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24/12/2009

JACQUES BROTCHI: "JOHNNY SOUFFRE SANS DOUTE D'UNE INFECTION" (Paris Match, 24-12-09)


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Le professeur Brotchi est un éminent neurologue, connu dans le monde entier. Il a présidé, jusqu'en septembre dernier, la fédération mondiale des sociétés de neurologie. Il est aussi parlementaire: après avoir été sénateur, il siège aujourd'hui au Parlement bruxellois et à celui de la Communauté française. Il était tout indiqué pour expliquer aux lecteurs de Paris Match ce qui était sans doute arrivé à Johnny Hallyday.

Paris Match: Comme neurologue, vous avez opéré des hernies discales?

Jacques Brotchi: J'en ai opéré des milliers et certains de mes patients étaient célèbres, comme l'ancien président algérien Chadli, mais aussi le prince Lorentz de Belgique ou le prince Henri de Danemark. Sans compter d'autres malades, tout aussi célèbres, qui ont souhaité conserver l'anonymat. Je ne puis donc divulguer leurs noms, par respect du secret professionnel.

PM: Vous souvenez-vous de votre première opération d'une hernie discale?

JB: Elle doit dater de 1970. A l'époque, le patient restait au lit pendant au moins 3 semaines, alors qu'aujourd'hui, il est debout dès le lendemain de l'opération et peut marcher après 3 ou 4 jours.

PM: C'est donc une opération que vous connaissez bien?

JB: Surtout qu'il y a un an, j'ai moi-même été opéré d'une hernie discale.

PM: Le choix du neurologue qui vous a opéré fut-il ardu?

JB: J'avais demandé à un de mes élèves de le faire. Je dois donc être un des rares neurologues à avoir enseigné comment opérer une hernie discale, avant de l'expérimenter sur moi-même. Comme vous le constatez, je me porte fort bien.

PM: Vous avez donc été satisfait du travail de votre élève?

JB: Tout à fait! Quand je n'opère pas moi-même, je lui envoie mes patients. Dois-je ajouter que j'ai respecté à la lettre les conseils que je donne à mes malades, pour l'après-opération?

PM: Vous parlez du repos, par exemple?

JB: Oui, j'ai annulé des conférences que je devais donner aux Etats-Unis. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas prendre l'avion, mais en ce qui me concerne, j'exige de mes patients qu'ils restent sous ma surveillance et ma responsabilité – c'est-à-dire qu'ils ne quittent pas la Belgique – pendant 8 à 10 jours. Il en va ainsi du malade qui est venu de l'étranger pour se faire opérer.

PM: Pourquoi?

JB: Mon expérience m'a appris que les complications les plus sérieuses, comme un hématome ou une infection, se déclarent dans les premiers jours qui suivent l'opération.

PM: Ce type de complications est-il fréquent?

JB: Heureusement non, c'est l'exception! Mais il faut savoir qu'elles existent. Toute la question est de les diagnostiquer immédiatement et de traiter le malade énergiquement, dans les délais les plus brefs. C'est la condition d'une guérison complète.

PM: A propos de Johnny Hallyday, connaissez-vous le neurochirurgien qui l'a opéré?

JB: Non! Malgré mes contacts très étroits avec la neurochirurgie française et le fait que j'effectue de nombreux déplacements à Paris.

PM: Toujours à propos de Johnny Hallyday, les médecins américains auraient déclaré aux proches du chanteur que son opération en France avait été un "massacre"…

JB: Je réprouve totalement ces commentaires: il est contraire aux règles déontologiques et confraternelles que les médecins doivent avoir entre eux.

PM: Pouvez-vous être plus précis?

JB: A l'heure où nous parlons – nous sommes dimanche –, nous ne savons pas de quelle complication souffre exactement Johnny Hallyday. Je n'accepte donc pas que l'on porte des jugements sur qui que ce soit, sans avoir connaissance du dossier médical du chanteur.

PM: Et s'il y a eu faute médicale?

JB: Il se peut qu'une faute ait été commise, mais cela reste à prouver. Si c'était le cas, il reviendra aux experts de le vérifier, dans le cadre d'une action en justice. Je veux le répéter avec force: on ne porte pas de jugement sur une personne, quelle que soit sa réputation, alors qu'aucun tribunal ne s'est prononcé.

PM: Quel est le profil du patient qui est opéré d'une hernie discale?

JB: L'opération est réservée à un malade souffrant de sciatique due à une hernie discale et pour lequel, les traitements médicaux, voire le repos au lit ou les infiltrations péridurales ont échoué. Si, malgré ces traitements, le patient continue à souffrir, l'opération est clairement indiquée. Elle doit parfois être accomplie d'urgence, dans le cas où une paralysie du pied s'installe, par exemple…

PM: Avec l'avancée de l'âge, le risque est-il accru de devoir subir une opération d'un tel type?

JB: Il m'est arrivé d'opérer un patient de 8 ans. D'autres avaient plus de 80 ans. En général, l'âge avançant, le patient se rétablit plus lentement.

PM: S'agit-il d'une opération lourde?

JB: Sa durée varie en fonction de la complexité du cas: elle peut durer entre 30 et 90 minutes.

PM: D'une manière plus générale, cette opération n'a pas toujours eu bonne presse…

JB: Il y a vingt ou trente ans, les moyens technologiques n'étaient pas ceux que nous connaissons aujourd'hui. Il arrivait qu'un malade se retrouve paraplégique. Heureusement, cela n'arrive plus aujourd'hui…

PM: On l'a vu avec Johnny Halliday, des complications peuvent parfois survenir…

JB: Oui! Et cela, malgré le perfectionnement de la technologie, malgré les anesthésies ou le nursing post-opératoire. Aucun neurochirurgien n'est à l'abris d'un hématome, voire d'une infection post-opératoire.

PM: Pouvez-vous décrire ces éventuelles complications?

JB: J'en vois trois. Il y a d'abord l'hématome. Dans le cas de Johnny Hallyday, certains ont fait la remarque qu'aucun drain n'avait été posé. Or un drain n'empêche pas un hématome de se produire. La deuxième complication est l'infection, aussi appelée discite qui est une inflammation du disque intervertébral. Elle peut se produire alors que toutes les précautions d'asceptie ont été prises. Sans parler des risques d'infection nosocomiale. Enfin, il peut arriver qu'un fragment d'hernie ait été laissé en place ou que, suite à un trajet en avion, le malade expulse ce fragment et fasse une hernie discale. On doit alors réopérer et la complication est réglée en 24 ou 48 heures.

PM: Les informations dont vous disposez vous permettent-elles de préciser de quelle complication a été victime Johnny Hallyday?

JB: Je crois qu'il souffre d'une infection. C'est terriblement douloureux. Si c'est le cas, cela explique qu'on lui a administré des doses massives de calmants, lesquelles l'ont plongé dans un comas artificiel.

PM: Comment a-t-on pu déceler cette éventuelle infection?

JB: On a très certainement effectué un prélèvement et le laboratoire d'analyses a identifié le microbe afin d'administrer les antibiotiques les plus efficaces.

PM: Le trajet en avion effectué par Johnny, peu après son opération, a duré 19 heures. Une réaction?

JB: Un déplacement aussi long ne peut être la cause d'une infection ou d'un hématome. Cependant, si une quelconque complication s'est déclarée durant le vol, on a perdu des heures précieuses.

PM: Auriez-vous permis à un de vos patients d'effectuer un vol aussi long?

JB: Jamais!

PM: Si, comme vous le croyez, le chanteur a été victime d'une infection, quel est votre pronostic?

JB: Il est en général très bon et les malades guérissent sans séquelle. Mais le traitement aux antibiotiques peut durer de 3 à 4 semaines…

PM: Et la convalescence?

JB: Elle devrait durer un mois. Le programme classique prévoit un nombre précis d'heures durant lesquelles le malade doit s'allonger: une heure sur deux pendant la première semaine, puis 4 heures étalées sur la journée pour le deuxième semaine. La troisième semaine, il doit faire une sieste de 2 heures par jour. Enfin, la quatrième semaine, il peut reprendre une vie normale et, la cinquième semaine, on lui permet de reprendre le travail. Durant tout ce temps, il a dû faire de la kiné: c'est indispensable pour retrouver la souplesse du dos et se protéger d'une éventuelle rechute.

PM: Johnny ne doit pas avoir une très bonne hygiène de vie. Cela peut-il être la cause de qui lui est arrivé?

JB: Le risque est évidemment accru. Nous avons 22 disques dans notre colonne: ce sont des sortes d'amortisseurs entre les vertèbres. La colonne ne peut résister aux sollicitations de la vie courante qu'à la condition que tous les muscles l'entourant la protègent efficacement.

PM: C'est-à-dire?

JB: Je compare toujours la colonne au mât d'un navire. S'il a de bons cordages qui le relient au bateau, il peut affronter la tempête. Ces cordages, ce sont nos muscles. Voilà pourquoi, parmi les causes d'hernie discale connues, figurent l'obésité ou la mauvaise hygiène de vie comme le tabac. Toutes les études le démontrent: fumer fragilise les disques.

PM: L'hernie discale lombaire touche-t-elle beaucoup de belges?

JB: En moyenne, ils sont entre 10 et 15.000 à devoir être opérés, chaque année. Et les lumbagos ou la sciatique sont la première cause d'invalidité chez les personnes de plus de 45 ans, dans notre monde occidental.

PM: Des programmes de prévention existent-ils?

JB: En tant que député de la Communauté française, j'ai interpellé la ministre Laanan sur le volet "prévention" du mal de dos. On devrait commencer dès l'école primaire…

PM: La loi prévoit-elle les cas où des patients seraient victimes de séquelles, après avoir été opérés d'une hernie discale?

JB: En Belgique, une loi va entrer en vigueur, le 1er janvier prochain. Si Johnny devait par malheur garder des séquelles de son opération et s'il était Belge, il pourrait bénéficier de cette loi. Elle n'oblige plus à démontrer une faute médicale pour obtenir une indemnisation. Ceci, sans préjuger d'un recours au pénal…

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