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04/03/2011

LUC VANDER KELEN: "VOUS VOYEZ BEAUCOUP DE DRAPEAUX AUX FENETRES?" (PARIS MATCH 13/1/11)

Au Nord comme au Sud du pays, les observateurs éprouvent, chaque jour, un peu plus de mal à comprendre et à décrire la crise historique que traverse notre pays. Afin de tenter d'aider nos lecteurs à y voir plus clair, nous avons interrogé Luc Van der Kelen, éditorialiste de Het Laatste Nieuws, premier quotidien flamand. À ce double titre, il est le chroniqueur le plus lu et celui dont les avis sont les plus écoutés. Il nous a fait part de son amertume et de sa tristesse, mais nous a aussi expliqué comment il envisageait la Belgique de demain. Ses propos ne sont guère optimistes. Cette interview a été réalisée, le 10 janvier 2011, soit la veille d'une rencontre entre le Roi et Johan Vande Lanotte.

Paris Match: Que la mission de Johan Vande Lanotte soit prolongée, que le Roi initie une nouvelle piste ou que l’on aille vers les élections, comment voyez-vous l’avenir de la Belgique à court terme, c’est-à-dire d’ici à trois mois ?

LVDK: La Belgique a besoin d'être gouvernée. Et ce, dans les plus brefs délais. Quand on lit dans les médias que la position financière belge subit une dégradation rapide – aux dernières nouvelles, nous passons, de la 50ème à 16ème place des pays dits "à risques financiers" – cela signifie que notre image commence à fortement se dégrader. Jusqu'à présent, elle était bonne, grâce surtout à la présidence belge et au soutien de Barroso, qui est sans doute le plus grand ami de la Belgique. Avec cette dégradation qui s'annonce, il est indispensable que nous ayons un gouvernement, le plus tard en février.

PM: La Belgique peut-elle politiquement se remettre d’une telle crise?

LVDK: Comme observateur, je constate une décadence de la manière dont on fait de la politique. Or, cela ne sert à rien. Ceux qui se laissent aller à certains écarts montrent qu'ils ne veulent pas vraiment arriver à un accord.

PM: Et financièrement ?

LVDK: Si cela continue, la population payera un prix très fort, pour cette crise qu'elle n'a pas voulu. Je songe à ceux qui ont une maison dont ils doivent payer les intérêts, par exemple. Si la situation politique s'enlise, les marchés s'emballeront et les taux d'intérêt grimperont: les gens devront donc payer plus, chaque mois. Je crois qu'au moment où je vous parle, nos dirigeants ne se rendent pas vraiment compte de la gravité de la situation et des risques qu'ils font prendre à la Belgique, ainsi qu'à ses habitants.

PM: Vous n'y croyez plus?

LVDK: Après 6 mois de négociations, qui n'en étaient pas vraiment, il est impossible d'encore croire à un gouvernement "normal" qui serait créé, en quelques jours. Voilà pourquoi je suis favorable à l'idée de Didier Reynders: le gouvernement Leterme doit poursuivre sa route, avec des pouvoirs élargis. Cela doit être décidé, dans les plus brefs délais. Parallèlement, les négociations communautaires se poursuivent.

PM: Et si vous vous projetez dans un an, comment voyez-vous le pays ?

LVDK: Selon moi, nous sommes seulement au début de la crise, qui a débuté en 2007. J'ajouterais que l'on est trop près des élections communales de 2012, pour qu'un grand accord intervienne. Je ne sens en effet aucune volonté d'obtenir un accord, tant du côté du PS que de celui de la N-VA, tous deux vainqueurs, le 13 juin dernier. Voilà pourquoi il sera impossible d'à la fois mettre sur pied un véritable gouvernement et d'obtenir un accord institutionnel. Cela ne pourra avoir lieu qu'après octobre 2012, et avant 2014, année où se dérouleront d'autres élections. Enfin, chacun sait qu'aucun accord sérieux n'est possible, en matière communautaire, si les trois grandes familles ne sont pas autour de la table. Autrement dit, sans Olivier Maingain, il n'y aura pas d'accord durable. Il est toujours présent, même quand il n'est pas là. Ainsi, il pèse sur Joëlle Milquet: elle n'ose pas faire trop de concessions, car elle sait fort bien que Maingain ne la ratera pas.

PM: On vous sens terriblement pessimiste…

LVDK: Effectivement! Je suis profondément triste. Amer, même. J'observe que les partis politiques n'ont ni la volonté ni le courage d'arriver à un accord. Certes, les francophones l'ont un peu fait – Elio Di Rupo a régulièrement lâché du lest –, mais du côté flamand, personne n'a mis d'eau dans son vin. Sans doute les partis du Nord du pays espèrent-ils obtenir encore plus que ce qu'ils n'ont déjà eu. Ils ont donc décidé d'attendre. Bref, tout le monde sait fort bien dans quelle direction on va, mais on y va quand même. Au moment où nous nous parlons, nous sommes lundi matin et je suis persuadé que le Roi va tout tenter pour éviter des élections: comme faire venir les libéraux, par exemple, voire appeler à la formation d'un gouvernement d'union nationale, ou que sais-je encore? Il cherchera toutes les pistes possibles et imaginables, en espérant qu'un signal international oblige enfin les politiques à faire quelque chose. Sans quoi, il y aura des élections, le dimanche 14 juin de cette année, je peux déjà vous l'annoncer.

PM: Votre lassitude et votre tristesse sont telles que vous avez été

jusqu'à consulter votre agenda?

LVDK: Tout à fait! On ne peut organiser des élections avant Pâques,

Etant donné que l'actuel gouvernement doit établir le budget de cette

année. Si l'on devait voter, ce serait donc après Pâques. J'ai choisi la

date du 14 juin, car elle est symbolique: Alexander De Croo a toujours

affirmé qu'il voulait un accord "avant le 14 juin"…

PM: Des élections changeraient-elles la donne?

LVDK: Etant donné qu'il n'y aura pas de déblocage, après

ces élections dont je parle, rien ne sert de les organiser. J'affirme cela

parce que, selon les sondages, en cas de scrutin, la N-VA l'emporterait

et le PS ne perdrait guère de voix: les mêmes De Wever et Di Rupo

se verraient contraints de discuter ensemble. Voilà pourquoi il ne sert à rien de voter.

PM: Si on ne vote pas, que peut-on faire d'autre pour sortir de

l'enlisement actuel?

LVDK: Commençons à gouverner! Et vite! Comme l'a fait Jean-Luc

Dehaene, en 1992, lors des accords de la Saint-Michel: un

gouvernement a été rapidement mis en place et il a ouvert de discrètes

négociations institutionnelles. Je le répète: votons le budget, avant tout,

afin de faire savoir aux marchés internationaux que le pays est stable.

PM: Serait-ce une question de génération?

LVDK: Les anciens ont commis des erreurs, comme la dette publique. Cependant, les Martens et autres Dehaene ont pris des décisions qui ont fait de la Belgique un des pays les plus prospères qui soient. Cela, malgré la dette publique, malgré la complexité des solutions qu'ils avaient imaginées. A l'époque, on gouvernait. Aujourd'hui, il n'y a que de la propagande à la télé, comme ces 5 minutes de courage politique, pour reprendre la formule d'Yves Leterme. Cela dure depuis 2007… Voilà pourquoi je suis triste et amer. Pourtant, personne ne peut me taxer d'être anti-flamand. Il faut tout simplement que les francophones n'aient pas peur et respectent la volonté de la majorité du pays d'avoir plus d'autonomie.

PM: Vous-même venez d'affirmer que les francophones avaient déjà beaucoup cédé: ils ne peuvent tout de même pas aller plus loin?

LVDK: Certes, mais je ne vois aucun leadership. Pas même chez Elio Di

Rupo qui ne s'expose pas comme devrait le faire un futur Premier

ministre. Je ne perçois que de l'angoisse, personne n'ayant le courage de dire oui. Il est effectivement bien plus aisé de dire non.

PM: L’immobilisme est économiquement dangereux. L’interminable crise a fragilisé le pays. La Belgique détient désormais le record européen du pays resté le plus longtemps sans gouvernement. Pour vous, le danger de voir le pays attaqué, sur les marchés financiers, est-il réel ?

LVDK: Oui! On peut l'observer, chaque jour: les taux d'intérêts grimpent. Une montée de 1% signifierait une perte d'un milliard, sur les 80 que doit déjà financer notre pays. Cela va se produire. Standard and Poors nous a prévenus: dans 6 mois, cette société de notation va dégrader la Belgique. En clair, dès le mois de mars, les gens vont vendre. Et lorsque cela commence, tout va très vite. On ne pourra plus rien faire.

PM: "La Belgique avance à toute allure vers la banqueroute", a indiqué une analyse du marché. Croyez-vous que cela soit possible et pourquoi les politiques ont-ils l’impression de ne pas attacher d’importance à ces menaces ?

LVDK: J'ai lu, début décembre, l'interview de Bart De Wever, dans Der Spiegel (Ndlr: le leader nationaliste y affirmait: "L'argent de la Flandre ne doit pas être une perfusion pour la Wallonie, comme la drogue pour un junkie.") A ce moment, il y a eu un choc et il a craint d'être désigné comme le grand coupable de la crise. J'ai espéré que les choses changent, mais cela n'a pas eu lieu. La prochaine fois, ce sera bien pire: l'Europe sera appelée au chevet de notre pays. Aujourd'hui, la question n'est plus de savoir si cela va réellement se produire, mais quand cela va se produire.

PM: Comment pourrait-on éviter l’écueil de la faillite du pays ?

LVDK: Le plus dur, pour un parti politique, est de perdre une élection. La Belgique vaut bien une défaite électorale, non? Quant à ceux qui témoigneront de courage, ils seront récompensés par l'électeur.

PM: Certaines personnalités sortent quand même du lot?

LVDK: Il en existe, dans chaque parti. Actuellement, un homme comme Yves Leterme, pourtant fort décrié, prend ses responsabilités. Cependant, ce n'est pas lui qui décide.

PM: Que risque la population si on n’y parvient pas ?

LVDK: Elle souffrira, de manière très directe. Peu de Belges iront en vacances, par manque d'argent, vu que le remboursement de leur maison aura augmenté. D'autres seront au chômage, étant donné que les entreprises auront pris de plein fouet la hausse des taux d'intérêts… Si les Allemands et les Français contraignent la Belgique à faire des économies, les pensions s'en ressentiront, mais aussi les minervals, les salaires dans la Fonction publique… Nous vivrons ce que les Grecs et les Irlandais ont vécu. Pourtant, le Belge, même le Flamand, n'aime pas que l'on touche à son porte-monnaie.

PM: Que pensez-vous de la proposition de Didier Reynders de repartir d’une page blanche, pour relancer les négociations et rassurer les marchés?

LVDK: Si on se met d'accord au sein de l'actuel gouvernement, avec le soutien extérieur de la N-VA, il est possible de voter un budget, qui corresponde à l'accord de stabilité de l'UE. Cela peut se faire en une semaine. En un week-end, même. Afin d'y parvenir, il suffit de quelques personnalités de bonne volonté. La N-VA a accepté la proposition de Didier Reynders, pas les autres formations. Pour me résumer, je suis favorable à toute proposition qui rende possible un gouvernement socio-économique, lequel serait plus qu'un gouvernement d'affaires courantes. Au moins, Reynders a fait une proposition constructive et pouvant rapidement être mise en place.

PM: Que faut-il penser de Bart De Wever?

LVDK: Sa plus grande inquiétude est d'être enterré, au sein d'un gouvernement de gauche. Chacun sait que les négociations sont terminées, depuis septembre, puisque les sept partis ne sont plus retrouvés à la même table de négociation. Durant l'été, le président de la N-VA a tenté de trouver un accord, mais il a mis deux mois pour constater que ce serait très difficile, sinon impossible. C'est alors qu'il a quitté l'option de négociations à sept. De Wever a fait part de sa crainte. Malgré cela, le Roi a décidé de prolonger les négociations, avec les mêmes formations. Quant à ce que vient de faire Johan Vande Lanotte, c'est intéressant. Pourtant, on sent bien, depuis quatre mois, que la volonté n'y est plus. Je songe aux partis de gauche. On a besoin d'un réanimateur-défébrilateur car, pour moi, la formule à sept est morte. Vande Lanotte n'est pas Jésus.

PM: La proposition Reynders n’est-elle pas un mauvais quitte ou double, dans la mesure où même si le MR se rapproche de la droite flamande, les diktats de la N-VA semblent trop importants?

LVDK: Je ne dis pas que ce sera facile, mais il y aura plus d'équilibre, dans un gouvernement centriste, que dans un gouvernement comprenant cinq partis et demi de gauche (le CD&V n'est qu'à moitié de gauche), et la N-VA. Cette formule n'a plus la confiance de Bart De Wever.

PM: La N-VA ne veut pas d’accord et cherche à pourrir la situation.

Vrai ?

LVDK: Non! Bart De Wever a tenté d'être constructif, avec sa note. Ses intentions étaient positives. Il ne cherche donc pas le pourrissement. Pour lui, le communautaire est le plus important: cela figure au premier article du programme de sa formation. Or, sur le socio-économique, sur l'asile, sur la Sécurité sociale, il n'est pas d'accord avec Elio Di Rupo. Ils sont comme l'eau et le feu.

PM: Le pays extrémiste et séparatiste veut-il aller vers le chaos ?

LVDK: Négatif! Si De Wever obtient ce qu'il veut sur le communautaire, il pourra se montrer plus souple en matière socio-économique.

PM: Jusqu’où les partis flamands le laisseront-ils aller, avant de l’abandonner ?

LVDK: Il est évident que le Cd&V va coller à la N-VA, jusqu'aux élections communales d'octobre 2012. Ce parti veut, avant tout, sauver ses 165 bourgmestres qui sont pour lui, une forteresse. S'il perd cela, il subira une nouvelle défaite, aux élections régionales et fédérales qui suivront. De Wever le sait fort bien. Voilà pourquoi il laisse passer le temps. A Ypres, Yves Leterme a pris tout le monde de court en annonçant un cartel avec la N-VA, pour les communales. Depuis, Bart De Wever a bloqué la situation. Il n'y aura pas d'autres cartels.

PM: L’écolo francophone Jean-Marc Nollet a déclaré qu’il fallait maintenant tenter de constituer un gouvernement sans la N-VA. Votre avis? Est-ce possible?

LVDK: C'est totalement irréalisable. Ceux qui profèrent de telles affirmations se bercent d'illusions. Le CD&V n'acceptera jamais de quitter le sillage de la N-VA. Pour les autres partis, ce serait tout aussi suicidaire. Il existe une seule solution pour qu'un tel scénario se réalise: que le pourrissement de la situation économique soit tel qu'on en arrive à être forcé d'écarter la N-VA.

PM: La mise à l'écart de la N-VA n’est-elle pas envisageable, si le communautaire est mis au frigo et que l'on se concentre sur l’économique et le social ?

LVDK: Non! Un tel gouvernement aurait besoin du soutien de la N-VA. Sans elle, on n'y arrivera pas. Si la formation de Bart De Wever est mise hors-jeu, le CD&V ne suivra pas. Or, pour qu'une formule tienne la route, un de ces deux partis doit être présent. Sans eux, pas d'issue.

PM: Les débats dominicaux ont montré l’impossibilité des partis à s’entendre et à mettre de l’eau dans leur vin. Sera-ce possible un jour ?

LVDK: Un jour, oui! S'il n'y pas d'accord, le pays court à sa perte: une scission du pays serait bien plus difficile à gérer que les négociations actuelles. On commencerait par discuter des frontières et à ce moment, Wallons et Bruxellois exigeront un corridor qui les relie. Pour parvenir à résoudre ce seul point, on ne pourra se passer d'une intervention internationale. Ensuite, on en viendra à évoquer la protection des minorités, en Flandre. Là, c'est l'Europe qui sera appelée à la rescousse. A ce stade, on n'aura pas encore évoqué le partage de la dette. C'est parce que ce scénario est sans solution qu'un accord doit être trouvé. Le plus tôt possible. Quand sera-ce? Je vous le répète, selon moi, cet accord interviendra, après les élections communales d'octobre 2012.

PM: En dehors des élections, les citoyens ont-ils encore un rôle à jouer ? Croyez-vous que la manifestation prévue le 23 janvier pourrait changer quelque chose. S’il y avait 300 000 Belges dans les rues comme pour la Marche Blanche, les politiques s’interrogeraient-ils ?

LVDK: Mais nooooon… Il y aura tout au plus 2000 personnes. Les gens n'ont pas l'air de se rendre compte de la gravité de la crise que nous traversons. Ils observent que notre pays se porte mieux que la Grèce ou l'Irlande. Il n'y a de grève nulle part. Bref, la vie continue. Prenez les vacances ou l'achat de voitures neuves: cela fonctionne fort bien. De plus, le Belge n'est pas un manifestant dans l'âme. Seuls les syndicats parviennent à organiser de véritables manifestations. Le temps des marches flamandes sur Bruxelles est passé. Enfin, avez-vous vu des drapeaux aux fenêtres, à Bruxelles?

PM: Que pensez-vous de cet échange de phrases assassines entre personnalités politiques alors que l’instant est tragique ?

LVDK: C'est honteux. Et contreproductif. Si on continue cela, il n'y aura pas d'accord du tout. Voyez ce qu'il vient de se produire, aux USA. Certains ont formulé des déclarations agressives et proféré des attaques personnelles. Etant donné que cette société permet de posséder une arme, cela a tourné au drame. Heureusement, nous n'en sommes pas là.

PM: Francis Van de Woestyne a écrit dans La Libre Belgique : "La raison impose de cesser ces tergiversations et de lancer, sans délai, de rapides négociations pour qu’une petite équipe se mette en place et, dans un délai limité, prenne les mesures budgétaires urgentes. Aujourd’hui, la Belgique court comme une poule sans tête." Un commentaire?

LVDK: Il ne nous faut pas nécessairement quelque chose de neuf. Un gouvernement existe, de même qu'un Parlement qui a les pleins pouvoirs. Utilisons-les. On peut commencer, demain. Il s'agit de la seule possibilité.

PM: Le 3 juin 2010, vous déclariez : « Tout le monde va devoir quitter ses positions de guerre que l’on connaît aujourd’hui. Je ne suis pas optimiste. Je suis même pessimiste concernant la possibilité d’avoir une réforme de l’Etat et une solution pour BHV. Si cela continue, je crains de nouvelles élections dans un an. » Un commentaire? Vous êtes devin?

LVDK: C'est vrai, j'ai eu raison. Quand je vous entends lire ce texte, je me dis que j'étais dans le bon. Et je continue à croire ce que j'affirmais, en juin dernier: je ne vois nulle part la volonté de réaliser un grand accord communautaire. Aujourd'hui, on n'a même pas quitté le centre du conflit. On est toujours en guerre, avec les déclarations agressives auxquelles vous avez fait allusion. Léo Goovaerts, spécialiste en négociations, le dit fort bien: il n'y a pas de négociations. Celles-ci se sont terminées, le 24 août 2010 (Ndlr: lorsque les Flamands ont mis la loi de financement sur la table) et ont été enterrées, le 3 septembre (Ndlr: quand Elio Di Rupo a démissionné comme préformateur). Le conflit est loin d'être terminé.

PM: Vous disiez également : "L’élargissement de Bruxelles est la seule chose qui n’est pas négociable. Tout le reste l’est. Le territoire d’une Région, on doit l’accepter sinon, on ne peut vivre ensemble." Vous persistez et signez ?

LVDK: Parfaitement! On ne touche pas au territoire de l'autre. Les droits des francophones sont négociables, eux! Wallons et Bruxellois peuvent toujours essayer de toucher au territoire flamand: au Nord, aucun parti ne l'acceptera...

24/02/2011

LE PROFESSEUR PHILIPPE VAN PARIJS JUGE 36 "YAKA" SUSCEPTIBLES, SELON LE BELGE MOYEN, DE RESOUDRE LA CRISE (PARIS MATCH 10-02-11)


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On entend de plus en plus, des commentaires sur la crise en forme de "Il n'y a qu'à…" Des idées, parfois farfelues, parfois lancées nerveusement, parfois constructives, que les citoyens croient utiles pour faire avancer le schmilblick. Nous avons soumis la plupart de ces "Yaka" à Philippe Van Parijs. Le multi-diplomé (droit, économie politique, sociologie, linguistique, docteur en sciences sociales et philosophie) qui anime la chaire Hoover d'éthique économique et sociale de l'UCL a accepté de les commenter, les unes longuement, les autres de manière plus concise, quant ce n'est pas avec humour, voire ironie. Sans oublier quelques propositions constructives et très concrètes. Enfin, Philippe Van Parys a également donné des cotations à ces "yaka".

1. "Yaka" enfermer les politiques comme au Vatican, quand on doit désigner le nouveau Pape et ne les laisser sortir qu’après une solution et de la fumée blanche.

2/10. Ce qui est OK pour accélérer l'élection d'une personne ne l'est pas nécessairement pour accélérer la rédaction d'un programme de gouvernement. En outre, beaucoup de nos négociateurs ont des familles dont il faut tout de même qu'ils s'occupent un peu. C'est moins souvent le cas, à ma connaissance, pour les cardinaux.

2. "Yaka" scinder BHV pour contenter les Flamands, lesquels nommeront les bourgmestres de la Périphérie et élargiront Bruxelles pour contenter les francophones.

8/10. Scinder BHV, c'est l'évidence depuis longtemps. Accorder aux six communes à facilités un statut différent du reste du Brabant flamand en matière électorale et judiciaire, comme déjà en matière scolaire et administrative, fait sans doute partie de tout compromis probable et raisonnable. La région de Bruxelles-Capitale ne pourrait-elle pas absorber tout simplement ces six communes? Cela ne se passera que quand Bruxelles aura ajouté l'anglais à ses deux langues officielles actuelles et quand la Wallonie sera prête à faire un sacrifice parallèle à celui qui est ainsi demandé à la Flandre: perdre un nombre semblable d'habitants en acceptant que la Communauté germanophone devienne une région à part entière.

3. "Yaka" demander aux Flamands de gérer le chômage wallon afin qu’il n’y ait plus de débordements.

1/10. Une administration coloniale n'est pas une bonne idée. Mais une solidarité fédérale n'est viable que si les mêmes règles sont appliquées avec la même rigueur sur tout le territoire.

4. "Yaka" faire un gouvernement sans la N-VA et promettre au CD&V qu’il n’en souffrira pas aux élections communales.

1/10. Aucune promesse ne peut mettre un parti à l'abri de souffrances électorales.

5. "Yaka" donner le pouvoir aux citoyens, comme en Suisse avec les consultations populaires, et faire un referendum pour savoir ce que veut réellement la population.

0/10 et 7/10. Un referendum sur la scission n'aurait aucun sens. Il faudrait d'abord faire un referendum sur la manière de le poser. Scission en deux, en trois, en quatre? Avec quel partage de la dette publique? Et de la SNCB? Avec ou sans droit de regard sur Bruxelles pour les deux autres régions? Et si on reste ensemble, est-ce dans un statu quo total ou avec une réforme majeure de notre fédération, et dans ce dernier cas, quelle réforme exactement? Oublions donc le referendum sur la scission. Mais une autre pratique du referendum est plus prometteuse. La présidente de la Confédération suisse, Micheline Calmy-Rey, me confiait récemment que, si on peut dire aujourd'hui que les Suisses forment un peuple, c'est précisément en raison des consultations d'initiative populaire qui déclenchent, plusieurs fois par an, des débats qui opposent les pro et les contra, dans tous les cantons: sur l'interdiction des minarets, par exemple, ou sur la sortie du nucléaire. Peut-être une voie à explorer, prudemment chez nous aussi.

6. Yaka faire un gouvernement d’unité nationale.

3/10. Quels que soient les partis qui le composent, tout gouvernement doit obtenir la confiance d'une majorité et poursuivre, dans l'intérêt général, sous le contrôle de l'opposition. Mettre tous les partis démocratiques dans le gouvernement revient à abolir toute opposition démocratique. Ce n'est pas très sain.

7. Yaka laisser pourrir la situation et laisser venir une OPA sur le pays pour qu’alors, les Flamands comprennent qu’il faut accepter un compromis, sans quoi cela coûterait une fortune à TOUS les Belges.

1/10 Ce qui coûterait une fortune à tous les Belges, donc aux Flamands qui en forment la majorité, ne serait pas plus rigolo pour les francophones. Eux aussi doivent donc comprendre qu'il faut accepter un compromis.

8. Yaka dire aux Belges : « Il faut un million de Belges dans les rues, le même week-end, à Anvers, à Gand, à Bruxelles, Liège et Charleroi » pour que les politiques comprennent que les citoyens ne veulent pas tuer le pays.

2/10 On n'a pas besoin d'une manifestation pour savoir qu'il y a des millions de personnes, y compris en Flandre, qui ne veulent pas tuer le pays. La question difficile est de savoir comment le changer dans l'intérêt de tous.

9. Yaka laisser l’Europe trancher.

0/10 L'Europe n'y comprend pas grand-chose et n'a aucune envie de s'en mêler. Nous sommes de grands garçons et de grandes filles. Nous devons pouvoir régler nos affaires tout seuls.

10. Yaka laisser faire un comité d’experts.

4/10 Un comité d'experts intègres, compétents et pédagogues peut jouer un rôle crucial, surtout sur des questions compliquées comme la loi de financement des régions. Pour clarifier ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas sur les conséquences de différentes options possibles. Et pour éviter que les politiques de chaque camp racontent à leurs électorats respectifs des carabistouilles qui leur plaisent. Mais c'est aux élus de décider, sur cette base, ce qu'ils estiment non négociable, et de déterminer quelles concessions ils auront le courage de défendre face à leurs électeurs.

11. Yaka changer les présidents de parti puisqu’ils ne s’entendent pas.

1/10 On les remplacerait par d'autres qui auraient moins d'autorité sur leur parti et ne s'entendraient pas davantage entre eux.

12. Yaka ne plus donner de salaire aux politiques et les obliger à avoir une autre profession : ainsi, ils ne feraient plus de politique que par passion, leur ambition personnelle serait réduite à zéro et ils finiraient par trouver des compromis.

0/10 Ne pas payer les politiques, c'est réserver la politique aux riches, à ceux qui ont le loisir de s'en occuper parce qu'ils n'ont pas besoin d'un salaire pour se nourrir. Ce ne serait pas seulement courir le risque de biaiser systématiquement les décisions publiques en faveur des catégories privilégiées. Ce serait aussi priver notre démocratie de talents politiques dont on n'a aucune raison de supposer qu'ils sont le monopole des riches.

13. Yaka fonder un parti national et aller ensuite aux élections pour voir s’il gagne.

3/10 National ou pas, un parti a besoin d'avoir quelque chose à dire, sur beaucoup d'autres sujets que la question de savoir s'il faut garder une nation belge. Les partis nationaux ne se reconstitueront pas. Mais il est temps de faire de chaque famille politique une fédération à quatre composantes— flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone — qui participe comme telle aux négociations fédérales.

14. Yaka faire un test de scission.

1/10 Il y a des milliers de modalités de scission crucialement différentes les unes des autres. Il faudrait donc faire des milliers de tests de scission et faire comprendre les enjeux de chaque choix. Nous avons tous mieux à faire.

15. Yaka faire de la Flandre, de Bruxelles et de la Wallonie des Etats séparés comme les états qui composent les Etats-Unis.

9/10 et 2/10 Les états américains sont des entités territoriales, fortement autonomes, mais unies au sein de la fédération américaine. Si c'est cela qu'on a en tête, très bien. Pour rendre la fédération belge plus efficace, il faut se diriger vers un fédéralisme classique basé sur quatre régions fortement autonomes, chacune définie par un territoire, et transformer nos communautés en simples structures de coopération entre les régions. Mais attention, il importe de faire cela, en maintenant une solidarité interpersonnelle fédérale plus forte qu'aux Etats-Unis. Et en affermissant une solidarité culturelle qui protège vigoureusement le néerlandais en Flandre, le français en Wallonie et l'allemand en Ostbelgien, contre le type de domination totale de l'anglais qui s'est imposé aux Etats-Unis.

16. Yaka ne plus payer nos politiques, tant qu’une solution n’est pas trouvée.

1/10 Quels politiques? Ceux qui négocient et cherchent une solution? Ceux qui n'ont pas à en chercher une, parce qu'ils ne participent pas aux négociations? Pénaliser les exclus serait bizarre. Pénaliser les seuls participants dissuaderait encore plus les partis de prendre leurs responsabilités.

17. Yaka dire aux francophones de ne plus consommer flamand (fini d’aller à la Côte, fini de manger des produits flamands), pour faire réfléchir la Flandre.

0/10 A-t-on pensé que cela pourrait donner aux Flamands la tout aussi mauvaise idée de ne plus consommer wallon? Il serait bien plus intelligent de profiter d'un séjour à la Côte pour améliorer son néerlandais et essayer de mieux comprendre, dans leur langue, ce que veulent exactement les Flamands et pourquoi.

18. Yaka relancer l’industrie wallonne.

8/10. Relancer l'économie wallonne n'est pas facile. Relancer son industrie, encore moins. Mais si l'économie wallonne se faisait plus dynamique, cela se traduirait dans des transferts interrégionaux moins importants. Et une réduction de ces transferts ne ferait certainement pas de tort aux relations entre nos régions.

19. Yaka attendre éternellement, les Flamands finiront par se lasser.

0/10 Les Flamands estiment que leurs revendications sont justes. Il est donc improbable qu'ils se lasseront. Il est encore plus improbable qu'ils déménageront. Flamands, Wallons et Bruxellois resteront donc collés les uns aux autres. Une relation basée sur la frustration, le ressentiment, la rancune n'est bonne pour personne. Cherchons à les comprendre plutôt qu'à les lasser.

20. Yaka faire de Bruxelles une entité, financée par l’Europe.

5/10 Bruxelles financée par l'Europe, ce serait Bruxelles gouvernée par l'Europe. Croit-on vraiment que Bruxelles serait mieux gouvernée si elle l'était par des Bulgares ou des Danois? Il n'est pas cependant trop tôt pour réfléchir à la meilleure manière d'augmenter la responsabilité financière de l'Union européenne pour sa capitale, en contrepartie d'un droit de regard sur les dépenses publiques qu'elle finance et de l'octroi du droit de vote pour le Parlement bruxellois à tous les citoyens européens domiciliés à Bruxelles.

21. Yaka recueillir l’impôt des sociétés et des navetteurs à Bruxelles, pour financer Bruxelles.

9/10 à court terme, 2/10 à long terme. Cela soulagerait à court terme, mais n'offrirait pas de solution structurelle. À mesure que les emplois fiscalement les plus juteux se déplacent vers Zaventem ou Waterloo, lier les recettes de Bruxelles à l'impôt payé par les sociétés ou par les navetteurs fera de moins en moins de différence. Bruxelles concentre trois catégories d'habitants qui ne payent pas ou peu d'impôts — pour faire bref, les immigrés, les étudiants et les eurocrates — et des administrations belges et internationales qui n'en payent pas davantage. Cette concentration est bonne pour les deux autres régions. Mais elle n'est viable que si les pouvoirs publics bruxellois disposent des ressources requises pour couvrir les besoins — en enseignement, en sécurité, en mobilité, etc. — des personnes qui y habitent et y circulent. Taxer suffisamment les navetteurs ou les entreprises privées localisées à Bruxelles peut l'assurer aujourd'hui. Mais toute solution sûre à long terme exige la garantie d'une solidarité entre la région bruxelloise et les parties de la métropole bruxelloise situées en Flandre et en Wallonie.

22. Yaka rattacher la Wallonie à la France, comme ça la Flandre sera dans le jus.

2/10 Si la France s'offrait pour reprendre 40% de la dette publique belge et les transferts vers la Wallonie, actuellement financés par la Flandre, je doute que beaucoup de Flamands montent sur les barricades pour combattre ce rattachement. À condition bien sûr qu'on leur laisse Bruxelles, peu d'entre eux se sentiront dans le jus.

23. Yaka continuer comme ça, avec un gouvernement en affaires courantes puisque tout a l’air de fonctionner.

1/10 Tout fonctionne ou presque. Mais des décisions urgentes ne se prennent pas. Les plus jeunes, en particulier, ont raison de s'énerver. Si on laisse à nouveau filer la dette publique, si on ne prend pas les mesures qui doivent assurer la viabilité de notre système de pensions, si on n'agit pas plus vigoureusement, sur le front écologique, ce sont eux qui vont trinquer.

24. Yaka obliger les Wallons à parler flamand.

7/10 Le français est obligatoire, comme deuxième langue dans tout l'enseignement flamand. Le néerlandais ne l'est pas dans l'enseignement wallon. La majorité des Wallons est incapable de communiquer dans la langue majoritaire du pays. Maintenant que la Flandre n'est pas seulement plus peuplée, mais plus riche, et que les transferts profitent à la Wallonie, on peut comprendre l'irritation des Flamands lorsqu'ils constatent que beaucoup de Wallons ne sont même pas capables de dire "dank u", dans leur langue. Les Wallons attachés à la survie de la Belgique ont tout intérêt à s'investir, dans l'apprentissage de sa langue principale. C'est mille fois plus difficile, mais mille fois plus important, que d'arborer des drapeaux tricolores ou défiler dans les rues de Bruxelles. Ceci dit, ce n'est pas une obligation qui fera que les Wallons apprendront efficacement le néerlandais. Seuls y parviendront ceux qui auront compris que parler la langue du voisin est un avantage et un honneur, et peut-être une grande source de plaisir.

25. Yaka expliquer aux Flamands que, dans cinquante ans, ils seront économiquement perdus.

6/10 On peut toujours essayer. Mais il est vrai que tout système de solidarité interrégionale est aussi une forme d'assurance, contre les aléas économiques des décennies à venir. Et pour les Flamands, comme pour les Wallons et les Bruxellois, l'avenir est incertain et l'enveloppe protectrice de la fédération belge peut s'avérer précieuse.

26. Yaka sous-titrer toutes les émissions télé, pour que chaque communauté sache réellement ce que pense l’autre.

9/10. Sous-titrer toutes les émissions est trop ambitieux. Mais en décembre dernier, la diffusion simultanée et sous-titrée, par la RTBf, de l'émission "Plan B" de la VRT, a constitué un intéressant précédent. Et d'autres expériences sont en cours. De manière générale, sous-titrer, au lieu de doubler, ce qui se dit à la TV, dans d'autres langues, est réaliste et intelligent, à la fois pour favoriser l'apprentissage d'autres langues et pour accélérer l'apprentissage de la lecture par les enfants, dans leur propre langue maternelle.

27. Yaka refaire un Brabant unifié.

1/10 Il faut être amnésique pour se bercer de ce rêve. Les conflits communautaires étaient beaucoup plus aigus, violents même, dans les années soixante. Pourquoi? En raison de la menace d'extension du statut bilingue à la périphérie bruxelloise et à Louvain. Le "carcan" linguistique autour de Bruxelles et le transfert de l'UCL ont été des facteurs essentiels de la pacification linguistique qui a suivi. Certains voient dans un Brabant bilingue le moyen de réaliser un équilibre numérique entre néerlandophones et francophones: un gros million de part et d'autres. Dans notre situation de forte inégalité, dans la connaissance de l'autre langue, toute formule de ce genre serait un jeu de dupes pour les Flamands. Ils ne le comprennent que trop bien, ne fût-ce qu'à la lumière de l'expérience bruxelloise.

28. Yaka mettre l’anglais comme langue nationale.

0/10 et 10/10 Il est important de garder et protéger nos trois langues nationales, chacune sur son territoire. Mais il faut être sourd et aveugle, pour ne pas percevoir que l'anglais est appelé à jouer un rôle, sans cesse plus important, en Belgique comme partout ailleurs sur le continent européen. En outre, l'anglais est chaque jour davantage la langue de travail des institutions européennes et de la société civile internationale basée à Bruxelles. L'anglais ne doit pas devenir la langue officielle de la Belgique, mais elle doit devenir, dès que possible, l'une des trois langues officielles de Bruxelles-Capitale.

29. Yaka demander à une femme de diriger le pays.

Cela pourrait aider. Du moins si elle a le tempérament de Marianne Thyssen, plutôt que celui d'Anne-Marie Lizin. Mais l'accepterait-elle? Ce n'est pas un cadeau.

30. Yaka demander aux Tchèques d’expliquer comment ils ont bien réussi leur scission.

2/10 C'est instructif de les écouter. Mais ils auront tôt-fait de vous expliquer que notre problème serait vite résolu, si Bruxelles n'était pas à 2km mais à 250 Km de la frontière wallonne (comme Prague l'est de la frontière slovaque), si Bruxelles comptait une minorité aussi minime de francophones que Prague compte de slovacophones, et si, en outre, les hasards de l'histoire n'en avaient pas fait la capitale de l'Europe. Hélas pour les séparatistes, le scénario tchécoslovaque n'est pas à notre menu.

31. Yaka assassiner Bart De Wever.

Pas de cote (cette suggestion émane probablement d'un psychopathe ou d'un débile mental). Bart De Wever est un homme politique conservateur, anti-raciste et pro-européen. Il a rendu à la Flandre et à la Belgique le grand service de laminer, peut-être irréversiblement, l'électorat du parti raciste d'extrême droite qu'est le Vlaams Belang. Il est aussi un nationaliste au sens où le sont les républicains français: pas de démocratie efficace, pense-t-il, ni de solidarité interpersonnelle viable, en dehors d'une nation, et pas de nation sans langue commune. Tout cela ne mérite pas qu'on le diabolise, encore moins que des déséquilibrés rêvent de lui faire la peau. Les grands titres guerriers du type "Les francophones tombent sur De Wever", qu'on a pu lire à la une de quotidiens francophones, ne sont pas seulement contreproductifs. Ils sont indignes d'une presse de qualité. Ceci dit, le thème de l'assassinat n'est pas sans pertinence. De son propre aveu, Bart De Wever est fasciné par le personnage de Michael Collins, le leader nationaliste irlandais qui a accepté un compromis permettant l'indépendance de son pays, moyennant le renoncement à l'Irlande du Nord. Comme après lui, Gandhi et Yitzhak Rabin, Collins a été assassiné par un fanatique de son propre camp, indigné par les concessions faites à l'"ennemi"…

32. Yaka aller chercher Kissinger ou trouver son alter ego "2011".

2/10 Je n'y crois pas. D'abord il faudrait trouver quelqu'un qui a, à la fois ait le calibre voulu, et soit intéressés par nos chamailleries. Cela ne se passera que, quand le sang aura giclé. Ensuite, il faudra encore lui expliquer mille subtilités. Il vaut bien mieux trouver chez nous des gens dont l'intégrité inspire la confiance, dans l'autre camp, et dont l'autorité permet de faire avaler au leur, de grosses concessions.

33. Yaka demander aux politologues de remplacer les hommes politiques.

Pas de cote (session en cours). Notre élite politique compte, depuis pas mal de temps, beaucoup de juristes, d'économistes et d'historiens. Depuis peu, un politologue réputé figure parmi nos hommes politiques de premier plan: Paul Magnette. A lui de montrer que ça peut aider.

34. Yaka donner le statut de condominium à Bruxelles.

0/10 Laisser codiriger Bruxelles, par les deux autres régions, c'est oublier que l'ère de la colonisation est révolue. De plus, être dominé par un petit état voisin serait déjà suffisamment exaspérant pour les Bruxellois. Mais que dire alors d'une con-domination par deux petits états qui n'arrêteront pas de se chamailler? Le fiasco garanti, au détriment de tous. Non merci.

35. Yaka transformer notre monarchie en régime présidentiel.

1/10 Dans un régime présidentiel, un président est élu à la majorité, en un ou deux tours, et nomme son gouvernement. Pour assurer le fonctionnement cohérent d'un tel régime, il faut que le parlement soit aussi élu, par un scrutin de type majoritaire, comme le congrès américain, ou l'assemblée nationale française, et non par le système proportionnel que la Belgique a été le premier pays du monde à introduire, en 1899. Cela impliquerait un bouleversement de notre fonctionnement démocratique, avec comme conséquence probable, la disparition de tous les élus Sp.A, de quasi tous les élus CdH et de tous les élus verts du pays. Autant dire que l'adoption d'un tel système n'a aucune chance d'obtenir la majorité de 2/3 requise au Parlement. Et s'il était introduit, on assisterait immédiatement à une polarisation politique, beaucoup plus forte entre les régions. Mieux vaut donc garder notre système proportionnel, sans président élu par le peuple. Quid alors d'un président-symbole sans pouvoirs importants, choisi par le parlement, comme en Allemagne ou en Italie? Cela ne changerait rien à la dynamique politique, et serait une source de tensions supplémentaires. Le plus sage est, dès lors, de nous satisfaire de nos pseudo-chefs d'Etat héréditaires. Ils et elles ne seront, bien sûr, jamais plus les monarques d'une nation. Ils devront se percevoir et se conduire comme les modestes facilitateurs d'une fédération de régions, enfin conscients de l'importance, pour pouvoir bien rendre ce service, d'une maîtrise parfaite de la langue de la région majoritaire.

36. Yaka créer une circonscription nationale.

10/10. C'est le bon sens même, pour une partie des sièges de la Chambre. Que ceux qui veulent gouverner l'ensemble de notre fédération se présentent aux électeurs de l'ensemble de notre fédération

André Gilain

10/02/2011

DANS PARIS MATCH, LES REPONSES DU PHILOSOPHE PHILIPPE VAN PARIJS A 36 "YAKA", SOUVENT ENTENDUS EN RUE (10-02-11)

"Yaka" scinder BHV pour contenter les Flamands..., "Yaka" enfermer les politiques comme au Vatican quand on doit désigner le nouveau Pape..., "Yaka" demander aux Flamands de gérer le chômage wallon..., "Yaka" éliminer Bart De Wever...