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24/02/2012

HERMAN VAN ROMPUY: "LE PRESIDENT PARLE ENFIN!" (Paris Match 16-02-12)

LA CRISE DE L’EUROPE ET DU MONDE FINANCIER, LA BELGIQUE ET LES ATTAQUES PERSONNELLES: VAN ROMPUY PASSE à CONFESSE

Le 19 novembre 2009, les vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne choisissaient le Belge Herman Van Rompuy comme premier président permanent du Conseil européen. Il quittait son poste de Premier ministre et prenait ses fonctions le 1er janvier 2010. Le 30 mai prochain, son mandat arrivera à échéance : selon toutes les probabilités, il devrait être renouvelé. Paris Match a rencontré en exclusivité cet homme de l’ombre pour évoquer les deux folles années qu’il vient de vivre. Un véritable privilège : contraint de gérer la plus importante crise que le monde ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale, HVR ne s’était jamais exprimé jusqu’ici.


UNE TELLE CRISE NE SE REPRODUIRA PLUS

Paris Match. Deux ans après votre prise de fonction à la tête de l’Europe, quel bilan tirez-vous sur un plan global ?

Herman Van Rompuy. (NDLR : La situation de la Grèce est en négociation au moment où nous nous parlons.) Mon mandat coïncide avec la crise de la dette souveraine. Nous avons fait de grands progrès, dont on commence seulement à voir les résultats sur les marchés financiers. Outre l’accalmie sur ceux-ci, je noterais surtout que nous avons mis sur pied tous les mécanismes pour que pareille crise ne se reproduise plus. C’est cela qui restera : il y a aujourd’hui des structures de gouvernance économique et de surveillance budgétaire ainsi que d’autres paramètres économiques, sans parler d’un soutien économique pour « ceux qui passeraient un mauvais moment ». Comme je l’ai dit, il s’agit de la garantie qu’une crise ne se reproduira plus. Entre-temps, nous avons connu nos premiers succès dans la maîtrise de la crise elle-même : l’accalmie que nous vivons en est la preuve. Cependant, tout dépendra de la Grèce. Nous en saurons plus d’ici quelques jours…

Et sur un plan personnel, vous ne regrettez rien ?

Non, bien sûr ! Vous me connaissez et savez que ce qui va suivre n’est pas de la comédie : en quittant le 16 rue de la Loi, j’ai eu certains remords, craignant de laisser derrière moi une catastrophe. Cela, même si je suis conscient que les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables. Pourtant, avec la crise et l’agenda qui est aujourd’hui le mien, toutes mes inquiétudes ont rapidement disparu. J’ai abandonné une tâche difficile pour une tâche encore plus difficile. Pour ma conscience, cela a donc été un soulagement (rires).

Comment analysez-vous la crise de l’Europe ?

Il y a d’abord la crise dans l’eurozone, où nous subissons le manque d’architecture. Lors du lancement du grand projet politique qu’était l’euro, nous n’avions pas prévu qu’il fallait également une politique économique commune, bien plus intégrée que les fondateurs de la monnaie européenne ne l’avaient prévu. A part la Banque centrale, rien n’avait été mis en place. Pendant la crise de l’eurozone, il a fallu achever le travail qui aurait dû être commencé dès le lancement de l’euro : surveillance budgétaire et de la compétitivité, plus grande gouvernance de la zone euro, mécanismes de soutien financier pour les pays qui n’ont plus accès aux marchés réguliers… Tout cela, nous avons dû le corriger en pleine crise. Ça a pris beaucoup de temps et d’énergie. Résultat : nous sortirons de la crise avec des structures plus fortes. Il y aura donc plus d’Europe.

Et la crise de l’idée européenne ?

Dans tous nos pays existe une crise de la politique traditionnelle. Cette méfiance envers la vie publique et les institutions – publiques comme privées – vaut aussi pour l’Europe. Dans notre civilisation, tout ce qui dépasse l’individu est considéré avec méfiance, inquiétude et même hostilité. Voyez la mondialisation : elle n’est pas perçue comme une source de prospérité – ce qui est pourtant le cas ! – mais comme un danger pour l’emploi. L’Europe est donc victime de la méfiance générale que je viens d’évoquer. Notre période veut que l’autre ne soit pas considéré comme un allié, mais comme un concurrent ou un rival. A ce titre, le populisme n’aide pas à renforcer l’idée européenne. Or, que ferions-nous si nous vivions enfermés dans un marché de 10 millions d’habitants plutôt que de 500 millions ? Comment aurions-nous survécu à la crise financière s’il n’y avait eu la stabilité de l’euro, en 2007 et 2008 ? Nos trois grandes banques auraient subi une crise majeure… Un petit pays comme le nôtre a besoin de l’Europe comme du pain. Malgré cela, le doute et la méfiance de l’Europe sont là. Même en Belgique.

Quels arguments pouvez-vous avancer pour convaincre les citoyens européens ?

Il y a d’abord des arguments de conviction. Pour notre génération, l’Europe reste le garant de la paix. Celle-ci est à ce point évidente qu’on croit ne plus avoir besoin d’elle. Pourtant, dans les Balkans, il y a eu une guerre civile voilà quinze ans, avec des actes de génocide. Cela ne s’est pas produit il y a des siècles, et c’était aux frontières de l’Europe. Dans ces pays, l’Europe symbolise la paix. Sans la perspective européenne, si chacun de ces Etats n’espérait appartenir un jour à l’Union européenne, tout pourrait recommencer. Grâce à l’Europe, la stabilité règne. Pour en revenir à la Belgique, on y oublie que l’Europe est synonyme de démocratie. Elle représente aussi la solidarité. Second argument, celui de l’intérêt. Imaginons un instant que l’Europe n’existe pas ; c’est alors qu’on en réaliserait toute l’importance. On verrait dans quel trou on tomberait : rétrécissement du marché, de la croissance, de l’emploi… Tout cela est lié au commerce international, voire européen. Même un grand pays comme l’Allemagne doit une bonne partie de sa prospérité à l’Europe et à l’euro.

Comment voyez-vous l’avenir politique en Europe ?

Celle-ci va avancer, pas à pas… comme la Belgique ! Il y aura plus d’Europe, plus d’intégration européenne. Et chaque crise permettra d’aller plus loin. Chez nous, le fédéralisme est approfondi, sans cassure du pays. Cela, grâce au sens du compromis.

Problème de l’euro, crise financière et de la dette : quid de l’avenir de l’Europe sur le plan financier ?

Le but est de rétablir la stabilité financière de l’eurozone. Cela prend plus de temps qu’on ne l’a cru, mais on va y arriver. C’est pour cela que nous travaillons tant. D’aucuns disent « too little and too late » parce que, dans certains pays, les réformes sont plus longues à mener. Mais aussi parce que certaines décisions sont difficiles à prendre : nous sommes dix-sept pour la zone euro et vingt-sept pour l’Europe.

Visiblement, l’Europe souffre d’un déficit de crédibilité aux yeux des citoyens, notamment en raison de la lourdeur de ses prises de décision et de son poids financier. Comment mieux la rapprocher des Européens à l’avenir ?

Même si cela prend trop de temps, l’important est de travailler dans la bonne direction. Nous allons parvenir au résultat final, à savoir la stabilité financière de l’eurozone.

Que craignez-vous le plus d’ici à la fin de votre mandat ?

On est toujours dépendant d’événements imprévus. La crise grecque nous est tombée dessus alors qu’elle n’avait été prévue par personne. Prenons la période allant de 2008 à 2010 : qui aurait jamais cru que des institutions dans lesquelles la population avait une telle confiance – les banques – seraient en difficulté ? Qui aurait un jour cru que notre monnaie commune serait, à un moment, menacée d’éclatement ? Le danger n’a pas vraiment existé, mais sa perception, elle, a bien été là. En ce qui concerne les deux ou trois années à venir, pour autant que les évolutions restent sous contrôle, ce que je crains le plus, c’est l’inattendu. 

Un krach boursier est-il possible ?

Non !

On fête les 10 ans de l’euro. Fêtera-t-on ses 20 ans ?

Ma petite-fille Lise, qui est née le 7 décembre, paiera en euros durant toute sa vie. Chaque Nouvel An, je lui donnerai un cadeau en euros. Et elle calculera en euros.


Je compte (encore) en francs belges!

Vous-même calculez encore en francs belges ?

C’est une question de génération. Je calcule plus en euros qu’il y a quatre ou cinq ans, mais c’est vrai, lorsque je veux vraiment avoir une perception de la valeur de quelque chose, je compte en francs belges. Cela n’a rien d’étonnant : dans ma génération, presque tout le monde est dans le même cas.

En lançant l’euro, Didier Reynders, alors ministre des Finances, avait affirmé vouloir que les gens ne réfléchissent plus qu’en euros…

Ne pense-t-il jamais lui-même en francs belges ? C’est un phénomène lié à l’âge. Mes enfants considèrent l’euro comme une valeur en soi. Ils évaluent les biens en euros, ce dont je ne suis pas capable. Pour un pain comme pour une voiture. 50 francs, cela me dit quelque chose, mais 1,20 euro, non ! Je crains de mourir ainsi.

Pourrions-nous un jour en revenir aux monnaies nationales ?

Jamais ! Cela n’a rien à voir avec ce que je viens d’évoquer. Je le répète : mes petits-enfants paieront en euros !

La réussite économique de l’Allemagne doit-elle être un exemple à suivre ?

Oui, mais il ne faut pas l’exagérer. Si l’on prend le cas de la Belgique, pour 2009, 2010 et 2011, notre croissance économique est exactement la même que celle de l’ Allemagne. Cela, même dans une période où nous n’avions pas de gouvernement fédéral. L’ Allemagne est très performante pour ce qui concerne son industrie et ses exportations, mais elle l’est moins dans d’autres domaines. Son cas n’est donc pas si exceptionnel qu’on le croit. Sans cela, la Belgique n’aurait pas la même croissance. Chez nous, en 2010 et 2011, 100 000 emplois ont été créés. Je ne vais pas dire que la Belgique a la même force économique que l’ Allemagne, mais n’ayons pas trop de complexes. Les Allemands ont profité d’un marché du travail extrêmement flexible et d’une modération salariale qui doit tout aux négociations entre patrons et syndicats. Quand certains accusent l’Allemagne d’avoir mené une politique de dumping social, je leur réponds que les salaires allemands ont été négociés. En termes de performance, l’ Allemagne a été très forte et cela a bénéficié à son tissu industriel et à sa compétitivité.  

 

« LE MODELE BELGE EST SOUS PRESSION. L’ENNEMI EST CONNU: C’EST TOUJOURS L’ AUTRE »

Paris Match. La déstabilisation de la Russie, la montée de l’Iran nucléaire, l’emballement de la crise arabe : tout cela vous fait-il peur ?

Herman Van Rompuy. On sait qu’on vit dans un monde dangereux et qu’il est toujours possible d’avoir une vision dramatique des choses. On peut aussi considérer la situation de manière plus positive. Il n’y a, par exemple, jamais eu autant de démocratie dans le monde. Sur les vingt nations les plus prospères, dix-huit sont de véritables démocraties. Il n’y a aucun grand conflit au niveau de la planète. Les Américains se sont retirés d’Irak, mais dans ce pays, les dernières années ont plus été celles d’une consolidation que d’une guerre. Reste l’Afghanistan, mais il s’agit d’un petit pays. Jamais nous n’avons connu une paix si importante… Autre exemple, la montée des pays émergents. Cela signifie que des centaines de millions de gens ont quitté le seuil de pauvreté. Il s’agit d’une évolution fantastique pour l’Inde, la Chine, l’Indonésie. Même chose pour la répartition des richesses, qui est inédite. Il ne faut donc plus parler du verre à moitié vide ou à moitié plein : la situation est exceptionnelle. Cela ne veut pas dire qu’elle est sans danger. Je songe au Moyen-Orient, au climat, à la pénurie d’énergie et de matières premières… Cela dit, je suis optimiste.

Si vous pouviez changer trois éléments dans le fonctionnement de l’Europe, que choisiriez-vous ?

Je ne crois pas qu’il nous faille un nouveau traité. Il y a deux semaines, nous avons introduit quelques corrections au Traité de Lisbonne, via le traité intergouvernemental, mais nous n’avons pas besoin d’une nouvelle architecture européenne. Il faut exécuter toutes les mesures prises pour stabiliser l’euro afin que la crise ne se reproduise plus. Les institutions européennes, la Commission européenne et le Conseil des ministres doivent exécuter et la lettre et l’esprit des décisions qui ont été prises. Enfin, il convient de prendre au sérieux la stratégie économique pour renforcer notre croissance structurelle et notre tissu industriel. Il y va de notre avenir. En ce domaine, l’Europe doit donner des orientations, des recommandations, voire même sanctionner certains pays. Reste qu’il revient aux Etats de donner un corps et une âme à cette stratégie.

Comment croyez-vous avoir gagné le respect des sceptiques ?

Pour autant que j’aie obtenu ce respect, j’ai utilisé les qualités dont dispose un homme politique belge.

A savoir ?

La capacité d’écoute, le respect de l’autre et le sens du compromis. En Belgique, on a oublié cela pendant un an et demi avant de le retrouver. Mais nombre de politiques belges de mon âge n’ont jamais perdu cette capacité à trouver des solutions. C’est un atout pour l’Europe qui a besoin du compromis. Comme chaque pays. Barack Obama a déclaré que les Etats-Unis reposaient sur ce même principe. Cela vaut pour la Belgique, pour l’Europe… Chez nous, ces retrouvailles avec le sens du compromis m’ont fait extrêmement plaisir.

Vous avez dit que vous étiez heureux que Di Rupo ait réussi et qu’il vous avait consulté quatre ou cinq fois durant sa mission…

C’est exact. Dans le passé, nous avons travaillé pendant cinq ans ensemble au gouvernement, sous Dehaene, puis il a été président de parti lorsque j’étais moi-même Premier ministre. Cela fait donc pas mal d’années que nous nous connaissons et que nous nous faisons confiance. En politique, c’est le plus important. Comme dans la vie privée.

Elio Di Rupo a été applaudi par la presse en arrivant à son premier conseil européen…

L’important sera de montrer ses résultats à la fin de son mandat. L’accord gouvernemental est un résultat en soi. Il reste à l’exécuter le plus rapidement possible et à tenir le coup deux ans et demi, d’ici aux élections. J’espère qu’en fin de mandat, il recevra les mêmes applaudissements. Il faut toujours se méfier des applaudissements !

Vous croyez encore au modèle belge ?

Ce modèle est toujours sous pression. La Belgique est un modèle bipolaire, tandis que l’Europe est multipolaire. Le bipolaire est le plus difficile à gérer parce qu’on y est à deux : l’un reçoit et l’autre donne. Autre caractéristique du bipolaire, l’ennemi y est toujours connu : c’est l’autre. Ceci dit, nous avons l’un des niveaux de vie les plus élevés au monde, des performances économiques comparables à celles de nos voisins. Certes, on peut toujours faire mieux, mais avec nos spécificités, nous fonctionnons bien. Voyez les Pays-Bas qui ont un gouvernement minoritaire: cela aussi, c’est un problème difficile à gérer. Et je ne parle pas de la Grèce, du Portugal, de l’Italie… Bref, nous n’avons pas à nous plaindre. Pas question pourtant de jouer avec notre avenir, comme nous l’avons fait pendant un an et demi.

Ce qu’on appelle « Merkozy », est-ce nécessaire et suffisant ?

Je ne cesse de répéter que la France et l’ Allemagne doivent s’entendre. Cela fut le cas dans le passé avec les couples de Gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl, Chirac-Schroeder. Si l’on se reporte aux deux-trois dernières années, la coopération entre le président français et la chancelière allemande ne fut pas toujours aisée. Aujourd’hui, on ne peut que se réjouir de leur relation. Même si, personnellement, j’estime qu’ils devraient être plus discrets. Cependant, sans l’entente entre ces deux pays, l’Europe aurait un problème. Pas question d’oublier que tout accord doit être trouvé à vingt-sept, ou dix-sept pour l’eurozone, et que nul n’est obligé de suivre les compromis franco-allemands. C’est pour cela que nos réunions durent si longtemps : il faut qu’il y ait unanimité.

Quand le président américain veut appeler l’Europe, il téléphone à qui ?

Je crois qu’il appelle peu de monde. Mais ceux qui font partie du Conseil de sécurité – comme la France ou la Grande-Bretagne – comptent beaucoup dans certains dossiers. Ces relations historiques jouent un rôle énorme. Cependant, José Manuel Barroso et moi-même assistons à des sommets annuels aux Etats-Unis, voire aux G 8, où nous parlons au nom de l’Union européenne.

Quel est le timing du choix de votre successeur ou du renouvellement de votre mandat ?

Mon mandat se termine à la fin mai. Je reste jusqu’au 30 mai. Une nouvelle élection ou ma reconduction se fera soit au sommet de mars, soit lors d’un sommet spécial, comme ce fut le cas lorsque j’ai été élu.

Il y aura une campagne ?

Je n’ai pas encore entendu parler de candidats.

Vous aurez donc vingt-sept électeurs ?

Oui, tout en me disant que le vote d’Elio Di Rupo devrait m’être acquis.

Vous n’avez jamais eu aussi peu d’électeurs ?

Détrompez-vous ! En 1988, pour devenir sénateur coopté, j’en ai eu huit, au sein de mon parti, le CVP. J’ai donc dû faire campagne pour obtenir les huit signatures nécessaires à ma cooptation.

Quand vous êtes avec les Obama, Poutine ou Sarkozy, vous devez vous pincer pour y croire ?

J’ai heureusement dépassé ce stade. Au départ, ce n’était pas évident. Si, il y a deux ou trois ans, on m’avait dit que je serais à leurs côtés sur les photos, je n’y aurais pas cru. Souvenez-vous qu’à la mi-2007, j’étais un député de campagne (sic) à Bruxelles-Hal-Vilvorde, et dans l’opposition. La vie politique est pleine de surprises. Le bureau dans lequel je vous reçois aujourd’hui n’a rien à voir avec celui que j’ai occupé pendant huit ans à la Chambre. Celui-là devait faire le quart de mon bureau actuel.

Si votre mandat n’était pas renouvelé, que deviendriez-vous ?

J’aurai 65 ans à la fin de cette année et c’est l’âge de la retraite. Mais n’ayez crainte, je saurai m’occuper, sans que ce soit de manière officielle. J’ai déjà publié sept ou huit livres et je pourrais en écrire d’autres…

Quand vous parlez de votre vieillesse, vous dites souvent que vous serez en chaise roulante. Une manière de conjurer le sort ?

Pas du tout ! Dans vingt ans, c’est fort probable qu’il en soit ainsi. Mes parents ont beaucoup souffert d’arthrose et, dès l’âge de 75 ans, ils ont eu tous les deux de la peine à marcher. Quand je parle de chaise roulante, ce n’est pas si absurde que cela. Il se peut aussi que je reste en grande forme.

Etes-vous un homme de devoir ?

Je le suis beaucoup plus maintenant qu’au début de ma carrière. On commence plus souvent par ambition que par conviction. Au fur et à mesure que nos ambitions sont rencontrées, il y a plus de place pour la conviction et le devoir. Certains, au contraire, débutent avec de grands idéaux et se transforment en arrivistes. D’autres terminent avec de l’amertume, mais ce n’est sûrement pas mon cas. Mon parcours fut dominé par un mélange d’ambition et de conviction lorsque j’étais jeune et, avec le temps, l’ambition a été rencontrée et il me reste de l’espace pour le devoir et la conviction. C’est un privilège.

Vous aimez le football, et plus particulièrement le Sporting d’Anderlecht, où vous vous rendez souvent. Or, vous ne vous considérerez pas comme un technicien. C’est-à-dire ?

Mes fils et ma fille lisent le jeu, comme on dit. Moi, je ne le lis pas, je le regarde. Cela m’amuse, sans plus. Ne me demandez pas combien Anderlecht a fait contre le Standard il y a un an : je n’en sais strictement rien, même si j’ai assisté à ce match. Je ne fais pas l’effort d’aller plus loin. Cela même si je vis avec ce club. Mais il ne marque pas ma vie.

André Gilain


DEUX ANS APRES, LE BELGE SOURIT QUAND ON LUI RAPPELLE QU’UN BRITANNIQUE L’ A COMPARE à UN TORCHON

« Ce fut une période très dure, d’un point de vue psychologique mais aussi physique », explique Herman Van Rompuy quand il évoque son arrivée (très discutée) à la tête de l’Europe. « Je me souviens qu’au début de mon mandat, madame Merkel m’avait demandé comment je m’occuperais entre deux conseils européens. Elle m’avait presque dit que j’allais m’ennuyer… Parce que, à l’origine, quatre conseils annuels étaient prévus, c’est tout ! Or, je puis vous dire que j’ai de quoi m’occuper : il n’y pas seulement quatre conseils courants, mais sept autres, sans compter le calendrier international. L’Europe a neuf partenaires stratégiques – dont l’Inde, la Chine, la Russie, les Etats-Unis, la Corée, le Mexique, l’Afrique du Sud… –, ce qui fait dix sommets, auxquels s’ajoutent les G 8 et les G 20 auxquels je représente l’Europe, avec monsieur Barroso. Plus les Nations unies, voire d’autres sommets : tout cela constitue un gigantesque calendrier international que j’avais sous-estimé, je l’avoue. Si l’on prend en compte la crise et les nouvelles compétences issues du Congrès de Lisbonne, tout cela est fort pesant. Bien entendu, je ne m’en plains pas et je me porte fort bien. » Le Président n’a pourtant pas oublié les dures attaques qu’il a subies. En février 2010, le député européen nationaliste britannique Nigel Farage prononce au Parlement européen un discours dans lequel il critique violemment Herman Van Rompuy, lui attribuant « le charisme d’une serpillière humide, l’aspect d’un petit employé de banque » et l’intention d’être « l’assassin de la démocratie européenne et de toutes les nations européennes ». La mention de la Belgique comme étant un « non-pays » provoque une levée de boucliers à la fois au Parlement européen et en Belgique. Nigel Farage est condamné par le Parlement à une amende de 3 000 euros pour son comportement « incorrect et irrespectueux ». Aujourd’hui, le Belge explique : « Si je compare mon cas à ce qu’ont subi d’autres hommes politiques dans leur pays, c’est deux fois rien. Un type qui veut faire son numéro dans le Parlement européen ne m’impressionne pas. Cela ne s’est même pas reproduit… »

AG

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