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29/12/2012

ALAIN RAVIART SUR LE DISCOURS DE NOEL DU ROI (PARIS MATCH 27-12-2012)

Paris Match: Albert II a-t-il franchi une nouvelle ligne en dénonçant ainsi les discours populistes, notamment en Belgique, et en faisant clairement un parallèle avec les années 1930?

Alain Raviart: Non! En fait, cela obéit à une nouvelle logique. Il faut se souvenir que, pendant la crise des 541 jours, surtout, lors du fameux discours du 21 juillet 2011, mais aussi lorsque Bart De Wever était aux manettes, pendant la crise, le Roi avait déjà frappé assez fort. Il s'agit donc d'une logique de communication du Palais qui désigne clairement son ennemi. Il a déjà franchi ce pas, il y a longtemps. Ce pas-ci en est un nouveau qui en suit d'autres…

 

Paris Match: N'est-ce pas franchement un discours politique contre Bart De Wever dont on sait qu'il n'apprécie pas cette manière de faire?

Alain Raviart: Bien sûr! Non seulement, c'est un discours très politique, mais le Palais sait que cela va être très interprété. N'oublions pas que la N-VA est dans le gouvernement flamand qui lutte contre la crise. En faisant cela si tôt, le Palais installe une grille de lecture, mais il le fait avec beaucoup de plaisir. C'est bien vu! Surtout après la soirée électorale du 14 octobre, où l'on a vu un De Wever exalté avec la marche sur Anvers, le discours du haut de la fenêtre de l'Hôtel de Ville…autant de faits qui en rappelaient d'autres. Le Palais surfe donc sur les rares maladresses du président nationaliste: il souligne en gras, dans le texte, les quelques erreurs de Bart De Wever…

 

Paris Match: Les gens vont-ils percevoir cette stratégie?

Alain Raviart: C'est pour cela que le Palais agit si tôt. Il faudra du temps pour comprendre cette grille de lecture. C'est une mécanique publicitaire: on rappelle un message tous les 3 mois…

 

Paris Match: On peut évidemment penser que, de la sorte, le Roi englobe aussi le Vlaams Belang et le député franco Laurent Louis. Mais, de la sorte, le Roi ne prépare-t-il pas 2014 et, surtout, n'indique-t-il pas  d'où vient le danger au Nord du pays?

Alain Raviart: Le Vlaams Belang n'est plus vraiment le problème. Le problème est clairement l'avenir de la Belgique. C'est pour cela qu'Albert II vise la N-VA. Il n'y a aucune ambiguïté dans ce discours. Le Roi vient de donner le "bang" de départ de la campagne électorale de 2014.

 

Paris Match: Quelles pourraient être les conséquences d'une telle audace politique?

Alain Raviart: Si vous me demandez quels sont les risques, je vous dirais qu'ils sont extrêmement limités parce qu'il ne s'agit pas d'une communication de rupture. Le Palais met toutes ses forces dans la bataille. Même en dévoilant la couronne. Le vrai risque est que, si la N-VA est incontournable en 2014, la situation sera bien compliquée…

 

Paris Match: La Flandre ne risque-t-elle pas de s'en servir? Même des partis modérés pourraient affirmer que le Roi n'a pas à se mêler de la vie politique d'une telle manière?

Alain Raviart: La personne d'Albert II est immunisée, jusqu'à présent: il est resté assez populaire, même en Flandre. Il a une capacité politique et empathique qui fait qu'il peut se permettre ce type de discours. Je crois qu'il serait embêtant pour Bart De Wever d'attaquer le Roi…

 

Paris Match: Un tel discours peut-il se retourner contre le souverain?

Alain Raviart: Je ne crois pas. Comme je viens de le dire, le Roi est encore fort populaire.

 

Paris Match: Quelle pourrait être la réplique de Bart De Wever?

Alain Raviart: Le plus plausible est qu'il ne réponde pas, si ce n'est par une phrase très courte. C'est un jeu très subtil. Je vois cela sous une forme chirurgicale et au bon moment. Ce sera très compliqué pour le président de la N-VA. Il y aura donc sans doute une petite phrase, un jour, dans une interview… Bart De Wever joue avec les peurs et le Palais fait la même chose.

 

Paris Match: Risque-t-on de parler encore à l'avenir du 24 décembre 2012?

Alain Raviart: Ce discours n'est pas aussi important que celui du 21 juillet 2011 – avec les effets de manches. Si De Wever réagit directement, cela pourrait avoir un effet boule-de-neige. Reste qu'il s'agit d'un discours important.

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