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06/01/2012

PIERRE MERTENS, SOLDAT DE LA MEMORIALITE (Paris Match 28-12-11)

En octobre 2007, Patrick Janssens, bourgmestre SP.a d'Anvers, présentait les excuses officielles de sa ville pour la participation de fonctionnaires et de policiers municipaux à la déportation de plus de 1.200 juifs, en 1942. Bart De Wever, historien de formation, voyait, dans ce geste, un "acte gratuit". Quelques semaines plus tard, dans une tribune publiée dans Le Monde et intitulée "Le pays qui ne s'aimait plus", Pierre Mertens consacrait quelques lignes à l'affaire, désignant le président de la NV-A comme "un leader résolument négationniste". Alors que, dans le passé, De Wever avait été traité, par d'autres, de "fasciste" et d'"antisémite", sans réagir, cette fois, l'historien portait plainte contre l'écrivain, pour calomnie et diffamation. 


L'autre mardi, les avocats des deux hommes ont plaidé, devant la Chambre du conseil, en l'absence du président de la NV-A. Pierre Mertens a souhaité s'en ouvrir à Paris Match. Juriste de formation, il se souvient que la loi sur le négationnisme condamne tout déni et toute minimisation de la Shoah. Pour l'homme de lettres, la réaction de Bart De Wever aux excuses de Patrick Janssens relève bien du négationnisme, le séparatiste ayant raillé la repentance maïorale, minimisant ainsi l'ampleur de l'Holocauste lui-même. L'étonnant, dans ce dossier, est que l'écrivain, qui peut pourtant être considéré comme l'auteur des propos litigieux , souhaite finalement qu'il y ait procès. Tandis que l'auteur de la plainte et présumée victime, semble moins y tenir, même si ses avocats ont plaidé le contraire. De crainte que son masque tombe? Pas impossible! Fort d'un comité de soutien, Mertens souhaite, grâce au procès qui lui est fait, dénoncer le négationnisme "soft" de l'homme fort de la Flandre et, partant, faire un peu de pédagogie.

Réponse, le 7 février prochain. Ce jour, la Cour pourra, soit, opter pour la prescription, par épuisement du temps, soit déclarer le non-lieu, pour absence de charges, voire aussi renvoyer l'affaire en correctionnelle ou aux Assises, comme tout délit de presse, ou enfin, opter pour une quatrième voie, plaidée, il y a dix jours, par Me Berenboom et Maingain: celle de la question préjudicielle, pour que le droit de chaque citoyen à un procès soit établi, en matière de délit de presse c'est-à-dire "avant de dire droit", à propos de la prescription et qui serait posée à la Cour constitutionnelle.

L'écrivain observe que "tandis que chaque jour va s'élargissant le mouvement de solidarité, où se retrouvent, entre autres, Milan Kundera et de nombreux Flamands, une inculpation, comme une maladie grave, vous révèle l'ardeur de vos compagnons de route, mais aussi la frilosité de ceux qui ne souhaitent pas s'apercevoir, qu'il en va d'une question de principe, et quelle en est la portée." 

 

Au moment de conclure notre entretien, Pierre Mertens observe cette étrange coïncidence: tandis que l'Assemblée Nationale française adopte une proposition de loi pénalisant la non-reconnaissance des génocides – en ce compris celui des Arméniens, le plus ignoblement contesté – le gouvernement d'Ankara répond par la menace, le chantage et l'insulte. Bravant même le ridicule, il parle "d'incitation au racisme et à la xénophobie". "Quelques vertueux historiens volant à son secours, récusent le recours aux lois mémorielles, au nom de la "liberté d'expression". Ou, quand les pompiers se voudraient pyromanes!" 

 

Et Pierre Mertens de conclure, en appelant à lui Camus: "Mentir sur le crime, pensait le prix Nobel, a pour effet de le redoubler. Celui qui cède à cette tentation ne s'avise peut-être même pas qu'il consent à cette sorte de barbarie qui, comme la bêtise, donne le vertige."

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Article intéressant

Écrit par : prono quinte | 20/02/2012

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