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22/06/2009

GUY SPITAELS: L'IRAN, UN REGIME PLUS PRETORIEN QUE RELIGIEUX (DH 28-06-09)

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La Dernière Heure: Connaissez-vous bien l'Iran?

Guy Spitaels: Je m'y suis rendu une seule fois, il y a quatre ans, mais j'ai de nombreux interlocuteurs iraniens à Bruxelles. Sans parler du fait que j'ai beaucoup lu sur ce pays. Quant à mon livre, "La triple insurrection islamiste", j'y consacre trente pages à l'Iran.

DH: Que pensez-vous de ce qu'il s'y passe actuellement?

GS: Il convient d'abord de souligner le contraste énorme, entre les deux rives du Golfe arabo-persique avec, d'une part, les Emirats arabes unies où l'endormissement semble être la règle, et d'autre part, l'Iran qui bouge constamment.

DH: Le régime iranien vacille-t-il ou va-t-il reprendre la situation en main?

GS: En cette fin d'après-midi, il est difficile de savoir ce qui s'est exactement passé. On peut toutefois observer un fait, d'une manière générale: le régime iranien devient plus prétorien que religieux.

DH: C'est-à-dire?

GS: En disant cela, je pointe la division du haut clergé. Nous avons, au sommet, l'ayatollah Kamenei qui a été très clair, hier, dans son soutien au président Mahmoud Ahmadinejad. Mais il n'est pas le seul. Il faut aussi compter avec le  Grand ayatollah Montazeri qui a participé activement à la révolution de 1979  et d'autres ayatollahs qui seraient en résidence surveillée.

DH: Et le gouvernement?

GS: 14 des 21 ministres nommés par Khamenei sont membres des Gardiens de la révolution et l'on constate également que le régime s'appuie sur ceux qui furent les héros de la guerre Iran-Irak.

DH: Comment analysez-vous les réactions dans le monde?

GS: Il est clair qu'un jeu international se joue. Aujourd'hui, la présence du président Ahmanidejad, aux côtés des numéros un chinois et russes, à l'occasion du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai, est un des éléments de ce jeu.

DH: Ne prend-il pas un risque en quittant le pays, en pleine crise?

GS: Il a voulu afficher une certaine décontraction et sait fort bien que l'Iran est gardé.

DH: Et le rôle de l'Europe?

GS: Le président Sarkozy a agi comme à son habitude, c'est-à-dire comme une pile électrique. Quant aux Anglais, n'oublions pas qu'ils furent les anciens maîtres de l'Iran. Ils se comportent donc avec certains souvenirs. Je préfère la réaction plus mesurée de notre ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht. Il fait preuve de métier.

DH: Et les Etats-Unis?

GS: Certains ont observé avec justesse qu'Obama n'avait rien fait pour annuler un programme de plusieurs centaines de milliards de dollars, mis au point par Bush pour déstabiliser l'Iran. J'observe, comme d'autres, sa prudence. Il doit se dire: "Avec qui vais-je devoir négocier?"

DH: Vous avez fait allusion au prêche de l'ayatollah Khamenei, hier vendredi…

GS: Il semble avoir parlé dans le vide, si j'en crois la tenue, ce samedi, d'une manifestation qu'il avait interdite. Il n'en reste pas moins le Guide suprême.

DH: Et le fond du dossier: la validité ou non du vote…

GS: Un think tank qui fait autorité, le "Crisis group", affirme que, quelque soit le résultat du scrutin, il convient de le respecter. Je partage cet avis. D'autant que l'on ne connaît pas la portée de la fraude…

DH: Comment voyez-vous la suite des événements?

GS: Il peut, soit y avoir une répression forte, soit un essoufflement de Moussavi. Les prochaines heures seront très importantes…

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