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07/10/2008

Etienne de Callataÿ

Etienne de Callataÿ: Il y a 10 ans, nous avions 6 organismes de crédit!

La Dernière Heure: La semaine qui vient de s'écouler marque-t-elle un tournant dans notre histoire financière?
Etienne de Callataÿ: Sans conteste! Cependant, il ne s'agit pas d'un tournant final, mais le paysage financier belge a connu une inflexion de première importance.

DH: Etait-ce prévisible?
EdC: Il y a sûrement des gens plus intelligents que moi qui l'affirmeront, mais franchement, il y a un mois, on m'aurait dit qu'il y aurait une nationalisation de Fortis, je n'y aurais pas cru. Souvenons-nous aussi qu'au début des années 90, nous avions en Belgique 6 institutions de crédit: la CGER, le Crédit communal, la SNCI, l'OCCH, l'INCA et la CNCP. Aujourd'hui, il n'y en a plus.

DH: Le gouvernement belge a-t-il fait ce qu'il fallait?
EdC: Parmi les différents scenarii, il y avait celui qui consistait à ne rien faire, ce qui aurait pu conduire à la faillite de Fortis, ou alors on pouvait opérer un sauvetage comme aux Etats-Unis, voire encore aller vers une fusion ou d'autres solutions. Il est apparu que la décision belge était la bonne. Elio Di Rupo et Joëlle Milquet ne l'ont-ils pas soutenue? C'est qu'il n'y avait rien d'autre à faire…

DH: Quoiqu'il en soit, la solution ne satisfait entièrement ni la gauche ni la droite…
EdC: En effet! Pour la gauche, ce qui a été décidé est une nationalisation des pertes, et pour la droite, il s'agit d'une intrusion de l'Etat.

DH: Vous avez parlé d'un tournant majeur pour la Belgique: est-ce aussi le cas à l'étranger?
EdC: En Hollande, au Luxembourg, en Angleterre et dans les autres pays, il s'agit d'un tournant majeur.

DH: La faute aux hommes ou aux structures?
EdC: Il ne faut trop charger les hommes. Ce qui s'est passé est structurel, avant d'être le problème d'un homme ou d'une stratégie. Le patron de Citygroup l'a fort bien dit: "Aussi longtemps que l'orchestre à jouait, je devais continuer." Mais je ne préjugerais pas des conclusions d'une commission d'enquête…

DH: Que convient-il de faire dorénavant?
EdC: Il faut que tout le monde, autorités comme dirigeants, ait une profonde réflexion sur les responsabilités de chacun. Et cela, sans attendre. Pas dans cinq ans, par exemple…

DH: Avec cette crise financière, les problèmes institutionnels sont passés au second plan…
EdC: L'interrogation profonde sur le pouvoir d'achat est bien plus importante que BHV. Ici, il s'agit des entreprises, des ménages…

DH: Vous avez dit que vous ne vous attendiez pas à la crise, mais a-t-on pu en percevoir des signes annonciateur?
EdC: Le prix de l'immobilier aux Etats Unis est le signe le plus évident. Sauf qu'on en a ignoré les conséquences. Seul Geert Noels, chief economist de Petercam, a raison aujourd'hui. Mais vu son pessimisme, on peut lui reprocher de s'être trompé pendant de nombreuses années…

DH: Elio Di Rupo a adressé des reproches cinglants à Didier Reynders: vous les comprenez"?
EdC: A propos de la Commission bancaire sur laquelle le ministre des Finances a la tutelle, je note que son contrôle n'a pas empêché la catastrophe.

DH: Il est question que le Luxembourg suive les Pays Bas?
EdC: Il est difficile de porter un jugement. Mais il est clair qu'il y a une dimension de repli nationaliste dommageable et qu'il conviendrait de réfléchir à des règles à respecter entre pays.

04/10/2008

Le malaise de Maurice Lippens (03-10-08)

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Vendredi soir, au début du tsunami boursier qu'a vécu la Belgique, beaucoup se sont demandé pourquoi il avait été fait appel à Philippe Bodson: son seul poste d'administrateur chez Fortis ne suffisait manifestement pas à expliquer sa présence parmi le top des négociateurs. Une explication circulait, dans les couloirs de la Résidence du Premier ministre: Maurice Lippens, vers lequel partaient tous les regards, aurait été victime d'un malaise. Malaise, cardiaque comme indiqué à toute, toute bonne source. Impossible cependant d'avoir la confirmation de cette information. Ni dans sa famille, ni chez Fortis, ni au sein du gouvernement. "Respect de la vie privée!", ont indiqué certains. Celle-ci ne mérite-t-elle pas cependant d'être entrouverte lorsque les intérêts en jeu sont colossaux, comme c'était le cas, vendredi? Et surtout, lorsque l'absence de la personnalité en question conduit à l'appel à l'aide d'un "sauveur", comme ce fut le cas avec Philippe Bodson? Un "sauveur" dont il nous est aussi revenu qu'il aurait bataillé ferme avec Didier Reynders. Au point même d'avoir provoqué des éclats de voix, et non des moindres. Le bref passage "en touriste" de Bodson, parmi le groupe MR du Sénat à l'initiative de Louis Michel, a manifestement laissé des traces.
Pour en revenir au présumé "couac" de santé de Lippens, il trouverait une confirmation majeure dans le fait qu'on n'a plus vu ni entendu le grand homme, depuis vendredi. On doute que ce soit par pur souci de discrétion! Voilà où nous en étions au moment de boucler, les prochaines heures devant apporter plus de précisions sur ce point d'histoire qui n'est pas sans importance…

Melchior Wathelet (28-09-08)

"A la Flandre d'assumer un éventuel déficit du fédéral"

Pour son deuxième exercice budgétaire, le secrétaire d'Etat au Budget, Melchior Wathelet, n'a guère été aidé par la chance. En cause, deux phénomènes qu'il ne maîtrise pas comme la diminution de la croissance et la hausse de l'inflation, mais aussi des phénomène belgo-belges comme le refus du gouvernement flamand de verser au fédéral 400 millions. La Dernière Heure a fait le point avec lui.

La Dernière Heure: Vos prochaines semaines vont être consacrées au budget…
Melchior Wathelet: J'ai terminé les bilatérales avec mes collègues et nous avons tranché concernant les dépenses primaires, c'est-à-dire celles des départements…

DH: Qu'est-ce qui fait que vous devez trouver cinq à cinq milliards et demi: c'est énorme…
MW: Il y a certes une baisse des recettes fiscales, mais aussi le fait que la Belgique prend de plein fouet la diminution de la croissance, sans parler du contrecoup de l'inflation qui augmente.

DH: Avez-vous trouvé des cadavres dans le placard?
MW: A la Défense Nationale, il y a certaines charges du passé. On y a engagé des factures sans que les sommes n'aient été prévues lors de l'engagement. Il faut donc trouver de l'argent.

DH: Vous visez l'ancien ministre, André Flahaut?
MW: Mon but n'est pas de pointer du doigt l'un ou l'autre.

DH: La croissance et l'inflation, vous ne pouvez que les acter?
MW: Si l'on annonce tel ou tel chiffre pour le budget, c'est toujours d'après une base qui a été calculée précédemment, c'est-à-dire à politique inchangée. A nous de modifier la donne…

DH: Le gouvernement va donc pouvoir prendre de nouvelles mesures?
MW: Bien sûr! Mais elles doivent coûter le moins cher possible. Nous l'avons par exemple fait pour les gardiens de prison.

DH: Vous pouvez aussi faire des réajustements?
MW: Nous en faisons sur les médicaments, mais de manière à ce que les gens le sentent guère. Aux entreprises pharmaceutiques à compresser leurs coûts. Mais il y a d'autres mesures à prendre dans le domaine des soins de santé.

DH: Un gros dossier semble être celui des 400 millions que la Flandre refuse de donner: cela vous met en colère?
MW: Nous sommes dans l'impasse et s'il n'y a pas de solution, le gouvernement flamand sera redevable d'un déficit d'autant, dans le budget fédéral.

DH: Comment se fait-il que la Flandre refuse?
MW: C'est d'autant plus incroyable que la mesure date de l'époque où Johan Vande Lanotte était ministre du Budget, en 2004. Son parti n'est plus au fédéral, mais au gouvernement flamand. Et là, c'est surtout un socialiste, Frank Vandenbroucke, qui bloque. Le gouvernement Peeters ne respecte pas un engagement pris précédemment.

DH: Que faire?
MW: Je l'ai dit, il reviendra à la Flandre d'assumer le déficit de 400 millions d'euros qu'aura le budget fédéral. Ce n'est pas acceptable, ni pour le fédéral, ni pour la Wallonie et Bruxelles qui, elles, tiennent leurs engagements. Cela, alors que la somme en question représente seulement de l'argent qu'on demande à la Flandre de ne pas dépenser.

DH: Comme autres dossiers chauds, il y a la lutte contre la fraude…
MW: (rires) … mon collègue Carl Devies s'en occupe quand il n'est pas cambriolé…