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01/12/2008

Michel Jadot: Je crains que le fond de vieillissement soit détourné! (DH 30-11-08)

 

michel jadot - DH 30-11-08.jpg

Ancien patron de l'Emploi et du Travail, Michel Jadot n'est pas du genre à garder sa langue en poche. Il fut le premier à dénoncer le calamiteux plan Copernic de refonte de l'administration, recours au Conseil d'Etat à l'appui. Désigné "animateur" de la Conférence nationale des Pensions qui  a débuté ce vendredi, il a accepté de répondre à nos questions.

 

La Dernière Heure: La Conférence est-elle liée à la crise?

MJ: Elle est prévue dans la déclaration gouvernementale. Certes, il aurait fallu s'en occuper plus tôt, mais disons qu'elle vient bien à point!

DH: Vous avez toujours défendu les pensions légales?

MJ: Appelées "premier pilier", elles sont d'une branche essentielle (17 milliards) de la Sécu (50 milliards) et elles couvrent tous les travailleurs. Les pensions complémentaires (deuxième pilier) n'en concernent que 50%, et il y a les pensions complémentaires individuelles (troisième pilier). Ces quinze dernières années, on n'a pas lié les pensions au bien-être. Elles sont vitales: sans elles, plus d'Etat!

DH: Comment un pays comme le nôtre peut-il tolérer des pensions indécentes?

MJ: En plus de ne les avoir pas assez liées au bien-être, on a exagérément privilégié des départs trop tôt à la pension. Ceux-ci sont, normalement, fixés à 65 ans, mais en fait, il ont lieu en moyenne à 58 ans. Il faut augmenter ce dernier chiffre jusqu'à 62-63 ans.

DH: Pas 70 ans, comme en France?

MJ: C'est ridicule! Et c'est là qu'il y a le plus de départs anticipés…

DH: Avec la crise, craignez-vous qu'on puise dans le fond de vieillissement?

MJ: A l'époque, j'étais un non-partisan de ce fond, préférant qu'on s'attache à diminuer la dette publique. Comme par hasard, il n'a plus été alimenté depuis 2-3 ans. Je crains que l'actif en soit détourné.

DH: Les syndicats laisseraient faire…

MJ: Oui, si par exemple on les fait choisir entre certains avantages sociaux et ça!

DH: Sur quel principe sont basées les pensions?

MJ: Sur la solidarité entre les actifs d'aujourd'hui et les pensionnés de demain. C'est de la "répartition", alors que la pension complémentaire est de la "capitalisation".

DH: Vous craignez pour l'avenir des pensions?

MJ: Il s'agit d'un problème à long terme. Il faudra choisir en leur soutien et la diminution de la pression fiscale, les cotisations de la Sécu ou les investissements. Aujourd'hui, notre pays compte 2 millions de pensionnés; en 2030, il y en aura 800.000 de plus. La Conférence va aussi s'intéresser à tous les problèmes des aînés: prix des médicaments, maisons de repos…

La crise? Certains n'ont toujours rien compris!

DH: Votre avis sur la crise économico-financière?

MJ: Comme les autres pays, la Belgique a joué au panic football. Deuxième sujet d'étonnement, les gens les mieux informés, mais aussi les mieux formés, n'ont rien vu venir!

DH: Qui visez-vous?

MJ: Je songe au gouvernement, à la Banque Nationale, à la CBSFA (Commission bancaire et des assurances), aux dirigeants… ainsi qu'à moi-même. Nous n'avons pas vu à quoi menaient les subprimes ni que les banquiers faisaient du n'importe quoi. Et on n'a manifestement toujours rien compris!

DH: C'est-à-dire?

MJ: J'ai sur mon bureau un courrier d'un grande surface, que je ne citerai pas (nous avons découvert qu'il s'agissait de Cora): elle s'adresse aux gens sur le ton, "pour les fêtes, achetez chez moi et on pourra s'arranger après." C'est cela, l'inconscience des banquiers, des grands magasins…

Demannez gouverneur: l'effet dominos…

demannez - DH 28-11-08.jpgNotre information sur l'accession de Jean Demannez au poste de gouverneur de Bruxelles mérite y revenir. On sait que d'autres avant lui avaient refusé la place bien rémunérée et tout, sauf stressante. Pour Magda De Galan, un problème de pension se posait. Françoise Dupuis compte bien rempiler au sein du gouvernement bruxellois, en juin prochain, mais beaucoup estiment qu'elle rêve tout haut. Enfin, Eric Tomas (60) lorgne vers le maïorat d'Anderlecht qu'il espère ravir au MR, en 2012. Adepte de la pensée d'André Cools, "Les meilleurs candidats sont ceux qui ne le sont pas", Jean Demannez ne s'est jamais mis en prétention. Charles Picqué et Philippe Moureaux ont songé à lui, leur accord étant scellé, dans une sympathique maison de bouche.

La désignation de Demannez impliquera des mouvements en cascade. A Saint-Josse, d'abord: recordman en voix de préférences, Emir Kir peut revendiquer le maïorat. Mais Philippe Moureaux, président de la fédération bruxelloise du PS, lui a mis en marché en mains: "Si tu deviens bourgmestre, tu dois renoncer à ton secrétariat d'Etat." Kir se tâterait. Un élément pourrait cependant indiquer qu'il a décidé à faire le grand saut: sa volonté de recaser son chef de cabinet, Vincent Jumeau, à la tête de Bruxelles Propreté. Avec Kir, le parachute doré devient "parachute déchets. Si le secrétaire d'Etat se repliait sur Saint-Josse, il devrait être remplacé au gouvernement bruxellois. Et là, c'est la bouteille à encre, tant les candidats son nombreux. Enfin, il conviendrait de trouver un remplaçant à Demannez qui est, depuis peu, président du CA du Botanique. Henri Simons, recalé au précédent tour, pourrait se représenter. On le sait candidat à tout…

 

25/11/2008

Louis Michel: Au Congo, je constate beaucoup de sincérité! (DH 23-11-08)

louis michel - DH 23-11-08.jpgCes derniers jours, Karel De Gucht a pilonné  le clan Michel à coup de phrases assassines. Tentait-il de dévier l'attention de ses frasques bancaires? Muré dans le silence, le commissaire européen a cependant fait une exception pour La Dernière Heure. Une interview à lire entre les lignes…

La Dernière Heure: Selon vos informations, où en est la situation nà l'Est du Congo?

Louis Michel: D'une manière générale, c'est un peu comme au Moyen-Orient: on ne sait pas qui joue le rôle de la poule et qui joue le rôle de l'œuf…

DH: Que cherche vraiment Laurent Nkunda?

LM: J'effectue un important travail de contact avec lui, pour lui trouver par exemple une porte de sortie. Ses objectifs sont politiques, mais il souhaite aussi réformer l'armée officielle…

DH: D'où viendra la solution?

LM: J'ai la conviction que la volonté d'aboutir existe et que la pression internationale joue un rôle important. J'ai le sentiment qu'il existe, de part et d'autre, de la sincérité pour arriver à une solution.

DH: Pourquoi alors, les combats continuent-ils?

LM: Les consignes venant du haut ne percolent pas jusqu'au bas de la hiérarchie militaire. Il y a donc un problème au niveau de la chaîne de commandement.

DH: Et du côté des bandes rivales?

LM: Pour celles-ci, la fin de la guerre signifierait la fin de leurs truanderies. C'est pour cela qu'un contrôle accru de la Monuc sur les lieux d'extraction des richesses serait une bonne chose. On priverait les truands de leurs sources de revenus.

DH: On parle de 3.000?casques bleus en plus…

LM: Ce serait effectivement une excellente chose. Mais n'oublions pas qu'il va falloir trouver ces soldats et les payer.

DH: Que manque-t-il aux institutions?

LM: Il faut plus de "capacity", mais également des ressources humaines, de l'argent et un reformatage des institutions. De plus, tant que le problème ne sera pas réglé à l'Est, le pays ne pourra avancer…

DH: Vous comptez vous rendre prochainement là-bas?

LM: Oui, mais je ne vous dirai pas quand!

 

Je ne vais pas me suicider!

DH: Certains pointent votre action du doigt…

LM: C'est oublier que j'ai joué mon rôle pour que le Congo devienne une démocratie. Je voudrais savoir quel aurait été le succès d'une politique différente de la mienne?

DH: Et aujourd'hui?

LM: Je continue à jouer modestement mon rôle de go-between, sans prendre parti. La conférence de Nairobi n'a-t-elle pas eu lieu juste après que j'en ai suggéré l'idée?

DH: Autre interrogation, deux Michel en charge de la Coopération, n'est-ce pas trop…

LM: La question est malveillante. D'autres que moi ont un fils. Je ne vais tout de même pas me pendre ou me suicider?! Je rappellerais aussi que j'ai des contacts avec tous les ministres européens de la Coopération. Enfin, plutôt que ces vaines querelles, en Belgique, on aurait intérêt à plus se parler. Moi, je ne critique personne…