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08/02/2009

Robert Wtterwulghe: "C'est le foutoir!"

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La Dernière Heure: Comment appréhendez-vous l'assemblée générale qui va se tenir mercredi?

Robert Wtterwulghe: Je m'étonner d'abord de la manière dont elle a été organisée: tant son ordre du jour que les compléments d'information qui ont été fournis…

DH: Elle sera tronquée?

RW: Tout démontre que l'Etat ne va pas tenir compte des actionnaires. De la même manière, il n'a pas tenu compte de la décision de la Cour d'appel.

DH: Vous y allez fort?!

RW: Je le dis clairement: Fortis est à la botte de l'exécutif. Soit on vote "pour" et l'Etat sera satisfait, soit on vote "contre" et il passera en force.

DH: Les actionnaires sont-ils tous sur pied d'égalité?

RW: Pas du tout! Regardez les Chinois: il me semble clair qu'ils ont utilisé un levier pour avoir plus (que les autres actionnaires). Je songe aux conventions d'Etat à Etat qui ont sans aucun doute joué un rôle.

DH: C'est-à-dire?

RW: Il y a eu des tractations entre Etats. Les Chinois ont eu des informations que les autres n'ont pas eues. Or, tous les actionnaires doivent être sur le même pied. Fortis ne suit pas le droit et continue à être à la botte du gouvernement. C'est l'Ancien Régime.

DH: Vrai?

RW: On vit une fin de règne où les politiques ont comme seule préoccupation de se faire réélire. Autre exemple, la manière dont ils se comportent à l'égard de la magistrature…

DH: Peut-on aussi dire cela pour la manière dont Fortis a été gérée?

RW: Prenez les fautes commises par Lippens: il a certes été trop loin, mais il n'a pas décidé seul. Il avait quand même un CA autour de lui.

DH: Pour en revenir à l'AG de mercredi…

RW: Je le répète: ils vont passer en force. Si les actionnaires votent pour des solutions adaptées, l'Etat coupera court à toute action en responsabilité. L'Etat a géré à la place du CA: c'est une gestion de fait.

DH: L'Etat a 41%...

RW: Sur cette base, il affirme qu'il pouvait faire ce qu'il voulait. Mais, que je sache, il avait des lois et des règlements intérieurs à respecter…

DH: Que visez-vous?

RW: Il y a de plus en plus d'informations et de textes, le pouvoir de la CBCFA a été renforcé et, pourtant, dans ce dossier, on nage en plein flou. Les points de repère s'effondrent. On nage en plein foutoir. Un foutoir voulu et créé.

DH: Un "foutoir voulu et créé": les dés sont pipés?

RW: Je l'ai déjà écrit en juillet: lors de l'augmentation de capital, la CBFA aurait pu aider à sauver la mise en imposant une restructuration fondamentale. Il suffisait, par exemple, de laisser tomber ABN Amro.

DH: Pour vous, il s'agit donc d'une planification?

RW: Cela s'est fait au sein même de l'exécutif. Je reprends l'exemple des 80 membres de BNP qui sont arrivés à Bruxelles un week-end d'octobre, sachant fort bien où ils devaient aller et ce qu'ils devaient chercher. Il y a aussi eu l'acquisition de plateaux pour les y mettre. On ne peut organiser ce type d'action militaire sans préparation.

DH: On peut répondre qu'il y avait déjà eu des négociations avec BNP: les Français savaient où ils mettaient les pieds…

RW: On ne fait pas le type de préparation que je viens de citer si l'issue n'est pas sûre. C'est très interpellant.

DH: Selon vous, si le vote de l'AG est "non", l'Etat passerait en force…

RW: Les actions sont dans le giron de la SPFI: l'Etat va donc pouvoir faire ce qu'il veut. Quant aux actions en responsabilité, l'Etat répondra: "Bonjour, mon lapin!" Il fera aussi pression sur les magistrats.

DH: Vous en voulez à l'Etat belge?

RW: C'est de la mauvaise gouvernance. Tous les Belges y perdent. Il faudrait supprimer les cabinets ministériels, dégraisser les administrations…

Commentaires

Monsieur Wtterwulghe est un des meilleurs économistes qu'il m'ait été donné de rencontrer. Je constate qu'il reste égal à lui-même.

Écrit par : Alexis | 09/02/2009

Il est en faveur de moi d'avoir un site qui est très utile pour mon expérience. Merci admin

Écrit par : maxosize | 08/10/2014

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