs.

PM: Pourtant des riverains se plaignent du bruit…

XD: Savez-vous que lorsque le vent se lève, il se fait plus entendre que l'éolienne qu'il dessert…

PM: Léopold Lippens, bourgmestre du Zoute et aîné du tristement célèbre patron de Fortis, s'est fait connaître pour son opposition aux frigos box et aux éoliennes en mer…

XD: (sourires) Il n'a sans doute pas vu le port de Zeebrugge, proche de sa commune. De plus, à une distance de 10 kilomètres, une éolienne ne se voit pas. Et comme la visibilité chez nous permet rarement de voir jusqu'à cette distance… (re-sourires) Ensuite aurait-il oublié que personne n'a jamais songé à placer des éoliennes au bout des brise-lames? Enfin, je noterais qu'il y a quand même une éolienne au port de Zeebrugge: on est loin des jolies vallées fleuries défigurées par de méchantes palles qui tournent en faisant le bruit d'une F1…

PM: Que verriez-vous comme autres inconvénients des éoliennes?

XD: Je citerais le fait qu'elles représentent une source d'énergie qui n'est pas dense: il faut donc beaucoup d'éoliennes pour engendrer une quantité stable d'énergie. À ce titre, elles sont un problème pour les électriciens. Autre nuisance, les dangers pour l'avifaune: les palles d'une éolienne peuvent tourner à des vitesses atteignant 150 Km/h, ce qui est très dangereux pour les oiseaux. Les chauves-souris par exemple, qu'il faut protéger… Si on revient aux inconvénients pour l'homme, les lampes clignotantes des éoliennes peuvent être une gêne: on les oriente désormais vers le ciel.

PM: A votre connaissance, et en toute indépendance, connaîtriez-vous des installations d'éoliennes qui crieraient vengeance?

XD: Non, pas dans l'état de mes connaissances. Je dis cela, tout en précisant que la présence d'éoliennes dans certains paysages peut se discuter. De même, la pseudo baisse de valeur des biens immobiliers proches des éoliennes qui est totalement subjective. Pour tous ces motifs, la répartition des éoliennes –, – le terme technique est: le mitage – représente souvent une bonne solution.

PM: Après les inconvénients, les avantages des éoliennes: quels sont-ils?

XD: L'éolienne est actionnée par une énergie qui sera toujours là: le vent est inépuisable. Il serait idiot de ne pas s'en servir! Autre avantage, cette énergie est fabriquée chez nous: on ne doit pas aller la chercher ailleurs. Ensuite, l'éolienne participe à la réduction du gaz à effet de serre: une seule d'entre elles produit 25 grammes de CO2 par kilowatt/heure contre 456 pour une centrale au gaz, et un kilo pour une ancienne centrale au charbon. Avantage suivant, leur répartition sur terre et sur mer diminue l'utilisation des lignes à haute tension: l'électricité fournie par l'éolienne arrive plus facilement chez les habitants puisqu'elle est plus proche de chez eux. Ensuite, une éolienne est fabriquée en matériaux presque tous recyclables. Enfin, de manière indirecte, les éoliennes permettent de prévoir et d'analyser les vents. C'est plus important qu'il n'y paraît, notre pays étant reconnu en matière de météo.

PM: Une éolienne qui ne tourne pas est souvent considérée comme coupable: un peu comme une centrale qui ne fonctionnerait pas…

XD: C'est oublier qu'il existe d'autres sources renouvelables qui prennent le relais: les biomasses ou les centrales comme celle de pompage-turbinage de Coo qui permet d'équilibrer l'ensemble des énergies écologiques.

PM: La Belgique est-elle un bon pays d'accueil pour les éoliennes?

XD: Toutes les parties du pays ne sont pas égales: il y a plus de vent sur les plateaux de moyenne ou de haute altitude que sur les parties les moins vallonnées. Pourtant, grâce aux avancées technologiques, il est possible d'optimaliser les sites moyennement venteux. Reste que la configuration de la Wallonie la rend plus accueillante aux éoliennes que la Flandre. En règle générale, je dirais que le potentiel belge est raisonnable.

PM: Il y a aussi la mer du Nord…

XD: Là, le potentiel est extraordinaire: sait-on que la partie "belge" fait 1.320 km2? Quant à son étendue totale, il devrait permettre une utilisation gigantesque. Au point que les écologistes européens proposent d'en faire une utilisation internationale. Un peu comme les accords entre pays pour l'arrivée du pétrole via les pipelines, on pourrait concevoir une Union européenne des énergies renouvelables: celle qui est captée grâce au vent serait échangée contre celle des barrages. Du donnant-donnant, en quelque sorte…

PM: L'étendue du territoire belge est-elle suffisante pour avoir une quantité stable d'énergie éolienne?

XD: Non, mais l'Europe, elle, est assez grande…

PM: Comment palier le fait que l'offre de cette énergie verte a des hauts et des bas?

XD: En demandant par exemple aux utilisateurs de réduire leur consommation, comme c'est prévu dans certains contrats.

PM: Existe-t-il des nombres maximaux et minimaux du nombre d'éoliennes qui peuvent former un champ?

XD: Couvin est connue pour avoir un champ d'une seule éolienne. En Belgique, les plus grands champs font 17 éoliennes.

PM: On entend souvent: pas au fond de mon jardin! Comme le TGV…

XD: C'est parfois justifié! Cependant, de même que pour le TGV, le travail a été fait pour une bonne intégration des éoliennes.

PM: Que est la place de l'énergie éolienne?

XD: En 2030, elle représentera 5% de la totalité des énergies.

PM: Les éoliennes de mer sont-elles reprises dans ces 5%?

XD: Non, celles-ci pourraient représenter jusqu'à 10 ou 15% de l'énergie.

PM: Plus prosaïquement, la partie belge de la mer du Nord appartient-elle à la Flandre?

XD: Nous vivons encore dans un pays fédéral. Et, en matière d'éoliennes de mer, il existe un projet, "C Power", qui est le premier à avoir reçu un permis: la Wallonie y détient 40% et la Flandre n'y est pas.

PM: En cas de scission du pays, la Wallonie perdrait-elle l'accès à l'énergie des éoliennes de mer?

XD: C'est une autre histoire

 

Quelques chiffres:

-      L'énergie renouvelable en Belgique concerne 450.000 ménages.

-      Une éolienne peut démarrer quand le vent est à 3 m/sec et elle s'arrête, pour raison de sécurité, quand il est à 25 m/sec (90 Km/h).

-      En Wallonie, une éolienne tourne plus de 80% du temps.

-      98% des matériaux composant une éolienne est recyclable. Les 2% restants concernent les palles en fibre de verre.

-      Chez nous, une éolienne moyenne consomme de 0,8 à 4 MW/an pour tourner, alors qu'elle produit 4.400 MW/an (à savoir la consommation de 1.250 ménages).

-      La durée de vie moyenne d'une éolienne est de 20 ans.

-      Vue à 500 m, une palle qui tourne à 150 m de hauteur peut être masquée par un arbre de 15 m de haut situé à 50 mètres de l'observateur.

-      Le charroi nécessaire à l'installation d'une éolienne est de 100 camions. Soit l'équivalent de la construction d'une grande maison.

-      Le coût du démontage d'une éolienne est de 30.000 à 60.000 €.

-      En Belgique, 150.000 personnes ont une activité liée à l'éolienne. Et en Europe, 368.000 nouveaux emplois devraient être créés dans le même secteur, d'ici 2020.

-      À Eecklo en Flandre, 12.000 citoyens ont décidé d'investir dans un projet éolien. À Houyet, en Wallonie, ils sont un millier à avoir créé "Allons en vent".

-      Au Danemark, la diminution des émissions de CO2 est (d)étonnante: de 980 g de CO2/kWh durant les années 80 à 590 g, aujourd'hui.

-       À l'horizon 2020, l'Allemagne pourrait intégrer 30% d'énergie de source éolienne dans son réseau. Pour l'Europe, la moyenne actuelle est de 20%.

-      En Espagne, une éolienne rembourse sa dette énergétique en sept mois. Chez nous, c'est en moins d'un an.

-      En Hollande, le taux de développement de l'énergie éolienne est de 4,5 MW par habitant et par km2. Soit 5 fois plus que chez nous qui avons pourtant une densité d'habitants fort comparable.

 

08/02/2009

Wilfried Martens: "Leterme a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre!"

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(suite de l'interview de Wilfried Martens)

Paris Match: Peut-on affirmer que vous venez de sauver le pays?

Wilfried Martens: La formule est exagérée. S'il est vrai que la crise de la fin 2008 était grave et délicate, la clé de sa résolution se trouvait au sein du CD&V. À ce premier élément, j'en ajouterais deux autres: la méfiance entre mon parti et le VLD, et la rivalité intra-francophone, entre le MR et le PS qui ont les élections de juin prochain dans leur ligne de mire.

PM: Quelle feuille de route vous avait donnée Albert II?

WM: Il m'avait demandé d'aller vite. Ma mission a effectivement été courte: du lundi 22 décembre au dimanche 28.

PM: Vous avez extrêmement bien connu le Roi Baudouin: le contact avec Albert II fut-il différent?

WM: Avec le Roi Albert II, ce fut comme avec son frère. C'était la première fois que je le rencontrais pour ce type de mission. Le courant est passé excellemment.

PM: La première étape de votre mission d'explorateur s'est déroulée au sein de votre parti?

WM: J'ai effectivement d'abord travaillé – dans l'ordre – avec Jean-Luc Dehaene, puis Herman Van Rompuy, ainsi qu'avec  Armand De Decker, et enfin, Yves Leterme. Il y a aussi eu Marianne Thyssen et Kris Peeters.

PM: Vous soutenez encore Yves Leterme: envers et contre tout?

WM: Lors de la crise financière il a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre.

PM: Il y a pourtant eu la lettre du Premier président de la Cour de Cassation…

WM: N'oublions pas que celui-ci parlait seulement d'"indices". On ne condamne pas un homme sur de simples indices. S'il est blanchi, Yves Leterme devra revenir.

PM: Comme Premier ministre, à la place de Van Rompuy?

WM: Non, évidemment pas!  

PM: Vous parlez de sa gestion de la crise: il n'était pas seul…

WM: C'est vrai: il y avait aussi Didier Reynders.

PM: Certains vous auraient vu comme éventuel Premier ministre…

WM: C'est un membre du CD&V qui a évoqué ce cas de figure, mais le problème ne s'est jamais posé puisque je ne suis pas élu.

PM: Que vous inspire le fait que ce soit surtout l'ancienne génération du CD&V qui ait été "au charbon"?

WM: La jeune génération doit se préparer et avoir des candidats prêts pour le fédéral. La crise a démontré à suffisance l'importance de ce niveau de pouvoir.

PM: Le ministre-président flamand, Kris Peeters, vient de déclarer que "le passage du gouvernement flamand vers le fédéral n'était pas une promotion"…

WM: Je le répète: c'est au niveau de l'Etat fédéral et au niveau de l'Europe que la crise a été affrontée. Pas au niveau des régions. C'est tout de même clair! La Belgique a besoin d'hommes et de femmes qui s'engagent pour l'ensemble du pays. Si ce n'était pas le cas, même les institutions les plus élaborées ne parviendraient pas à nous sauver. Je suis formel et j'insiste: la récente crise financière a été abordée au niveau fédéral et de l'Europe.

PM: Vous êtes plus européen que jamais

WM: Depuis la création du marché unique, l'Europe a été un moteur de la croissance. Voyez où en sont certains pays qui ne font pas partie de l'Euro comme l'Angleterre, l'Islande ou le Danemark. Leur situation est terrible…

PM: Selon vous, la jeune génération du CD&V n'est pas prête?

WM: Elle ne doit pas uniquement se concentrer sur la réussite ou l'ambition personnelles, mais aussi avoir un projet commun. C'est ce que nous avions, au sein des CVP Jongeren (il isole chaque syllabe): un-pro-jet-com-mun! Il s'agit d'une nécessité absolue. J'ajouterais que l'argent n'était pas notre priorité.

PM: La jeune génération s'intéresse trop à l'argent?

WM: Aujourd'hui, l'argent est devenu très important. Trop important, même!

PM: Pour votre mission d'explorateur, vous avez dû renouer certains liens avec votre parti?

WM: Ma femme a joué un rôle important. Quant à l'actuelle présidente du CD&V, Marianne Thyssen, elle est parlementaire européen: étant donné que je préside le Parti Populaire européen, nous nous côtoyons beaucoup. Elle m'a aussi beaucoup aidé.

PM: Ces deux femmes ont joué un rôle important?

WM: Je ne vous le fais pas dire. C'est à elles que je dois d'avoir retrouvé un lien émotionnel avec mon parti. En flamand, on parle de "geesteverwanten": un besoin irrépressible.

PM: Vous semblez particulièrement apprécier Marianne Thyssen…

WM: Je ne suis pas le seul: lorsque j'ai discuté avec les présidents de parti, l'un d'eux a parlé d'un, ou d'une Première ministre. Ce n'était pas innocent. Entre parenthèses, j'observe que, avec Marianne Thyssen, mais aussi Herman Van Rompuy comme Premier ministre, et Kris Peeters comme ministre-président flamand, mon parti dispose de trois membres des classes moyennes, au sommet du pouvoir en Belgique. C'est totalement inédit, pour le CD&V.

PM: Vous estimez que vous n'avez été qu'une sorte de "facilitateur"?

WM: C'est cela! Je vous rappelle que, lorsque j'ai été appelé par Sa Majesté Albert II, il fallait résoudre deux problèmes: trouver un Premier ministre, acceptable pour tous les partis, et vérifier que tous voulaient bien d'un gouvernement qui aille jusqu'en 2011. Lorsque j'ai répondu à ces deux questions, via des rendez-vous bilatéraux, j'ai pu réunir les formations politiques, ensemble, lors d'un déjeuner.

PM: Aviez-vous insisté pour qu'aucune information ne filtre?

WM: Pas particulièrement. Vu l'importance de la crise et la volonté commune d'aller vite, ce ne fut pas nécessaire.

PM: L'existence de ce déjeuner ne fut connue qu'après-coup…

WM: Alors que jusque-là, j'avais reçu mes visiteurs à la Chambre des Représentants, j'ai décidé que ce déjeuner se déroulerait dans mes bureaux de la présidence du Parti Populaire Européen (PPE). Ceci, afin que cette rencontre reste la plus discrète possible. J'avais prévenu mes collaborateurs: s'il n'y a pas de journalistes ou de caméras à l'entrée, c'est que le secret a été respecté. Ce fut le cas.

PM: Joëlle Milquet a insisté sur la convivialité qui présida à ce repas, affirmant que ce fut grâce à vous…

WM: Je parlerais plutôt de respect mutuel. Mon expérience de ce type de négociation a bien sûr joué. À l'issue de mes premières rencontres personnelles, j'avais déjà senti que l'atmosphère était devenue plus conviviale, grâce à l'engagement des uns et des autres.

PM: Vous n'avez donc senti aucune acrimonie, lors du déjeuner au PPE?

WM: Il n'y avait pas d'électricité dans l'air. Aucune haute tension. Au cours du déjeuner, la méfiance entre partenaires a d'abord été maîtrisée, puis elle a été dépassée.

PM: Chacun s'en souvient: à l'époque de Val Duchesse, vous aviez dénoncé les déclarations "devant des grilles"…

WM: Exactement. C'est pour cela que j'ai refusé de m'exprimer durant ma mission, ne le faisant qu'après. Les médias avaient le droit de savoir ce qui s'était passé. Cela, je l'aurais fait, même j'avais connu un échec.

PM: Vous vous méfiez de la presse?

WM: Achille Van Acker affirmait qu'il ne lisait les journaux qu'à la fin de la semaine.

PM: Vous avez fait la même chose?

WM: Oui!

PM: D'autres s'expriment beaucoup, comme Mark Eyskens par exemple…

WM: Savez-vous que, lorsque la crise s'est déclenchée, j'ai été approché par cinq émissions de télévision. Or je ne souhaitais pas parler de choses que je ne connaissais pas. Sans cela, je n'aurais pas été désigné en tant qu'"explorateur".

PM: Vous faites allusion au motif de la crise politique: les relations entre politique et justice?

WM: En tant qu'avocat, je suis plutôt de l'ancienne génération. La démarcation entre politique et justice doit être totale. Tout contact entre ces deux pouvoirs est inadmissible. Dans le cas qui nous occupe, il faudra faire toute la clarté sur ce qui s'est réellement produit et, s'il y a effectivement eu des contacts, le parlement devra faire des propositions.