Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

06/12/2009

JEAN QUATREMER: "LA BELGIQUE EST UN PAYS GENIAL" (Paris Match 26-11-09)


quatremer.jpg

Correspondant permanent du quotidien français Libération à l'Union Européenne, Jean Quatremer vit depuis des années en Belgique. Il est, à ce double titre, un des connaisseurs étrangers les plus éclairés de la vie politique belge. N'est-ce pas lui qui a rapporté la célèbre interview dans laquelle Yves Leterme déclarait que les francophones n'avaient pas la capacité intellectuelle d'apprendre le néerlandais? Le regard qu'il pose sur notre pays méritait que Paris Match l'interroge sur la récente désignation d'Herman Van Rompuy comme président du conseil européen, mais aussi sur ce que celle-ci risque d'entraîner pour notre pays.

Paris Match: A propos de votre interview d'Yves Leterme, croyez-vous qu'il y faisait de l'humour?

Jean Quatremer: Il le fait souvent. Dans ce cas cependant, il s'agissait d'une ironie qui a été mal prise…

PM: Que pensez-vous de la toute récente désignation d'Herman Van Rompuy?

Jean Quatremer: Cette nomination est étonnante parce qu'on ne sait pas ce qu'il pense réellement de l'Europe. On aurait pu songer à appeler quelqu'un qui connaissait bien l'Europe et s'était déjà exprimé sur ce sujet. Or Van Rompuy n'a jamais pris la parole publiquement pour dire ce qu'il pensait de l'Europe. On l'a nommé parce qu'il était Belge et parce qu'on pense qu'à ce titre, il était européen. On a choisi une nationalité, pas un homme. C'est de la discrimination à l'envers…

PM: Vous n'aimez pas l'homme?

JQ: Là n'est pas la question. Il est Premier ministre depuis 10 mois et n'a pas participé à beaucoup de conseils européens. Ses pairs n'ont guère eu l'occasion de le connaître. Du coup, Herman Van Rompuy n'a pas eu le temps de se faire d'ennemis. Au contraire du luxembourgeois Jean-Claude Juncker…

PM: Vous avez traité Van Rompuy d'"anesthésiant local"…

JQ: Le "Van Rompuy européen", je ne le connais pas. Sa politique en Belgique, je la connais: il a réussi à pacifier les relations entre francophones et Flamands en retirant ce dossier de l'ordre du jour, à cause de la crise. Et il s'en va au moment où il aurait pu régler le problème BHV qui empoisonne la vie depuis des décennies.

PM: C'est cela qui vous fait dire que sa désignation est étonnante?

JQ: Si on s'intéresse de près à lui et si on analyse les cris de joie ayant accompagné sa nomination, on ne peut que s'étonner. Van Rompuy est un cadre du CD&V et, comme tel, il a élaboré le programme de ce parti et soutenu Yves Leterme. Et, du côté francophone, on s'est réjoui de sa désignation. C'est Disneyland. Or, Disneyland n'existe pas en politique.

PM: C'est-à-dire?

JQ: Van Rompuy et Leterme sont d'accord, sur le plan communautaire. Le premier n'a jamais affirmé qu'il agirait autrement que le second. Le nouveau président du conseil européen a aussi été un des signataires de la proposition de loi scindant BHV. C'était une déclaration de guerre. Herman Van Rompuy, comme le CD&V, a un vrai problème avec certaines valeurs. L'avez-vous entendu condamner la non-nomination des trois bourgmestres?

PM: Votre conclusion…

JQ: Sachant cela, il est étonnant que ce soit les francophones qui se sont les plus réjouis de sa désignation. Tandis que Bart De Wever a salué le fait qu'un Flamand ait été nommé. Si les Européens avaient choisi un francophone, croyez-vous vraiment que les Flamands se seraient réjouis? J'ai comme un doute…

PM: Les francophones sont-ils à ce point masochistes?

JQ: Van Rompuy est le continuateur de la politique du CD&, mais c'est un flamingant à visage humain. Je rappelle que les Flamands disent: intègre-toi où va-t-en!

PM: Connaissez-vous personnellement Herman Van Rompuy?

JQ: Non, je ne l'ai jamais rencontré. Comme toute la presse internationale, d'ailleurs. S'il n'est pas connu, c'est de sa faute. Après sa désignation, sa première phrase a été d'annoncer qu'il ne rencontrerait pas la presse. C'est extraordinaire! Alors qu'Yves Leterme, lui, n'hésite pas à avoir des contacts avec les correspondants étrangers…

PM: Avez-vous étudié de près le dossier BHV?

JQ: Bien sûr! En exigeant la scission, les Flamands veulent parachever la continuité territoriale. BHV est l'exception de cette continuité!

PM: Avez-vous l'impression que les Flamands sont comme les Bretons ou les Corses?

JQ: Rien à voir! Ni les Bretons ni les Corses ne veulent l'indépendance. Aux contraire des Flamands, les Corses ne veulent pas obliger ceux qui vivent sur leur territoire à parler corse, manger corse…

JQ: Que veulent vraiment les Flamands?

JQ: Ils veulent faire de la Flandre une terre néerlandophone. Ils mènent une guerre pacifique.

PM: Tout ce que vous dites, l'avez-vous déjà affirmé devant un dirigeant Flamand?

JQ: Evidemment! Ils ne nient pas ce fait à savoir que la Belgique est résiduelle. Flamands et francophones ont de moins en moins de points communs: ils parlent de moins en moins la langue de l'autre, leurs mondes médiatiques et politiques sont de moins en moins proches.

PM: Pourquoi les Flamands sont-ils encore Belges?

JQ: Tant que la Belgique aura une valeur ajoutée, ils le resteront. Cependant, une fois que la Flandre aura plus de valeur ajoutée que la Belgique, c'en sera fini.

PM: Un des changements important dans les mentalités n'est-il pas que les francophones se font peu à peu à cette idée?

JQ: (il réfléchit) Vous posez là une excellente question! Une partie des francophones commence effectivement à penser cela. La manière dont les francophones ont refusé les propositions d'Yves Leterme indiquent que certains d'entre eux se sont projetés dans l'après-Belgique. Effectivement, c'est un fait nouveau.

PM: Croyez-vous en l'éclatement du pays?

JQ: Pas du tout! Pas une seconde! Ce n'est pas à l'agenda des grands partis flamands.

PM: Certains, du côté flamand, vous disent proche du FDF…

JQ: (il explose) C'est du n'importe quoi! S'il y en a bien un qui n'est pas proche de ce parti, c'est moi! De même, je ne suis pas proche des rattachistes. Le fait de me présenter d'une telle manière montre que le regard que je porte sur la Belgique dérange. Il est facile de coller une étiquette au messager. Moi, je suis un observateur neutre.

PM: Avec les années que vous avez passées en Belgique, comment en analysez-vous la trajectoire politique de notre pays?

JQ: Flamands et francophones me font songer à un couple qui va divorcer et dont l'un, les Flamands, a déjà préparé une autre maison, tandis que l'autre s'accroche et espère encore. Les francophones sont les derniers belgicains. Leur joie, après la nomination de Van Rompuy, fait rire en Flandre.

PM: Pourquoi, malgré le tableau que vous décrivez, la Belgique reste-t-elle malgré tout un pays où il fait bon vivre?

JQ: C'est un des mystères de ce pays! Ailleurs, pareil conflit se serait traduit pas des affrontements avec, peut-être, des morts. Voyez la Bosnie. Tous les ingrédients sont réunis pour que la violence s'installe en Belgique et, pourtant, ce n'est pas le cas. C'en est au point que, vu de l'étranger, la Belgique donne l'impression d'être un pays où il ne se passe rien.

PM: Et pourtant, il y a le divorce dont vous avez parlé…

JQ: Le couple ne casse pas de vaisselle. Malgré les humiliations que les francophones ont vécues, comme la non-nomination des bourgmestres. Celle-ci a été reçue avec le sourire, de manière urbaine… C'est incroyable! La Belgique est un pays génial!

PM: A quoi attribuez-vous le fait qu'à l'étranger, on a l'impression que rien ne se passe?

JQ: Il s'agit d'une méconnaissance incroyable de ce qui se déroule chez vous. Ailleurs, on ne sait pas que Van Rompuy a un programme qui vise à l'éclatement du pays. Ni qu'en cela, il ne partage pas les idées européennes, dont la protection des minorités linguistiques que la Flandre refuse de ratifier.

PM: Ne croyez-vous pas qu'on peut tout faite avaler aux Belges, plus qu'aux Français?

JQ: Les Belges avalent tout, alors que les Français, ce n'est que de la gueule! Même si cela ne se traduit pas dans les urnes.

PM: Qu'avalent les francophones, par exemple?

JQ: Le fait que, presque partout, ce sont des Flamands qui incarnent la Belgique. Avec Van Rompuy comme président européen, De Gucht comme commissaire, Leterme bientôt Premier ministre, sans parler des ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de la Justice… Tous sont Flamands, les francophones n'ayant que les tâches ménagères comme l'Emploi, le social…

PM: Avec quelles conséquences?

JQ: Pour l'extérieur, la Belgique est la Flandre. Surtout que le français devient une langue étrangère…

PM: Et Bruxelles, dans tout cela?

JQ: Les chefs d'Etat étrangers ne connaissent pas Bruxelles et ne constatent pas que la capitale est francophone. D'autant que l'anglais s'y développe…

PM: Les Belges sont-ils de grands naïfs?

JQ: Non, il y a chez eux un refus de la réalité!

PM: A savoir?

JQ: Quand on parle avec eux, ils sont tout à fait avertis de ce qu'il se passe, mais disent que c'est le monde politique qui veut la fin de la Belgique, pas le peuple. Alors que l'histoire ne se fait pas contre les peuples. Reporter la faute sur le monde politique est d'autant plus faux qu'en Flandre, 35% des gens votent pour des partis dont le programme prévoit la scission du pays. Tous les partis flamands ont été gagnés par les thèses de la Volks Unie. Sauf Groen…

PM: A la lumière de ce que vous avez dit sur le tempérament belge, ne croyez-vous pas que la Belgique aurait demandé de rejouer le match de foot si un de ses joueurs, comme Thierry Henri, avait marqué un but décisif de la main?

JQ: Non! En Belgique, comme partout dans le monde, il y a des penalties non justifiés, des fautes non sanctionnées par les arbitres…

PM: Isabelle Durant a demandé que, après les explorateurs et autres médiateurs, on trouve un "terminateur"…

JQ: La formule est terrible! Songeait-elle à quelqu'un qui "terminerait" la Belgique?

PM: Elle pensait sans doute à celui qui terminerait le dossier de BHV…

JQ: Terminer BHV veut dire qu'on scinde l'arrondissement. Ce n'est pas mieux.

PM: Qu'est-ce qui vous fait hurler, dans de la vie politique belge?

JQ: Le constat que je vous ai livré: lorsqu'on parle aux citoyens, ils refusent d'admettre qu'ils sont responsables de la situation de leur pays.

PM: Qu'est-ce qui vous fait hurler, dans la vie de tous les jours, en Belgique?

JQ: La priorité de droite! C'est un droit absolu. On meurt, mais à droite! Les expatriés me le disent: en Belgique, il faut faire attention à la priorité de droite.

15/11/2009

JEAN-JACQUES DELEEUW, DIRECTEUR GENERAL DE BEL RTL: "LA RADIO FAIT APPEL A L'IMAGINAIRE" (Paris Match, 05-11-09)


JJD.jpg

Paris Match: Comment faites-vous pour tirer votre épingle du jeu dans un univers en crise comme le nôtre, celle-ci touchant surtout les médias et la publicité?

Jean-Jacques Deleeuw: Nous avons d'abord décidé de ne pas détricoter notre média et de rester cohérents avec ce que j'appelle les gènes de Bel RTL. Ensuite, si un annonceur a choisi notre radio pour faire de la publicité, il doit toucher le public qu'il souhaite. Enfin, nous misons beaucoup sur notre créativité, avec de nouvelles émissions, de nouveaux rendez-vous.

PM: Des exemples?

JJD: L'émission "Tout pour la musique": c'est une sorte de quiz musical qui va à la rencontre du public. En matière de publicité, nous proposons également des formats commerciaux nouveaux. En résumé donc, notre volonté est à la fois de travailler pour les auditeurs et pour les clients.

PM: Comment faites-vous pour être plus forts quand les autres sont plus faibles?

JJD: Je pousserais votre question encore un peu plus loin: le plus dur est d'être plus fort quand les autres sont plus forts. Pour y arriver, nous devons absolument nous remettre en question. J'entends par là, revenir aux fondamentaux, aux gènes, à la carte ADN de la marque Bel RTL.

PM: Quels sont-ils, ces gènes?

JJD: Ces fondamentaux sont l'information, le divertissement, la musique et les services.

PM: Qu'est-ce que cela donne, concrètement?

JJD: Durant le printemps dernier, nous avons beaucoup réfléchi. Résultat important de cette recherche: nous avons décidé de fortifier notre liaison avec RTL. Pour mémoire, Bel RTL est née du mariage de RTL France et RTL TVi. Nous avons dès lors tenté de retendre le fil avec la télé. Via par exemple des opérations communes, comme X Factors, ou par la présence, sur Bel RTL, d'animateurs télé de RTL: Luc Trullemens, Hakima Darmouch, Philippe Malherbe, Charlotte Baut… Entre nous, je tente aussi de convaincre Anne Quevrin de refaire de la radio…

PM: Comment Bel RTL combat-elle la crise?

JJD: Notre média ne vit que des ressources publicitaires. Or, chacun le sait, en cas de crise, le budget publicitaire est le premier qui saute, dans les sociétés. Ceci dit, je dois avouer que la radio se défend bien par rapport aux autres médias: elle permet de faire du "call to action".

PM: C'est-à-dire?

JJD: Je prendrais l'exemple des magasins qui organisent des journées portes ouvertes. L'expression "call to action" signifie un peu "appeler pour agir".

PM: Vous devez aussi tenir compte de la spécificité des annonceurs?

JJD: Exactement, la crise ne frappe pas de la même manière les petits et les gros clients. C'est pour cela que nous proposons de nouvelles offres commerciales et que nous misons fort sur notre diversification. C'est ainsi que nous sommes partenaires d'éditions commerciales, ou que nous opérons des rationalisations sans toucher au contenu, voire enfin que nous tentons de rendre nos offres plus efficaces.

PM: Vous avez aussi eu des réactions plus concrètes face à la crise?

JJD: Nous avons lancé "RTL positif", dès que la crise s'est annoncée. Nous estimions que nous ne pouvions régulièrement donner des infos sur les faillites, mais qu'il était impossible de le faire sans parler des hommes qui créaient des emplois. Nous réfléchissons actuellement à la deuxième phase de "RTL positif"…

PM: Comment faites-vous pour motiver vos équipes auxquelles vous demandez toujours plus?

JJD: La crise s'est doublée du problème des nouvelles vagues d'audience et du réveil de la concurrence publique (la RTBF). Nous avons ouvert un grand chantier qui a duré 5 mois. Il s'est par exemple traduit sous la forme d'études avec des groupes de téléspectateurs auxquels nous avons demandé ce qu'ils voulaient, tout en leur demandant ce qu'ils pensaient de la concurrence…

PM: A quoi cela a-t-il abouti?

JJD: Sont sorties de cette réflexion beaucoup d'adaptations et quelques nouveautés, tout en restant dans le cadre de nos fondamentaux.

PM: Des exemples?

JJD: Nous avons déplacé du soir au matin le duo de présentateurs – Barbara Mertens et Pascal Vrebos -, la tranche matinale du 7-9h ayant une audience cinq fois plus forte que celle du soir. Autre exemple, nous avons insisté sur l'humour: c'est pour cela que François Pierrette refait de la radio, après 15 ans d'absence.

PM: Pouvez-vous déjà tirer des conclusions de toutes ces modifications?

JJD: Ces changements n'ont été opérés qu'il y a un mois. Or la prochaine vague de résultats ne viendra que dans 6 mois, le 11 février plus exactement. La seule chose que je puis dire est que les premiers indices sont encourageants. Mais il reste du travail…

PM: Jean-Jacques Deleeuw, 90% de votre carrière été consacrée à la radio. Pourquoi votre préférence va-t-elle à ce média?

JJD: La radio a ceci de différent qu'elle est le seul média où le visuel ne compte pas et qui fait appel à l'imaginaire. Avec la radio, il suffit de fermer les yeux pour être emporté dans un autre monde. Ensuite, la radio est un média secondaire: on peut l'écouter tout en faisant autre chose. Or les jeunes d'aujourd'hui ont pour habitude d'effectuer plusieurs tâches à la fois: regarder la TV, jouer avec une console vidéo ou surfer sur internet, voire faire leurs devoirs, tout en écoutant la radio.

PM: C'est cela qui vous rend si passionné?

JJD: Oui, mais pas uniquement. Ma passion pour la radio vient de l'instantanéité qu'elle propose. Je rappellerais qu'à l'origine, Appel ne voulait pas entendre parler de radio, mais à bien fini par s'y résoudre…

PM: Au contraire de la RTBF, vous ne recevez aucun subside?

JJD: Non, c'est tout le contraire! Chaque année, nous donnons 500.000 euros à la Communauté française. Sans parler de la redevance, du coût des émetteurs…

PM: Comment faites-vous pour motiver vos équipes?

JJD: Il ne faut guère les motiver parce qu'ils le sont automatiquement par la concurrence et le fait d'être, de devenir ou de redevenir numéro un. Nous organisons des réunions où se retrouvent nos collaborateurs. Que ce soit à l'occasion de la Saint Nicolas ou lors de notre apéro du vendredi. Ce jour-là, nous nous retrouvons vers 11h45, au carrefour d'un couloir que nous avons baptisé "l'avenue des Programmes" et de "l'avenue de la Direction". Les gens s'y retrouvent autour d'une boisson, venant parfois d'autres étages, et se passent des livres, des places de concerts dont nous sommes partenaires, ou discutent des CD de Serge Jonckers. C'est à la fois convivial et intéressant.

PM: Comment faites-vous pour relever les défis de l'avenir?

JJD: Pour y arriver, je tente de conserver et de renouveler les talents d'aujourd'hui. Sans parler d'attirer les talents de demain. L'expérience de "Radio Académy" participe à cette dernière volonté. Cette année, la Liégeoise Sandra Landresse a remporté le prix, mais certains de ses prédécesseurs sont connus: Michael Paschen, Stéphane Piedboeuf, Caroline Fontenoy… Enfin, pour relever les défis de l'avenir, j'ajouterais que nous lançons de nouveaux formats d'émissions, comme "Votez pour moi"! Des initiatives qu'on ne verrait sans doute pas autre part…

Quelques chiffres concernant Bel RTL

Collaborateurs: 80 équivalents temps plein.

Budget de fonctionnement: 12 millions d'euros.

Chiffre d'affaires de la publicité: 20 millions d'euros.

Masse salariale: 6 millions d'euros.

Revenus nets: quatorze millions d'euros.

04/11/2009

YVES LETERME: "UN DIRIGEANT ETRANGER M'A DEMANDE DE L'AIDER A TUER!" (PARIS MATCH 29-10-09)


LETERME.jpg

C'est le 31 octobre que Michel De Maegd s'envolera en compagnie de six autres pilotes d'ULM afin de boucler la deuxième partie du Earth Challenge. Les sept hommes reviendront en Belgique, le 5 décembre. Au programme de ce nouveau périple: la Thaïlande, Myanmar, le Bangladesh, l'Inde, le Pakistan, Oman, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Bahreïn, l'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Libye, la Tunisie, la Suisse, la France et la Belgique. Ce type d'équipée nécessite une préparation minutieuse. Il a entre autres fallu recevoir les permis de survol des pays choisis. Pour y parvenir, l'appui des Affaires étrangères était indispensable. Paris Match a rencontré le chef de la diplomatie belge, Yves Leterme, pour un entretien sans langue de bois.

Paris Match: Vous avez aidé à la mise sur pied de l'opération Earth Challenge. Quel a été votre rôle?

Yves Leterme: J'ai rédigé la lettre de recommandation indispensable pour obtenir les autorisations de survoler les territoires que l'équipe avait choisis. Il s'agit d'un courrier à utiliser de façon intelligente, mais Michel De Maegd est au courant. Il est tout à fait capable de prendre de la hauteur… (sourires)

PM: Cette lettre n'est donc pas un laissez-passer?

YL: Non! En Europe, nous avons la possibilité d'aller presque où nous le désirons. Ce qui n'est pas possible partout dans le monde. C'est pourquoi ceux qui reçoivent mon courrier – nos ambassadeurs – doivent aussi faire preuve de bon sens.

PM: Qu'avez-vous pensé du projet, lorsque Michel De Maegd vous l'a présenté?

YL: Il est magnifique! J'admire ces pilotes qui vont survoler tant de pays, pour attirer l'attention sur les risques que court la planète…

PM: Vous avez donc tout de suite accepté?

YL: Bien entendu, d'autant que la Belgique est un des très bons élèves en matière d'écologie. En guise de slogan, je dirais que, si l'on peut toujours mieux, on est quand même bon!

PM: A quoi faites-vous allusion?

YL: L'utilisation de la technique de la carotte et du bâton fait que nous Belges, sommes des champions en matière de tri des déchets. Nous sommes même numéro un!

PM: C'est un dossier que vous connaissez bien?

YL: Oui, depuis l'époque où j'étais échevin à Ypres. Actuellement, pour ce qui est de l'écologie, j'équipe ma maison de panneaux solaires, grâce à des subsides alloués par la Région flamande et par ma ville. Inutile aussi de vous préciser que, comme tous les ménages belges, nous utilisons deux poubelles…

PM: Plus généralement, que pensez-vous du Earth Challenge?

YL: Au-delà du fait que c'est une démarche sympathique, c'est surtout une extraordinaire manière d'attirer l'attention sur le devenir de la planète, tout en permettant de rêver. C'est magnifique!

PM: Avez-vous déjà fait de l'ULM?

YL: Non, même si je suis déjà monté dans une Montgolfière! Je me souviens cependant qu'il y a quelques semaines, lors de ses adieux, l'ambassadeur russe en poste à Bruxelles a dit que son plus beau souvenir chez nous resterait un vol en ULM, grâce auquel il avait pu survoler la Belgique. Il a d'ailleurs publié un livre de photos de notre pays vu du ciel.

Michel De Maegd intervient: Je vous propose d'en faire un, après notre retour. L'invitation est lancée…

YL: J'ajoute que je suis aussi monté tout en haut d'une éolienne. On y a une vue à nulle autre pareille. Je l'ai escaladée parce qu'on va installer un champ d'éoliennes à quelques pas de chez moi. Il s'agira du plus grand parc de Flandre occidentale puisqu'il comprendra neuf éoliennes.

PM: Avez-vous été informé de ce que certains pays posaient problème pour la mise en place de l'Earth Challenge?

YL: A l'heure où je vous parle, et selon les informations que m'a données Michel De Maegd, le Pakistan est la seule nation qui n’a pas encore donné son autorisation. Je fais tout pour que cela s'arrange: vu la situation dans ce pays, je crois que l'équipe sera contrainte de survoler la côte pour rejoindre Karachi.

PM: Il y a quelques jours, vous étiez à New York. Vous avez été fort applaudi à l'ONU…

TYL: C'est exact, je ne veux pas nier que cela fait toujours plaisir. Mais je veux voir plus loin que cette seule satisfaction personnelle. Lors de mon séjour à New York, j'ai pu rencontrer un nombre important de chefs d'Etat et de gouvernements.

PM: Cela vous fait quelque chose de prendre la parole à la tribune de l'ONU?

YL: A ce moment-là, on a vraiment l'impression de parler au monde entier. C'est une expérience magnifique. Savez-vous que, quelques minutes après mon discours, j'ai reçu le mail d'un collaborateur qui me félicitait, depuis Bruxelles?

PM: Quelles sont les personnalités qui vous ont déjà impressionné, depuis que vous avez pris vos fonctions?

YL: Il y a sans conteste Madame Clinton. Elle connaissait ses dossiers à la perfection, tout en faisant preuve de beaucoup d'empathie. De plus, elle donne vraiment l'impression de vouloir faire du bien,. J'insiste sur ce point car elle ne semble pas vouloir le faire uniquement dans les pays où les Etats-Unis ont des intérêts. Je me souviens également très bien de la rencontre avec Paul Kagamé, président du Rwanda. Mais j' ai rencontré beaucoup d'autres personnalités, comme le président brésilien Lula, le Premier Ministre russe Poutine…

PM: Vous allez évidemment continuer à rencontrer beaucoup de monde…

YL: Dans la perspective de la présidence belge de l'UE, j’accompagnerai le Premier ministre, Herman Van Rompuy lors de son tour des capitales européennes, pendant cinq à six semaines.. Puis, au mois de décembre, j'irai dans d'autres pays, en Europe, mais aussi en Afrique

PM: Qu'avez-vous appris d'intéressant, à New York?

YL: Il m’est arrivé d’être choqué quand, lors d'un face à face avec un dirigeant étranger – que je me refuse à citer –, celui-ci m'a demandé si je pouvais l'aider à arrêter, voire à tuer des gens?

PM: C'est énorme, cela…

YL: Je vous le dis de la même manière qu'il me l'a demandé.

PM: Que pensez-vous de votre nouveau métier, depuis les quelques mois que vous êtes aux Affaires étrangères?

YL: Je vous rappelle d'abord qu'à un moment dans ma carrière, j'ai été fonctionnaire européen. Comme Premier ministre fédéral, j'ai aussi assisté à des sommets européens. Enfin, actuellement, je siège au bureau du Parti Populaire Européen, dont le CD&V fait partie.

PM: Comment décrieriez-vous l'importance stratégique du ministre des Affaires étrangères dans notre gouvernement?

YL: Entre 2004 et 2008, comme ministre-président flamand, puis comme Premier ministre, j'ai baigné dans les chiffres, les budgets et les luttes de pouvoir. Ce que je fais aujourd'hui est donc totalement différent: à mon poste, il faut concerter beaucoup plus de gens avant de prendre des décisions …

PM: Vous appréciez donc ce type de travail?

YL: Bien évidemment! Avec une toute, toute petite frustration. Je n'ai pas encore le temps de lire tout ce qui arrive sur mon bureau. Et pourtant j'ai une folle envie d'apprendre…

PM: Un ministre des Affaires étrangères dispose-t-il d'un réel poids politique?

YL: Il s'agit d'un des postes-clé du gouvernement. En outre, c'est une fonction passionnante, mais moins stressante que celles que j'ai connu avant.

PM: Ce n'est pas la première fois qu'un ancien Premier ministre atterri aux Affaires étrangères…

YL: Avant moi, il y a eu Leo Tindemans et Marc Eyskens.

PM: Qu'avez-vous ressenti en assistant à votre première réunion du gouvernement Van Rompuy?

YL: Peu de choses avaient changé, depuis ma démission comme Premier ministre, fin 2008. J'ai ressenti une forte volonté de boucler les dossiers. Cela, même si lors de l'élaboration du budget, j'ai constaté une certaine stagnation… Mais cela me paraît normal.

PM: Vous voulez dire que l'atmosphère est meilleure?

YL: J'ai ressenti une véritable ambiance de travail.

PM: Quel accueil vous ont réservé vos collègues?

YL: J'ai été fort bien accueilli. Vous devinez cependant que j'étais resté en contact avec certains membres du gouvernement…

PM: Qu'est-ce qui vous a vraiment le plus frappé dans le gouvernement Van Rompuy?

YL: C'est surtout que le VLD fait profile bas, Patrick Dewael ayant quitté le gouvernement pour la présidence de la Chambre et Karel De Gucht étant devenu commissaire européen. Je constate aussi que mon successeur a heureusement plus de marges de manœuvre que moi. Il reste malgré tout bien des dossiers à mener à bien, comme BHV…

PM: En 2008, vous avez connu de graves problèmes de santé et en aviez parlé dans Paris Match. Comment vous portez-vous?

YL: Fort bien, je vous remercie. Il y a tout juste un mois, j'ai passé un check-up et ses résultats furent excellents. Je ne devrais en subir un nouveau, que dans trois ou quatre mois. À propos de la santé, savez-vous qu'un ambassadeur en Belgique m'a confié que, dans notre métier, on mourait par la fourchette…

PM: Un ministre des Affaires étrangères est contraint de beaucoup voyager. Cela ne peut-il nuire à votre santé?

YL: Je n'ai reçu aucune contre-indication en ce sens. Je vous avoue cependant que je m'efforce de me coucher parfois vers dix heures, dix heures trente: en flamand, on dit que celui qui se couche tôt bénéficie d'un à-valoir sur la mort. Enfin, les voyages en avion me permettent de travailler…

PM: Avec le recul, comment percevez-vous les moments difficiles que vous avez vécu?

YL: J'ai effectivement passé six ou sept années folles, comme président de parti, ministre-président, puis comme Premier ministre. Après ma démission, fin 2008, j'en ai profité pour récupérer. Sans toutefois rester inactif puisque j'ai, par exemple, donné beaucoup de conférences. J'ai aussi effectué un stage de cyclisme.

PM: Les Affaires étrangères étaient-elles vraiment le poste que vous souhaitiez?

PM: J'aurais aimé devenir ministre des Finances, un autre poste important au sein du gouvernement. Or Didier Reynders souhaitait conserver son poste. Karel De Gucht s'en étant allé pour la commission européenne, je l'ai remplacé aux Affaires étrangères.

PM: Pour en revenir aux moments pénibles que vous avez vécu…

YL: J'ai une excellente mémoire mais je ne suis pas un revanchard et je ne suis pas du genre à trop regarder en arrière,.

PM: Vous êtes devenu plus serein?

YL: Certainement, même si je ne vais plus me battre pour des choses qui, avec le recul, n'en valent pas tout à fait la peine. Mais vous avez raison, je suis plus serein, et plus calme aussi…