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02/03/2009

PIERRE GALAND (CAL): LES CATHOLIQUES SONT SUR-REPRESENTES (DH 01-03-09)

Pierre Galand - DH 01-03-09.jpg

Samedi prochain, 7 mars, le Centre d'Action laïque fêtera ses 40 ans, à Charleroi avec, pour invitée d'honneur, la présidente de la Fédération internationale des Droits de l'Homme, Souhayr Belhassen. L'occasion de faire le point sur quatre décennies d'activité, avec le président du CAL, Pierre Galand.

La Dernière Heure: Pourquoi avoir choisi Charleroi pour cet anniversaire?

Pierre Galand: C'est un choix conscient! Nous avons voulu souligner la diversification du mouvement laïque, tout en notant le fait régional et en pariant sur le fait que nous pouvions rassembler du monde. Enfin, en optant pour Charleroi, nous affirmons que cette ville méritait une implication citoyenne.

DH: Quelle est la raison d'être du CAL?

PG: Si la France est un état laïc, en Belgique, le poids de l'alliance entre l'Eglise et la Royauté est énorme. Tout était bloqué jusqu'à ce qu'en 1999, les sociaux-chrétiens soient rejetés dans l'opposition. Libéraux et socialistes ont tenté d'ouvrir la neutralité de l'Etat: les services publics, l'enseignement – les cours de religion devraient sortir des horaires, pour devenir un réel choix de l'élève…. Les 8 années de gouvernement sans les sociaux-chrétiens ont fait un bien fou à la société belge.

DH: Par exemple?

PG: Le droit de la femme à disposer d'elle-même, le mariage homosexuel, l'adoption des enfants pas des couples homos ou non mariés, la protection successorale de l'enfant né hors mariage… Mais aussi le droit à mourir dans la dignité, l'euthanasie.

DH: Tout va donc pour le mieux?

PG: Quand même pas! L'euthanasie est plus pratiquée en Flandre qu'en Wallonie. Alors que la Belgique est le deuxième pays d'Europe où la religion n'est pas considérée comme importante par les gens, le réseau catholique y est surreprésenté. Autre exemple, aux vœux du Roi, le cardinal Danneels était tout près de lui, tandis que les autres cultes étaient au douzième rang…

DH: Le cardinal est un homme fort respecté…

PG: Bien sûr! Il est intelligent, très respectueux de l'opinion d'autrui et est une personnalité de dialogue.

DH: Vous êtes président du CAL depuis deux ans et demi: qu'avez-vous réalisé?

PG: J'ai d'abord établi le constat que la laïcité avait vieilli et s'était enfermée sur elle-même. Elle devrait, au contraire, s'ouvrir. Sur l'Europe, par exemple. Deuxième constat: sur les 324 associations laïques, une seule est axée sur la jeunesse. Il faut faire de nouvelles propositions aux jeunes et je m'y emploie. Troisièmement, je citerais la nécessité de construire une fédération humaniste européenne...

Je ne suis pas l'ami du Hamas!

DH: Depuis 20 ans, vous êtes aussi président des amitiés belgo-palestinienne: au CAL, certains auraient aimé que vous en démissionniez…

PG: Je sais, mais je ne vais pas changer de position pour le seul plaisir de faire du consensualisme. J'observe aussi que la Communauté juive est toujours bien présente dans la CAL.

DH: Quelle est la réelle signification de cette présidence?

PG: Je suis favorable au droit des Palestiniens à l'autodétermination. Parallèlement, je défends le droit d'Israël à l'existence.

DH: Cette présidence est en soi, une prise de position?

PG: Elle ne signifie nullement que je suis l'ami du Hamas!

DH: Et votre récente présence à la manifestation pour Gaza?

PG: Je n'ai pas hésité à m'y rendre. J'ai toujours été un homme engagé, avec les avantages et les inconvénients que cela représente, dans un cas précis comme celui que vous évoquez. Cependant, en me rendant à cette manifestation, que je sache, je ne me suis pas mis en opposition avec mon combat en faveur des droits de l'Homme…

22/02/2009

KAREL GACOMS, A PROPOS DE LA CRISE DE L'AUTOMOBILE: "OU SONT LES SOCIALISTES?" (DH 22-02-09)

karel gacoms - DH 22-02-09.jpg

Il y a pile douze ans, on ne voyait que lui, on n'entendait que lui: Karel Gacoms, délégué syndical FGTB,  l'homme qui a incarné la lutte de Renault Vilvorde. Depuis, il a quitté le devant de la scène, mais poursuit ses combats, comme secrétaire provincial de la FGTB Métal.

La Dernière Heure: Où en est-on à Renault Vilvorde, depuis février 97?

Karel Gacoms: Au départ, 400 emplois ont été préservés. Aujourd'hui, il y a encore 150 ouvriers et 50 employés, mais seuls, 50 emplois vont rester. C'est la fin de Renault Vilvorde. D'autant que Sarkozy aidera la firme, mais uniquement en France. C'est "chacun pour soi"!

DH: D'autres constructeurs suivent la même voie…

KG: La Belgique n'a pas de centres de décision et la sous-traitance se situe aussi ailleurs.

DH: Et pour Opel?

KG: On attend que les Landers allemands bougent. Sans cela, le gouvernement flamand ne fera rien. Le public ne mettra plus l'argent dans l'industrie.

DH: On ne sent pas la même mobilisation qu'en 97…

KG: C'est exact! A l'époque, en Flandre, l'économie était florissante et une fermeture d'entreprise, comme Renault, était l'exception. En Wallonie par contre, Clabecq n'était pas une exception.

DH: Où est le nœud du problème?

KG: Nul n'a imaginé cette crise. Et personne n'a de réponse aux problèmes du capitalisme. Voyez à la FGTB: fin 2008, on a encore organisé une grève générale pour l'amélioration du pouvoir d'achat. Ce fut un échec total. A "Métal" d'ailleurs, nous n'y avons pas participé.

DH: Quelles mesures préconiseriez-vous?

KG: Arrêtons de sauver les banques, les épargnants et les actionnaires! Les travailleurs ont besoin d'aide. Or, leurs patrons n'ont pas commis d'erreurs, comme Schweitzer, chez Renault.

DH: L'automobile est la plus touchée?

KG: Non, le chômage économique vient de frapper la sidérurgie et le non-ferreux. Quant à l'achat d'autos ou de camions, il s'agit d'investissements que les gens retardent facilement. Ce secteur a connu un grand boum, avec pénurie de main d'œuvre en Flandre et surcapacité.

DH: Combien de personnes pourrait frapper la crise?

KG: Un demi million!

DH: On va revivre la crise de 74…

KG: Elle avait débouché sur le sauvetage du budget et de l'ONSS, durant les années 80. C'était l'époque des sauts d'index, sous Martens. Les efforts ont été payés par les travailleurs. Quand je vois tout le pognon en Belgique et tous ces gens qui partent skier…

DH: Selon vous, personne n'avait prévu la crise?

KG: Où est la gauche: je cherche les socialistes? Les gens sont assommés et il n'y a aucun mot d'ordre, ni du côté syndical, ni dans les partis. 

On est loin du beau rêve flamand!

DH: La crise de l'automobile touche surtout la Flandre…

KG: On est loin du beau rêve d'une grande région flamande européenne. En Flandre, les gens retombent les pieds sur terre. Les Flamands doivent se souvenir que la Wallonie a aussi eu sa crise…

DH: Croyez-vous que cela va influer sur le communautaire?

KG: Nous vivons dans un pays où se côtoyent deux opinions publiques: les réactions sont différentes, les partis politiques sont divisés… Même ma centrale métallo s'est scindée.

DH: L'institutionnel va-t-il nous sauver?

KG: Selon moi, il convient de donner plus de moyens aux régions. Il faut trouver une solution aux problèmes institutionnels. Mais j'avoue que la majorité de mon syndicat ne pense pas la même chose…

ROBERT WTTERWULGHE, A PROPOS DE LA CRISE DE l'AUTOMOBILE: "NOUS N'AVONS RIEN VU VENIR!" (DH 17-02-09!

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En janvier, avec 355.000 voitures neuves vendues en moins, la perte est de 27%, par rapport à 2008. Aucun des 28 pays étudiés n'échappe à ce recul. Nous avons demandé son analyse à Robert Wtterwulghe, professeur d'économie à l'UCL.

La Dernière Heure: Pourquoi l'automobile est-elle si touchée?

Robert Wtterwulghe: C'est un des meilleurs indicateurs de dépenses des ménages et de consommation. Les autres secteurs ont un effet-retard et ralentissent plus lentement. Autre caractéristique, la visibilité du secteur auto et le fait qu'il compte le plus d'emplois en Europe…

DH: En quoi cette baisse peut-elle se révéler grave?

RW: Dans le secteur automobile, un employé qui se retrouve au chômage entraîne quatre et demi, voire cinq autres travailleurs, provenant surtout de PME.

DH: Pourquoi la Belgique est-elle à ce point frappée?

RW: Notre seule valeur ajoutée est la qualité de nos ouvriers. Il n'y a plus de créativité et d'innovation: il suffirait de démonter nos usines et de les reconstruire ailleurs. De plus, les constructeurs préfèrent fermer des usines en Belgique que chez eux.

DH: Pourquoi n'a-t-on rien fait?

RW: Nous n'avons pas vu venir. Le problème se poserait sans la crise. Il y a déjà eu Renault Vilvorde, VW Forest, Ford Genk…

DH: La Flandre est aussi touchée?

RW: Récemment, le ministre-président flamand, Kris Peeters, a attiré l'attention sur le fait que sa région ne pouvait se sauver seule et qu'il fallait trouver des outils, au niveau de l'Europe. C'est un revirement…

DH: Où le bât blesse-t-il?

RW: En Europe, il n'existe pas de politique économique et chaque état a tendance à jouer seul. C'est le sauve-qui-peut.

DH: Que faire?

RW: Toute l'Europe est attaquée et, de plus, le marché européen est interdépendant: si un pays tombe, les autres ressentiront la secousse. Il faut organiser une politique globale, en analysant les coûts et en décidant des sites qu'il vaut mieux fermer. Cela permettra une politique homogène. Un peu comme la CECA…

DH: Plus généralement, que faut-il faire pour que les travailleurs restent dans les entreprises?

RW: Celles-ci doivent être performantes, sans être subsidiées par l'Etat. On peut augmenter les salaires en diminuant les coûts. Sait-on qu'un travailleur qui gagne un 1 € coûte 2,4 € à l'entreprise? Pour diminuer ce chiffre, il convient de baisser le circuit de distribution de la sécurité sociale et d'éviter les structures parasites.

DH: La qualité de notre sécurité sociale n'en pâtira-t-elle pas?

RW: Je vais faire hurler dans les chaumières, mais la privatisation est une solution. On pourrait aussi "pomper" sur les plus gros salaires…