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26/10/2008

SERGE WIBAUT, PROFESSEUR UCL

serge wibaut - DH 26-10-08.jpgSerge Wibaut, professeur invité aux Facultés universitaires Saint-Louis à à l'UCL

 

A suivre certains analystes, la crise financière s'éloignerait, tandis que s'annonce une récession économique. Nous avons demandé à l'économiste Serge Wibaut de revenir sur les causes de la première, mais aussi de tenter de prévoir la suite des événements.

 

La Dernière Heure: La crise financière, personne ne l'a vu venir?

Serge Wibaut: Après coup, on peut pointer certains signes avant-coureurs, comme la fragilité du secteur bancaire, en Europe et aux Etats Unis: avec le faible niveau des taux d'intérêt, les banques ont pris plus de risques pour augmenter leurs rendements. Autre élément, la crise des subprimes et le fait que l'Etat a encouragé l'octroi de crédits à des familles pauvres et cela, depuis la fin des années 90.

 

DH: Aucun économiste n'avait annoncé ce qu'on a vécu…

SW: Attention d'abord, parce qu'il est toujours aisé d'expliquer les choses "ex post"… Quant aux banques, elles ont été aveuglées par des modèles mathématiques affirmant que les risques étaient gérés: on y a cru, en laissant de côté le bon sens. Comme autres éléments précis, je pointerais l'absence de toute régulation auprès de certains spéculateurs. Ce ne sont pas des bandits – il y a même parmi eux des Prix Nobel – mais ils déplacent des milliers de milliards de dollars en prenant des paris sur les marchés, en accélérant les mouvements.

 

DH: Le monde financier tout entier n'y a donc vu que du feu?

SW: Non! Certaines grosses banques ont commencé à faire des provisions, il y a deux ans. Je réalise actuellement un travail sur le sujet: des analystes avaient effectivement prédit la crise et des banquiers avaient pris peur. Ne traitons pas aujourd'hui de "dépressifs permanents" ceux qui avaient vu juste…

 

DH: Et demain?

SW: Rappelons-nous d'abord que cela faisait des années que l'économie ralentissait. La crise financière a tout accéléré… Nous sortons de la zone d'incertitude, mais la suite va voir des faillites, parmi les sociétés commerciales et les entreprises les moins solides. Pendant plusieurs années, cela ne va pas être rose…

 

DH: Les banques continuent de tomber comme des mouches…

SW: Il y a certes un effet domino, mais avec les mesures prises par les gouvernements, la crise de méfiance va s’arrêter. Ce sera sûrement le cas le jour où on pourra chiffrer les pertes: on parle de 800 milliards, tandis que le FMI annonce 1.500 milliards.

 

DH: Justement, le FMI n'a-t-il pas failli à sa tâche?

SW: Depuis une dizaine d'années, il a été moins présent, c'est vrai. Mais il va recommencer à jouer son rôle. Des pays comme l'Islande, la Corée du Sud, l'Ukraine, la Hongrie vont solliciter des avances auprès de lui.

 

DH: En Belgique, certains évoquent une fusion de la Commission bancaire et de la Banque Nationale…

SW: La première dépend déjà de la seconde: plusieurs administrateurs de la Commission siègent à la Banque Nationale. C'est une bonne chose dans le cadre d'un échange d'informations. Mais ne jugeons pas à chaud.

 

DH: Certains petits actionnaires se rebellent…

SW: Je comprends leur mauvaise humeur, mais n'oublions pas non plus que le gouvernement a dû agir dans l'urgence, sans cela, Fortis n'existerait même plus. Lors du premier week-end de la crise, il était impossible d'organiser une AG de Fortis. Reste que si certaines formes n'ont pas été respectées, la Justice va devoir trancher…

 

14/10/2008

MARIO TELLO (psdt instit études europ ULB)

Il faut un New Deal européen et associer les pays émergents!

 

mario tel - quedub 12-10-08.jpg

La Dernière Heure: Beaucoup de spécialistes affirment que la crise actuelle n'était pas prévisible. Vous dites qu'elle l'était…

Mario Telo: Ce n'est pas moi qui le dis, mais Keynes: l'économie est faite de cycles… Il avait proposé la création d'une institution chargée de prévenir les crises: le Fonds Monétaire International.

 

DH: Ce dernier n'a manifestement pas été efficace…

MT: Les problèmes ont commencé avec le grand choc pétrolier et l'hyper-inflation. A ce moment, on a oublié Keynes. Mais aujourd'hui, il revient à la mode…

 

DH: Keynes et d'autres…

MT: Dans les années 79 et suivantes, la réponse à l'hyper-inflation a été donnée par Friedman et l'école de Chicago. En sont sorties, les politiques menées par Thatcher, puis Reagan… Pendant 20 ans, on a démantelé le contrôle de l'économie et son monitoring: c'est la "financiérisation" de l'économie.

 

DH: C'est-à-dire?

MT: On a véritablement fermé les yeux sur ce qui arrivait. Pendant les années 80 et 90, on a prôné la libéralisation acharnée, au point qu'elle est devenue non crédible. Sait-on qu'aujourd'hui aux Etats-Unis, le surendettement – qui était un signe avant-coureur de la crise – atteint 51 mille millions de dollars? C'est-à-dire trois fois leur PNB ou encore 350% de ce que les Etats Unis produisent en un an!

 

DH: Que faire?

MT: Le FMI est désormais discrédité. Alors qu'il avait été créé pour prévenir les crises, il en est devenu un facteur d'accélération. Il faut instituer de nouvelles règles et reconstituer une autorité morale. D'autant que la crise va durer des mois, voire deux ans maximum.

 

DH: A propos de nouvelles règles, à quoi songez-vous?

MT: Il n'y aura qu'une solution: globale! Ces dernières années, on a assisté au déclin moral des institutions économiques. Par exemple, la Chine et l'Inde acceptent de moins en moins les décisions du G7. Un accord transatlantique ne suffit donc plus: il faut associer les pays émergents.

 

DH: Comment édicter de nouvelles règles alors qu'on est dans l'urgence?

MT: Ce qu'il faut surtout éviter, c'est une socialisation des pertes et une privatisation des avantages. On l'a vu, les pouvoirs publics sont revenus sur le devant de la scène. Il conviendrait donc de coordonner les politiques anticrises au niveau européen et créer un fonds monétaire européen.

 

DH: Le retour des pouvoirs publics, vraiment?

MT: Oui! On les croyait morts et ils ont été capables de faire face à la crise. Voyez en Belgique: Yves Leterme a mieux justifié son poste de Premier ministre, ces 15 derniers jours, qu'il ne l'avait fait jusqu'alors. Et nous avons aussi eu la chance d'avoir la Présidence française. Mais, je le répète, il n'y aura de solution que nationale, européenne et globale.

 

DH: A quelle solution globale songez-vous?

MT: Je songe à un New Deal européen. Après 29, il y avait eu plusieurs formes d'intervention: le protectionnisme, les politiques nazie et fasciste (avec le plan Goering qui préparait 33), le New Deal de Roosevelt et le New Deal européen avec le modèle scandinave… Mais il faut associer les pays émergents, je le répète!

 

07/10/2008

Que du bonheur 05-10-08

Le Fonds d'intervention ne pourrait aider que 38.000 déposants!
Ces derniers jours, on a beaucoup évoqué le "Fonds de protection des dépôts et des instruments financiers". Une sorte de fonds de garantie qui existe depuis 1998, est géré par la Banque Nationale et dispose de 765 millions d'euros. La grande majorité des banques y adhère et cotise en prévision d'interventions au profit des déposants ou des investisseurs victimes d'une faillite. Le gouvernement l'a annoncé à maintes reprises: ce fonds couvre les déposants jusqu'à 20.000 euros. Nous avons pris notre boulier compteur et constaté que seules, 38.000 personnes pourraient être indemnisées. Voire 76.000 pour des dépôts atteignant 10.000 euros. Une paille! Qu'en serait-il des autres, au cas où la somme dont dispose le fonds ne serait pas suffisante? Question hors de propos et à haute teneur subversive, sans aucun doute…

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La chute de Lippens: Davignon mieux que JR Ewing!
Didier Bellens, patron de Belgacom dont Maurice Lippens avait voulu la peau n'a pas été le seul à ricaner en apprenant les misères de son ex-ennemi. Même Stevie Davignon s'y est mis. L'ami de trente ans, voire plus, a semblé avoir oublié le long chemin qu'il fit en même temps que l'ancien président de Fortis. Ainsi, à propos de rachat d'ABN Amro, ces quelques pelletées de terre sur le cercueil de Lippens: "Regardez le parcours de Fortis: l'alliance AG-Amev, l'entrée dans la banque avec la CGER, la consolidation avec la Générale de Banque. Quel succès! Mais le danger, c'est de croire que, puisque vous avez tout réussi jusqu'ici, vous allez réussir le coup suivant." Puis, plus loin, répondant à la question de savoir si Lippens aurait dû partir en même temps que Votron: "Je ne pense pas qu'il fallait se séparer du CEO et du président en même temps. Par contre, il fallait nommer tout de suite le nouveau patron et chercher aussitôt un nouveau président. Il ne fallait en tout cas pas changer la donne sans assurer la suite." A côté, J.R. Ewing est un enfant de chœur…

Frère et Orban sont dans un bateau…
C'est en 1860 que le ministre des Finances de l'époque, Walthère Frère-Orban, fut à la base de la création du Crédit communal. Il était libéral et liégeois, comme son lointain successeur, Didier Reynders. Ayant battu le record de Philippe Maystadt, l'actuel ministre aura cependant fort à faire pour dépasser Frère-Orban: si l'on additionne sa présence aux Finances lors de gouvernements entre 1848 et 1868, Frère-Orban occupa le poste une quinzaine d'années. Lorsqu'on l'interroge sur la difficulté qu'il rencontrera à battre son auguste prédécesseur, Reynders préfère plaisanter – qui s'en étonnera -: "En étant deux, Frère et Orban, il ne leur a guère été malaisé d'atteindre les 15 années." Plus sérieusement, il y a près de 150 ans, ce sont les villes qui furent appelées à rallier le Crédit communal. De grandes entités comme Schaerbeek ou Anderlecht ne vinrent qu'après la guerre 14-18. C'est à ce titre qu'elles ont été invitées par le gouvernement à venir en aide à Dexia. Et on le sait, elles rechignent à s'exécuter: surtout la seconde qui est déjà sous la tutelle financière de la Région…

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Les amis de la 25ème heure de Marc Moulin
En août, après avoir constaté l'échec de son ultime traitement de chimio, Marc Moulin avait demandé à sa famille de ne rendre publique l'annonce de son décès que le jour de son enterrement. Le touche-à-tout ne souhaitait pas en effet que ses obsèques donnent lieu au défilé des amis dits "de la 25ème heure", comme cela avait le cas pour Jeff Bodart. N'empêche, la RTBF radio a consacré trois heures d'hommage à Moulin. Aux manettes, Jean-Pierre Hautier, qui avait été de l'équipe de Radio Cité, au même titre qu'Alain Neefs, Terry Focant, Ray Cooks, Martine Matagne, Anne Goreux, Ria Marten et on en oublie… Seulement voilà, aux dires de la famille du défunt, Hautier ne s'était guère enquis de l'évolution de la santé de Moulin. Cela donna un air un peu incongru à son émission. Nul doute que la sortie de Pierre Kroll, ce jour-là, a dû tinter curieusement, dans les oreilles d'Hautier: le dessinateur a en effet pointé du doigt ceux qui se souvenaient un peu tard d'avoir côtoyé ce Grand Monsieur de Moulin…

Le comité de direction de la Poste est-il illégal?
Le 25 septembre dernier, un nouveau directeur "mail" était désigné à la Poste-de Post. Rien de bien intéressant, a priori. Sauf que, au titre d'entreprise publique autonome, l'institution est soumise à la loi du 27 mars 1971, et plus particulièrement à son article 16 qui prévoit la parité linguistique au sein du conseil d'administration et du comité de direction (à l'exception du président pour le premier, et de l'administrateur délégué pour le second). Or, avec la nomination du nouveau directeur, le deuxième organe compte désormais quatre néerlandophone (Mark Michiels, Koen Van Gerven, Johan Vinckier et Kurt Pierloot (directeur "mail") contre deux (!) francophones, Baudouin Meunier et Pierre Winand. Bons princes, nous n'avons pas compté Peter Somers (Nl), qui a été "adjoint" au conseil en septembre 2007. Quatre directeurs d'un côté (voire même cinq), deux de l'autre: dans l'illégalité, le Comité de direction verra-t-il ses actes frappés de nullité? Ce serait cocasse, n'est-il pas!

La phrase de la semaine
A en croire ce qui suit, le personnel de Fortis n'a pas trop cédé à la panique. Témoin, cette plaisanterie sur le site de la Banque: "Pssstt… Un conseiller virtuel se cache dans votre PC banking. Réveillez-le..." L'humour, comme politesse du désespoir, toujours!