Blogs DHNET.BE
DHNET.BE | Créer un Blog | Avertir le modérateur

06/12/2009

MODRIKAMEN: LE CHEVALIER BLANC DE FORTIS VEUT CREER UN BIG BANG! (Paris Match 26-11-09)


modrikamen.jpg

Paris Match : Le Parti Populaire, que vous lancez officiellement ce jeudi, est-il déjà en ordre de marche ?

Mischael Modrikamen : Si vous voulez savoir si nous avons un siège, un secrétariat… c’est oui ! Nous avons trouvé une maison, avenue Molière, à Ixelles. Mais pour le reste, le Parti Populaire va innover en utilisant les nouveaux moyens technologiques. Par exemple, nous allons trouver des sympathisants en créant des buzz.

PM : Le PP compte-t-il déjà beaucoup de membres ?

MM : Jusqu’à présent, notre cabinet d’avocats était la seule adresse connue. Nous y avons reçu des centaines de lettres : des gens qui avaient l’habitude de voter blanc ou d’autres, issus du MR, du CDH, voire même du PS.

PM : Ne craignez-vous pas un mélange des genres, entre votre travail d’avocat et celui d’homme politique ?

MM : Le cabinet compte une bonne dizaine de collaborateurs qui travaillent sur des dossiers précis, parfois politiques. Personnellement, je suis avocat depuis 20 ans et le fait de lancer le PP est ma liberté.

PM : Pour vous, un homme politique ne peut avoir cette seule activité ?

MM : Exactement ! C’est en cela que nous apportons du sang neuf. Il est bon qu’un parlementaire conserve son métier de base : avocat, médecin, enseignant… Il faudrait faire, comme aux Etats-Unis, des allers-retours entre des fonctions civiles et la politique. Nous ne voulons pas laisser la politique aux mains des seuls politiques !

PM : Et un ministre ?

MM : C’est un job à plein temps. Au Barreau, par exemple, une règle empêche d’être à la fois avocat et ministre.

PM : N’avez-vous pas l’impression de trahir les gens en profitant de la renommée que vous a donnée l’affaire Fortis ?

MM : 99% des gens qui m’accusent de trahison sont des mauvais coucheurs. Les autres, c’est-à-dire l’immense majorité, m’enjoignent de continuer mon combat.

PM : Comment faire comprendre à vos clients que vous continuerez à les défendre, alors que vous vous lancez d’autres défis personnels ?

MM : Je le répète, le principal message que je reçois des gens est : « Continuez ! » Je vais suivre ce conseil…

PM : Vous continuez à utiliser des formulations fortes en parlant, à propos de l’affaire Fortis, de « monstruosité juridique ». Agirez-vous de même en politique ?

MM : Avoir le sens de la formule constitue-t-il un défaut ? Je ne manie pas la langue de bois, sans pour autant être un extrémiste. J’aime appeler les choses par leur nom.

PM : Comment allez-vous choisir les membres du PP en évitant ce qui est arrivé à Rudy Aernoudt : l’arrivée dans Lidé de gens liés à l’extrême droite ?

MM : Nous allons trier nos membres et leur demander d’adhérer à des valeurs. Un screening sera également effectué par un comité.

PM : Et votre programme ?

MM : Il est basé sur trois valeurs : la justice, la solidarité et la responsabilité. La première implique, pour tous, une égalité des droits et des devoirs. Pas de passe-droits ni de clientélisme.

PM : Vous citez ensuite la solidarité…

MM : Etre solidaire des plus démunis et des plus faibles ne signifie pas en faire des assistés. La sécurité sociale est comparable au filet qui recueille le trapéziste qui fait une chute. Ce filet doit lui permettre d’amortir sa chute pour qu’il remonte sur le trapèze. Trop de gens s’installent dans le filet. Résultat, il va craquer un jour.

PM : Certains ne peuvent faire autrement : les plus vieux, les handicapés…

MM : Bien sûr ! Il faut aider ceux qui ne peuvent vraiment travailler.

PM : Pour en revenir à votre programme…

MM : Un des points essentiels est que la Belgique doit être mieux administrée. Nous prônons donc la suppression des provinces et d’autres institutions comme la Cocof ou la Cocon. Nous voulons un état fédéral fort et trois régions. Point. De même, le PP veut diminuer le nombre de parlementaires et de ministres. Ceux-ci passeraient de 62 à 22 : 7 au fédéral et 5 dans chaque région. Les cabinets ministériels seraient remplacés par le sommet des administrations. Nous sommes aussi favorables à la fin du vote obligatoire, au scrutin majoritaire à deux tours – comme en France –, de même qu’à la fin des suppléances et à la création d’une circonscription fédérale. Les candidats devront avoir un discours pour tout le pays. Sans parler du vote on web…

PM : Le nombre de députés régionaux bruxellois est le résultat d’un savant dosage institutionnel. Le modifier équivaudrait à rebattre les cartes autre part…

MM : Bruxelles fait partie d’un tout. Nous proposons de revoir toute la Constitution ainsi que la structure du pays.

PM : Croyez-vous vraiment que le Parlement d’aujourd’hui va voter la révision de tous les articles de la Constitution ?

MM : Bien entendu !

PM : Et BHV ?

MM : Le PP propose un double début de solution. Primo, si l’on adopte la circonscription unique, on peut scinder BHV. Deuzio, on peut aisément sortir de l’affrontement nord-sud en permettant de parler anglais aux centaines de milliers d’habitants qui ne parlent ni flamand ni français. De même, nous proposons que les deux Brabant deviennent trilingues, sauf Louvain.

PM : Economiquement, que prônez-vous ?

MM : Le travail doit être remis au centre de tout. Il faut le rendre intéressant et, pour y parvenir, réformer le code des impôts. Celui qui gagne moins de 12.500 € doit être taxé à o% ; entre 12.500 € et 50.000 €, l’impôt s’élèvera à 19% ; au-delà de 50.000 €, ce sera 29%.

PM : Vous avez évoqué le filet qui protégeait les travailleurs qui tombaient de leur trapèze, mais que faites-vous des chômeurs ?

MM : Le PP exige la fin du chômage à durée indéterminée. Celui qui ne peut s’y soustraire doit effectuer des travaux d’intérêt collectif. C’est une de nos mesures phares !

PM : La justice au sens précis du terme est aussi un des points-clés du programme du PP…

MM : L’Etat ne remplit plus son rôle, en cette matière. Voyez les récentes émeutes à Anderlecht, la non-exécution des peines…

PM : Que faire ?

MM : Nous voulons un big-bang ! L’organisation de la justice doit être centrée sur le justiciable via la suppression du Conseil d’Etat, de la Justice de paix… Plus besoin des auditeurs du Conseil d’Etat ni des avocats généraux de la cour de Cassation : faisons-en des présidents de cour d’Appel, par exemple… Dynamisons aussi les règles de procédure ou, comme en France, supprimons les juges d’instruction ! C’est le Parquet qui doit enquêter !

PM : Allez-vous aussi loin pour l’enseignement ?

MM : Le PP veut un retour aux valeurs ainsi qu’une plus grande motivation. Nous sommes opposés aux expérimentations telles que certains gauchistes les prônent. L’école est là pour transmettre un savoir et des valeurs. En cette matière aussi, nous voulons un big-bang. Les parents doivent par exemple avoir une liberté totale.

PM : Concrètement ?

MM : Les parents reçoivent un chèque et le donnent à l’institution qu’ils ont choisie pour leur enfant. L’école, elle, choisit ses enseignants.

PM : Ne craignez-vous pas que tous les parents se ruent vers les mêmes écoles et en délaissent d’autres ?

MM : Si vous faites allusion à la mixité (sociale), il s’agit pour nous d’un nivellement par le bas. On le constate dans des établissements de la Ville de Bruxelles : des enfants y sont inscrits qui n’ont ni le niveau ni la discipline…

PM : Que faites-vous pour les élèves en difficulté, pour les parents à problèmes ?

MM : Nous sommes favorables à du coaching, pour les uns comme pour les autres.

PM : Autre sujet, l’immigration ?

MM : Je suis un petit-fils d’immigré. Il n’y a aucun tabou à parler de l’immigration. La Belgique est une terre d’accueil et doit le rester. Elle doit cependant maîtriser l’immigration économique et les flux migratoires. En outre, celui qui vient en Belgique doit en respecter les règles et s’adapter. Quant au fait religieux, il s’agit d’une matière privée. Pas d’étendard, cependant : ni dans l’enseignement, ni dans les services publics. Le PP est d’accord avec l’ambassadeur du Maroc : les centaines de milliers d’habitants qui ont la double nationalité belgo-marocaine doivent être cogérés par nos deux pays.

PM : C’est-à-dire ?

MM : La Belgique et le Maroc doivent combattre ensemble l’extrémisme. Dans le même ordre d’idée, pourquoi les jeunes Marocains n’effectueraient-ils pas de stage dans l’armée, là-bas ? Pourquoi les détenus d’origine marocaine n’iraient-ils pas dans des prisons au Maroc – la Belgique en assumerait le coût – plutôt que les envoyer en Hollande ? Je donne l’exemple du Maroc, mais cela vaut aussi pour la Turquie ou tout autre pays… Afin de couper court à toute mauvaise interprétation, j’ajoute que le PP compte nombre de sympathisants d’origine marocaine.

PM : Et l’environnement ?

MM : Nous sommes opposés à tout dogmatisme et excédés par l’idéologie environnementaliste qui glorifie la terre et culpabilise ses habitants. Non aux discours catastrophistes ! Pas question cependant pour nous de refuser telle ou telle source d’énergie ou ne pas imaginer de nouvelles formes de voitures comme des pousse-pousse à moteurs…

PM : Que faites-vous de l’Europe ?

MM : La Belgique a toujours été à la pointe : la récente désignation d’Herman Van Rompuy en est l’exemple le plus récent. Dommage qu’il ne soit que le plus petit commun multiple… Reste que les 27 Etats sont paralysés par la lutte entre les fédéralistes d’une part et les tenants d’une union d’états d’autre part…

PM : Que reprochez-vous à Herman Van Rompuy ?

MM : Certes, il est très honnête et très intelligent, mais il n’a pas de capacité de leadership. L’honnêteté est un des critères pour un dirigeant politique, mais pas le seul.

PM : Quels sont vos modèles ?

MM : Churchill, Clémenceau et, plus près de nous, Ronald Reagan ou, aujourd’hui, Angela Merkel.

PM : Quels reproches adresseriez-vous aux partis politiques belges ?

MM : Le MR est trop positionné au centre et est devenu un parti de notables. Il est tout, sauf réformateur. Et la tentative de putsch qu’il vient de connaître est une triste pantalonnade. Ce parti est amené à disparaître comme tel. Le CDH est un centre mou dirigé par une « bobo » qui s’accroche au pouvoir, alors que ses membres ont des valeurs proches des nôtres. En Europe, les partis de la famille du CDH récoltent 40% des voix, là où lui n’en recueille que 14%. Le PS met en avant des valeurs généreuses, mais elles ont été dévoyées. Le népotisme et le clientélisme y règnent. Quant à Ecolo, s’il est en avance pour l’éthique, il est gangrené par une idéologie alter mondialiste anachronique.

PM : Quelle est, selon vous, la photographie de cette Belgique surréaliste qui implose constamment par ses aberrations politiques et, pourtant, où il continue de faire bon vivre ?

MM : Trouvez-vous vraiment qu’il fait bon vivre quand on n’ose plus sortir de chez soi ? Trouvez-vous qu’il fait bon vivre dans un pays dont le déficit est abyssal ?

PM : Vous proposez des big-bang : ne craignez-vous pas de provoquer un big-bang des big-bang, c’est-à-dire le chaos, en voulant tout changer, tout corriger d’un coup sec ?

MM : Prenons un exemple, celui de la sécurité. À de New York, c’est en instaurant la tolérance-zéro que les autorités ont rendu cette ville viable pour tous. On peut y prendre le métro sans danger. Il n’y a pas de zones de non-droit comme chez nous. Autre exemple, tout récent, celui de Madof : il a été condamné six mois après la découverte de ses activités délictueuses. Combien d’années aurait-il fallu chez nous ? Ce que nous proposons ne va pas conduire au chaos parce qu’il s’agit, dans les domaines dont j’ai parlé, de solutions du bon sens.

PM : Stratégiquement, que visez-vous ?

MM : Avec les réformes majeures que nous proposons, nous ne visons pas de faire un, voire deux ou trois pour cent, mais beaucoup plus.

PM : Avez-vous songé à ce que vous feriez en cas d’échec ?

MM : Nous nous retirerions sur la pointe des pieds, mais nous aurions essayé.

PM : Ne trouvez-vous pas bizarre de représenter le « Parti Populaire » alors que vous apparaissez sur les photos, en nanti, en train de fumer un gros cigare ?

MM : Certes, je suis aisé, mais c’est en partant de rien. L’argent n’est ni un tabou ni une tare.

PM : La question qui tue : quel est alors l’état de votre fortune et combien avez-vous gagné avec l’affaire « Fortis » ?

MM : C’est la première fois qu’on me pose cette question ! Dans d’autres pays, les politiques doivent déclarer leur fortune et je n’y suis pas opposé.

PM : A combien s’élève-t-elle ?

MM : Je n’ai pas fait le calcul.

PM : N’êtes-vous pas un utopiste, voire un poujadiste ?

MM : Avant tout, je ne veux pas laisser à mes enfants une société qui se dégrade.

PM : Vous visez la Belgique ?

MM : Oui, mais aussi l’Europe qui se déchire. Pour en arriver à votre question précédente, je ne suis pas un utopiste parce que mes objectifs sont concrets et que je n’apporte pas la révolution. Quant au fait d’être poujadiste, je ne dis pas que je vais tout régler. Parfois, on me dit « populiste » : si c’est dans le sens de m’occuper des problèmes des gens, je le revendique ; si c’est parce que je propose des solutions simplistes, du genre « y’a qu’à », je ne suis pas populiste !

PM : En Belgique, des tentatives comme les vôtres ont déjà échoué, comme avec l’UDRT…

MM : Ce parti est né d’un réflexe corporatiste et poujadiste. Nos propositions vont, elles, dans le sens de celles de l’UMP ou de la CDU.

PM : Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

MM : Nous proposons une alternative au PS, étant donné que ni le MR ni le CDH ne le font. Nous ne dénonçons pas seulement des dysfonctionnements, nous faisons des propositions.

PM : Où comptez-vous aller chercher vos électeurs au MR ? Au CDH ? Au PS ?

MM : Le MR est actuellement à 24% : il va passer à 12% d’électeurs habituels. De même, le CDH va tomber de 14% à 5% : les gens ne se retrouvent plus dans ce parti. Le PS, lui, est à 27-28% et va perdre 2 à 3%. Enfin Ecolo perdra des électeurs baladeurs. Vous avez un tableau de ce que nous espérons.

aernoudt.jpgPM : Rudy Aernoudt, qui est coprésident avec vous, est un pestiféré du MR. Ne risquez-vous pas d’être mis au ban par les libéraux ?

MM : Rudy est un véritable idéaliste. Il connaît à la perfection les dossiers économiques. Concernant sa tentative d’intégrer le MR, il s’est fait piéger. Son expérience nous a immunisés. Quant à son programme, je suis d’accord sur tous les points qu’il contient.

PM : Le PP incarnera-t-il une droite pure et dure ?

MM : Nos valeurs sont de droite, mais aussi de gauche. Nous incarnons une droite qui s’assume.

PM : Votre parti ne risque-t-il pas de surtout grappiller des voix au MR et de mieux installer le PS ?

MM : Si c’est le cas, cela voudra dire que le MR n’a pas fait ce qu’il devait.

PM : C’est pourtant le parti dont vous êtes le plus proche…

MM : Nous sommes plutôt proches du PLP d’Omer Vanaudenhove. Vous constaterez qu’à notre parti, manque seulement le « L » du milieu…

PM : Quel est encore votre espoir, dans l’affaire Fortis ?

MM : L’affaire en est au niveau du délibéré. Je ne puis donc faire de commentaires…

Quelques noms :

- Herman Van Rompuy : Un homme honnête, intelligent, mais ayant une absence totale d’ambition et de leadership.

- Didier Reynders : Il est intelligent, mais n’a pas d’intelligence émotionnelle. Il va provoquer le naufrage des libéraux.

- BHV : Un problème bien loin des préoccupations des gens et qui ne préoccupe que les partis politiques.

- Yves Leterme : (profond soupir) Un homme maladroit. Est-il vraiment prudent de le remettre en selle ?

- Albert II : Il est jovial et de bonne composition. Il craint l’avenir après lui…

- La famille royale et les dotations : Il serait temps d’objectiver la liste civile. D’accord pour un salaire accordé au Roi et à ses collaborateurs, mais avec plus de transparence.

- Les partis extrémistes flamingants : Ils sont détestables. En ce qui concerne le Vlaams Blok, ce serait une bonne chose qu’il se scinde en permettant à ses électeurs les plus modérés de s’en aller.

- La scission de la Belgique : Le PP est fédéraliste, bien que personnellement je sois francophone et non-belgicain. Reste que la Belgique apporte une valeur ajoutée. Pourtant, la scission ne me fait pas peur.

- Elio Di Rupo : C’est un homme intelligent et un grand stratège qui est à la tête d’un parti archaïque. Une cure d’opposition de 10 ans permettrait au PS de se refonder…

- Les impôts en Belgique : Ils sont injustes, trop élevés avec une surtaxation des revenus du travail.

- Le chômage en Wallonie : Il est scandaleux pour un pays comme le nôtre, mais aussi pour les chômeurs eux-mêmes.

- Me Vergès : Ce n’est pas un modèle. Même si sa stratégie de rupture est intéressante. Il s’est trop compromis dans des causes comme le terrorisme ou le nazisme.

Les commentaires sont fermés.