Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

10/09/2012

A PARIS MATCH , GUY SPITAELS TOMBE LE MASQUE : LA MORT DE SA FILLE L’A BRISE (Paris Match du 30-09-12, article publié en 2007)

 L’ex-président du PS observait un mutisme quasi absolu, comme si le silence permettait d’effacer « l’affaire Agusta » qui avait provoqué sa retraite, contrainte et forcée. Le ministre d’Etat reviendra à la vie active avec une force de caractère que peu soupçonnaient. L’aide de ses proches l’y poussera, ainsi que sa passion pour la politique internationale. Intelligent

et riche d’un passé fait de grandes rencontres, l’intellectuel était devenu un observateur attentif de notre planèteet de son évolution. En témoignent plusieurs ouvrages qu’il a signés et qui faisaient référence comme « L’improbable équilibre » (2004), « La triple insurrection islamiste » (2006) et « Chine-USA : la guerre aura-t-elle lieu ? » (2007). Pour Paris Match, le ministre d’Etat avait accepté de sortir de sa retraite.


Depuis qu’il avait quitté la politique active, Guy Spitaels se faisait rare.

 

Paris Match. En 2007, un entretienvérité sur le PS paru dans Le Soir avait pour titre « Elio, tu dois choisir ! ». Quelques heures après la sortie de ce brûlot, Di Rupo démissionne de la ministre-présidence wallonne pour conserver la direction du PS. Vous êtes toujours fier de ce coup de gueule ?

Guy Spitaels. De mes trente années de vie politique, cette prise de position est celle qui m’a valu le plus d’échos : par fax, par téléphone, par lettres… 10% de ceux qui ont réagi n’étaient pas d’accord avec moi, et 90% m’ont fait savoir qu’ils étaient heureux de ce que j’avais dit. Pour la petite histoire, il ne s’agissait pas des moindres. J’ai conservé toutes les traces écrites qui me sont parvenues et j’ai été très étonné par l’ampleur de la réaction. Cela signifie qu’il faut parler peu. Comme disent les latinistes : « Pauca sed bona ».


Vous avez bien connu François Mitterrand avec lequel on vous a souvent comparé. Un souvenir ?

J’ai rencontré un certain nombre de numéros un, mais Mitterrand, je l’ai connu en dehors de la politique.

C’était quelqu’un qui ne vous écoutait pas, mais qui vous observait pour percer votre personnalité : il tentait de se forger une opinion, moins pour les idées que vous véhiculiez que pour savoir qui vous étiez. Je n’ai peut-être pas profité des opportunités que j’ai eues pour mieux le connaître…


Vous parlez peu. A part écrire des livres, que faites-vous ?

Je vais au cinéma. C’est une grande passion. Un de mes amis m’a déjà demandé d’arrêter d’écrire sur la géopolitique et de le faire plutôt sur le cinéma car je casse les pieds à tout le monde, depuis l’université. Et, de fait, je me suis déjà dit qu’il serait bien d’écrire sur le cinéma politique, mais je ne m’estime pas suffisamment armé. Pour moi, le meilleur cinéma politique est américain : c’est là que sont abordés les grands problèmes. Quant au cinéma politique français, je le trouve

assez faible. En 2007, j’ai eu quelques coups de coeur : « De l’autre côté » de l’Allemand d’origine turque Fatih Akin, « Le scaphandre et le papillon » de Julian Schnabel – ce film m’a beaucoup ému –, « Still life » du Chinois Jia Zhang Ke, « La cité interdite » de Zhang Yimou, « Lettres d’Iwo Jima » de Clint Eastwood, « Le sang noir » de Kassovitz et « Les promesses à

l’ombre » de Cronenberg. Je revois aussi beaucoup de films sur Arte, sur Club RTL, sur France 3 : les Ozon, les Truffaut, les Sautet, Chabrol… Cela, c’est la véritable valeur ajoutée du cinéma français. Enfin, comme grand cinéaste italien, je retiens Visconti. Je le place sur le même pied que Bergman. Jeune, j’ai aimé De Sica. Il y a aussi Antonioni, mais je trouve qu’on s’y ennuie rapidement… Donc, après avoir passé les Italiens au tamis, il reste Visconti. Un grand aristocrate communiste!


Vous êtes plutôt Deneuve ou Adjani ?

Adjani tout de suite ! J’ai cru longtemps que Deneuve, c’était le feu sous la glace. Aujourd’hui, je la ressens comme un personnage composé, soigneusement étudié. Certes, je n’oublie pas « Belle de jour » de Buñuel, mais Adjani a quelque chose de plus fort. Il ne s’agit pourtant pas de mes actrices préférées, qui sont Charlotte Rampling et Isabelle Huppert. Ce ne sont pas des minettes…


Delon ou Lhermitte ?

Lhermitte, mais sans enthousiasme. En tout cas pas Delon. Je me sens tout à fait étranger à ce qu’il porte.


Brel ou Brassens ?

Je retiens les deux. Mais la langue de Brassens… Brel compte pourtant aussi, en dehors de tout parisianisme. Cependant, je n’ai assisté à aucun de ses spectacles. J’ai vu Piaf au Palais des Beaux-Arts, ainsi que Trenet au Cirque Royal…


Qu’aimez-vous et n’aimez pas ?

Chez moi, j’aime le désir de ne pas mentir. Mais j’aime moins l’impression que je donne d’être à distance. Chez les autres, j’aime la chaleur des gens et pas du tout ce qui est un peu vulgaire. A table, j’aime les abats et le gibier et pas ce qu’on doit prendre pour être raisonnable, comme la salade… qui n’est en fait que 90% d’eau.


L’actualité internationale vous passionne. Vous devez lire aussi énormément…

Oui. L’année dernière, j’ai aimé, du côté des politologues américains, « Awoman in charge : the life of Hillary

Clinton » de Carl Bernstein, « D’où viennent les néo-conservateurs » et « La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama, 

« Second chance » de Zbigniev Brezinsky, « Soft power » de Joseph Nye, « The assault of reason » d’Al Gore, « Encore un siècle américain ? » de Nicolas Guyatt et « La Terre est plate » de Thomas Friedman. Pour ce qui concerne les politologues français, je citerais Attali, Vidal-Naquet, Hassner, Cohen-Tanugi, Heisbourg, Fumaroli (sur les clichés français à l’égard des Américains), Kaspi, Fontaine et Hubert Védrine.


Et la musique, puisque nous sommes dans les arts ?

J’ai une grande admiration pour Haendel et la musique baroque italienne avec, par exemple, le napolitain Pergolesi. J’aime aussi le tournant du siècle : Stravinsky, Fauré, Debussy, Satie… En revanche, je ne me sens pas à l’aise dans la musique romantique, et modérément dans la musique classique. Pour ce qui est de la chanson française, j’ai les goûts de tout le monde. Je retiendrais malgré tout l’extrême bonheur que me procure la richesse de la voix de Barbara et la qualité des textes de Brassens. Quelle langue !


Vous partagez votre temps entre la ville et la campagne. Vous préférez l’une ou l’autre ?

J’aime vivre à la campagne et visiter les villes. Je vis l’essentiel de ma vie à Bouvignies, à Ath. Reste que j’ai un besoin très fort de voir les métropoles. Mes préférées ? Paris, New

York, San Francisco, Pékin, New Delhi, Amman, Jérusalem, Lubumbashi, les villes royales du nord du Maroc, Fès et Meknès, les villes impériales aussi comme Prague, Budapest, puis Saint-Petersbourg – « Beau audelà de tout » –, Samarkand… Et je ne puis oublier la Terre Sainte : il faut voir le Mont Nébo pour comprendre que tous les monothéismes sont nés là-bas, en Jordanie. L’Amérique me manque. J’ai faim des Etats-Unis. »


Vous connaissez bien la Chine. Pékin 2008, c’est Berlin 1936 (NDLR : cet entretien avait été réalisé au moment

des JO) ?

La comparaison n’a aucun sens. Le régime chinois a des failles importantes dont il faut parler, mais depuis Deng Xiaoping en 1976, il a réalisé une transformation gigantesque de la société. Le milliard 300 millions d’hommes et de femmes vivant en

Chine ont désormais un repas par jour, peuvent fréquenter l’école ou avoir accès aux soins de santé. Je ne crois pas que les Chinois soient communistes, ni bouddhistes, je ne sais pas non plus ce qu’ils sont, mais je suis persuadé qu’ils ont une fierté nationale très grande. Tant pour la classe dirigeante que pour les gens dans la rue, ces Jeux sont une immense fierté, une véritable réhabilitation. Cela dit,il y a sûrement beaucoup de mécontentement et des problèmes, comme la démolition de quartiers entiers, la désertification, la pollution : seize des villes les plus polluées du monde sont chinoises…


Comment analysez-vous la position de l’Europe par rapport à la Chine et aux JO de Pékin ?

L’Europe n’a guère été brillante, comme souvent. Même si, économiquement, l’Allemagne a une position intéressante. Pourtant, en général, les Chinois sont trop polis pour croire en la réalité européenne. Si le Parlement européen prend des résolutions où, à chaque ligne, il leur fait la leçon, les Chinois restent d’une patience infinie car ils savent la faiblesse de l’Union européenne en politique internationale. En 1949, sur la place Tian An Men, Mao a dit : « Désormais, le peuple chinois se tient de nouveau debout ! » Après des erreurs comme la Révolution culturelle ou le Grand bond en avant, la nation reprend son envol. Regardez sa pénétration en Afrique…


Les Américains ont été plus réalistes ?

Autant je suis très sévère sur la politique américaine au Moyen- Orient, autant je trouve leur politique très intéressante pour la Chine. Dans les relations économiques entre les deux pays, la modération américaine m’impressionne : sur les 1 650

milliards de réserve du pays, 70% sont en dollars. Dans ce jeu d’interpénétration des deux économies, les Chinois

obtiennent beaucoup de transferts de technologie, tandis que les Américains mènent une politique fort intelligente.


On vous dit froid, distant, insensible. Vous n’avez jamais souffert de blessures ?

Tout jeune, roulant à bicyclette, j’ai été renversé par le sénateur-bourgmestre d’Ath, Camille Van Graefschepe. Je me souviens avoir crié : « Mon vélo ! » Une très jolie femme, épouse d’un architecte, est venue à moi pour me ramasser. De tels souvenirs font partie des premiers émois de l’enfance…


Une blessure morale aussi ?

La seule qui compte, mais je n’en dirai qu’un mot, c’est ma fille Emmanuelle. 

 

Elle est décédée au début des années 80 dans un accident de voiture. Un drame qui a marqué à jamais le ministre

d’Etat. De l’endroit où il nous parle, il peut voir la clinique Sainte- Elisabeth, à Bruxelles. C’est là qu’une vie s’est cassée. Emmanuelle repose dans sa ville d’Ath, à côté de ses grands-parents. A propos de ce décès qui l’a brisé, Guy Spitaels explique : « Un jour, au cimetière, un Athois m’a dit : “Vous verrez, le temps n’arrange rien !’’ Il avait raison… » n

Commentaires

Il est en faveur de moi d'avoir un site qui est très utile pour mon expérience. Merci admin

Écrit par : trouver maxosize | 06/10/2014

Les commentaires sont fermés.