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08/12/2012

KIOSQUES REMARQUABLES DE WALLONIE (PARIS MATCH du 8-11-12)

Témoins d'un passé pas si lointain, les kiosques ne sont plus très nombreux en Wallonie. La Région s'emploie à restaurer ceux qui ont survécu…


Dès le deuxième tiers du XIXe siècle, le kiosque à musique s'implante tant en Europe qu'en Amérique latine, aux Etats-Unis et au Canada. Bien que son usage dans les jardins remonte à l'Antiquité égyptienne, en Europe, il prolonge, sur le mode populaire, les pavillons élevés par les aristocrates, dans leurs jardins ou cabinets de verdure, pour écouter de la musique. Le mot "kiosque" lui-même est issu du terme turc kieutch (pavillon de jardin): on ne s'étonnera donc guère que les premiers kiosques fixes de Wallonie aient souvent une touche orientale. Le succès, on peut même dire l'engouement dont ils bénéficient durant près d'un siècle, est intimement lié au développement des sociétés de musique. Durant cette période, les harmonies, les fanfares, les orphéons se répandent dans les villes industrielles, celles de garnison et dans les villages. Les plus anciens sont pourtant édifiés dans les stations thermales ou balnéaires de la côte. Ils se répandent ensuite sur les places, les jardins publics et les boulevards des villes, et sont un lieu de rencontre pour l'ensemble de la population qui vient se divertir au son de prestations musicales des sociétés locales. Les kiosques sont donc également riches du rôle qu'ils ont joué dans la vie sociale, culturelle et économique du XIXe et du début du XXe siècle. 

Vers 1920, la récession économique, les progrès techniques – apparition des podiums et kiosques pliants -, l'amélioration du niveau de vie et le développement d'autres loisirs entraînent progressivement une désaffectation des kiosques anciens, avec les conséquences que l'on devine: abandon, disparition ou destruction pure et simple… Madame Nathalie de Harlez de Deulin, qui a coordonné l'étude sur les kiosques parue dans la Collection "Héritages de Wallonie", ajoute: "La disparition des fanfares, le fait que les villes et communes ne restaurant plus leurs kiosques sont certainement une des autres raisons de leur disparition."

En 1990, l'asbl Qualité-Village-Wallonie se lance dans l'étude des kiosques à musique. La trace de 300 kiosques est retrouvée, dont 86 exemplaires fixes sont encore conservés. L'étude fait l'objet d'une publication par la Fondation Roi Baudouin, dans la collection "Héritages de Wallonie" et ses buts d'information et de sensibilisation à la sauvegarde de ces "témoins méconnus du passé" sont rencontrés. Un inventaire raisonné des kiosques wallons est soumis à l'administration et à la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles faisant des propositions de classement pour 14 kiosques, alors que seulement cinq de ceux-ci bénéficient déjà de cette protection (ils sont situés à Boussu, Braine-le-Comte, Péruwelz, Verviers et Ciney). Quatre classements interviennent alors rapidement: les kiosques de Saint-Mard, Virton, Seilles et Cerfontaine. Des restaurations sont effectuées et des mesures d'entretien sont prises par un certain nombre des quelque 50 communes concernées par l'existence d'un kiosque sur leur territoire.

Aujourd'hui, la remise à l'honneur des fêtes traditionnelles et des marchés, et l'utilisation du kiosque, même lors de manifestations occasionnelles ou à des fins décoratives lui permettent de garder une place au sein de l'espace public.

Verviers, l'Harmonie, son parc et son kiosque

La Société de l'Harmonie fut fondée, le 9 janvier 1829 à l'initiative de Léonard Lecloux dont un élève, Henri Vieuxtemps, devait devenir illustre. En juillet 1833, la Société achète au gendre de William Cockerill, James Hodson, un terrain d'une superficie de deux hectares pour y construire son local et aménager un jardin autour de celui-ci, dans un esprit totalement XIXème: c'est-à-dire de grandes allées, au tracé souple, entourées de larges espaces gazonnés, des promenades agrémentées d'une cascade dans les coteaux, au fond du site. Septante ans plus tard, le parc connaît un remodelage complet et adopte le style des "jardins à la française". Le parc possède en outre de nombreux arbres remarquables.

Le 21 avril 1934, Edouard de Biolley, Président de la Société Philarmonique, pose la première pierre du remarquable bâtiment actuel. Il sera inauguré , le 5 octobre 1935, avec le concours d'Henri Vieuxtemps. De style néo-classique, la bâtisse est édifiée, après un concours, selon les plans de l'architecte bruxellois Louis Spaak, en brique et calcaire peints. La façade principale est constituée de neuf travées sur deux niveaux soulignés par des cordons moulurés, d'un portique à colonnes doriques soutenant l'étage ouvert de hautes baies, séparées également par des colonnes doriques et cannelées, d'un entablement surmontée d'une balustrade, le tout sous bâtière d'ardoise. La façade arrière est éclairée de grandes baies vitrées, dans une structure métallique.

L'Harmonie est dotée d'un salon dit "bleu" et d'une grande salle de bal et de musiques remarquables. Les plafonds sont dotés de panneaux décorés de peintures composées de motifs floraux et antiques dus au Liégeois Joseph Carpay. Terminée par une scène, la salle de bal est scandée d'ouvertures séparées par des pilastres cannelés à chapiteaux composites et agrémentée de grands lustres à girandoles acquises en 1860 à Paris. Un arrêté royal du 26 juin 1978 classe comme monuments les façades, toitures, salle de bal et grilles du parc. En 1985, le par et ses bâtiments sont acquis par la Région wallonne. De 1987 à 1992, les travaux de restauration de l'immeuble principal et de ses abords immédiats sont confiés aux architectes Pire, Deffet, Boxho et Maron, et à l'entreprise Namotte s.a.

Conçu par l'architecte Thirion, le kiosque, teinté d'orientalisme, est réalisé en 1853 par l'entrepreneur Cornet et les fondeurs Lesoinne et Wittemeur de Jupille. Il est construit partiellement en fonte, sur un socle de pierre et présente une forme octogonale, le tout sous une toiture et bulbe en zinc de forme exceptionnelle.

Le parc et le kiosque sont classés comme site en 1982.

En 1994, la Région wallonne décide de réhabiliter la site. Le kiosque et les grilles du parc sont restaurés par l'architecte Philippe Greisch. Le paysagiste Serge Delsemme se charge des plans de restauration du parc. 

Après sa restauration, le bâtiment de l'Harmonie a été cédé gracieusement par la Région à la Ville de Verviers qui en a confié la gestion à la Société royale d'Harmonie.

Le thème des kiosques sera abordé dans l'émission télévisée "Ma terre" du 2 novembre prochain (RTBF, La Une, à 20h45), intitulée "Ors et Trésors de Wallonie".

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