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04/11/2009

YVES LETERME: "UN DIRIGEANT ETRANGER M'A DEMANDE DE L'AIDER A TUER!" (PARIS MATCH 29-10-09)


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C'est le 31 octobre que Michel De Maegd s'envolera en compagnie de six autres pilotes d'ULM afin de boucler la deuxième partie du Earth Challenge. Les sept hommes reviendront en Belgique, le 5 décembre. Au programme de ce nouveau périple: la Thaïlande, Myanmar, le Bangladesh, l'Inde, le Pakistan, Oman, les Emirats Arabes Unis, le Qatar, le Bahreïn, l'Arabie Saoudite, l'Egypte, la Libye, la Tunisie, la Suisse, la France et la Belgique. Ce type d'équipée nécessite une préparation minutieuse. Il a entre autres fallu recevoir les permis de survol des pays choisis. Pour y parvenir, l'appui des Affaires étrangères était indispensable. Paris Match a rencontré le chef de la diplomatie belge, Yves Leterme, pour un entretien sans langue de bois.

Paris Match: Vous avez aidé à la mise sur pied de l'opération Earth Challenge. Quel a été votre rôle?

Yves Leterme: J'ai rédigé la lettre de recommandation indispensable pour obtenir les autorisations de survoler les territoires que l'équipe avait choisis. Il s'agit d'un courrier à utiliser de façon intelligente, mais Michel De Maegd est au courant. Il est tout à fait capable de prendre de la hauteur… (sourires)

PM: Cette lettre n'est donc pas un laissez-passer?

YL: Non! En Europe, nous avons la possibilité d'aller presque où nous le désirons. Ce qui n'est pas possible partout dans le monde. C'est pourquoi ceux qui reçoivent mon courrier – nos ambassadeurs – doivent aussi faire preuve de bon sens.

PM: Qu'avez-vous pensé du projet, lorsque Michel De Maegd vous l'a présenté?

YL: Il est magnifique! J'admire ces pilotes qui vont survoler tant de pays, pour attirer l'attention sur les risques que court la planète…

PM: Vous avez donc tout de suite accepté?

YL: Bien entendu, d'autant que la Belgique est un des très bons élèves en matière d'écologie. En guise de slogan, je dirais que, si l'on peut toujours mieux, on est quand même bon!

PM: A quoi faites-vous allusion?

YL: L'utilisation de la technique de la carotte et du bâton fait que nous Belges, sommes des champions en matière de tri des déchets. Nous sommes même numéro un!

PM: C'est un dossier que vous connaissez bien?

YL: Oui, depuis l'époque où j'étais échevin à Ypres. Actuellement, pour ce qui est de l'écologie, j'équipe ma maison de panneaux solaires, grâce à des subsides alloués par la Région flamande et par ma ville. Inutile aussi de vous préciser que, comme tous les ménages belges, nous utilisons deux poubelles…

PM: Plus généralement, que pensez-vous du Earth Challenge?

YL: Au-delà du fait que c'est une démarche sympathique, c'est surtout une extraordinaire manière d'attirer l'attention sur le devenir de la planète, tout en permettant de rêver. C'est magnifique!

PM: Avez-vous déjà fait de l'ULM?

YL: Non, même si je suis déjà monté dans une Montgolfière! Je me souviens cependant qu'il y a quelques semaines, lors de ses adieux, l'ambassadeur russe en poste à Bruxelles a dit que son plus beau souvenir chez nous resterait un vol en ULM, grâce auquel il avait pu survoler la Belgique. Il a d'ailleurs publié un livre de photos de notre pays vu du ciel.

Michel De Maegd intervient: Je vous propose d'en faire un, après notre retour. L'invitation est lancée…

YL: J'ajoute que je suis aussi monté tout en haut d'une éolienne. On y a une vue à nulle autre pareille. Je l'ai escaladée parce qu'on va installer un champ d'éoliennes à quelques pas de chez moi. Il s'agira du plus grand parc de Flandre occidentale puisqu'il comprendra neuf éoliennes.

PM: Avez-vous été informé de ce que certains pays posaient problème pour la mise en place de l'Earth Challenge?

YL: A l'heure où je vous parle, et selon les informations que m'a données Michel De Maegd, le Pakistan est la seule nation qui n’a pas encore donné son autorisation. Je fais tout pour que cela s'arrange: vu la situation dans ce pays, je crois que l'équipe sera contrainte de survoler la côte pour rejoindre Karachi.

PM: Il y a quelques jours, vous étiez à New York. Vous avez été fort applaudi à l'ONU…

TYL: C'est exact, je ne veux pas nier que cela fait toujours plaisir. Mais je veux voir plus loin que cette seule satisfaction personnelle. Lors de mon séjour à New York, j'ai pu rencontrer un nombre important de chefs d'Etat et de gouvernements.

PM: Cela vous fait quelque chose de prendre la parole à la tribune de l'ONU?

YL: A ce moment-là, on a vraiment l'impression de parler au monde entier. C'est une expérience magnifique. Savez-vous que, quelques minutes après mon discours, j'ai reçu le mail d'un collaborateur qui me félicitait, depuis Bruxelles?

PM: Quelles sont les personnalités qui vous ont déjà impressionné, depuis que vous avez pris vos fonctions?

YL: Il y a sans conteste Madame Clinton. Elle connaissait ses dossiers à la perfection, tout en faisant preuve de beaucoup d'empathie. De plus, elle donne vraiment l'impression de vouloir faire du bien,. J'insiste sur ce point car elle ne semble pas vouloir le faire uniquement dans les pays où les Etats-Unis ont des intérêts. Je me souviens également très bien de la rencontre avec Paul Kagamé, président du Rwanda. Mais j' ai rencontré beaucoup d'autres personnalités, comme le président brésilien Lula, le Premier Ministre russe Poutine…

PM: Vous allez évidemment continuer à rencontrer beaucoup de monde…

YL: Dans la perspective de la présidence belge de l'UE, j’accompagnerai le Premier ministre, Herman Van Rompuy lors de son tour des capitales européennes, pendant cinq à six semaines.. Puis, au mois de décembre, j'irai dans d'autres pays, en Europe, mais aussi en Afrique

PM: Qu'avez-vous appris d'intéressant, à New York?

YL: Il m’est arrivé d’être choqué quand, lors d'un face à face avec un dirigeant étranger – que je me refuse à citer –, celui-ci m'a demandé si je pouvais l'aider à arrêter, voire à tuer des gens?

PM: C'est énorme, cela…

YL: Je vous le dis de la même manière qu'il me l'a demandé.

PM: Que pensez-vous de votre nouveau métier, depuis les quelques mois que vous êtes aux Affaires étrangères?

YL: Je vous rappelle d'abord qu'à un moment dans ma carrière, j'ai été fonctionnaire européen. Comme Premier ministre fédéral, j'ai aussi assisté à des sommets européens. Enfin, actuellement, je siège au bureau du Parti Populaire Européen, dont le CD&V fait partie.

PM: Comment décrieriez-vous l'importance stratégique du ministre des Affaires étrangères dans notre gouvernement?

YL: Entre 2004 et 2008, comme ministre-président flamand, puis comme Premier ministre, j'ai baigné dans les chiffres, les budgets et les luttes de pouvoir. Ce que je fais aujourd'hui est donc totalement différent: à mon poste, il faut concerter beaucoup plus de gens avant de prendre des décisions …

PM: Vous appréciez donc ce type de travail?

YL: Bien évidemment! Avec une toute, toute petite frustration. Je n'ai pas encore le temps de lire tout ce qui arrive sur mon bureau. Et pourtant j'ai une folle envie d'apprendre…

PM: Un ministre des Affaires étrangères dispose-t-il d'un réel poids politique?

YL: Il s'agit d'un des postes-clé du gouvernement. En outre, c'est une fonction passionnante, mais moins stressante que celles que j'ai connu avant.

PM: Ce n'est pas la première fois qu'un ancien Premier ministre atterri aux Affaires étrangères…

YL: Avant moi, il y a eu Leo Tindemans et Marc Eyskens.

PM: Qu'avez-vous ressenti en assistant à votre première réunion du gouvernement Van Rompuy?

YL: Peu de choses avaient changé, depuis ma démission comme Premier ministre, fin 2008. J'ai ressenti une forte volonté de boucler les dossiers. Cela, même si lors de l'élaboration du budget, j'ai constaté une certaine stagnation… Mais cela me paraît normal.

PM: Vous voulez dire que l'atmosphère est meilleure?

YL: J'ai ressenti une véritable ambiance de travail.

PM: Quel accueil vous ont réservé vos collègues?

YL: J'ai été fort bien accueilli. Vous devinez cependant que j'étais resté en contact avec certains membres du gouvernement…

PM: Qu'est-ce qui vous a vraiment le plus frappé dans le gouvernement Van Rompuy?

YL: C'est surtout que le VLD fait profile bas, Patrick Dewael ayant quitté le gouvernement pour la présidence de la Chambre et Karel De Gucht étant devenu commissaire européen. Je constate aussi que mon successeur a heureusement plus de marges de manœuvre que moi. Il reste malgré tout bien des dossiers à mener à bien, comme BHV…

PM: En 2008, vous avez connu de graves problèmes de santé et en aviez parlé dans Paris Match. Comment vous portez-vous?

YL: Fort bien, je vous remercie. Il y a tout juste un mois, j'ai passé un check-up et ses résultats furent excellents. Je ne devrais en subir un nouveau, que dans trois ou quatre mois. À propos de la santé, savez-vous qu'un ambassadeur en Belgique m'a confié que, dans notre métier, on mourait par la fourchette…

PM: Un ministre des Affaires étrangères est contraint de beaucoup voyager. Cela ne peut-il nuire à votre santé?

YL: Je n'ai reçu aucune contre-indication en ce sens. Je vous avoue cependant que je m'efforce de me coucher parfois vers dix heures, dix heures trente: en flamand, on dit que celui qui se couche tôt bénéficie d'un à-valoir sur la mort. Enfin, les voyages en avion me permettent de travailler…

PM: Avec le recul, comment percevez-vous les moments difficiles que vous avez vécu?

YL: J'ai effectivement passé six ou sept années folles, comme président de parti, ministre-président, puis comme Premier ministre. Après ma démission, fin 2008, j'en ai profité pour récupérer. Sans toutefois rester inactif puisque j'ai, par exemple, donné beaucoup de conférences. J'ai aussi effectué un stage de cyclisme.

PM: Les Affaires étrangères étaient-elles vraiment le poste que vous souhaitiez?

PM: J'aurais aimé devenir ministre des Finances, un autre poste important au sein du gouvernement. Or Didier Reynders souhaitait conserver son poste. Karel De Gucht s'en étant allé pour la commission européenne, je l'ai remplacé aux Affaires étrangères.

PM: Pour en revenir aux moments pénibles que vous avez vécu…

YL: J'ai une excellente mémoire mais je ne suis pas un revanchard et je ne suis pas du genre à trop regarder en arrière,.

PM: Vous êtes devenu plus serein?

YL: Certainement, même si je ne vais plus me battre pour des choses qui, avec le recul, n'en valent pas tout à fait la peine. Mais vous avez raison, je suis plus serein, et plus calme aussi…

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