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12/01/2013

L'INTEGRALE DE L'INTERVIEW D'ERIC VAN ROMPUY SUR LE DISCOURS DU ROI ET BART DE WEVER (PARIS MATCH 03-01-13)

Le discours de Noël du Roi a été abondamment commenté. Nous avons demandé à un politique flamand, Eric Van Rompuy (CD&V) quel était son avus l'allusion aux "années 30" et au "populisme" qu'Albert II citait dans son allocution et qui lui avaient valu les foudres de Bart De Wever…


Paris Match: Suite au discours d’Albert II, selon un sondage, plus de la moitié des Flamands sont pour un Roi sans pouvoir. Vous aussi ?

 

Eric Van Rompuy: Je suis aussi favorable à un Roi sans pouvoir car, dans les faits, il n'en a pas. Ce que la N-VA combat, c'est son rôle dans la formation des gouvernements: or ceci ne figure pas dans la Constitution. On pourrait, par exemple, charger de cette mission le président de la Chambre. Selon moi, le rôle du Souverain est important car il y a 2 sensibilités différentes en Belgique et parfois, six ou huit partis qui forment la coalition au pouvoir.

 

Paris Match: Comment jugez-vous le discours d’Albert II et son parallèle avec les discours populistes et les années 30, qui a vu la montée du nazisme ?

Eric Van Rompuy: En entendant le discours, je songeais au football et me disais qu'Albert II venait de donner un centre qui allait permettre à De Wever de marquer un but de la tête. Je trouvais fort maladroit de mettre l'allusion aux années 30 dans un discours. Au CD&V, nous savons fort bien  que la N-VA essaie de faire de la démagogie, à propos de chaque mot, de chaque phrase de ce que dit le Roi. Son entourage aurait dû le mettre en garde. Dans le passé, le Souverain avait déjà fait allusion aux années 30, mais c'était dans un tout autre contexte: celui de la grande crise. À l'époque, il était inattaquable. Les gens doivent savoir que la N-VA est malhonnête et que certains médias en sont devenus les relais. Le climat est épouvantable…

 

Paris Match: Le Roi a-t-il été trop loin ?

Eric Van Rompuy: Personnellement, ce qu'il a dit ne me gêne pas. Cependant, il ne faut pas donner des occasions à la N-VA de se faire entendre, en utilisant des petites phrases qui, fondamentalement, ne changent rien. Cette fois, on a donné un alibi à la N-VA pour s'en prendre au roi. Quand Joëlle Milquet et Laurette Onkelinx s'en prennent à la N-VA, elles font de la propagande pour ce parti. Les francophones doivent se rendre compte qu'en Flandre, les partis traditionnels sont constamment sur la défensive face à la N-VA.

 

Paris Match: N’a-t-il pas raison ? Quels sont, pour vous, les vrais desseins de la N-VA et de Bart De Wever ? Les statuts de la N-VA prônent purement et simplement la disparition de la monarchie. Et vous ?

Eric Van Rompuy: Ce parti espère mettre sur la table la scission de la dette, de l'IPP… Il veut que la Belgique soit composée de deux communautés. De Wever va rester bourgmestre d'Anvers et de là, il va essayer de démolir l'état belge. Heureusement, on n'en est pas là. En Flandre, le secret le mieux gardé est que la N-VA est pour le confédéralisme, mais elle ne dit pas vraiment qu'elle veut la fin de la Belgique. Les autres partis flamands ne sont pas pour la scission de la sécu: ils ne veulent pas mettre en danger les 350 milliards qu'elle représente. Or, la N-VA fait tout pour miner la Belgique et le Roi: ils savent que, dans l'opinion publique flamande, le roi est encore très respecté… C'est une stratégie d'hypocrisie : ce parti ne veut pas vraiment la fin du pays, mais fait tout pour le miner. Il espère arriver à 35% aux prochaines régionales et être incontournable pour former un autre gouvernement flamand: comme à Anvers, où il s'est mis en majorité avec le CD&V de Marc Van Peel. S'ils parviennent à ce score, ils vont nier les institutions parlementaires nationales et travailler entre la région flamande et la région wallonne, sur le confédéralisme. Ils scinderont tout, sauf l'armée, sauf une partie de la justice et, à la limite, le roi restera symboliquement…

 

Paris Match: De Wever a déclaré : "Le souverain doit être au-dessus de la mêlée politique afin de pouvoir représenter l'ensemble de la nation. (...) Mais Albert II ne remplit pas correctement ce rôle. Il a choisi le chemin d'une royauté de division. Son message de Noël en constitue un triste sommet". Votre commentaire ?

Eric Van Rompuy: C'est totalement faux. Je n'ai aucune critique à émettre sur la manière dont Albert II a trouvé une solution pour qu'on arrive à former l'actuel gouvernement. C'est De Wever qui n'a pas voulu du gouvernement Di Rupo. C'est le même qui vit de la polarisation et tente de diviser les Flamands pour mettre fin à la Belgique. Il veut montrer que le Roi a choisi le camp des francophones… C'est donc bien lui qui divise. Reste que le Roi doit être fort circonspect... En janvier, il va livrer son discours aux corps constitués et devra être prudent: pareils discours sont des choses qui relèvent du passé. En Flandre, on appelle cela un "curiosum".

 

Paris Match: De Wever fustige également le Premier ministre, Elio Di Rupo, qui a contresigné le discours du souverain, lui accordant ainsi la couverture du gouvernement. Votre avis ?

Eric Van Rompuy: Je ne sais ce qui s'est réellement passé. Du Rupo, qui connaît bien De Wever, aurait dû savoir que celui-ci allait tenter d'utiliser cette partie du discours. Je considère que c'est un bon Premier ministre.

 

Paris Match: Voyez-vous une menace de Bart De Wever quand il déclare: «Léopold III a voulu poser des choix politiques et ceux-ci ont mené le pays au bord de la guerre civile.»

Eric Van Rompuy: Ça, c'est typiquement du De Wever qui fait des déclarations fracassantes et tente de convaincre que le Roi est contre les Flamands. Ici, la comparaison est dangereuses et le contexte historique est faux. De Wever est un démagogue et la presse flamande le soutient.

 

Paris Match: Que doit faire le Roi?

Eric Van Rompuy: Je le répète, le Roi doit être excessivement prudent parce que certains tentent tout le temps d'utiliser ce qu'il dit. Jusqu'à présent, le gouvernement a bien fonctionné, dans sa première année. Et il doit continuer, dans la même voie, jusqu'en 2014. Nous avons notre propre sort en main et devons montrer qu'un gouvernement sans la N-VA peut réaliser du bon travail. L'électeur flamand doit savoir si la N-VA veut participer à un gouvernement fédéral et s'il va mettre sur la table le confédéralisme, c'est-à-dire la scission de la dette, de la sécu… Il faut à tout prix démasquer la N-VA: ce sera notre stratégie. C'est-à-dire expliquer que Bart De Wever veut rester bourgmestre d'Anvers et de là, faire exploser la Belgique…

 

Paris Match: La fin de la monarchie belge, n’est-ce pas la fin du pays ?

Eric Van Rompuy: Les francophones doivent se faire beaucoup de souci. Quand on lit, dans tous les journaux, que le roi s'est trompé, on se rend compte qu'un corps nouveau s'est formé, avec les professeurs d'université, les politologues qui donnent leur avis avant les hommes politiques. Les gens sont très influencés par cette nouvelle caste. Il faut à tout prix prouver positivement que la Belgique peut réformer les pensions, qu'elle est capable de transférer les compétences. Bref, que les crises institutionnelles ont servi à quelque chose… La communication du gouvernement est très importante: or, elle n'est pas excellente. S'il fait beaucoup d'efforts, Di Rupo continue pourtant à avoir un problème avec le flamand. Hier samedi, j'ai écouté l'humoriste Geert Hoste qui a ridiculisé le néerlandais du Premier ministre. Celui-ci ne parvient pas à améliorer sa connaissance de notre langue.

 

Paris Match: Vous dites être considéré comme « un flamingant pur et dur par les francophones » : à l’aube d’une année 2013 délicate, pouvez-vous les rassurer sur l’avenir de la Belgique ou, au contraire, l’avenir s’annonce très sombre ?

Eric Van Rompuy: Très, très sombre! Les francophones doivent avoir peur de ce qui se passe en Flandre. Nos partis traditionnels doivent se battre pour défendre le bilan de la réforme, de la scission de BHV…

 

Paris Match: Que doivent faire les francophones pour que cet avenir soit sauvé ?

Eric Van Rompuy: Ils doivent être très prudent dans ce qu'ils disent et mieux communiquer. Mais c'est aux partis flamands qu'il revient de combattre la N-VA, pas un francophones… Quant une personnalité du sud du pays s'en prend à De Wever, celui-ci joue au Caliméro.

 

Paris Match: Jugez-vous que 2013 sera décisive ou, en tout cas, ultra importante, dans cette optique ?

Eric Van Rompuy: Le gouvernement a déjà un bilan et doit prouver à l'opinion publique qu'il fonctionne bien, après 4 ans d'instabilité politique.

 

Paris Match: Est-il exact que la Belgique est en pleine ébullition et qu’un rien suffirait à faire déborder la marmite ?

Eric Van Rompuy: Tout à fait! La Belgique est en grand danger, c'est clair. Je suis un flamingant et j'estime que la Flandre doit avoir plus d'autonomie, mais dans un contexte belge.

 

Paris Match: Dans ces turbulences, voyez-vous plus rapidement le prince Philippe sur le trône ou, au contraire, retardent-elles son règne, en raison de ce grand danger pour le pays ?

Eric Van Rompuy: Je n'en sais vraiment rien. Ce sont des spéculations. Selon moi, il vaut mieux que le Roi reste jusqu'après 2014…

 

Paris Match: Quel est le vrai danger de Bart De Wever ? Qu’il puisse bloquer le niveau fédéral, à la suite d’un triomphe aux élections de 2014 et obliger la Belgique au confédéralisme ?

Eric Van Rompuy: La voilà, sa stratégie! Il sait que le confédéralisme n'est pas négociable, dans le contexte belge. Il devra donc négocier avec des francophones, c'est-à-dire Elio Di Rupo.  Alors, négocier des choses qu'il n'a pas pu arriver à obtenir pendant 4 ans, cela me semble irréaliste. Encore une fois, son but est d'arriver à faire un pas vers l'indépendance. Je crains une plus grande instabilité que pendant les 4 ans de crise que nous avons connues. J'espère que les partis traditionnels flamands vont pouvoir affronter la surenchère constante de Bart De Wever. Finalement, comme pour toute évolution politique, les médias peuvent créer un homme politique,  mais à la moindre surenchère, ils peuvent lui retomber dessus. Nous devons le faire. Le président de la N-VA met en cause le bien-être des Flamands: en disant pas exemple que la scission de la dette va coûter cher aux Flamands. Il ne faut cesser de le répéter: c'est faux! Au contraire, le séparatisme va diminuer le niveau de vie des Flamands, de 10 à 15%.

 

Paris Match: Vous dites qu’on a frôlé la fin du pays en 2010. Sera-ce dès lors pour 2014 ?

Eric Van Rompuy: Tt dépend des élections. Je suis volontariste. N'anticipons pas. Il y a encore plus de 50% des électeurs qui votent pour les partis traditionnels flamands… Le gouvernement doit mener une politique intelligente et la surenchère de la N-VA va finir par lui coûter: ils sont au-dessus du niveau réel de ce qu'ils représentent.

 

Paris Match: Si le pays finit par éclater, ce sera la faute des francophones ou des flamands ?

Eric Van Rompuy: Il s'agira d'une responsabilité collective: il y a quelques années, aux débats de la RTBF et RTL, j'avais demandé de scinder BHV. On ne m'a pas écouté et l'on a suivi la voie de la polarisation: cela a mené aux élections de 2011, puis on a négocié pendant un an et demi. Grâce a Wouter Beke, on est enfin parvenu à un compromis. Le "non" de Milquet et des autres francophones a permis le jeu de la NVA. Aujourd'hui, la réforme est là, mais l'opinion publique n'est pas satisfaite parce que la crise a été trop longue…

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