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08/02/2009

Wilfried Martens: "Leterme a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre!"

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(suite de l'interview de Wilfried Martens)

Paris Match: Peut-on affirmer que vous venez de sauver le pays?

Wilfried Martens: La formule est exagérée. S'il est vrai que la crise de la fin 2008 était grave et délicate, la clé de sa résolution se trouvait au sein du CD&V. À ce premier élément, j'en ajouterais deux autres: la méfiance entre mon parti et le VLD, et la rivalité intra-francophone, entre le MR et le PS qui ont les élections de juin prochain dans leur ligne de mire.

PM: Quelle feuille de route vous avait donnée Albert II?

WM: Il m'avait demandé d'aller vite. Ma mission a effectivement été courte: du lundi 22 décembre au dimanche 28.

PM: Vous avez extrêmement bien connu le Roi Baudouin: le contact avec Albert II fut-il différent?

WM: Avec le Roi Albert II, ce fut comme avec son frère. C'était la première fois que je le rencontrais pour ce type de mission. Le courant est passé excellemment.

PM: La première étape de votre mission d'explorateur s'est déroulée au sein de votre parti?

WM: J'ai effectivement d'abord travaillé – dans l'ordre – avec Jean-Luc Dehaene, puis Herman Van Rompuy, ainsi qu'avec  Armand De Decker, et enfin, Yves Leterme. Il y a aussi eu Marianne Thyssen et Kris Peeters.

PM: Vous soutenez encore Yves Leterme: envers et contre tout?

WM: Lors de la crise financière il a démontré qu'il avait l'étoffe d'un Premier ministre.

PM: Il y a pourtant eu la lettre du Premier président de la Cour de Cassation…

WM: N'oublions pas que celui-ci parlait seulement d'"indices". On ne condamne pas un homme sur de simples indices. S'il est blanchi, Yves Leterme devra revenir.

PM: Comme Premier ministre, à la place de Van Rompuy?

WM: Non, évidemment pas!  

PM: Vous parlez de sa gestion de la crise: il n'était pas seul…

WM: C'est vrai: il y avait aussi Didier Reynders.

PM: Certains vous auraient vu comme éventuel Premier ministre…

WM: C'est un membre du CD&V qui a évoqué ce cas de figure, mais le problème ne s'est jamais posé puisque je ne suis pas élu.

PM: Que vous inspire le fait que ce soit surtout l'ancienne génération du CD&V qui ait été "au charbon"?

WM: La jeune génération doit se préparer et avoir des candidats prêts pour le fédéral. La crise a démontré à suffisance l'importance de ce niveau de pouvoir.

PM: Le ministre-président flamand, Kris Peeters, vient de déclarer que "le passage du gouvernement flamand vers le fédéral n'était pas une promotion"…

WM: Je le répète: c'est au niveau de l'Etat fédéral et au niveau de l'Europe que la crise a été affrontée. Pas au niveau des régions. C'est tout de même clair! La Belgique a besoin d'hommes et de femmes qui s'engagent pour l'ensemble du pays. Si ce n'était pas le cas, même les institutions les plus élaborées ne parviendraient pas à nous sauver. Je suis formel et j'insiste: la récente crise financière a été abordée au niveau fédéral et de l'Europe.

PM: Vous êtes plus européen que jamais

WM: Depuis la création du marché unique, l'Europe a été un moteur de la croissance. Voyez où en sont certains pays qui ne font pas partie de l'Euro comme l'Angleterre, l'Islande ou le Danemark. Leur situation est terrible…

PM: Selon vous, la jeune génération du CD&V n'est pas prête?

WM: Elle ne doit pas uniquement se concentrer sur la réussite ou l'ambition personnelles, mais aussi avoir un projet commun. C'est ce que nous avions, au sein des CVP Jongeren (il isole chaque syllabe): un-pro-jet-com-mun! Il s'agit d'une nécessité absolue. J'ajouterais que l'argent n'était pas notre priorité.

PM: La jeune génération s'intéresse trop à l'argent?

WM: Aujourd'hui, l'argent est devenu très important. Trop important, même!

PM: Pour votre mission d'explorateur, vous avez dû renouer certains liens avec votre parti?

WM: Ma femme a joué un rôle important. Quant à l'actuelle présidente du CD&V, Marianne Thyssen, elle est parlementaire européen: étant donné que je préside le Parti Populaire européen, nous nous côtoyons beaucoup. Elle m'a aussi beaucoup aidé.

PM: Ces deux femmes ont joué un rôle important?

WM: Je ne vous le fais pas dire. C'est à elles que je dois d'avoir retrouvé un lien émotionnel avec mon parti. En flamand, on parle de "geesteverwanten": un besoin irrépressible.

PM: Vous semblez particulièrement apprécier Marianne Thyssen…

WM: Je ne suis pas le seul: lorsque j'ai discuté avec les présidents de parti, l'un d'eux a parlé d'un, ou d'une Première ministre. Ce n'était pas innocent. Entre parenthèses, j'observe que, avec Marianne Thyssen, mais aussi Herman Van Rompuy comme Premier ministre, et Kris Peeters comme ministre-président flamand, mon parti dispose de trois membres des classes moyennes, au sommet du pouvoir en Belgique. C'est totalement inédit, pour le CD&V.

PM: Vous estimez que vous n'avez été qu'une sorte de "facilitateur"?

WM: C'est cela! Je vous rappelle que, lorsque j'ai été appelé par Sa Majesté Albert II, il fallait résoudre deux problèmes: trouver un Premier ministre, acceptable pour tous les partis, et vérifier que tous voulaient bien d'un gouvernement qui aille jusqu'en 2011. Lorsque j'ai répondu à ces deux questions, via des rendez-vous bilatéraux, j'ai pu réunir les formations politiques, ensemble, lors d'un déjeuner.

PM: Aviez-vous insisté pour qu'aucune information ne filtre?

WM: Pas particulièrement. Vu l'importance de la crise et la volonté commune d'aller vite, ce ne fut pas nécessaire.

PM: L'existence de ce déjeuner ne fut connue qu'après-coup…

WM: Alors que jusque-là, j'avais reçu mes visiteurs à la Chambre des Représentants, j'ai décidé que ce déjeuner se déroulerait dans mes bureaux de la présidence du Parti Populaire Européen (PPE). Ceci, afin que cette rencontre reste la plus discrète possible. J'avais prévenu mes collaborateurs: s'il n'y a pas de journalistes ou de caméras à l'entrée, c'est que le secret a été respecté. Ce fut le cas.

PM: Joëlle Milquet a insisté sur la convivialité qui présida à ce repas, affirmant que ce fut grâce à vous…

WM: Je parlerais plutôt de respect mutuel. Mon expérience de ce type de négociation a bien sûr joué. À l'issue de mes premières rencontres personnelles, j'avais déjà senti que l'atmosphère était devenue plus conviviale, grâce à l'engagement des uns et des autres.

PM: Vous n'avez donc senti aucune acrimonie, lors du déjeuner au PPE?

WM: Il n'y avait pas d'électricité dans l'air. Aucune haute tension. Au cours du déjeuner, la méfiance entre partenaires a d'abord été maîtrisée, puis elle a été dépassée.

PM: Chacun s'en souvient: à l'époque de Val Duchesse, vous aviez dénoncé les déclarations "devant des grilles"…

WM: Exactement. C'est pour cela que j'ai refusé de m'exprimer durant ma mission, ne le faisant qu'après. Les médias avaient le droit de savoir ce qui s'était passé. Cela, je l'aurais fait, même j'avais connu un échec.

PM: Vous vous méfiez de la presse?

WM: Achille Van Acker affirmait qu'il ne lisait les journaux qu'à la fin de la semaine.

PM: Vous avez fait la même chose?

WM: Oui!

PM: D'autres s'expriment beaucoup, comme Mark Eyskens par exemple…

WM: Savez-vous que, lorsque la crise s'est déclenchée, j'ai été approché par cinq émissions de télévision. Or je ne souhaitais pas parler de choses que je ne connaissais pas. Sans cela, je n'aurais pas été désigné en tant qu'"explorateur".

PM: Vous faites allusion au motif de la crise politique: les relations entre politique et justice?

WM: En tant qu'avocat, je suis plutôt de l'ancienne génération. La démarcation entre politique et justice doit être totale. Tout contact entre ces deux pouvoirs est inadmissible. Dans le cas qui nous occupe, il faudra faire toute la clarté sur ce qui s'est réellement produit et, s'il y a effectivement eu des contacts, le parlement devra faire des propositions.

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