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22/10/2009

MICHEL JADOT: "IL EST PLUS AISE DE PARLER DE BUDGET 2010, SANS PARLER DE 2015" (DH 11-10-09)


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Patron du ministère de l'Emploi de 1994 à 2008, Michel Jadot est ce que l'on appelle "un grand commis de l'Etat". Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il y a un an, il a été désigné président de la conférence nationale des Pensions. C'est à ce double titre que nous l'avons interrogé.

La Dernière Heure: Le budget semble avancer sans trop de heurts...

Michel Jadot: Le Premier ministre est confronté à une situation grave, mais il a décidé de ne pas s'engager dans une politique à long terme. Ceci étant dit, la réalité reste présente: il lui faudra trouver des mesures pour l'horizon 2015.

DH: Vous comprenez sa manière de travailler: sur le court terme?

MJ: Tout à fait! Même si l'exercice actuel est facile. Je veux dire qu'il est aisé de parler de 2010, sans parler de 2015…

DH: Vous comprenez cette tactique?

MJ: Personnellement, en 30 ans d'activité, je n'ai jamais connu de crise aussi grave. Car, même si la crise financière est derrière nous – ce n'est même pas certain –, la crise sociale est bien là. Je comprends dès lors que Herman Van Rompuy avance prudemment.

DH: Vous voulez dire qu'il y a tellement de problèmes qu'on ne pourrait les résoudre en une fois?

MJ: C'est un peu cela. La situation du chômage est grave, tandis qu'en matière de soins de santé, il reste des économies à faire. Sans recettes, on n'arrivera à restaurer ni l'équilibre de la sécu, ni le climat social.

DH: En parlant de recettes nouvelles, vous songez à d'autres domaines?

MJ: Bien sûr! Je pense à la lutte contre la fraude fiscale: on en parle depuis des décennies. Je songe aussi à rogner sur les intérêts notionnels, ce qui pourrait rapporter quelques centaine de millions. Et il reste bien d'autres questions: va-t-on taxer les banques? Va-t-on faire payer l'électricité (avec le risque qu'Electrabel répercute cela sur ses tarifs)? On peut aussi parler des impôts indirects, mais ils frappent les gens de manière identique. Souvenons-nous qu'en 1993, on avait prévu un impôt qui ne touche pas les revenus moyens…

DH: Voyez-vous venir un impôt sur les revenus?

MJ: On n'y échappera pas, mais pas tout de suite… Sans cela, on ne parviendra pas à redescendre sous le seuil des 3% voulus par l'Europe.

DH: Vous êtes président de la conférence nationale des pensions: où en êtes-vous?

MJ: Cette conférence est subdivisée en trois groupes de travail: la pension légale, la pension complémentaire et l'épargne-pension. Ces groupes ont tenu plus de 30 réunions avec des experts comme la Banque Nationale, la CBFA, le Bureau du Plan, les universités… Un rapport intermédiaire devrait sortir d'ici quelques semaines. Et nous devrions proposer des recommandations pour la fin 2009, début 2010. Nous travaillons sur le long terme, nous!

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