Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

08/11/2009

JEAN DEFRAIGNE, MINISTRE D'ETAT ET PERE DE CHRISTINE: "REYNDERS A LAISSE POURRIR LA SITUATION!" (DH, 08-11-09)


defraigne-reynders.jpg

La Dernière Heure : À propos de la récente guerre ouverte qu’il a connue, pourquoi le MR n’a-t-il pas lavé son linge sale en famille ?

Jean Defraigne : Il ne s’agissait pas de linge sale, comme vous dites. Ceux qui se sont exprimés ont posé un problème.

DH : Un problème très personnalisé…

JD : Didier Reynders a laissé pourrir une situation. Au lendemain des élections de juin, il aurait dû mettre tout le monde autour d’une table pour tirer les conséquences de l’échec électoral.

DH : Les rebelles se sont exprimés en rafale. On ne savait plus très bien où ils voulaient en venir…

JD : D’abord, je n’aime pas le mot « rebelles ». S’il y avait vraiment eu un putsch, il y aurait eu une invasion de l’immeuble du parti. Ils n’ont jamais remis en cause ni l’intelligence, ni la capacité de travail du président, mais bien son cumul. Président de parti et vice-Premier ministre sont des métiers différents.

DH : On a vu certains opposants au début de la crise, puis d’autres sont venus pour parler avec le président. Pourquoi ?

JD : Si vous faites allusions aux premières interviews de Jacqueline Galant et Jean-Paul Wahl, je vous rassure : ils n’ont eu aucun contact, avant leurs interventions. Rien n’était prémédité.

DH : Il y avait aussi une certaine Christine Defraigne ?

JD : Elle n’a pas besoin de directives pour s’exprimer. Ses déclarations n’étaient pas ad nominem.

DH : C’est difficile à croire…

JD : Et pourtant, c’est comme cela !

DH : Sur la fameuse lettre donnée à Didier Reynders, on trouve énormément de laïcs : n’en est-on pas revenu à une bataille rangée entre laïcs et cathos ?

JD : (il réfléchit longuement) Vous trouvez que Gérard Deprez est laIc ?

DH : Oui, mais les autres ?

JD : Je n’ai jamais songé à cet aspect-là. Mais je ne crois pas qu’il s’agit de cette coupure-là.

DH : Pour en revenir au cumul de Didier Reynders, il n’était pas nouveau : vous aviez voté pour…

JD : Il s’est posé de manière plus aiguë avec la crise. Didier Reynders a fort bien agi, durant la crise financière, mais quand il s’exprimait, on ne savait plus s’il le faisant en tant que président ou comme ministre des Finances.

DH : On ne cesse de dire : « Didier Reynders possède une intelligence supérieure, mais… » Mais quoi ?

JD : Il devrait être plus proche des gens et aller au-delà du rideau de conseillers qu’il a autour de lui.

DH : Oui, mais si vous deviez résumer les reproches qui lui ont été adressés ?

JD : Il n’écoute pas assez et il a commis un certain nombre de maladresses, comme celle d’entrouvrir la porte, puis de la refermer.

DH : Que pensez-vous de l’accord intervenu ?

JD : L’idée d’une « coprésidence » est bonne. Mais c’est temporaire.

DH :Reynders et Borsus vont-ils bien cohabiter ?

JD : Je ne connais pas Willy Borsus. Je sais pourtant que c’est un homme de terrain, qu’il est précis et intervient toujours à bon escient.

DH : Ne va-t-on pas se retrouver comme à l’époque des ducs – Duquesne et Ducarme – qui intervenaient en sens divers et contradictoirement ?

JD : Ici, il y a un partage clair des tâches.

DH : Certains évoquent aussi l’époque où Louis Michel était président : l’ambiance était très dure…

JD : Je ne vous pas à quoi l’on fait allusion. Moi aussi je crie parfois…

DH : Dans une interview, Didier Reynders dit que cette période a été humainement très dure…

JD : Croyez-vous qu’il est le seul à pouvoir le dire ?

 

Si la Belgique éclate, la Wallonie doit devenir une région de France !

DH : Vous êtes connu pour être rattachiste ?

JD : Je ne souhaite pas que la Belgique éclate. Cependant, si un jour le problème devait se poser, la Wallonie devrait devenir une région de France. Il y va de l’intérêt de la Wallonie. Parce que, si la Wallonie devenait indépendante, elle serait moins importante que le Grand-Duché.

DH : Cela va-t-il dans le sens de l’histoire et du raffermissement de l’Europe ?

JD : Je lis énormément et l’enseignement de l’histoire nous apprend à relativiser les événements. Voyez la Révolution française, la Révolution russe…

DH : Quand le JT a évoqué l’éventuelle fin de la Belgique, les gens étaient catastrophés…

JD : L’erreur a été de poser le problème de manière émotionnelle. Pour les gens, ce n’était pas de la fiction. Un panneau a d’ailleurs dû être inséré, en cours de programme. Je le répète : je ne souhaite pas la fin de la Belgique, mais si cela devait se produire, la Wallonie aurait tout intérêt à devenir une région de France. Et cela, pas parce que les Français sont parfaits.

26/10/2009

P. DELWIT, A PROPOS DU MR: "LE MAL EST FAIT!" (DH 26-10-09)

delwit.jpg

La Dernière Heure: Ce qui se passe au MR est-il causé par le fait que ce parti est un assemblage de différentes formations politiques?

PD: Oui, puisqu'on voit par exemple que tous les cadres qui comptent au MCC contestent, tandis que le FDF est uni derrière Didier Reynders. Cet élément joue donc, mais ce n'est pas le seul.

DH: A quoi conduit cette première constatation?

PD: On peut remarquer que le FDF a bien sa place au sein du MR, tandis que le MCC ne l'a pas.

DH: Quelle difficulté rencontre donc ce mouvement?

PD: Depuis Jean Gol, le parti a tenté d'avancer vers une fusion, mais sans conclure. La formation du MR ne devait être qu'une étape, et on est pourtant loin d'une formation intégrée. C'est une situation "entre deux" qui a peu de chance de fonctionner à long terme…

DH: Voyez-vous des points de ressemblance avec ce qui a pu se passer dans le passé, au sein du MR?

PD: Le MR a toujours été un parti où le poids des personnalités était important. Qu'on se souvienne des conflits entre Damseaux et Gol, entre Ducarme et Gol ou entre Ducarme et Duquesne, derrière lequel se trouvaient Jean Gol, Louis Michel…

DH: Quel est le nœud du problème entre les ténors de chaque camp?

PD: Je pointerais un élément de stratégie personnelle, les approches de Louis Michel et de Didier Reynders étant fort différentes. Le premier met en avant sa capacité à nouer des alliances, tandis que le second, comme Jean Gol, veut s'imposer par ses résultats électoraux.

DH: Or, les résultats ne sont pas là…

PD: En Belgique, la règle du jeu veut de plus en plus que le président d'un parti porte le poids d'une victoire comme celui d'une défaite.

DH: Il y a aussi le cumul…

PD: A l'échelle belge, c'est un fait exceptionnel, mais il y a d'autres exemples: Milquet au CDH, et il y a peu, Di Rupo au PS.

DH: Pareils cumuls existent pourtant dans d'autres pays…

PD: Oui, mais en Belgique, ils sont difficilement praticables, en raison des différents niveaux de pouvoir. Le fait d'être dans l'opposition à un étage, et dans la majorité à un autre trouble la visibilité...

DH: La stratégie des opposants, qui sont montés par à-coups, n'est-elle pas curieuse?

PD: Non, parce que leurs déclarations ponctuelles ont été coordonnées, de même que les répliques…

DH: Les deux camps sont obligés de trouver une solution…

PD: Trouver un moyen terme ne sera guère aisé. Mais le statu quo actuel ne peut durer.

DH: Ce samedi, les commentateurs semblent avancer deux noms: Daniel Bacquelaine et Willy Borsus?

PD: Oui, mais il s'agit de deux personnalités fort marquées et donc difficilement acceptables par chacun des deux camps.

DH: Et l'offre de médiation faite par Richard Miller?

PD: Il a l'avantage, lui, d'être proche des deux camps. Cela peut donc être une voie…

DH: Tout cela va laisser des traces?

PD: Le mal est fait!

DH: C'est-à-dire?

PD: Il va y avoir des traces, en interne d'abord, comme entre Christine Defraigne et Dominique Tilmans, mais dans l'opinion aussi. Remonter la pente sera difficile…

DH: Vous songez aux prochaines élections fédérales, en 2011?

PD: Elles auront lieu dans 19 mois. C'est à la fois très proche et très lointain. Il faut aussi voir comment va évoluer la crise et les négociations sur BHV. Mais redonner une image d'unité va prendre du temps.

22/10/2009

MICHEL JADOT: "IL EST PLUS AISE DE PARLER DE BUDGET 2010, SANS PARLER DE 2015" (DH 11-10-09)


jadot_michel.jpg

Patron du ministère de l'Emploi de 1994 à 2008, Michel Jadot est ce que l'on appelle "un grand commis de l'Etat". Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il y a un an, il a été désigné président de la conférence nationale des Pensions. C'est à ce double titre que nous l'avons interrogé.

La Dernière Heure: Le budget semble avancer sans trop de heurts...

Michel Jadot: Le Premier ministre est confronté à une situation grave, mais il a décidé de ne pas s'engager dans une politique à long terme. Ceci étant dit, la réalité reste présente: il lui faudra trouver des mesures pour l'horizon 2015.

DH: Vous comprenez sa manière de travailler: sur le court terme?

MJ: Tout à fait! Même si l'exercice actuel est facile. Je veux dire qu'il est aisé de parler de 2010, sans parler de 2015…

DH: Vous comprenez cette tactique?

MJ: Personnellement, en 30 ans d'activité, je n'ai jamais connu de crise aussi grave. Car, même si la crise financière est derrière nous – ce n'est même pas certain –, la crise sociale est bien là. Je comprends dès lors que Herman Van Rompuy avance prudemment.

DH: Vous voulez dire qu'il y a tellement de problèmes qu'on ne pourrait les résoudre en une fois?

MJ: C'est un peu cela. La situation du chômage est grave, tandis qu'en matière de soins de santé, il reste des économies à faire. Sans recettes, on n'arrivera à restaurer ni l'équilibre de la sécu, ni le climat social.

DH: En parlant de recettes nouvelles, vous songez à d'autres domaines?

MJ: Bien sûr! Je pense à la lutte contre la fraude fiscale: on en parle depuis des décennies. Je songe aussi à rogner sur les intérêts notionnels, ce qui pourrait rapporter quelques centaine de millions. Et il reste bien d'autres questions: va-t-on taxer les banques? Va-t-on faire payer l'électricité (avec le risque qu'Electrabel répercute cela sur ses tarifs)? On peut aussi parler des impôts indirects, mais ils frappent les gens de manière identique. Souvenons-nous qu'en 1993, on avait prévu un impôt qui ne touche pas les revenus moyens…

DH: Voyez-vous venir un impôt sur les revenus?

MJ: On n'y échappera pas, mais pas tout de suite… Sans cela, on ne parviendra pas à redescendre sous le seuil des 3% voulus par l'Europe.

DH: Vous êtes président de la conférence nationale des pensions: où en êtes-vous?

MJ: Cette conférence est subdivisée en trois groupes de travail: la pension légale, la pension complémentaire et l'épargne-pension. Ces groupes ont tenu plus de 30 réunions avec des experts comme la Banque Nationale, la CBFA, le Bureau du Plan, les universités… Un rapport intermédiaire devrait sortir d'ici quelques semaines. Et nous devrions proposer des recommandations pour la fin 2009, début 2010. Nous travaillons sur le long terme, nous!