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24/07/2011

EDITO: MERCI SIRE - DANK U SIRE (DH 22-07-11)

Des proches nous ont avoué que le discours d’Albert II leur avait arraché quelques larmes. Trop de mois passés à se demander de quoi l’avenir de la Belgique serait fait. Trop de mois à se lever en apprenant que tel politique assassinait tel autre par une phrase bien sentie, le second répondant au premier par une formule meurtrière. L’ex-présidente du CD&V, Marianne Thysen, fut la première à mettre les pouces. Sa consœur du SP.A, Caroline Gennez, l’imitera bientôt. “Marre des mensonges”, a-t-elle justifié. Si ces deux femmes s’en vont, dégoûtées, ne restera-t-il que des dégoûtants, pour reprendre la formule d’un défunt crocodile ? “Non !”, a martelé le Roi mercredi midi. Un message fort, que certains ont écouté en boucle et qui a permis à ceux qui le voulaient bien de s’y retrouver dans cette peu ragoûtante mélasse. Avec l’aide d’Elio Di Rupo qui, jusqu’à plus ample informé, s’est battu comme un lion. Si le formateur réussit son pari, bravo à lui. Mais nul ne doit oublier le rôle du Roi. Discrétion, patience, détermination… Jamais Albert II n’a baissé les bras. À certains moments, d’aucuns l’ont trouvé las, d’autres découragé. Peut-être… Pourtant, il a toujours tenu bon. Jusqu’à mercredi donc où, la rage au cœur, il a joué son va-tout, avec ce discours historique. On n’ose imaginer qu’il doive abattre, demain, une autre carte. Son jeu n’est pas infini. Mais avant de craindre le pire, profitons de la bouffée d’air frais qu’il nous a offerte. Merci Sire – Dank U Sire.

UNE COLERE ROYALe (DH 22-07-11)

La gestuelle du Roi, lors du discours du 20 juillet, en disait très, très long...

Le discours d’Albert II était d’une incroyable force. Nous avons interrogé Guy Delhaye, répétiteur de prise de parole en public, et lui avons demandé d’analyser l’allocution du Souverain belge.

Par quoi avez-vous été frappé, en écoutant le Roi ?

“Il a parlé 12 minutes, dont 10 ont été consacrées à la situation du pays. C’est le temps pour qu’un auditoire reste attentif et que personne ne décroche.”

Vous avez également été attentif à la gestuelle d’Albert II ?

“Comme à son habitude, il était calme et posé. Cependant, il avait un regard extrêmement fixe : il regardait ses interlocuteurs, dans les yeux. On sentait son regard.”

Et le ton ?

“À plusieurs reprises, le chef de l’État en a changé. Il l’a fait lorsqu’il voulait marquer certains moments. Sa diction était alors découpée, pour insister sur l’urgence et l’importance de ce qu’il disait.”

Comme d’autres, vous avez retenu qu’il a utilisé des mots forts ?

“Exactement. Ainsi le mot exhorté qu’il a utilisé à deux reprises, ou exacerbé et affligé. Des mots peu utilisés mais qui renforçaient le propos.”

N’est-ce pas un peu élitiste ?

“Non ! Si des téléspectateurs ne connaissent pas ces mots, ils auront compris qu’Albert II les avait choisis avec précaution.”

Avez-vous retenu d’autres mots ?

“Des expressions plutôt. Comme vrai courage. Il faut la prendre en songeant à son contraire : poltronnerie, couardise.”

Vous avez également observé les mouvements de ses mains ?

“On le sait, la gestuelle renforce le poids des mots. Dès le début, Albert II avait les mains jointes et les doigts croisés. Puis, ses paumes se sont fait face. À un moment bien précis de son discours, il a subitement écarté les mains : c’était lorsqu’il présentait sa solution. Ensuite, il a repris une gestuelle plus calme et s’est mis à soulever les mains, puis à les rabattre sur la table.”

Autre moment fort, celui où il a pointé l’index vers la table...

“Comme pour dire : je le veux. Les gens attendaient et avaient besoin d’une telle motivation.”

Que retenez-vous de manière générale ?

Albert II a répondu au ras-le-bol de la population, tout en mettant en garde la classe politique contre tout poujadisme. On a assisté à une colère royale.”

ANALYSE DU DISCOURS DU ROI (DH 22-07-11)

Le Roi a délivré un discours poignant, empreint de beaucoup de fermeté. Décryptage des cinq moments les plus forts de son intervention.

Mesdames et Messieurs, chers compatriotes, en cette Fête nationale, j’aurais aimé me réjouir avec vous de la prestation de serment d’un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice. Nous n’en sommes hélas pas là, et je le déplore.

1. Le ton est donné. Ceux qui affirment que le Roi n’a pas de caractère, qu’il est juste bon à recevoir des diplomates, à couper des cordons et à visiter des villages inondés en ont été pour leurs frais. Il est rare que le Souverain s’exprime aussi fermement, mais son royal courroux n’en prend que plus de poids. Enfin, il est inhabituel qu’il choisisse l’ironie.

Entre-temps, pendant cette longue négociation, le gouvernement en affaires courantes a su prendre efficacement les mesures nécessaires pour préserver dans l’avenir proche le bien-être des citoyens.

Toutefois, cela ne diminue en rien l’urgence et la nécessité de former un gouvernement investi de pleines responsabilités et qui devra réaliser les réformes structurelles nécessaires dans les domaines institutionnel et socio-économique. De là mon nouvel appel à tous les citoyens et en premier lieu aux responsables politiques.

Un célèbre constitutionnaliste anglais, Walter Bagehot, précisait les prérogatives de la monarchie constitutionnelle comme suit : le droit d’être informé, le droit d’encourager et le droit de mettre en garde.

Ces derniers mois, dans mes audiences, j’ai beaucoup utilisé les deux premières prérogatives : être informé et encourager. Avec vous, je voudrais à présent faire usage publiquement, en toute transparence, de la troisième prérogative : le droit de mettre en garde.

Je le fais fortement et avec conviction pour les raisons suivantes :

Premièrement. Comme un très grand nombre de Belges, je suis affligé par la plus longue durée, de mémoire d’homme, de formation d’un gouvernement. Cela crée chez beaucoup d’entre vous un sentiment d’inquiétude quant à l’avenir. J’ai pu m’en rendre compte lors de mes visites dans les différentes Régions.

2. La phrase la plus forte. Albert II n’utilise pas le substantif crise, mais on sent bien qu’il l’a sur le bout de la langue. C’est le mot affligé qui donne son poids à cette affirmation. Le Roi n’est pas triste, pas déçu, mais affligé : causer une profonde douleur morale, un grand chagrin, selon Larousse. Enfin, si la formulation de la phrase n’est pas très heureuse, l’utilisation de affligé permet de l’oublier.

Deuxièmement. La durée de cette crise suscite aussi, dans une grande partie de la population, de l’incompréhension vis-à-vis du monde politique qui n’apporte pas de solution aux problèmes. Cela risque de développer une forme de poujadisme qui est dangereuse et néfaste pour la démocratie.

Troisièmement. 3 Si cette situation perdure longtemps encore, elle pourrait affecter de façon négative et très concrète le bien-être économique

et social de tous les Belges. Il faut en être bien conscient.

3. Oublions vite le “perdure longtemps”, redondant. Nous sommes à l’os du message royal : le lamentable spectacle que nous offrent nos dirigeants risque de frapper de plein fouet le citoyen. C’est sans conteste ce qui “afflige” le plus Albert II. Que le monde politique s’amuse, par des ultimatums, des deadlines, des invectives de cour de récré, soit ! Que les Belges en paient l’addition,non !

Quatrièmement. Un des atouts importants de la Belgique, depuis la Seconde Guerre mondiale, est son rôle au sein de l’Europe. Cela nous a valu de devenir de fait, comme pays, la capitale de l’Europe et de jouer un rôle moteur dans cette formidable aventure qu’est la construction européenne. Notre pays, avec sa diversité culturelle, était considéré d’une certaine manière comme un modèle pour l’Union européenne.

Notre situation actuelle crée de l’inquiétude auprès de nos partenaires, et pourrait endommager notre position au sein de l’Europe, voire l’élan même de la construction européenne déjà mis à mal par les eurosceptiques et les populistes.

4. Après avoir affirmé que la crise pourrait toucher le citoyen, le

Souverain fait allusion à l’image

de la Belgique, écornée par les

simagrées des politiques. Et,

plus grave, par le fait que la

construction européenne risquerait

de s’en ressentir. Du

genre : “Messieurs, l’Europe (voire

le monde) nous regarde !” Non

seulement la Belgique, régulièrement

citée en exemple pour

la souplesse de son organisation, i

nquiète l’Europe mais,

plus grave, elle pourrait bien

être le grain de sable qui nuit à

la stabilité de celle-ci. Quant au

mot eurosceptique, il est impossible

de ne pas y voir une

pierre dans le jardin de Bart De

Wever, lequel se vante de l’être.

Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle, si je ne rappelais pas solennellement les risques qu’une longue crise fait courir à tous les Belges, et si je n’exhortais pas à nouveau tous les hommes et toutes les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes.

Comme je le rappelais à l’occasion de la Noël, et je cite : “Dans la recherche de cet accord raisonnable, il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l’obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions. Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvegarder le bien-être de la population, et pour rétablir la confiance au sein du pays. C’est cela que tous nos concitoyens attendent.” Fin de citation.

Mais les citoyens ne doivent pas seulement exhorter leurs représentants à prendre les décisions courageuses qui s’imposent. Ils doivent aussi s’efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos Communautés en faisant des pas concrets vers l’autre, en parlant sa langue, en s’intéressant à sa culture, en essayant de mieux le comprendre. C’est là une forme importante de la citoyenneté moderne.

5. Ici, ce sont les francophones qui sont directement visés. Ceux qui méprisent la Flandre

et refusent, par exemple, d’apprendre

le flamand. Ce faisant,

ils négligent une forme importante

de la citoyenneté moderne,

dixit le Roi. Celui-ci ne

tance pas seulement le monde

politique, il pointe le doigt en

direction de chacun de nous.

Par ailleurs, nos problèmes internes ne doivent pas nous conduire vers un repli égoïste sur nous-mêmes et nous faire oublier le monde qui nous entoure. À ce propos, je voudrais partager avec vous l’émotion que j’ai ressentie lors de la remise du prix Roi Baudouin pour le développement au médecin congolais Denis Mukwege. Dans des conditions très difficiles, il soigne et vient en aide aux femmes qui sont victimes de terribles violences dans l’est du Congo. J’appelle notre pays, l’Union européenne et les Nations unies à travailler efficacement avec les autorités du Congo, et des pays voisins, pour mettre fin à ce drame. Nous ne pouvons pas rester indifférents à de telles situations.

Mesdames, Messieurs, chers concitoyens, C’est avec le ferme espoir de voir bientôt prendre fin cette trop longue période d’instabilité politique que la Reine et moi, et notre famille, nous vous adressons nos meilleurs voeux pour une vraie Fête nationale qui rapproche tous les citoyens.