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22/12/2011

YVES LETERME, SA TOUTE DERNIERE INTERVIEW COMME PREMIER: "Je crois être un homme bien!"

Lundi matin, 5 décembre, il est presque 10 heures, au 16 rue de la Loi. Le Premier ministre en affaires courantes, Yves Leterme, fait le pied de grue, attendant son sucesseur, Elio Di Rupo, pour la passation de pouvoir. Lorsque nous pénétrons dans son bureau, Leterme vient d'apprendre qu'il devra patienter 24 heures supplémentaires pour céder le relais au Montois et, manifestement, ce nouveau contretemps ne lui plaît guère. Il n'en sera pas moins fort affable pour sa toute dernière interview de Premier ministre qu'il a réservée à Paris Match.


Paris Match: Paris Match Belgique fête cette année ses 10 ans. Que retenez-vous de ces dix ans, en matière d'événements majeurs: le 11 septembre d'abord?

Yves Leterme: Avant de répondre à vos questions, je souhaite féliciter votre magazine pour cette première décennie d'existence. Pour ce qui est du "nine eleven", le clivage, entre deux mondes, qui s'est manifesté par les attentats du WTC, est aussi important que celui qui est né, lors du siècle des Lumières. Dans le cas qui nous occupe, se distinguent désormais, d'un côté les pays basés sur le respect des Droits de l'homme, et de l'autre, ceux où règne une forme extrême de la  religion, ou la dictature

Paris Match: Parmi les faits marquants que nous avons retenus, ces dix dernières années, il y a l'arrivée de l'euro.

Yves Leterme: De fait, c'est un événement majeur. L'euro correspond à un ancrage irréversible de l'intégration européenne comme espace de libre-échange et de paix durable. Et cela, après 70 ans de paix générale, ce qui est unique, pour notre continent.  L'arrivée de l'euro va, comme pierre angulaire, améliorer le fonctionnement et la crédibilité de l'Union européenne.

Paris Match: Vous dites que l'euro correspond à un ancrage irréversible de l'intégration européenne. Pourtant, ces derniers temps, certains ont évoqué le retour aux anciennes monnaies…

Yves Leterme: L'éclatement de l'euro et le retour aux vieilles monnaies me semble peu crédible et poserait d'énormes inconvénients. Prenons le cas de l'Allemagne: ses exportations pâtiraient énormément de pareil retour en arrière, en la privant d'un accès facile aux marchés étrangers…

Paris Match: Les années 2000 correspondent également à l'augmentation des catastrophes, dues au réchauffement climatique?

Yves Leterme: Pour moi, elles marquent surtout les limites de l'action humaine. La nature est toujours la plus forte. Pour parler de la Belgique, j'ai été à Tubize ou en Flandre oridentale, lors des inondations. J'ai constaté qu'elles avaient plus à voir avec l'aménagement du territoire inadéquat ou la mauvaise qualité de l'égouttage, lesquelles font courir de gros risques à la population… Pour en revenir aux grandes catastrophes planétaires, je ne sais pas trop si elles pourraient se produire chez nous. Je l'ai dit, le réchauffement climatique démontre les limites de l'action humaine. C'est très regrettable. Il s'agit, à la base, d'erreurs individuelles et collectives, dont le déclencheur est l'action humaine. Cependant, tout n'est pas perdu: il est possible de prévoir des mécanismes qui nous permettront de lutter contre pareils phénomènes… J'ajouterais qu'il est dommage qu'une puissance comme les Etats-unis ne fasse pas tout ce qu'il convient pour tenter de l'enrayer. Autre phénomène grave, depuis trente ou quarante ans, le population mondiale qui croissait régulièrement, alors que, depuis peu, sa croissance est exponentielle. Il s'agit d'une terrible hypothèque sur les ressources naturelles et sur la pollution.

Paris Match: Dans un registre plus léger, ces dix années écoulées ont aussi vu le Standard, votre club fétiche, devenir deux fois champion de Belgique…

Yves Leterme: Personnellement, ce furent deux moments forts. Surtout, le premier d'entre eux, où le club avait Michel Preudhomme comme entraîneur. Un homme extraordinaire. L'ambiance qui a régné, ces jours-là, était impressionnante. J'avais rarement assisté à semblables communions d'un public avec ses joueurs. Et cela, malgré que, comme tous les stades, celui du Standard soit devenu de plus en plus confortable. J'espère qu'avec la construction du nouveau stade, la direction veillera à conserver cette ambiance unique, qui permet au public de Sclessin d'être un des plus chauds qui soit.

Paris Match: Etes-vous toujours aussi fan de football, malgré tout ce qui s'y passe?

Yves Leterme: Il est vrai que les équipes évoluent très vite. Ainsi, lorsque je jette un œil sur l'équipe qui a été championne, il y a quatre ans, je ne vois plus aucun joueur qui joue dans le Standard d'aujourd'hui.

Paris Match: Avez-vous cru, comme certains l'ont proclamé à l'époque, que ces titres de champions allaient aider au redéploiement de la ville de Liège, voire de la Région wallonne?

Yves Leterme: Tout à fait! Le Standard peut être le fer de lance – mais pas le seul, bien sûr! – de la restructuration économique. Je constate que cette évolution va dans le bon sens. Lors des dernières inaugurations auxquelles j'ai assisté, c'est en Wallonie que la mutation était la plus patente. Je songe à GSK, par exemple, mais aussi à beaucoup de PME’s…

Paris Match: Autre phénomène sportif des dix dernières années, l'avènement de Kim Clijsters et Justine Hénin?

Yves Leterme: J'estime qu'on a trop peu réalisé, sur le moment, comme il était phénoménal d'avoir deux numéros un du top mondial. Lors d'un tour en voiture à New York en 2009, j'ai été à Flushing Meadow: dans le hall d'entrée du stade, la Belgique est présente. Avec une photo de Kim Clijsters. Ailleurs c’est le cas aussi de Justine. Chapeau! Je voudrais aussi citer Tia Hellebaut: j'étais présent, en 2008 à Pékin, lorsqu'elle a remporté la médaille d'or du saut en hauteur.

Paris Match: Les années 2000, ce fut aussi la victoire de Barak Obama?

Yves Leterme: Selon moi, cette victoire était porteuse de trop d'espoirs. Toute démocratie représentative contient, en son germe, beaucoup de limites à l'action politique. Sans compter la globalisation qui a fortement diminué le rôle des dirigeants, jusqu'au président des Etats-unis. C'est ce qu'onappelle la "nouvelle Chimérica" (G2 ou Pékin et Washington).

Paris Match: Obama vous déçoit donc?

Yves Leterme: Sur certains points, oui! À Copenhague, par exemple, où chacun a pu observer qu'il avait rallié le camp de la Chine, afin d'obtenir un accord laxiste, contre l'Europe qui était proactive, elle. Il m'a déçu! Je cite Copenhague parce qu'il s'agit de la première fois où l'on a ressenti que l'Europe avait moins d'importance qu'avant.

Paris Match: Votre avis sur la pendaison de Saddam Hussein, puis des printemps arabes…

Yves Leterme: On en revient à ce que j'ai dit, à propos du 11 septembre, c'est-à-dire à l'éclosion de systèmes dictatoriaux basés sur la religion, comme en Iran, en Iraq, dans le Nord de l'Afrique… Si je suis d'accord avec le fait qu'il faut renverser des régimes dictatoriaux comme ceux de Saddam Hussein, j'estime qu'il faut faire attention à ne pas commettre d'exécutions sommaires. Même si les dictateurs en question ont été les auteurs d'atrocités sans nom. Voilà pourquoi je suis favorable à l'avènement d'une Justice internationale, s'appliquant à ceux qui violent les droits de l'homme et les libertés de leur population. En cela, les arrestations de Milosevic ou Gbagbo marquent une évolution que j'approuve totalement.

Paris Match: Dans votre vie personnelle, que retenez-vous de ces dix ans ? En 2001, vous n'étiez pas encore Ministre-président de Flandre (de 2004 à 2007), ni Premier ministre (2008) ?

Yves Leterme: Début 2001, je suis devenu chef de groupe à la Chambre. Et, une décennie plus tard, je termine au poste de Premier ministre. Durant ces dix années, il y a eu quantité de hasards. Mais aussi, beaucoup de réussites et quelques échecs. C'est le propre de la vie. Je citerais un hasard: le fait qu'Elio Di Rupo n'ait pas été plus vite, pour ses négociations. Cependant, in fine, je suis heureux que la Belgique ait pu surmonter la crise et que la population n'en ait pas pâti plus durement. Pour faire bref, je dirais que l'accord budgétaire constitue un bon accord et qu'il devrait redonner la confiance aux consommateurs aussi bien qu'aux investisseurs.

Paris Match: De quoi êtes-vous le plus fier et que regretteriez-vous d'avoir fait, dans cette décennie ?

Yves Leterme: Ce qui me rend le plus fier est, à la fois, d'avoir ramené la démocratie chrétienne au pouvoir, après son renvoi dans l'opposition, mais aussi d'avoir réalisé des choses positives pour les gens, quand j'étais à la tête du gouvernement flamand, ainsi que certaines réussites au fédéral, comme la présidence belge de l'Europe et la gestion de la crise, avec mon gouvernement d'affaires courantes. Quant à mon plus grand regret, c'est de n'avoir pas réussi à concrétiser d'accord institutionnel, en 2007. Cela, sans vouloir rejeter la faute à mes seuls collègues, du Nord comme du Sud.

Paris Match: Quel regard portez-vous sur vos démissions?

Yves Leterme: Celle qui reste ma plus grande déception est celle due à la démission des ministres de l'Open-VLD, à l'instigation d'Alexander De Croo. Pour ce qui est de celle qui a fait suite à l'attitude de la Chambre et de la magistrature, je dirais qu'elle est injuste.

Paris Match: En 2001, Yves Camille Désiré Leterme a fêté ses 41 ans, le 6 octobre. Aujourd'hui, il a 51 ans. Cette tranche de vie est-elle la plus importante de votre existence d'homme et pourquoi ?

Yves Leterme: Depuis mon arrivée au sein de la petite section locale du parti, jusqu'à l'entrée au 16, rue de la Loi, beaucoup de temps a passé: il y a eu la fin de mes études, mon service militaire, puis tout ce qui a suivi…

Paris Match: On dit que l'homme atteint la plénitude entre 40 et 50 ans, c'est-à-dire précisément cette décennie. Est-ce votre avis ?

Yves Leterme: Exactement! Et, ainsi que je l'ai dit, beaucoup de choses bien – et moins bien – sont arrivées, mais aussi le hasard qui, tous, m'ont permis d'arriver où je suis, à l'âge que j'ai. C'est assez frappant…

Paris Match: Croyez-vous avoir dû, comme beaucoup d'hommes de cet âge, sacrifier votre vie privée pour votre métier et le regrettez-vous ?

Yves Leterme: Mon plus grand regret est de n'avoir pas vu grandir mes enfants et de n'avoir pas vu le temps qui passait. Je n'ai pas eu assez de loisirs, ni fait suffisamment de sports… Peut-être aurais-je dû donner moins d'interviews? (il sourit)

Paris Match: Qu'aimeriez-vous que vos enfants retiennent de vous durant cette période ?

Yves Leterme: Que j'ai été un bon père. Je n'ai pas eu assez de contacts avec eux, mais ils furent très intenses.

Paris Match: Croyez-vous qu'ils le retiennent ?

Yves Leterme: Oui!

Paris Match: Et les Belges, en définitive, qu'aimeriez-vous qu'ils retiennent de vous ?

Yves Leterme: Nous étions dans les difficultés et je voudrais qu'ils se souviennent de la manière dont je les ai aidés à traverser la crise économique et financière. C'est un peu comme quand on prend une assurance: on n'en est pas conscient, mais il ne faut pas oublier qu'elle nous a permis d'éviter une catastrophe. Avec la crise, c'est la même chose. Il suffit de regarder autour de nous: en France, aux Pays-bas, en Angleterre, la situation est bien plus difficile…

Paris Match: Y a-t-il quelque chose que vous aimeriez vous faire pardonner d'eux ?

Yves Leterme: Oui, la crise a été longue, mais ce ne fut pas uniquement de ma faute.

Paris Match: Le 17 août 2006, lors d’une interview au quotidien français Libération, vous déclarez, à propos des francophones vivant dans les communes à facilités : « Mais, apparemment, les francophones ne sont pas en état intellectuel d’apprendre le néerlandais » Vous regrettez cette phrase ?

 

Yves Leterme: Pas de commentaire! Cela appartient au passé.

Paris Match: Le 21 juillet 2007, vous entonnez la Marseillaise au moment où un journaliste vous demande de chanter La Brabançonne. Vous le regrettez ?

Yves Leterme: Les mondes politique et médiatique étant ce qu'ils sont, je crois que c'est ce qui permettra à Monsieur Deborsu de passer à la postérité.

Paris Match: Ne craignez-vous pas qu'on retienne plus votre Marseillaise que les 5 milliards de bons d'Etat que vous venez de lever?

Yves Leterme: Peut-être… Moi, j'en retiens qu'ils pourront être utilisés pour diminuer la dette de la Belgique.

Paris Match: Finalement, qu'est-ce qui vous le plus fait souffrir, au cours de ces dix années: le fait que la Belgique ne parvienne pas à se stabiliser avec vous, qu'elle ait mis plus de 500 jours à trouver un gouvernement, l'affaire des SMS qui a égratigné votre vie privée?

Yves Leterme: Je le redis, je ne porte pas la responsabilité de la longueur de la crise. Par ailleurs, l'étranger a pu comprendre qu'un gouvernement d'affaires courantes pouvait travailler, lorsqu'il y avait urgence. Quant à la fin de votre question, je ne ferai pas de commentaires, non plus.

Paris Match: Vous avez failli mourir. Aujourd'hui, comment va votre santé ?

Yves Leterme: Fort bien, je vous remercie.

Paris Match: Les Belges ne comprennent pas votre départ pour un poste moins prestigieux. Yves Leterme: D'abord, je ne dis pas que je ne reviendrai pas. Ensuite, il faut parfois choisir, dans la vie: j'ai de l'expérience, je peux me rendre utile à l'OCDE, même si je n'y aurai pas de pouvoir, comme ici. Cependant, je crois qu'il est possible que j'y aie de l'influence. L’économie mondiale se trouve à un carrefour historique.

Paris Match: Le fait d'avoir vu la mort en face a-t-elle changé votre vie et la façon de voir celle-ci ?

Yves Leterme: Je relativise plus les choses, je les hiérarchise plus… mais vous connaissez la phrase: chassez le naturel, il revient au galop… Le congrès de participation du CD&V a eu lieu à la clinique universitaire de Louvain, où j'ai été opéré, en 2008. Quand je vous parlais des hasards de la vie 

 

Paris Match: Croyez-vous, si vous nous aviez malheureusement quitté, que vous auriez été au paradis ou en enfer?

Yves Leterme: Je n'en sais rien!

Paris Match: Avez-vous pleuré en dix ans ? Si oui, pour quelle raison?

Yves Leterme: Des larmes d'émotion, oui! Des larmes de chagrin, non! Je dois préciser que, ces dix dernières années, ma famille a été épargnée par le malheur.

Paris Match: En définitive, Yves Leterme, vous êtes quelqu'un de bien ?

Yves Leterme: Il revient aux autres de le dire.

Paris Match: Quel est votre avis, à vous?

Yves Leterme: J'essaie de l'être.

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Écrit par : maxosize temoignage | 08/10/2014

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