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26/02/2009

HERMAN VAN ROMPUY: "AVEC MOI, LES GENS SONT EN DE BONNES MAINS!"

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Après la brève mission d'explorateur de Wilfried Martens, Herman Van Rompuy a prêté serment le 30 décembre dernier. "Contre son gré", comme il dit. Depuis, il a cependant tourné la page. S'il évite les déclarations tapageuses, il lui arrive de se livrer. Il l'a fait pour les lecteurs de Paris Match. Sur sa soudaine popularité, sur sa vie de famille, sur le terrible décès de ses parents, à une semaine d'intervalle, sur sa propre mort, sur le pape, sur ses goûts littéraires et sur ses films préféré. Sans oublier l'affaire Fortis…

Paris Match: Comment définiriez-vous votre caractère?

Herman Van Rompuy: Je dirais que je suis quelqu'un d'équilibré. C'est normal, après toutes ces années… Cela dit, je suis tout, sauf un équilibré ennuyeux.

PM: A ce propos, Gérard Deprez vous a décrit comme un "bon vivant déguisé en cierge"…

HVR Cela date du débat sur l'avortement, lorsque j'ai été mis dans le camp des cléricaux. Mais cette image est moins forte en Flandre que du côté francophone. De plus, même au sud du pays, elle a tendance à diminuer…

PM: Et l'image de "cardinal" dont vous affublée le Canard enchaîné, dans le récent portrait qu'il a brossé de vous…

HVR: Je préfère être comparé à un cardinal qu'à un chanoine.

PM: Vous ne vous mettez jamais en colère?

HVR: Non, jamais! C'est le cas de ceux qui relativisent beaucoup. Je ne cultive pas non plus le don d'indignation.

PM: Vous arrive-t-il de pleurer?

HVR: Je vais vous surprendre, mais oui, cela m'arrive. C'est un trait de caractère que mon frère et moi tenons de notre grand-père. Il pleurait par exemple lorsque nous lisions les petits mots que nous avions écrits pour le Nouvel An. Je me souviens aussi de mes fiançailles, à Pâques en 1977. J'avais prononcé un discours, comme mon frère d'ailleurs. Nous avons évoqué nos souvenirs d'enfance et cela s'est terminé en bain de larmes. Cette caractéristique me vient sans doute du fait que j'ai le sentiment que tout est éphémère… 

PM: On imagine mal comment vous pouvez être avec vos proches ou votre famille…

HVR: Je vais vous étonner: je ne change pas, en privé. Il est pourtant vrai que, quand je ferme la porte de ma maison, je tente de tout oublier. C'est un travail et, pour y arriver, il faut avoir d'autres centres d'intérêts à côté de sa vie professionnelle. À ce titre, je crois qu'il est possible d'avoir plusieurs vies en même temps, tout en restant le même. Pour y parvenir, il convient de compartimenter les choses, tout en construisant des passerelles entre chacun d'elles.

PM: En amour, vous êtes un romantique?

HVR: Qu'est ce qu'un romantique? Il est vrai que, dans la vie, il faut pouvoir rêver et avoir le sentiment qu'on vit quelque chose d'unique. Le romantisme peut se porter sur des personnes ou sur un groupe…

PM: Quel type de père étiez-vous avec vos enfants?

HVR: Même si c'est moi qui l'affirme, j'ai été un père assez présent et mes enfants ont aussi toujours tiré leur plan. Beaucoup d'hommes politiques qui ont été absents, se découvrent seulement avec leurs petits-enfants.

PM: Cette possibilité de rester un père présent, ce fut un bienfait?

HVR: J'ai surtout eu la chance de n'avoir pas de mandat local, ce qui demande beaucoup de disponibilité. Je suis en effet entré au Parlement en janvier 88, puis j'ai été désigné secrétaire d'Etat en mars de la même année et suis devenu président du CVP en septembre. Ma carrière a très vite débuté à un haut niveau. Je suis un privilégié. Mon frère n'a pas eu cette chance: il a dû passer par la base.

PM: À propos de votre frère, il a souvent eu des déclarations que les francophones ont peu appréciées: vous lui en avez voulu?

HVR: Je pardonne tout à mon frère!

PM: Vous avez pourtant discuté avec lui de ce qu'il avait dit?

HVR: Evidemment!

PM: Fêterez-vous la Saint-Valentin, avec votre femme?

HVR: Je le fais chaque année, mais c'est une habitude dont je tente qu'elle ne devienne pas une routine. Cette année cependant, ce sera un peu particulier puisque nous le ferons à 6. Mon fils cadet n'est pas à proprement parler fiancé, mais il a proposé que ma femme et moi, passions la soirée de samedi avec lui et son amie, mais aussi avec les parents de celle-ci. Il n'empêche, j'essaierai tout de même de faire quelque chose avec mon épouse.

PM: Votre femme a été qualifiée de "woelwater" (turbulente): que donne un couple dont l'un est équilibré et l'autre plus agité?

HVR: Il est vrai que, pour les questions communautaires, ma femme est proche de mon frère. Cependant, étant donné que j'évacue le plus possible la vie politique de ma vie familiale, cela ne me pose pas de problème…

PM: La mort de vos parents vous a fort touché?

HVR: Ils sont décédés à quelques jours de différence, les 14 et 23 novembre 2004. En une semaine, nous nous sommes retrouvés, ma famille et moi, dans la même église, avec le même prêtre, les mêmes chants… Nous ne pouvions y croire. C'était surréaliste, au sens premier du terme. Cependant, cette expérience douloureuse m'a rendu plus serein et elle a laissé des traces jusqu'à aujourd'hui. Il n'existe plus personne entre le ciel et moi.

PM: Vous voulez dire que, depuis ces décès, vous relativisez plus les choses?

HVR: J'avais déjà ce don, pour l'avoir cultivé, mais ces décès m'ont apporté un plus grand calme intérieur. Pourtant, ces morts entraient dans la nature des choses. 

PM: Songez-vous parfois à l'éventuel décès d'un de vos enfants?

HVR: Non, je n'y pense pas.

PM: Votre propre mort vous fait peur?

HVR: Un écrivain hollandais a écrit: "Je vis comme si j'avais la vie éternelle devant moi." Je ne vis donc pas comme si chaque jour était le dernier ou si telle ou telle chose allait arriver à mes proches. Vivre avec ce sentiment m'empêcherait de respirer. Pour ce qui est de ma propre mort, j'aime bien la formule que les plus beaux vers sont écrits avant ses 50 ans, et les plus vrais le sont après ses 50 ans. (il rit) Je vous en reparlerai le jour où j'y serai confronté.

PM: La déchéance de la maladie vous terrorise?

HVR: J'ai vu celle de mes parents: cela doit être le plus difficile à vivre. Chez eux, cela a duré dix ans. Tous les deux, ils devaient utiliser des cannes, puis des appareils pour se mouvoir. C'était très dur… Pourtant, ils sont toujours parvenus à monter l'escalier qui menait à leur chambre. Mais pour en revenir à ma mort, je n'ai pas peur de quelque chose qui n'est pas réel.

PM: Depuis que vous êtes Premiers ministre, les gens vous reconnaissent-ils plus qu'avant?

HVR: C'est vrai, tant au Nord qu'au Sud, et cela m'étonne parce que je n'ai jamais vraiment été un personnage public. Vis-à-vis des gens, je représente surtout une certaine nostalgie de la stabilité. Le public se dit: "Avec lui, on est en de bonnes mains." Si Obama parle du "change", en Belgique nous avons besoin d'absence de "change", car il y en a eu assez, ces derniers dix-huit mois. Il n'empêche qu'il faudra bien prendre des mesures impopulaires…

PM: Lorsque vous avez accepté de devenir Premier ministre, aviez-vous songé à cette popularité?

HVR: Je n'y ai pas pensé, étant donné que j'ai accepté le poste "contre mon gré." Cela dit, une fois ma prestation de serment, j'ai tourné la page. Cela n'avait aucun sens d'être déçu du fait que j'étais devenu Premier ministre…

PM: Avez-vous, petit à petit, senti des jalousies?

HVR: Je m'en fous! Mais il n'a pas fallu une heure pour qu'elles se précisent. Le tout est de n'être pas jaloux soi-même…

PM: Personnellement, vous êtes un peu atypique, au CD&V: entre deux générations…

HVR: C'est exact, Wilfried Martens a dix ans de plus que moi et Jean-Luc Dehaene, auquel on me compare souvent, a sept ans de plus que moi. Après moi, il y a un trou de six ou sept ans.

PM: Jean-Luc Dehaene est un ami?

HVR: En politique, on n'a pas d'amis!

PM: Le discours que vous avez prononcé à la Chambre a fort marqué les esprits…

HVR: Vous faites allusion à ma réplique qui, par définition, n'avait pu être préparée. J'avais seulement pensé à noter les mots les plus blessants et les plus méprisants que certains allaient prononcer. J'ai eu de la chance puisque ces mots m'ont été lancés comme "des briques" (sic)! Je les ai insérés dans ma réplique…

PM: Vous citez souvent Obama…

HVR: J'aime beaucoup ses discours: il parvient à faire rêver. Ce qu'il dit n'est pas figé dans le "hic et nunc" (ici et maintenant) et c'était très beau. Même si tout se réalisera pas. C'est d'ailleurs parce qu'ils ne sont pas figés dans le présent que certains textes ou discours sont restés. Je me souviens avoir écouté le discours d'investiture de Kennedy. C'était aussi en hiver, comme Obama. Il y a aussi le "Gettysburg's speech" de Lincoln. (il cite ensuite longuement Bossuet: "Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires…") Un discours reste également parce qu'il a fait impression: par le moment auquel il a été prononcé, par les gestes de l'orateur, son ton, sa présence…

PM: Vous considérez-vous comme un homme tolérant?

HVR: Bien sûr! Selon une vieille tradition cléricale, on peut être très strict sur les principes, tout en restant très compréhensif dans la pratique. Je suis tolérant par nature. Reste que cette distinction entre les principes et la pratique est dangereuse: elle peut mener à tout.

PM: Le troisième mariage de Wilfried Martens, qui a épousé Miet Smet, ne vous a donc pas choqué?

HVR: Au contraire! J'ai d'ailleurs félicité Miet Smet. Comment pourrais-je juger la vie privée des autres. Elle comporte tellement de parts cachées qu'on ne connaît pas. J'espère que les gens seront aussi indulgents avec moi que je le suis avec eux…

PM: Croyez-vous à l'infaillibilité de pape?

HVR: Il s'agit d'une question de foi et d'accord avec l'Eglise. Pour moi, le pape n'est pas infaillible en tant que personne. Tout en étant croyant, je me fais ma propre opinion sur l'organisation de l'Eglise. J'écoute avec respect ce que dit le pape, mais il y a toujours des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord.

PM: Vous faites allusion à l'affaire de l'évêque négationniste?

HVR: Là, mon respect s'en va! J'ose espérer que Benoît XVI n'était pas au courant de ce que l'évêque avait dit, lorsqu'il lui a pardonné. Sinon, il a commis un péché. Sur ce sujet, le cardinal Danneels a eu un jugement terrible en disant que le pape devait s'excuser.

PM: Vous connaissez bien le cardinal?

HVR: Une seule fois, j'ai passé une soirée avec lui, à son invitation. C'était à l'époque où nous étions dans l'opposition. Je l'ai aussi vu, lors de la crise de l'avortement pour lui expliquer ce qui se passait et ce qui allait se passer. Il ne m'a donné aucun mot d'ordre. J'étais président du CVP, mais je n'ai reçu d'instruction ni de Rome ni de Malines. Disons que c'était une rencontre d'information…

PM: Vous le voyez dans d'autres occasions?

HVR: Il est vrai que je le vois parfois, dans des cercles restreints. C'est un homme que j'apprécie énormément et qui est doté d'une intelligence supérieure, ayant le don de la parole, même s'il n'est pas un brillant orateur. Il a cette capacité rare de choisir ses mots et d'utiliser des images fortes. Cela lui vient du milieu rural dont il est issu.

PM: Que représente la philosophie de Saint-Thomas d'Aquin?

HV: Je n'ai jamais eu de baccalauréat en philosophie thomiste! Ce qu'on a dit est faux. Savez-vous que Laurette Onkelinx avait même acheté un livre sur Saint Thomas d'Aquin pour mieux me connaître? En fait, j'ai uniquement appris le thomisme par un cours très général de métaphysique. C'était entre 1965 et 1968, à l'institut cardinal Mercier, où j'ai étudié Heidegger, Husserl et l'existentialisme.

PM: Suite à cette lecture, Laurette Onkelinx a-t-elle changé sa manière de vous approcher?

HVR: Pour dire vrai, je ne sais pas si elle a vraiment approfondi ses connaissances sur Saint-Thomas d'Aquin.

PM: Venons-en aux poèmes que vous rédigez, les "Haiku"…

HVR: (il prend un livre de "Haiku" sur la table et lit un poème en anglais) Cela fait quatre ans que j'en rédige, sur mon blog. Ces "haiku" sont basés sur l'expérience de la nature et sont composés de 17 syllabes. Leur chute contient une pointe d'expérience remplie de contrastes. Ils sont très aisés à écrire, si on a un certain don à manier la langue. On peut par exemple en faire lors d'une promenade, selon l'inspiration du moment.

PM: Vous aimez les grands poètes français?

HVR: Je me suis arrêté à ceux de ma génération, comme Baudelaire, Rimbaud, Péguy, Saint John Perse… Je lis peu de poètes des trente dernières années.

PM: Vous être aussi connu pour apprécier la littérature française…

HVR: C'est exact! Je viens de finir le dernier livre de Jean d'Ormesson. J'ai lu 6 ou 7 livres de cet auteur, dont mon préféré: "Au plaisir de Dieu". On m'a aussi récemment proposé une interview avec un de mes auteurs favoris: j'ai choisi Luc Ferry.

PM: On vous dit également passionné par le cinéma américain…

HVR: C'est exact! J'adore ce qu'ils font actuellement et j'ai vu de nombreux films américains, lorsque j'étais adolescent. Pourtant, je ne vais au cinéma que 6 ou 7 fois par an… J'ai beaucoup aimé le film de Clint Eastwood, The bridges of Madison County: c'est un véritable film romantique. J'apprécie aussi le cinéma français, comme la biographie de Sagan que j'ai vue récemment, ou le dernier Philippe Claudel. Enfin, un auteur que j'ai toujours aimé est Eric Rohmer: Ma nuit chez Maud, Le genou de Claire, L'Amour l'après-midi…

PM: Une de vos autres passions est le cyclisme…

HVR: J'adore l'aspect héroïque de ce sport. Vaincre la montagne, c'est extraordinaire! Même chose pour le sprint, à la fin d'une course, avec ces accélérations brutales…

PM: Et le dopage?

HVR: Le véritable amateur oublie le dopage. Il veut croire en ses héros. Regardez les routes du Tour de France: malgré les scandales, il n'y a pas moins de monde qu'avant…

PM: Vous allez suivre les courses sur place?

HVR: Non, c'est très rare. On voit bien mieux à la télévision. Prenez l'exemple du dernier championnat du monde, remporté par Niels Albert que j'ai reçu après son succès. Son second, un Tchèque, avait un retard de onze à douze secondes: il le voyait de loin, mais ne pouvait le rejoindre. Cela doit être terrible. Le phénomène est le même en montagne quand un homme s'échappe: il s'en va et les autres ne parviennent pas à le suivre…

PM: Vos plus grands souvenirs?

HVR: Il y a bien entendu Merckx en 1969 et l'étape qu'il a gagnée en montagne, avec plus de dix minutes d'avance. Il y a aussi sa défaite face à Ocana, avant qu'il parcoure 200 kilomètres tout seul, le lendemain. C'était la revanche de Merckx. Je me souviens aussi de ses équipiers: Martin Vanden Bossche, Joseph Bruyère…

PM: Pourriez-vous être comme eux, un porteur d'eau?

HVR: Ce sont des coureurs qui se mettent au service d'un patron, mais n'ont pas suffisamment de talent pour être premiers. On m'a souvent donné ce rôle, avec Jean-Luc Dehaene. J'acceptais qu'il soit le premier, sans éprouver le moindre problème…

PM: Avez-vous déjà suivi des courses dans une voiture?

HVR: Je l'ai fait lors d'un Tour des Flandres. Cela se passe à une allure telle qu'on se demande comment il n'y a pas plus d'accidents.

PM: Vous êtes aussi un ardent supporter du Sporting d'Anderlecht…

HVR: (il pointe du doigt le livre sur le centenaire du club) Oui, mais ce sport me passionne moins que le cyclisme.

PM: Assisterez-vous au sommet Anderlecht-Standard, dans quinze jours?

HVR: Je pars le vendredi soir aux sports d'hiver…

"Nous négocions avec ceux qui sont nécessaires à un accord!"

PM: Malgré l'affaire Fortis, vous restez un homme équilibré?

HVR: Je le crois! Si je faisais de grandes déclarations, cela n'aiderait en rien l'évolution du dossier. Souvenez-vous du temps où j'ai été explorateur: je n'ai rien dit. C'était peut-être exagéré, même. Les déclarations, ce n'est ni dans mon caractère ni productif…

PM: Pour Fortis, comment jugez-vous ce que vous avez fait jusqu'à présent?

HVR: Je crois avoir fait ce qui était nécessaire. En ce qui concerne le vote de l'assemblée générale, les tenants du "non" se battent contre leur propre intérêt. Même si c'est leur droit. Le tout est de savoir s'adapter à la situation.

PM: Vous êtes entré dans ce dossier, alors que d'autres choses avaient été décidées…

HVR: J'ai défendu publiquement ce qui avait été fait avant moi.

PM: Avez-vous le sentiment que le gouvernement n'est pas bien compris?

HVR: Il ne s'agit pas uniquement du gouvernement, mais aussi des acteurs comme Fortis groupe. Voyez l'accord intervenu, il y a deux semaines: certains ont dit qu'ils étant contre, avant même que l'accord soit connu.

PM: Vous avez refusé de négocier avec les représentants des actionnaires…

HVR: Il y a beaucoup d'actionnaires! De notre côté, nous avons pris nos responsabilités, tout en demandant aux autres de les prendre aussi. On ne négocie qu'avec ceux qui sont nécessaires à un nouvel accord: BNP Paribas et Fortis groupe… Si nous négociions avec les actionnaires, avec qui allons-nous le faire? Avec Deminor? Avec Test Achats? Avec Dolor?  Avec Ping An? On n'en finirait pas…

22/02/2009

QUE DU BONHEUR (DH 22-02-09)

 

herman van rompuy - quedub 22-02-09.jpg

Herman à la montagne!

Alors que le 16 rue de la Loi voyait encore se tenir réunions sur réunions, dans l'affaire Fortis, le Premier ministre s'en est donc tranquillement allé vers la neige. Et on le sait, il l'a fait en bus. Une grande première qui a vu une masse de médias vouloir immortaliser l'événement. Herman Van Rompuy n'est pas seulement parti en famille, mais aussi avec des amis. Gageons qu'on ne trouve aucun politique parmi eux, l'homme ayant confié qu'en ce milieu, on n'avait pas d'amis. Cependant, le Premier ne fermera pas tout à fait le volet, pour reprendre l'expression chère à Guy Spitaels: à heures définies, son cabinet le contactera pour lui donner des nouvelles du pays. A charge des Reynders, Onkelinx (dont le mari conclut le procès Habran), De Padt (qui améliorera son français à Spa), Laruelle (en famille, au Grand-Duché) et autres Arena, de faire tourner la boutique…

roland gillet - quedub 22-02-09.jpgRoland Gillet: l'expert masqué!

Vendredi, la commission "Fortis" a donc entendu les experts désignés par la cour d'Appel. À l'opposé des 3 Mousquetaires qui étaient 4, les 5 experts sont désormais 4. Roland Gillet, professeur à l'ULB, mais aussi à Paris 1, s'est retiré, comme expliqué en page 90 du rapport: "Pour des raisons liées à ses obligations statutaires de professeur en France, (il) n'est pas en mesure de signer le rapport." Ce dernier en devient-il illégitime? Même s'il regrette avoir été prévenu tardivement, Guy Horsmans, président du collège d'experts, nous a affirmé avoir pris ses dispositions: le pensum des 5-qui-n'étaient-que-4 est valable. Pourtant, tout le monde ne partage pas cet optimisme: du côté des petits actionnaires, certains seraient sur le point d'utiliser le retrait de Gillet…

Le gouverneur de Bruxelles, au frigo?

On n'est pas près de voir désigner le remplaçant de Véronique Paulus de Chatelet, "gouvernante" de Bruxelles, dixit Philippe Moureaux. Ayant évoqué le sujet avec Didier Reynders, Charles Picqué lui a écrit: "J'ai pris acte de votre volonté de mener une réflexion institutionnelle sur la pertinence de cette fonction. (…) Il va de soi que, dans l'attente du résultat de cette réflexion, mon gouvernement s'abstiendra de soumettre un candidat à l'avis conforme du Conseil des ministres fédéral." Résultat, le vice-Gouverneur, Hugo Nys (VLD), assurera l'intérim pour un bon bout de temps encore…

alain soreil - quedub 22-02-09.jpgL'émotion de Soreil-Cougnet

Réaction, toute émue, d'Alain Soreil-Cougnet lorsque, début février, 2.000  montois lui ont réservé une standing ovation, à l'issue de son spectacle, "Cougnet toi-même". Surtout que sur, la scène, Elio Di Rupo lui avait tressé une belle couronne de lauriers. Et l'artiste d'envoyer au président du PS deux mails remplis de frissons. Ils ont atterri dans notre BAL. "C'est un dimanche de bonheur que je viens de vivre (…) Prévenance, courtoisie, rigueur, soutien… avec tellement de simplicité et de classe", écrivait Soreil, au lendemain de son succès. Réponse de Di Rupo: "(Ce fut) un moment magique." Nouvelle réponse de l'artiste: "Il y a (parfois) des avis qui font fierté à lire, apaisement à recevoir…" D'autant plus chaleureux que Soreil précise, à propos d'Elio: "Nous nous connaissons très peu…"

Swennen-Botte: l'ex-future baronne s'accroche!

Le 26 octobre 1994, le journaliste Pierre Swennen voyait sa vie basculer. Par une lettre, suggérée par "une personne digne de foi", l'immaculé Claude Lelièvre le dénonçait à la gendarmerie. L'indic se révéla vite être Marie-France Botte, et Swennen fut licencié de la RTBF, pour pédophilie. Depuis, l'ex-Femme de l'année a été condamnée à 10.000 €, à titre provisionnel. Décision confirmée en appel. Reste les intérêts civils: Swennen réclame 711 mille € et l'affaire doit passer en juin. Or l'avocat de l'accusée, Me Magnée, y est allé de conclusions fortes: "l'arrêt intervenu n'emporte pas la démonstration péremptoire que Madame Botte serait l'auteur de la dénonciation". Il remet en question la décision, pourtant coulée en force de chose jugée. Bien essayé…

luc pire - quedub 22-02-09.jpgLuc Pire-RTL: Il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui l'obtint! (Beaumarchais)

Qu'elles furent belles et brèves, les épousailles entre Luc Pire et RTL. On le sait, l'éditeur se retrouve désormais sur une voie de garage, sa consultante depuis deux ans, Fabienne Rynik, ayant repris la main. Certes, comme Pire l'écrivait dans un mail à ses "amis", il reste "actionnaire, administrateur et apporteur de projets". À la nuance près que ce n'est pas vraiment lui qui a décidé de faire un pas de côté. En cause, le rachat à un prix exorbitant des éditions Labor et de récents retours massifs d'ouvrages non-vendus. Tout cela, RTL l'a découvert, il y a peu, d'où la violence de la réaction. Sans compter le nombre des auteurs – les best-sellers Anne Quevrin et Pierre Kroll en tête – ayant déjà eu maille à partir avec le faux gentil Pire. Vous comprendrez mieux le sens du "Il est fini!", asséné par un ponte de l'avenue Georgin…

Pascal Vrebos va vraiment exposer son déchettisme!

Beaucoup avaient souri lorsque nous avions annoncé que Pascal Vrebos comptait lancer le "déchettisme": l'assemblage de déchets qui, réunis, deviennent œuvre d'art. "Une expérience ludique et philosophique destinée à faire réfléchir" (sic). Au contraire des compressions de César, Vrebos travaille avec "ce dont on ne veut plus”. Nous ne croyions pas si bien dire: à partir du 12 mars prochain, une trentaine d'œuvres de… l'artiste seront exposés, pour un mois, à la galerie Brachot. La veille, sûr que le gratin médiatico-politique se pressera au vernissage…

guillaume gillet - quedub 22-02-09.jpgLa phrase de la semaine

Si le Standard est meilleur que nous, pourquoi sommes-nous premiers? (le médian du RSCA, Guillaume Gillet à la DH, quelques heures avant le sommet Anderlecht-Standard).

KAREL GACOMS, A PROPOS DE LA CRISE DE L'AUTOMOBILE: "OU SONT LES SOCIALISTES?" (DH 22-02-09)

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Il y a pile douze ans, on ne voyait que lui, on n'entendait que lui: Karel Gacoms, délégué syndical FGTB,  l'homme qui a incarné la lutte de Renault Vilvorde. Depuis, il a quitté le devant de la scène, mais poursuit ses combats, comme secrétaire provincial de la FGTB Métal.

La Dernière Heure: Où en est-on à Renault Vilvorde, depuis février 97?

Karel Gacoms: Au départ, 400 emplois ont été préservés. Aujourd'hui, il y a encore 150 ouvriers et 50 employés, mais seuls, 50 emplois vont rester. C'est la fin de Renault Vilvorde. D'autant que Sarkozy aidera la firme, mais uniquement en France. C'est "chacun pour soi"!

DH: D'autres constructeurs suivent la même voie…

KG: La Belgique n'a pas de centres de décision et la sous-traitance se situe aussi ailleurs.

DH: Et pour Opel?

KG: On attend que les Landers allemands bougent. Sans cela, le gouvernement flamand ne fera rien. Le public ne mettra plus l'argent dans l'industrie.

DH: On ne sent pas la même mobilisation qu'en 97…

KG: C'est exact! A l'époque, en Flandre, l'économie était florissante et une fermeture d'entreprise, comme Renault, était l'exception. En Wallonie par contre, Clabecq n'était pas une exception.

DH: Où est le nœud du problème?

KG: Nul n'a imaginé cette crise. Et personne n'a de réponse aux problèmes du capitalisme. Voyez à la FGTB: fin 2008, on a encore organisé une grève générale pour l'amélioration du pouvoir d'achat. Ce fut un échec total. A "Métal" d'ailleurs, nous n'y avons pas participé.

DH: Quelles mesures préconiseriez-vous?

KG: Arrêtons de sauver les banques, les épargnants et les actionnaires! Les travailleurs ont besoin d'aide. Or, leurs patrons n'ont pas commis d'erreurs, comme Schweitzer, chez Renault.

DH: L'automobile est la plus touchée?

KG: Non, le chômage économique vient de frapper la sidérurgie et le non-ferreux. Quant à l'achat d'autos ou de camions, il s'agit d'investissements que les gens retardent facilement. Ce secteur a connu un grand boum, avec pénurie de main d'œuvre en Flandre et surcapacité.

DH: Combien de personnes pourrait frapper la crise?

KG: Un demi million!

DH: On va revivre la crise de 74…

KG: Elle avait débouché sur le sauvetage du budget et de l'ONSS, durant les années 80. C'était l'époque des sauts d'index, sous Martens. Les efforts ont été payés par les travailleurs. Quand je vois tout le pognon en Belgique et tous ces gens qui partent skier…

DH: Selon vous, personne n'avait prévu la crise?

KG: Où est la gauche: je cherche les socialistes? Les gens sont assommés et il n'y a aucun mot d'ordre, ni du côté syndical, ni dans les partis. 

On est loin du beau rêve flamand!

DH: La crise de l'automobile touche surtout la Flandre…

KG: On est loin du beau rêve d'une grande région flamande européenne. En Flandre, les gens retombent les pieds sur terre. Les Flamands doivent se souvenir que la Wallonie a aussi eu sa crise…

DH: Croyez-vous que cela va influer sur le communautaire?

KG: Nous vivons dans un pays où se côtoyent deux opinions publiques: les réactions sont différentes, les partis politiques sont divisés… Même ma centrale métallo s'est scindée.

DH: L'institutionnel va-t-il nous sauver?

KG: Selon moi, il convient de donner plus de moyens aux régions. Il faut trouver une solution aux problèmes institutionnels. Mais j'avoue que la majorité de mon syndicat ne pense pas la même chose…