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26/01/2009

AIDE AUX BANQUES: LE DESARROI DES BELGES

Claude Javeau - DH 25-01-09.jpg
Mercredi, le gouvernement flamand décidait d'apporter une aide de deux milliards à la KBC. Ces aides étatiques seront-elles sans fin? Nous avons demandé son avis au sociologue Claude Javeau.

La Dernière Heure: Certains commencent à s'élever contre le fait que l'Etat aide les banques…

Claude Javeau: Je les comprends! D'autant que l'argent utilisé vient soit de la planche à billets, soit d'un accroissement de la dette publique, soit d'un enrichissement de l'Etat.

DH: Sentez-vous ce mouvement à l'égard de l'aide de l'Etat aux banques?

CJ: Je ne le sens pas trop. Mais je ricane surtout du fait que les économistes n'avaient rien prévu. Preuve que l'économie n'est pas une sciences!

DH: Vous comprenez cette aide de l'Etat?

CJ: Ce qui m'étonne le plus, c'est que l'Etat aide les banques jusqu'à y avoir une participation majoritaire, mais sans y revendiquer le droit de vote. Avec son aide de deux milliards d'euros à la KBC, le gouvernement flamand vient encore de le démontrer.

DH: Aider les banques, c'est aussi aider l'emploi: vous êtes d'accord?

CJ: Il est vrai que ce point de vue doit être pris en compte. En quelque sorte, il y a une logique…

DH: On ne pourrait donc imaginer que l'Etat n'agisse pas…

CJ: Je le répète, si l'Etat aide les banques, il doit bien trouver de l'argent quelque part…

DH: Vous plaidez donc pour que l'Etat prenne la direction des banques?

CJ: En France, de Gaulle l'a fait autrefois, tandis que plus récemment, Jospin a fait le contraire. C'est un clin d'œil de l'histoire… 

DH: Selon vous, pourquoi l'Etat ne prend-il pas la tête des banques?

CJ: Nous sommes dirigés par des coalitions: certains partis s'opposent à une participation directe de l'Etat. Ce que je dis est peut-être simpliste, mais les actionnaires devraient aller se rhabiller.

DH: Ne croyez-vous pas non plus que les gens ont du mal à voir tout cet argent qui part vers les banques, alors qu'eux-mêmes en manquent?

CJ: Sans doute! Même si, durant les fêtes, la population a autant dépensé que les autres années, on sent bien qu'elle a de gros soucis: d'une manière plus générale, les gens dépensent moins. Les grandes surfaces ne me démentiront pas… 

DH: Vous comprenez le désarroi des Belges?

CJ: Les gens ne comprennent plus. Mais ce qu'ils souhaitent avant tout, c'est de ne pas vivre une situation à l'islandaise. 

DH: Pour vous, il s'agit d'un désarroi plus général…

CJ: Les Belges ressentent une grande désaffection. En politique, ils ne comprennent pas trop que, quand "didier" dit quelque chose, "Elio" dit le contraire, et "Joëlle" vient aussi donner son point de vue.

DH: Comment définiriez-vous l'aide qu'apporte l'Etat aux banques?

CJ: C'est un peu le contribuable qui s'aide lui-même. 

DH: Est-ce viable, à long terme?

CJ: Non! Ou bien la conjoncture repart et les banques devront rembourser, ou bien il conviendra d'étatiser les banques, par des solutions autoritaires. On en reviendra aux bons vieux comptes-chèques…

DH: Une autre voie évoquée est le regroupement des banques: certains prétendent que cela conduirait à un clash social…

CJ: Tout dépend de la manière dont on envisage ce regroupement: d'un point de vue social, il s'agirait d'une mauvaise solution, alors que ce ne serait pas le cas d'un point de vue purement comptable.

 

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