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05/10/2009

ERIC ADELBRECHT (RADIO CONTACT): "PAS DE COMPETITION ENTRE BEL RTL ET NOUS!" (PARIS MATCH 01-10-09)

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Paris Match: Vous êtes le patron d'une radio à succès. Comment faites-vous pour combattre la crise?

Eric Adelbrecht: Pour la combattre, il faut tenter d'être le meilleur possible en préservant son chiffre d'affaires et en réduisant ses charges. A la vérité, je dois avouer qu'avec les 30 ans d'histoire de Contact, nous disposons d'un trésor de guerre qui rend les choses plus faciles. Il n'est pas question pour autant de faire des folies…

PM: L'année 2009 a dû être particulière, pour vous?

EA: C'est plutôt 2008 qui a été spéciale: pendant qu'elle s'est écoulée, nous avons senti venir la crise, ce qui nous a contraints à la traverser avec une vision à moyen terme. L'année prochaine, 2010, sera une année de transition et j'espère qu'elle nous permettra de vivre une relance.

PM: Comment se déroule cette fin d'année?

EA: En ce qui concerne les annonceurs, la période est particulière: on sent à la fois qu'ils tentent de remonter la pente, mais également qu'ils sont tributaires de leurs maisons-mères. Sur base de ces deux paramètres, nous devons leur redonner confiance en mettant en avant les valeurs les plus dynamiques de notre radio.

PM: Comment faites-vous pour y parvenir?

EA: Nous avons la chance de posséder une station qui positive beaucoup. Pour donner confiance à nos annonceurs, nous misons beaucoup sur notre marque de fabrique et vendons autrement notre publicité.

PM: N'est-il pas plus difficile de tirer votre épingle du jeu dans un univers où règne la crise, surtout dans les médias?

EA: Non, je ne crois pas! Un média comme Radio Contact est une valeur refuge. Les gens viennent y retrouver un rayon de soleil et un peu de détente. Notre slogan "feel good" va dans ces sens…

PM: Comment motivez-vous vos équipes pour qu'elles soient plus fortes?

EA: D'abord, je leur demande de me faire confiance, tout en leur disant où je veux aller. Ma première mission est donc de les convaincre. Seconde étape, elles peuvent constater que les résultats sont là: nous ne cessons de monter. Disant cela, je sais que le plus dur reste à faire: poursuivre notre progression…

 

PM: Au-delà des mots, comment faites-vous pour dynamiser vos troupes?

EA: J'aime beaucoup la phrase qui dit que, pour être bien appliquée, une stratégie doit être bien expliquée. Je tente de le faire, jour après jour.

PM: Vous parlez de vos troupes: combien avez-vous de collaborateurs?

 

EA: Nous disposons d'une soixantaine d'équivalents temps pleins.

PM: A combien se monte votre budget de fonctionnement?

EA: Il est de huit millions d'euros.

PM: Et le chiffre d'affaires de la publicité?

EA: Vingt millions d'euros.

PM: La masse salariale de Radio Contact?

EA: Quatre millions et demi d'euros.

PM: Enfin, vos revenus nets?

EA: Quatorze millions d'euros!

PM: Quel être votre secret pour rester fort?

EA: C'est l'adrénaline. Elle me conforte dans mes choix et me donne envie de continuer, toujours et toujours.

PM: Radio Contact est, depuis peu, première en Communauté française. La lutte avec Bel RTL est sans merci?

EA: Nous appartenons au même groupe et sommes complémentaires. Sans cela, ce serait très difficile à vivre. En fait, Bel RTL et Contact font chambre à part. Il nous revient d'affiner nos produits pour rester totalement complémentaires.

PM: Et la RTBF?

EA: A côté de nos deux radios, la RTBF compte cinq radios. Elle représente un peu la pensée unique.

PM: Comment définiriez-vous votre rivalité avec Bel RTL?

EA: Le but de Contact n'a jamais été de détrôner Bel RTL, mais de proposer le meilleur produit possible, quitte à devenir numéro un. Nous y sommes parvenus et c'est une belle récompense. Mais nous n'en tirons aucune fierté.

PM: Vraiment?

EA: Oui! Il n'y a aucune mauvaise compétition entre nous.

PM: Quel est désormais votre but?

EA: Persévérer. Quand j'ai pris la tête de Contact, j'avais promis que nous deviendrions les premiers. Maintenant, nous allons devoir tenir.

PM: Ce sera le plus dur?

EA: Effectivement! Surtout que tout le monde va s'attaquer au leader. Reste que c'est jouable, même si ce sera compliqué.

 

Laure Pauwline

PM: A Liège, à l'occasion des Fêtes de Wallonie, Laure Pauwline, votre chanteuse fétiche, va monter la première sur le podium. Un rêve se réalise?

EA: Ce sera effectivement un très grand moment pour elle!

PM: C'est vous qui l'avez découverte: comment s'est passée votre rencontre?

EA: Elle est mariée à Charles De Pauw qui est un ami de Philippe Delusinne, administrateur délégué de notre groupe. En grand patron qu'il est, celui-ci nous a dit qu'il ne pouvait pas prendre de décision concernant cette chanteuse. Il l'a donc aiguillée vers moi.

PM: Vous avez en quelque sorte pris le relais?

EA: Exactement! J'ai d'abord constaté que, non seulement, Laure était très jolie, mais aussi qu'elle possédait une fort jolie voix. Un problème se posait pourtant: en Belgique, les maisons de disques locales ne prennent plus de risques pour les artistes belges francophones. Nous avons donc décidé de faire nous-mêmes ce qu'elles ne font plus.

PM: Avec Laure Pauwline, le succès fut rapidement au rendez-vous?

EA: Ce fut effectivement une belle réussite, puisqu'elle a déjà un tube à son actif: "Chacun son chemin". Nous en avons été le moteur et tout s'est bien construit. N'oublions pas non plus qu'il nous a fallu trouver des gens pour orchestrer cette réussite.

PM: Avez-vous rapidement senti que cela allait marcher?

EA: Oui, tout de suite, pour les motifs que j'ai énoncés et parce qu'elle chante très juste. La suite est une affaire de travail.

PM: Vous avez pointé le problème des maisons de disque…

EA: Ce qui se passe est vraiment dramatique. Elles signent de moins en moins d'artistes belges francophones. Leurs directeurs du marketing sont Flamands et ne connaissent pas notre notre marché. Résultat, quatre-vingt pour cent de leurs investissements se font en Flandre. Il n'y a donc plus de places pour de nouveaux talents francophones. C'est très grave pour les jeunes à qui l'on ne permet plus d'avoir de visibilité.

PM: Vous suppléez donc les maisons de disques?

EA: C'est un peu cela! Nous prenons le relais, avec une prise de risques sur certains artistes et en trouvant des dynamiques pour que cela fonctionne.

PM: Qu'en est-il de nos artistes plus connus?

EA: Une chanteuse comme Maurane est quasi française. Pour d'autres, comme Lafontaine ou Alec Mansion, cela fonctionne vaille que vaille, ou grâce à internet. Quant à Axel Red ou Lara Fabian, elles disposent de contrats internationaux.

PM: Quel est l'avenir de la chanson belge francophone?

EA: C'est à nous qu'il revient de mettre en avant le talent de nos artistes.

PM: Comment se porte le marché du disque, en général?

EA: La question est très compliquée parce qu'on n'a pas encore trouvé un modèle physique pour remplacer le CD. Cela, même si l'achat de musique par internet se porte plutôt bien. C'est un nouveau challenge…

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