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14/05/2009

L'AIMANTE DE PAUL MAGNETTE (INTERVIEW PARIS MATCH 07-05-09)

 

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PM: Vous êtes membre du PS depuis toujours?

PM: Dès l'université, en 1989, je me suis inscrit aux Jeunesses socialistes. C'était l'époque du "Dormeur, réveille-toi" de Philippe Busquin. Mais ce n'est que plus tard, en 1993, que j'ai adhéré au PS.

PM: Vous avez aussi été membre du comité scientifique du Centre Jean Gol: c'est curieux?

PM: Ce fut à la demande d'Hervé Hasquin qui en était le président. Mais je n'ai jamais milité au MR. À l'époque, j'avais également des contacts avec beaucoup d'autres politiques: Louis Michel, pour le dossier des sans-papiers qui me tenait à cœur, mais aussi Joëlle Milquet, quand elle devenue présidente du CDH.

PM: Vous parlez régulièrement de la philosophie de l'émancipation du PS. De quoi s'agit-il?

PM: C'est tout le contraire de la politique d'assistanat que certains reprochent souvent aux socialistes. Contrairement à ce qu'on affirme, le PS n'est pas un parti qui entretient les gens. Le bonheur doit rester une affaire personnelle. Le socialisme, lui, crée les conditions d'un bonheur collectif. Cela, par le biais de la formation, de l'enseignement, de l'emploi, de la santé…

PM: Etes- vous favorable aux permanences sociales, qui sont tant décriées par d'aucuns?

PM: Totalement! Je tiens cependant à préciser qu'on n'y offre rien aux gens. Ceux qui viennent ne repartent pas avec un emploi ou un logement. On leur explique comment s'y retrouver à travers les arcanes de l'administration. Et personnellement, j'y apprends beaucoup de choses.

PM: Par exemple.?

PM: Je suis frappé par le courage de ceux que je reçois lors de mes permanences. Certains sont étranglés financièrement, d'autres sont victimes de problèmes de santé ou cherchent un logement, voire un emploi… Tout cela est très dur.

PM: Les affaires donnent au PS l'image d'un parti archaïque…

PM: Il est difficile, pour un parti de masse comme le nôtre, d'être à la fois populaire et moderne. Quand on voit que le PS a défendu le droit de vote des étrangers, le mariage des homosexuels ou la lutte contre le racisme, ce n'est pas de l'archaïsme. Je crois qu'il y a peu de partis où les élus vont autant à la rencontre de leur base.

PM: Quand on parle des affaires, on pense d'abord à Charleroi. Cela vous fait mal, en tant que leader du PS carolo?

PM: Il y a des dérives et des comportements qui font taches. Mais le PS ne se résume pas à ça! Il y a des abus dans tous les partis… Depuis qu'on m'a appelé, la fédération de Charleroi a été entièrement rénovée. Aux élections régionales du 7 juin, nous présenterons la plus jeune liste: 15 candidats sur 18 sont nouveaux.

PM: Sera-ce suffisant?

PM: Contrairement à ce qu'on peut croire, c'est du côté des anciens qu'on trouve les militants les plus véhéments à l'égard des "traîtres". Ce ne sont pas les jeunes que nous devons convaincre de notre volonté de renouveau.

PM: Quand Elio Di Rupo vous a appelé au secours, le PS carolo était au plus mal. Vous avez hésité?

PM: Politologue à l'ULB, j'ai été étonné de ce choix, mais je ne pouvais pas refuser, vu mon passé de carolo de gauche. J'ai eu 10 minutes pour réfléchir et j'ai accepté d'apporter mon aide bénévole.

PM: Vous vous dites proche de Dominique Strauss Kahn, président du FMI. Pour certains, il représente la "gauche caviar"…

PM: Je l'ai effectivement un peu connu à sciences-po. Il a été maire de Sarcelles et est tout, sauf ce que vous dites. Avec d'autres socialistes, comme l'Espagnol Zapatero, il représente la colonne vertébrale de la transition démocratique.

PM: Vous êtes en campagne: pour vous, s'agit-il de la première?

PM:  Effectivement! J'y trouve un côté très ludique. En tant que ministre, je me dois à mes dossiers, mais je m'efforce tout de même d'accompagner mes équipes sur le terrain. Il s'agit de moments importants dont je profite pleinement.

PM: A l'occasion de cette campagne, sentez-vous que les affaires poussent les gens vers l'antipolitisme?

PM: Je perçois surtout un immense sentiment d'abandon, au sein de la population. Cependant, lorsque je discute avec les citoyens, cinq ou dix minutes me suffisent le plus souvent pour les reconquérir.

PM: Vous parlent-ils du voyage des députés wallons en Californie?

PM: Les gens ont été très choqués: ceux qui ont fait cela vivent sur une autre planète. À titre personnel, cette pseudo mission m'a révulsé. Des dérives de ce type conduisent à l'antipolitisme.

PM: À propos du Californiagate, le PS a été le parti le plus critiqué…

PM: Je ne crois pas. Même si les citoyens ont été scandalisés, ils parviennent à faire la part des choses.

PM: Et les dossiers d'enrichissement personnel, de la part de certains de vos camarades?

PM: Ils me choquent à double titre. D'abord parce qu'il s'agit d'abus de bien social et ensuite parce qu'ils sont la négation de ce que devrait être le socialisme. C'est une trahison à la fois morale et politique.

PM: Quand vous parlez de la crise, vous dites qu'elle est libérale: c'est un slogan?

PM: C'est plus qu'un slogan. Nous vivons non seulement une crise du capitalisme financier, mais aussi de l'idéologie libérale. Si à la veille de la chute de Fortis, on avait demandé aux libéraux ce qu'ils diraient de l'idée de prendre une participation dans une banque, ils auraient rigolé.

PM: Que pensez-vous du projet de grande banque belge?

PM: Je n'ai pas d'avis arrêté. Si le but est de stabiliser notre paysage financier, je suis favorable à cette banque, à condition que toutes les garanties soient données pour son bon fonctionnement. Si, par contre, le partage de risque est meilleur avec BNP, c'est tout aussi bien. Je n'ai aucune crispation idéologique, dans ce dossier: l'important, c'est le résultat.

PM: Vous étiez novice quand vous avez repris les dossiers de l'Energie et du Climat: comment les avez-vous abordés?

PM: Dans un premier temps, j'ai beaucoup consulté. En Belgique, les différents niveaux de pouvoir ne se parlent pas assez. Après avoir effectué un état des lieux, durant la première année, je me suis adressé à certaines cibles, afin de connaître la nature de leur engagement.

PM: En matière d'énergie, l'image des grands producteurs qui amassent des milliards est toujours là…

PM: Le problème est qu'il y a 22 producteurs. Cela, même si 80 % de l'énergie est produite par une seule société.

PM: Quelle est votre stratégie?

PM: Je n'ai pas eu peur du conflit, même si je ne l'ai pas cherché. Et je crois que les résultats sont là!

PM: Pourtant, les gens n'ont pas l'impression que les prix baissent…

PM: Ils ne s'en rendent pas encore compte. Mais les prix vont bel et bien diminuer. Pour l'électricité, ce sera de 6 à 8%. Pour le gaz, la diminution sera de 19%. J'espère même qu'on parviendra à 35%, à la rentrée.

PM: Un autre de vos dossiers va aboutir: Charleroi va devenir une ville universitaire…

PM: Selon le président de l'ULB, celle-ci s'étend sur trois sites: Bruxelles, Mons et Charleroi. En septembre, une unité constituée par les matières sociales va s'installer au centre de Charleroi. J'y donnerai cours. J'en suis très heureux.

PM: Vous dites cela parce que vous êtes originaire de Charleroi?

PM: Si mon père est né à Liège et ma mère à Tournai, dès ma prime jeunesse, ils se sont installés à Charleroi. J'y ai toujours vécu. Je suis entré à l'ULB en 1989, kotant à Bruxelles, la durée de mes études. J'ai ensuite été un an en Grande-Bretagne. Je suis multilingue: flamand, anglais, italien, espagnol…

PM:  Votre visage est connu, mais dans le fond, les gens savent peu qui vous êtes. N'êtes-vous pas un peu lisse?

PM: J'ai trois enfants: Jean (11 ans), Pauline (9 ans) et Victoire (six ans). Je les protège énormément. Personnellement, je tente de garder une vie la plus normale qui soit. Ainsi, le dimanche, je fais moi-même mon marché pour préparer la semaine. Et je regrette d'aller moins au cinéma que je le voudrais. Quant aux mondanités auxquelles me contraint ma fonction ministérielle, je les limite au maximum. Mais certaines sont obligatoires…

PM: Votre divorce et vos activités politiques ne vous ont-ils pas trop éloigné de vos enfants?

PM: Si, en quantité, je n'ai pas le temps que j'aimerais avoir avec mes enfants, je tente d'y mettre la qualité. Avec eux, je mets mes soucis de côté. Je sais qu'ils comprennent. J'avais moi-même des parents qui travaillaient beaucoup: autant qu'un ministre. Avoir des enfants, dans ma situation, demande une organisation. J'y parviens, avec l'aide d'une dame.

PM: On parle souvent de votre sex-appeal: cela vous énerve?

PM: Ce n'est pas toujours facile à vivre, c'est vrai. C'est même un peu embêtant, surtout lorsqu'on me prête des liaisons que je n'ai pas.

PM: C'est votre compagne qui doit le moins apprécier …

PM: Maud est très intelligente et comprend tout cela. Quand j'ai été désigné comme homme politique le plus sexy, après Benoît Lutgen, elle m'a charrié.

PM: Que fait-elle dans la vie?

PM: Elle est d'origine liégeoise et est en dernière année de psychologie.

PM: Comment définiriez-vous votre caractère?

PM: Je suis un idéaliste qui fait de la politique et je suis très impatient. Par ailleurs, j'ai des bonheurs très simples. Ma principale joie est d'être avec mes enfants. Je dirais que ma vie de père et celle que j'ai avec ma compagne sont les choses les plus importantes au monde.

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