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21/12/2008

Georges Ugeux: Sur papier, l'Etat a perdu 3,5 milliards d'euros

 

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La Dernière Heure: Vous analysez la situation actuelle sur un blog?

Georges Ugeux: Le journal Le Monde, et plus particulièrement son site www.lemonde.fr m'a demandé de tenir un blog sur lequel j'expliquerais les grands mécanismes financiers ainsi que la gouvernance d'entreprise. Avec ce blog, je tente donc de parler de problèmes qui intéressent tout le monde et d'expliquer vers quoi on va.

DH: Pourquoi traitez-vous, ce samedi sur votre blog, du cas Fortis?

GU: Parce qu'on en est arrivé à ce que la gouvernance d'entreprise menace un gouvernement. Je ne vous apprends rien, je suppose…

DH: Quel est aujourd'hui le vrai débat?

GU: Il en existe un sur les employés et la banque, mais là n’est pas le véritable débat. La société Fortis est la société holding cotée sur NYSE Euronext. La Banque Fortis, elle, a été cédée par Fortis à l’Etat Belge, qui l’a vendue à 75% à BNP Paribas. Il est évident que l’avenir de la banque doit être préservé. Aujourd’hui, ce sort est entre les mains de l’Etat Belge qui, si la transaction d'achat par BNP ne se réalise pas, sera actionnaire à 100% de la banque. Cela la protège contre tout risque de faillite.

DH: Et ensuite?

GU: Le Gouvernement belge a cédé 75% de Fortis Banque à BNP Paribas contre 11% du capital de BNP Paribas, faisant de l’Etat Belge de loin le plus gros actionnaire de BNP Paribas. Seulement le problème est que ces actions ont été valorisées, il y a un mois, à raison de 68 € par action. En d'autres mots, en plus de ce que l'on sait déjà concernant la transaction, l'action BNP Paribas est fort secouée. Le cours de bourse aujourd'hui est plus de 50% plus bas que la valorisation prise en compte, lors de la transaction. Ainsi, hier vendredi, l’action BNP Paribas a clôturé à 30.37 €.

DH: Qu'en concluez-vous?

GU: Sur papier – j'insiste! – l’Etat belge a déjà perdu près de 50% sur les 9.4 milliards qu'il a payés, soit près 3,5 milliards d'euros.

DH: Sur papier: c'est-à-dire?

GU: Si le gouvernement vendait aujourd'hui les actions BNP Paribas, il perdrait  plus de 3,5 milliards d'euros.

DH: Allez-vous jusqu'à dire que l'Etat doit renégocier?

GU: Je n'ai pas de conseils à donner au gouvernement.

DH: BNP Paris a donc bien négocié?

GU: Ce n'est pas moi qui le dis.

DH: La situation est très complexe…

GU: En effet! Mais je ne fais pas une analyse des conditions de la transaction. Et, a fortiori, je ne critique pas BNP Paribas. Le fait est que les conditions de cette vente doivent encore être approuvées par les actionnaires et que cette vente a été l’objet des procédures judiciaires: elles ont poussé le Gouvernement Belge à la démission. Je ne vous apprendrai pas grand chose non plus en disant que, pour le moment, le Roi consulte…

DH: Vous exprimez tout cela, mais vous refusez pourtant de dire ce qui serait bon de faire pour le gouvernement, et ce qui ne le serait pas?

GU: Je le répète, l'objectif de mon blog est d'expliquer les mécanismes financiers. Pas de faire de la politique.

15/12/2008

De Decker: J'espère que ma proposition sera votée avant juin

 

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Dans la nuit de jeudi à vendredi, six personnes ont été placées sous mandat d'arrêt. Président du Sénat et de la commission de contrôle des services de Renseignement, Armand De Decker (MR) en a profité pour relancer l'idée d'octroi de moyens supplémentaires à la Sûreté de l'Etat, comme les écoutes téléphoniques. Il nous en a parlé.

 

La Dernière Heure: Les arrestations des dernières heures sont-elles les suites des mesures prises, il y a tout juste un an?

Armand De Decker: La décision d'annuler le feu d'artifice 2007 – qui est celle qui a le plus marqué la population – avait été prise par l'OCAM, organe qui analyse en permanence la menace qui pèserait sur la Belgique: nous étions alors en phase 4.

 

DH: Certains avaient parlé d'un truc du gouvernement pour faire oublier ses soucis communautaires…

ADD: Il y en a qui crieront toujours au coup de bluff. Mais on voit aujourd'hui que c'était une bonne décision. Je suis intimement persuadé qu'une menace planait sur la Belgique. Quant aux arrestations de ces derniers jours, elles démontrent aussi l'excellente collaboration entre nos services de Renseignements et la police.

 

DH: Vous profitez de ces arrestations pour relancer votre proposition d'octroyer plus de moyens à la Sûreté?

ADD: Je ne profite de rien: il existe une proposition de loi, signée par moi-même ainsi que par d'autres sénateurs, et nous aimerions qu'elle avance. Cela fait 5 ou 6 ans qu'on attend ces mesures. Il faut que la Sûreté puisse faire des choses que la Justice fait, sous le contrôle de magistrats. Les renseignements reçus à partir de sources humaines ne suffisent pas.

 

DH: Votre proposition de loi n'est pas la première tentative de permettre à la Sûreté d'utiliser les écoutes administratives…

ADD: Lorsqu'elle était ministre de la Justice, Madame Onkelinx (PS), avait eu un autre projet, mais elle avait trop chargé la barque et cela a fait peur au gouvernement de l'époque.

 

DH: Quand espérez-vous que votre proposition soit adoptée?

ADD: Sachant qu'elle doit encore passer par le stade de la Chambre, j'aimerais qu'elle soit votée avant les régionales de juin 2009. Ce serait bien… 

 

DH: Vous avez dit que les renseignements donnés par la Sûreté belge avaient aidé certains pays: c'est de la méthode Coué?

ADD: Pas du tout! La Sûreté est respectée à l'étranger, pour son travail et ses services. Ceux qui s'en moquent le font à tort. 

 

DH: Certains craignent pour les libertés individuelles…

ADD: Toutes les mesures seront prises pour que les nouveaux moyens octroyés à la Sûreté respectent les libertés. Sur ce thème, rien ne sera laissé au hasard.

 

DH: Le patron de la Sûreté, Monsieur Wynants, fait donc du bon boulot?

ADD: Le seul fait qu'il ait reçu la permission de son ministre, Monsieur Van Deurzen, d'apparaître publiquement à la télévision est un signe.

 

 

Spitaels: Un ouvrage à contre-courant sur Obama

 

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Avec "Obama président – La méprise", Guy Spitaels publie son quatrième ouvrage depuis sa retraite. "Un ouvrage plus accessible!", selon ceux qui y ont eu accès, mais aussi un ouvrage en prise directe avec l'actualité. Contrairement aux livres consacrés au président élu, sortis en fin de campagne, celui de Spitaels a été rédigé durant ces deux dernières années. Ils sont le fruit de différentes voyages aux Etats Unis, mais aussi d'une lecture acharnée de "journaux que nous ne lisons pas, et de livres que nous ne connaissons même pas", pour reprendre la phrase d'un des plus proches amis du ministre d'Etat. Le titre est éloquent: "Obama président – La méprise". Pour l'auteur, celui qui prêtera serment, le 20 janvier prochain, en tant que "Barak, Hussein Obama", n'a rien à voir avec celui que présente une certaine gauche progressiste. Pas qu'Obama soit un néolibéral, mais il entend bien jouer le rôle de "shérif" de la planète. En cause, le poids de contraintes dont il ne pourra se défaire: positions militaires dans certains pays-clés et, pour l'interne, poids du patriotisme, des lobbies, des think-thanks, des administrations. Ces éléments, et d'autres, laisseront peu de place au président pour opérer une réelle rupture en politique étrangère, thème central de l'ouvrage. Parfois qualifié de jésuite – lui qui fit pourtant ses études au collège épiscopal d'Ath –, voire de pusillanime pour ceux qui ne l'apprécient guère, Guy Spitaels va à contre-courant de la plupart des analystes. Pour ce seul motif, mais aussi pour son écriture fluide et pour tout ce qu'il nous fait découvrir, son ouvrage est un must.