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01/04/2010

GUY HAARSCHER, après le drame d'Uccle: "On sort souvent de prison pire qu'à l'entrée" (Paris Match 18-03-10)


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Paris Match : Comment jugez-vous la tragédie qui s’est produite à Uccle ?

Guy Haarscher : Il s’agit bien sûr de quelque chose de terrible en soi. De plus, c’est un drame qui peut arriver à tout le monde. A ce titre, il s’agit de plus que d’un simple fait divers « extérieur » : le meurtre de cette femme nous est proprement insupportable.

PM : N’a-t-on pas franchi une étape de plus dans l’innommable ?

GH : Le drame d’Uccle s’est passé en plein jour, dans un quartier qui n’est pas « à risques ». Nous nous y promenons en sécurité en nous disant que l’Etat sera capable de nous protéger. Notons que les malfrats ont tué avec une arme qu’ils ne possédaient pas au départ, mais qu’ils avaient prise au bijoutier.

PM : Sans faire de racisme, comment analysez-vous le fait qu’il a fallu plusieurs jours pour que l’on dise que les agresseurs étaient des Belges d’origine marocaine ? A-t-on peur aujourd’hui de certaines affirmations ?

GH : C’est une question très délicate ! Si l’on prend l’exemple de Dutroux, certains de nos compatriotes ont été choqués par le fait que la presse étrangère avait, à un certain moment, insisté sur le fait qu’il était belge et wallon. Ce n’est pas l’origine des délinquants qui doit être mise en avant, sauf dans les cas où elle serait pertinente. Les bandes par exemple, il faut les réprimer, tout en analysant les causes du phénomène (on ne doit pas pousser sur le mauvais bouton).

PM : Vous craignez les statistiques ethniques ?

GH : Même si elles sont difficiles à établir et peuvent poser des problèmes liés au droit à la vie privée, elles permettraient également de localiser les discriminations, et constitueraient un instrument pour les politiques publiques. Mais il est périlleux de mettre en exergue le fait que des individus d’origine marocaine, ou italienne, ou française, etc., auraient fait tel ou tel coup. Cela risquerait de stigmatiser des innocents, que le racisme ambiant aurait vite fait d’amalgamer aux criminels. Souvenez-vous du meurtre de Joe Van Holsbeke : au début, sur les plateaux télé, j’ai moi-même supposé, comme beaucoup d’entre nous, que les assaillants étaient Maghrébins. J’essayais d’éviter que l’on stigmatise toute une communauté pour ce crime. Or c’étaient des Tziganes… Affirmer sans autre commentaire qu’à Uccle, vendredi dernier, ce sont des « Marocains » qui ont tué cette femme, c’est faire le lit des partis d’extrême droite.

PM : Comment empêcher d’autres affaires de ce type à l’avenir ?

GH : Comme Charles Picqué l’a dit, il faudrait d’abord augmenter la présence policière dissuasive. De plus, il est urgent d’améliorer l’efficacité de la Justice. Il est en général inacceptable que des délinquants aient l’impression qu’ils pourront vite ressortir de prison après avoir commis un acte grave, et narguer leurs victimes.

PM : Vous craignez la stigmatisation, mais que faut-il vraiment faire ?

GH : Il faut évidemment combattre efficacement la criminalité, individuelle ou organisée, parfois venue de certaines régions du monde. Pour ce faire, les pouvoirs publics doivent tenter d’en comprendre les causes et d’agir en conséquence. C’est moins facile qu’il n’y paraît.

PM : Comment voyez-vous les dérives de cette société qui devient folle ?

GH : Je ne suis pas sûr qu’elle soit « folle », même si de nombreux phénomènes de repli sur les communautés ou les quartiers peuvent légitimement inquiéter. Le combat contre l’impunité est nécessaire mais non suffisant. Mais l’Etat doit aussi affirmer haut et fort qu’il ne s’en prend pas à certains groupes ethniques en tant que tels. C’est de cette manière qu’une politique démocratique ferme se distinguera du « y’a qu’à » d’extrême droite.

PM : Pourquoi ?

GH : Dans les milieux d’origine immigrée, les gens ont la sensibilité à fleur de peau et, osons le dire, ils n’ont pas un sens aigu de l’autocritique. Pour résumer : une femme a été ignoblement tuée à Uccle. De grâce, n’ajoutons pas que ce sont « de nouveau » des « Marocains ». Dutroux est d’origine « wallonne ».

PM : Ici, nous sommes face à une population délinquante qui n’hésite plus à passer à l’acte : la vie vaut-elle encore quelque chose, dans l’esprit de certains ?

GH : Non, pour certains la vie n’a plus beaucoup de prix. Et sur ce problème se greffent les haines politico-religieuses. En France, un jeune juif, Ilan Halimi, a été torturé à mort par un groupe pour lequel sa vie ne valait plus rien. Mais un tel degré de cruauté est évidemment exceptionnel.

PM : N’allez-vous pas un peu loin ?

GH : Puisque vous me posez des questions générales sur le vivre-ensemble, je vous dirai qu’il y a beaucoup à dire sur les dérives politico-religieuses. Au lieu de s’appuyer parfois sur certains leaders intégristes, les autorités feraient mieux de se préoccuper de ceux qui crient moins fort et sont de vrais défenseurs des valeurs démocratiques. Nous sommes bien trop complaisants avec les exigences communautaristes de quelques-uns.

PM : Les deux agresseurs en étaient à leur « coup d’essai » et avaient un travail. Leur acte ne traduit-il pas néanmoins un problème d’intégration et de cohabitation qui se traduit par une violence injustifiée ?…

GH : C’est effectivement interpellant ! Rappelons-nous le 11-Septembre : ceux qui ont détourné les avions avaient parfois fait des études supérieures. Ce n’étaient pas des « damnés de la terre ».

PM : Comment comprendre, accepter, analyser le fait que, sans cesse, dans l’émotion d’une tragédie de ce type, voire d’une catastrophe, les politiques, dans leur ensemble et la main sur le cœur, affirment qu’ils vont prendre des mesures. Alors que rien ne se passe jamais…

GH : C’est exagéré. Les politiques se renvoient certes régulièrement la balle de la responsabilité. La police critique la Justice et inversement. Mais ce qui compte, c’est d’élaborer des politiques de long terme non démagogiques pour les « territoires perdus » de l’ordre démocratique.

PM : Il y a eu une réforme de la police…

GH : Maintenant, il faut une véritable réforme – en profondeur – de la Justice. Je ne dis pas que la position des politiques est facile dans le monde actuel : mais leurs actes s’ensablent à cause des multiples compromis qu’ils doivent négocier. Et quand les élections approchent, la langue de bois règne et tout s’arrête, ou à peu près. Sans oublier que nous sommes en Belgique, un pays dont les institutions, les habitudes de gouvernance et la particratie ne facilitent pas les décisions cohérentes et bénéficiant d’un suivi sérieux.

PM : A propos des politiques, les exemples et contre-exemples sont nombreux : réforme de la Justice qui est submergée, réforme des prisons qui n’arrive pas, radiographie des conduites de gaz en sous-sol, freins automatiques sur les trains : pourquoi tant de promesses non tenues ?

GH : En Belgique, et dans les pays démocratiques en général, on légifère trop et on n’écoute pas assez les spécialistes. Ajoutez à cela que Bruxelles, à l’image du pays, est difficilement gérable, et vous saurez pourquoi il est plus difficile d’agir chez nous qu’ailleurs.

PM : Le fossé entre la classe politique, chargée de protéger les gens, et ceux-ci ne cesse de se creuser. Votre avis ?

GH : Ce fossé dépend d’autres facteurs. Il y a sans doute une part d’impuissance dans le chef des politiques, qui ne peuvent parfois rien faire, confrontés qu’ils sont à des forces qui les dépassent. Les dirigeants ne peuvent pas vraiment protéger la population de la brutalité économique et physique. La mondialisation échappe largement à la prise des élus. Même Obama, président de la plus grande puissance mondiale, le sait.

PM : Et ces quartiers de non-droit dont on parle : ce n’est pas le cas d’Uccle…

GH : Il est évidemment indispensable de « reconquérir » certains quartiers. Mais ce problème n’est pas propre à la seule Belgique. En France, on parle de « territoires perdus de la République ». A New York autrefois, on n’allait pas à Time Square après minuit sans une certaine appréhension, tandis qu’aujourd’hui, l’endroit est devenu assez « familial » et touristique.

PM : Les dirigeants belges ne sont pas les seuls à faire des déclarations, après des drames comme l’explosion de Liège, la catastrophe de Hal ou le meurtre d’Uccle…

GH : Sarkozy, lui aussi, déclare régulièrement qu’ « on va voir ce qu’on va voir ». Il promet beaucoup et construit peu pour le long terme. Comme chez nous, il existe un écart préoccupant entre une loi votée et son application. Appliquer une loi demande beaucoup d’énergie. A un moment donné, il vaut peut-être mieux aller carrément de l’avant, plutôt que de chercher les responsabilités passées de façon obsessionnelle.

PM : Pourquoi affirme-t-on toujours que l’argent manque, tandis que la Belgique donne plusieurs centaines de millions à Haïti ?

GH : L’argent manque, c’est clair. Mais il n’est pas certain qu’on pourrait faire mieux avec plus de moyens. A la SNCB, l’argent n’allait pas, c’est le moins que l’on puisse dire, toujours à l’essentiel.

PM : Pour en revenir à Haïti ?

GH : Il y a d’abord eu l’émotion. Mais cela n’a rien à voir avec la sécurité à Bruxelles. C’est le propre de l’humanitaire que d’aider des pays qui ont vécu une catastrophe comme à Haïti. Mais dès que l’émotion retombera, les victimes seront zappées. Tentons surtout de mener de bonnes politiques publiques : pour ce faire, il ne faut pas uniquement de l’argent.

PM : Tant de dysfonctionnements sont-ils propres à la société belge ?

GH : Non, pas du tout. Même si, je l’ai dit, certains facteurs de complexité des pouvoirs de décision et le manque d’unité de notre pays aggravent les choses.

PM : Armand De Decker, bourgmestre d’Uccle, explique que la montée de la violence est due au laxisme des dernières décennies et à la philosophie « il est interdit d’interdire ». Votre avis ?

GH : Mai 68, le grand coupable ? C’est une simple hypothèse, qu’il faut tester avec des spécialistes. Les résultats pourraient étonner.

PM : N’est-il pas temps de changer de politique et de vision, surtout lorsque l’on analyse la situation des mineurs relâchés, après quelques graves méfaits, uniquement parce qu’il n’y a plus de place en IPPJ ?

GH : Si nous changeons de vision, faisons-le en toute connaissance de cause. Par exemple, demandons aux chercheurs qu’ils fournissent des données fiables. Il y a également une part de responsabilité dans le chef d’universitaires qui sortent peu de leur tour d’ivoire. Que les politiques fassent appel à des spécialistes pour ne pas se tromper de direction.

PM : Ce que vous suggérez ne va-t-il pas conduire à encommissionner les problèmes, comme on dit en politique ?

GH : J’espère que non. Cela démontrerait malheureusement le caractère assez ingouvernable des sociétés démocratiques.

PM : Charles Picqué, ministre-président PS de la Région de Bruxelles-Capitale, a déclaré : « Même si je sais que cela ne va pas faire plaisir à tout le monde, j’ose affirmer que la privation de liberté est ce qui ennuie le plus un délinquant : qu’on ne me dise pas que la prison, c’est mauvais ! » Un commentaire ?

GH : C’est à nouveau une hypothèse plausible Mais que fait-on à la fin de la peine ? Foucault a dit qu’on sortait souvent de prison pire délinquant qu’à l’entrée…

PM : Où va une société qui ne protège plus ses citoyens ?

GH : L’Etat a d’abord pour mission de protéger le citoyen, qui accepte de ne pas se faire justice à lui-même, sauf dans les cas de légitime défense. Mais si l’Etat n’est pas capable d’assurer la sécurité, il perdra progressivement sa légitimité. Pour en revenir à Uccle, nous croyons souvent, à propos de crimes qui se produisent dans des quartiers « chauds », qu’ils ne nous concernent pas plus que des événements lointains. Ce n’est sans doute plus vrai, ce qui nous incitera peut-être à réagir plus intelligemment.

PM : Certains affirment que la petite délinquance diminue et que la grande délinquance augmente…

GH : Il faut distinguer entre ce que les gens perçoivent et la réalité des chiffres. Ce que l’on vit le plus mal, ce sont les agressions directes. La petite délinquance ne diminue probablement pas. C’est cette délinquance-là qui empoisonne la vie des gens, et c’est la même qui risque de conduire à des votes d’extrême droite. Même pour des acres infiniment moins graves et choquants que le crime d’Uccle.

 

24/12/2009

PHILIPPE VAN PARIJS: "LA BELGIQUE A BESOIN DE PERSONNES COMME VAN ROMPUY" (Paris Match du 24-12-09)


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Pour commenter l’édition 2009 du Belge de l’année, Paris Match a interrogé Philippe Van Parijs qui anime la Chaire Hoover d'éthique économique et sociale, à l’Université catholique de Louvain. Ce philosophe est un des observateurs les plus aiguisés de l’actualité politique, économique et médiatique belge. Fait rare, il lui arrive de participer à des débats, organisés tant au nord qu’au sud du pays. Il était donc intéressant de lui demander quel regard il portait sur les résultats.

Paris Match : Sur un plan global, comment analysez-vous ce classement ?

Philippe Van Parijs : Un premier point d’abord. Ce sondage est bien celui « du » Belge de l’année écoulée : une seule femme – Kim Clijsters - figure parmi les dix premières personnalités retenues. Deuxième observation, bien que l’enquête ait été réalisée par des médias du sud du pays, il s’agit bien du « Belge » et non du « francophone » puisque, si l’on reprend les mêmes dix premiers, on trouve Herman Van Rompuy, Frank De Winne, le père Damien, Kim Clijsters, qui sont tous Flamands.

PM : Kim Clijsters figure dans le sondage, tandis que Justine Henin n’y est pas. Le signe d’une sympathie plus grande des Belges à son égard ?

PVP : Kim Clijsters est parvenue à confirmer son retour et le public a considéré comme remarquable le fait que cette joueuse soit mère de famille. Justine Henin, elle, n’a pas encore pu confirmer son retour.

PM : Les résultats auraient-ils été fort différents, en Flandre ?

PVP : Certains noms figureraient sûrement dans la liste – Van Rompuy, le père Damien, Frank De Winne, et même Daerden ou Reynders –, mais d’autres s’y seraient ajoutés : des personnalités moins connues, au sud du pays, comme le ministre Frank Vandenbroeck, par exemple.

PM : Si, personnellement, vous aviez voté, les résultats auraient-ils été fort différents ?

PVP : J’aurais ajouté l’un ou l’autre nom, comme ceux de Paul Magnette, qui a émergé en 2009, Bart De Wever, pour sa personnalité et sa victoire aux élections régionales, ainsi que le bruxellois Nabil Ben Yadir, réalisateur du film « Les barons » qui vient d’être primé au festival du film de Marrakech.

PM : Herman Van Rompuy doit-il sa victoire à sa seule élection à la présidence de l’Union européenne ?

PVP : Je dirais qu’il la doit surtout à cette désignation. Elle a fait parler de la Belgique et continuera à le faire. Cependant, il doit aussi sa nomination à la manière dont il a rempli sa fonction de Premier ministre : i l a apaisé le climat et a imposé une image positive. Au contraire d’Yves Leterme qui, jusqu’à présent, n’a pas été capable de remplir aussi bien sa tâche de Premier ministre. Et pourtant, ce dernier dispose d’atouts non négligeables : il est meilleur bilingue que Van Rompuy, son père est francophone et – ceci n’est pas si anecdotique qu’il n’y paraît – il est supporter du Standard.

PM : Un avis personnel sur la place d’Herman Van Rompuy ?

PVP : En Belgique, nous avons besoin de personnalités comme lui. Nous n’avons pas besoin d’un Obama ou d’un Blair. En ce sens, il est sain que Van Rompuy soit arrivé en tête : j’en suis heureux pour la santé de l’opinion publique.

PM : Comment pouvez-vous affirmer que Van Rompuy va continuer à faire parler de la Belgique ?

PVP : Tout va dépendre de ce qu’il fera : il va devoir montrer de quoi il est capable.

PM : Si Herman Van Rompuy avait été désigné président en février, croyez-vous qu’il aurait figuré en aussi bonne place dans ce sondage réalisé en fin d’année ?

PVP : Vous avez raison, il y a de fortes chances qu’il ait été moins bien classé.

PM : Avec pareil sondage, on est un peu le nez sur les événements…

PVP : Je vous répondrai par un exemple historique. Qui aurait pu dire à la fin de 1848, que l’événement le plus important de l’année avait été la rédaction, par Karl Marx, dans une petite rue d’Ixelles, du manifeste du Parti communiste ?

PM : Cela relativise-t-il fort ce sondage ?

PVP : Disons que cela relativise la porté des questions et des réponses.

PM : A la deuxième place, figure Frank De Winne : est-ce le reflet d’un certain chauvinisme ou bien son séjour dans l’espace doit-il être considéré comme un exploit capital ?

PVP : Sa place est surtout le reflet de sa présence dans les médias. Pour ce qui concerne l’importance de l’espace, il convient de la relativiser : c’est principalement un Belge qui a été sélectionné. Un sondage comme celui de Paris Match, RTL TVi et Bel RTL, c’est un peu comme si les médias demandaient si on les a bien écoutés. Il s’agit d’un instantané de fin d’année. Disons aussi que pareille enquête est une manière de faire le point.

PM : Comment réagissez-vous au fait qu’il y ait des groupes d’hommes, dans les 10 premiers : les agriculteurs en colère et les victimes de Ghislenghien ?

PVP : Cela montre que les gens sont sensibles au drame économique sans pareil que vivent les premiers et au calvaire humain que vivent les seconds.

PM : Et la présence du père Damien à la quatrième place ?

PVP : C’est un des éléments les plus étonnants du sondage car il n’est plus en vie. Mais une fois de plus, et comme pour Van Rompuy et Leterme, cette présence est le reflet de la place que lui ont donnée les médias.

PM : Les lauréats ne sont pas nécessairement tous là pour leur image positive : Michel Daerden par exemple, est fort controversé…

PVP : A côté de la reconnaissance, qui est le résultat d’une présence dans les médias, il faut tenir compte du fait que ce ne sont pas nécessairement les plus méritants qui ont été retenus.

PM : Le ministre Daerden a été, il est vrai, fort présent dans les médias…

PVP : En plus de cette présence, il y a aussi un réel talent de communicateur. Cela a plus pesé que les mesures qu’il a prises, ou non, voire que son efficacité au travail.

PM : Sa deuxième place parmi les hommes politiques doit-elle être considérée comme un désaveu pour ses détracteurs et faut-il y voir une victoire de la classe populaire sur les intellectuels de la politique ?

PVP : Dans la liste figurent 4 politiques. La place de Daerden traduit le fait que, dans l’opinion publique, il a plus de notoriété que d’autres. Pour préciser ma pensée, j’insiste sur le fait que ce ministre ne déshonore pas le sondage, mais il permet de mieux comprendre ce qu’est véritablement votre enquête.

PM : Vous songez à quelqu’un qui aurait pu se retrouver dans le sondage, négativement s’entend ?

PVP : Le coureur cycliste Frank Vandenbroucke, par exemple !

PM : Didier Reynders, lui aussi, a été controversé, dans son parti. Il est pourtant classé dans les 10 premiers…

PVP : Cela montre que ce sondage est le reflet des tendances politiques des lecteurs de Paris Match, Bel RTL et RTL TVi.

PM : A la lecture de l’enquête, croyez-vous que, pour le ministre des Finances, le plus dur est passé ?

PVP : Tout dépendra de ce qu’il fera !

PM : Alain Hubert est 9ème. Encore le reflet de l’inquiétude des citoyens pour la planète ?

PVP : C’est à la fois le reflet de la prise de conscience des médias, mais aussi de l’inquiétude des gens.

PM : Vous insistez beaucoup sur le rôle des médias…

PVP : Ce sont eux qui font qu’une personne est présente ou absente. Quelqu’un comme Jean-Pascal van Ypersele ne figure pas dans le sondage parce qu’il est plus austère et moins médiatique qu’Alain Hubert.

PM : Le Roi Albert II est seulement classé 7ème. En raison des controverses suscitées par les dotations, par les révélations sur sa fortune, ou faut-il y voir un signe négativement plus important ?

PVP : Non, je doute qu’il y soit pour ces raisons. Je m’étonne même que Le Souverain figure dans le sondage.

JACQUES BROTCHI: "JOHNNY SOUFFRE SANS DOUTE D'UNE INFECTION" (Paris Match, 24-12-09)


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Le professeur Brotchi est un éminent neurologue, connu dans le monde entier. Il a présidé, jusqu'en septembre dernier, la fédération mondiale des sociétés de neurologie. Il est aussi parlementaire: après avoir été sénateur, il siège aujourd'hui au Parlement bruxellois et à celui de la Communauté française. Il était tout indiqué pour expliquer aux lecteurs de Paris Match ce qui était sans doute arrivé à Johnny Hallyday.

Paris Match: Comme neurologue, vous avez opéré des hernies discales?

Jacques Brotchi: J'en ai opéré des milliers et certains de mes patients étaient célèbres, comme l'ancien président algérien Chadli, mais aussi le prince Lorentz de Belgique ou le prince Henri de Danemark. Sans compter d'autres malades, tout aussi célèbres, qui ont souhaité conserver l'anonymat. Je ne puis donc divulguer leurs noms, par respect du secret professionnel.

PM: Vous souvenez-vous de votre première opération d'une hernie discale?

JB: Elle doit dater de 1970. A l'époque, le patient restait au lit pendant au moins 3 semaines, alors qu'aujourd'hui, il est debout dès le lendemain de l'opération et peut marcher après 3 ou 4 jours.

PM: C'est donc une opération que vous connaissez bien?

JB: Surtout qu'il y a un an, j'ai moi-même été opéré d'une hernie discale.

PM: Le choix du neurologue qui vous a opéré fut-il ardu?

JB: J'avais demandé à un de mes élèves de le faire. Je dois donc être un des rares neurologues à avoir enseigné comment opérer une hernie discale, avant de l'expérimenter sur moi-même. Comme vous le constatez, je me porte fort bien.

PM: Vous avez donc été satisfait du travail de votre élève?

JB: Tout à fait! Quand je n'opère pas moi-même, je lui envoie mes patients. Dois-je ajouter que j'ai respecté à la lettre les conseils que je donne à mes malades, pour l'après-opération?

PM: Vous parlez du repos, par exemple?

JB: Oui, j'ai annulé des conférences que je devais donner aux Etats-Unis. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas prendre l'avion, mais en ce qui me concerne, j'exige de mes patients qu'ils restent sous ma surveillance et ma responsabilité – c'est-à-dire qu'ils ne quittent pas la Belgique – pendant 8 à 10 jours. Il en va ainsi du malade qui est venu de l'étranger pour se faire opérer.

PM: Pourquoi?

JB: Mon expérience m'a appris que les complications les plus sérieuses, comme un hématome ou une infection, se déclarent dans les premiers jours qui suivent l'opération.

PM: Ce type de complications est-il fréquent?

JB: Heureusement non, c'est l'exception! Mais il faut savoir qu'elles existent. Toute la question est de les diagnostiquer immédiatement et de traiter le malade énergiquement, dans les délais les plus brefs. C'est la condition d'une guérison complète.

PM: A propos de Johnny Hallyday, connaissez-vous le neurochirurgien qui l'a opéré?

JB: Non! Malgré mes contacts très étroits avec la neurochirurgie française et le fait que j'effectue de nombreux déplacements à Paris.

PM: Toujours à propos de Johnny Hallyday, les médecins américains auraient déclaré aux proches du chanteur que son opération en France avait été un "massacre"…

JB: Je réprouve totalement ces commentaires: il est contraire aux règles déontologiques et confraternelles que les médecins doivent avoir entre eux.

PM: Pouvez-vous être plus précis?

JB: A l'heure où nous parlons – nous sommes dimanche –, nous ne savons pas de quelle complication souffre exactement Johnny Hallyday. Je n'accepte donc pas que l'on porte des jugements sur qui que ce soit, sans avoir connaissance du dossier médical du chanteur.

PM: Et s'il y a eu faute médicale?

JB: Il se peut qu'une faute ait été commise, mais cela reste à prouver. Si c'était le cas, il reviendra aux experts de le vérifier, dans le cadre d'une action en justice. Je veux le répéter avec force: on ne porte pas de jugement sur une personne, quelle que soit sa réputation, alors qu'aucun tribunal ne s'est prononcé.

PM: Quel est le profil du patient qui est opéré d'une hernie discale?

JB: L'opération est réservée à un malade souffrant de sciatique due à une hernie discale et pour lequel, les traitements médicaux, voire le repos au lit ou les infiltrations péridurales ont échoué. Si, malgré ces traitements, le patient continue à souffrir, l'opération est clairement indiquée. Elle doit parfois être accomplie d'urgence, dans le cas où une paralysie du pied s'installe, par exemple…

PM: Avec l'avancée de l'âge, le risque est-il accru de devoir subir une opération d'un tel type?

JB: Il m'est arrivé d'opérer un patient de 8 ans. D'autres avaient plus de 80 ans. En général, l'âge avançant, le patient se rétablit plus lentement.

PM: S'agit-il d'une opération lourde?

JB: Sa durée varie en fonction de la complexité du cas: elle peut durer entre 30 et 90 minutes.

PM: D'une manière plus générale, cette opération n'a pas toujours eu bonne presse…

JB: Il y a vingt ou trente ans, les moyens technologiques n'étaient pas ceux que nous connaissons aujourd'hui. Il arrivait qu'un malade se retrouve paraplégique. Heureusement, cela n'arrive plus aujourd'hui…

PM: On l'a vu avec Johnny Halliday, des complications peuvent parfois survenir…

JB: Oui! Et cela, malgré le perfectionnement de la technologie, malgré les anesthésies ou le nursing post-opératoire. Aucun neurochirurgien n'est à l'abris d'un hématome, voire d'une infection post-opératoire.

PM: Pouvez-vous décrire ces éventuelles complications?

JB: J'en vois trois. Il y a d'abord l'hématome. Dans le cas de Johnny Hallyday, certains ont fait la remarque qu'aucun drain n'avait été posé. Or un drain n'empêche pas un hématome de se produire. La deuxième complication est l'infection, aussi appelée discite qui est une inflammation du disque intervertébral. Elle peut se produire alors que toutes les précautions d'asceptie ont été prises. Sans parler des risques d'infection nosocomiale. Enfin, il peut arriver qu'un fragment d'hernie ait été laissé en place ou que, suite à un trajet en avion, le malade expulse ce fragment et fasse une hernie discale. On doit alors réopérer et la complication est réglée en 24 ou 48 heures.

PM: Les informations dont vous disposez vous permettent-elles de préciser de quelle complication a été victime Johnny Hallyday?

JB: Je crois qu'il souffre d'une infection. C'est terriblement douloureux. Si c'est le cas, cela explique qu'on lui a administré des doses massives de calmants, lesquelles l'ont plongé dans un comas artificiel.

PM: Comment a-t-on pu déceler cette éventuelle infection?

JB: On a très certainement effectué un prélèvement et le laboratoire d'analyses a identifié le microbe afin d'administrer les antibiotiques les plus efficaces.

PM: Le trajet en avion effectué par Johnny, peu après son opération, a duré 19 heures. Une réaction?

JB: Un déplacement aussi long ne peut être la cause d'une infection ou d'un hématome. Cependant, si une quelconque complication s'est déclarée durant le vol, on a perdu des heures précieuses.

PM: Auriez-vous permis à un de vos patients d'effectuer un vol aussi long?

JB: Jamais!

PM: Si, comme vous le croyez, le chanteur a été victime d'une infection, quel est votre pronostic?

JB: Il est en général très bon et les malades guérissent sans séquelle. Mais le traitement aux antibiotiques peut durer de 3 à 4 semaines…

PM: Et la convalescence?

JB: Elle devrait durer un mois. Le programme classique prévoit un nombre précis d'heures durant lesquelles le malade doit s'allonger: une heure sur deux pendant la première semaine, puis 4 heures étalées sur la journée pour le deuxième semaine. La troisième semaine, il doit faire une sieste de 2 heures par jour. Enfin, la quatrième semaine, il peut reprendre une vie normale et, la cinquième semaine, on lui permet de reprendre le travail. Durant tout ce temps, il a dû faire de la kiné: c'est indispensable pour retrouver la souplesse du dos et se protéger d'une éventuelle rechute.

PM: Johnny ne doit pas avoir une très bonne hygiène de vie. Cela peut-il être la cause de qui lui est arrivé?

JB: Le risque est évidemment accru. Nous avons 22 disques dans notre colonne: ce sont des sortes d'amortisseurs entre les vertèbres. La colonne ne peut résister aux sollicitations de la vie courante qu'à la condition que tous les muscles l'entourant la protègent efficacement.

PM: C'est-à-dire?

JB: Je compare toujours la colonne au mât d'un navire. S'il a de bons cordages qui le relient au bateau, il peut affronter la tempête. Ces cordages, ce sont nos muscles. Voilà pourquoi, parmi les causes d'hernie discale connues, figurent l'obésité ou la mauvaise hygiène de vie comme le tabac. Toutes les études le démontrent: fumer fragilise les disques.

PM: L'hernie discale lombaire touche-t-elle beaucoup de belges?

JB: En moyenne, ils sont entre 10 et 15.000 à devoir être opérés, chaque année. Et les lumbagos ou la sciatique sont la première cause d'invalidité chez les personnes de plus de 45 ans, dans notre monde occidental.

PM: Des programmes de prévention existent-ils?

JB: En tant que député de la Communauté française, j'ai interpellé la ministre Laanan sur le volet "prévention" du mal de dos. On devrait commencer dès l'école primaire…

PM: La loi prévoit-elle les cas où des patients seraient victimes de séquelles, après avoir été opérés d'une hernie discale?

JB: En Belgique, une loi va entrer en vigueur, le 1er janvier prochain. Si Johnny devait par malheur garder des séquelles de son opération et s'il était Belge, il pourrait bénéficier de cette loi. Elle n'oblige plus à démontrer une faute médicale pour obtenir une indemnisation. Ceci, sans préjuger d'un recours au pénal…