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05/12/2008

MICHEL DAERDEN: "Oui, il y a un côté suicidaire chez moi!"

 

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Daerden: "Je n'ai jamais répondu à de telles questions!"

Paris Match: Avez-vous eu une enfance difficile?

Michel Daerden: Au contraire, elle fut très heureuse, avec une mère qui s'est consacrée toute entière à ses deux enfants, Jean-Louis qui avait six ans de moins que moi, et moi-même . Elle le fit même au détriment de son mari dont elle ne s'occupa guère. Et lui, qui était cheminot, a travaillé pour nourrir sa famille.

 

PM: Avez-vous connu des privations?

MD: Non, nous rendions pas compte de ce qui existait autour de nous. Nous adirions rouler à vélo, jouer aux billes et au kicker, sans nous apercevoir du monde réel. C'est de cette période que je conserve un grand détachement avec l'argent. Je n'ai aucune rancœur ni soif de revanche…

 

PM: On vous a pourtant appelé le député à la Porsche…

MD: C'était à titre privé.

 

PM: Quelle image retenez-vous de vos parents?

MD: Je retiens leur dévouement total et absolu, ainsi que la manière dont ils se sont investis dans l'éducation de leurs deux enfants. Il n'y a que cela qui comptait. Sans parler de leur grande correction.

 

PM: En avez-vous retenu des éléments pour l'éducation que vous avez donnée à vos enfants?

MD: Ma vie a été fort différente de celle qu'ont vécue mes parents. J'ai cependant retenu d'eux la notion du dévouement envers les enfants. J'ai donc toujours fait le maximum pour que mes propres enfants disposent de tout l'argent dont ils avaient besoin. On pourrait difficilement me prendre en défaut à cet égard. Mes trois enfants – Frédéric, Aurore et la plus petite, Elena – ont été élevés par leurs mères respectives, avec un père fort absent qui a consacré l'essentiel de sa vie à la politique.

 

PM: Vos enfants vous l'ont-ils reproché?

MD: Non, ils ne se sont pas exprimé avec force sur ce sujet, même si mon absence a parfois été difficile à supporter. Et puis, leurs mères ont toujours été fort présentes: j'ai été marié avec la mère de Frédéric et Aurore, puis j'ai pour compagne Sandra, la mère d'Elena, depuis vingt ans.

 

PM: Une vie politique de haut niveau est-elle conciliable avec une vraie vie de famille?

MD: C'est quasiment impossible! La vie politique du niveau de celle que j'ai mené implique un engagement de tous les instants, avec des modifications constantes de l'agenda. On est tributaire de trop de facteurs pour pouvoir mener une vie de famille normale…

 

PM: Quand vous voyez des proches qui décèdent, vous ne songez jamais à baisser le rythme de vos activités?

MD: A ces moments-là, on a souvent la même réaction: pendant un espace de temps, on se demande 'Tout cela a-t-il du sens? Mais sans avoir le temps de me poser longtemps la question, étant vite repris par le rythme de la vie. Et on repart…

 

PM: Avez-vous été marqué par un homme?

MD: En fait, deux hommes m'ont marqué. Pour ce qui est de ma profession de base, le révisorat il y a Victor Emons, professeur à l'école de gestion de l'Université de Liège et à l'Université de Mons. Il a aussi été mon maître de stage. Ensuite, en politique, il y a André Cools. Laurette Onkelinx et moi, sommes les derniers "enfants de Cools". C'est lui qui a fait de moi une tête de liste et m'a préparé à la fonction de ministre.

 

PM: Des hommes vous ont-ils marqué en dehors de votre parti?

MD: Je citerais à coup sûr Jean-Luc Dehaene, un très grand homme politique, et Guy Verhofstadt

 

PM: Au PS, de qui vous sentez-vous le plus proche?

MD: Surtout Philippe Busquin et Elio Di Rupo. Tous les deux ont fait de moi un ministre et cela, à plusieurs reprises. C'est bien la preuve qu'ils me faisaient confiance. Ce sont des choses qui ne s'oublient pas.

 

PM: Quand vous parlez de Di Rupo, on vous sent parfois un peu révérencieux, presque servile…

MD: Lorsqu'il me demande un service, c'est la moindre des choses que je le lui rende. Je n'ai jamais oublié que c'est lui qui m'a nommé! Notre relation est très fort: j'ai prêté serment comme député, le même jour que lui, en 1987. Et depuis lors, nos vies se sont toujours croisées: après la Chambre, nous sommes devenus sénateurs en même temps, ensuite nous avons siégé ensemble au gouvernement fédéral, puis au gouvernement wallon, et Elio est devenu président du PS. C'est lui qui m'a confirmé à mon poste de ministre, tout en me donnant des responsabilités financières au PS. Enfin, il m'a rejoint au sein du gouvernement wallon, lorsqu'il en est devenu ministre-président.

 

PM: Et Philippe Busquin?

MD: Si je n'ai plus de lien fonctionnel avec lui, je m'imagine mal ne plus lui rendre un service s'il me le demande. Je n'oublie pas ce qu'il a fait pour moi…

 

PM: En politique, comment réagissez-vous face à l'échec?

MD: Les gens ne le savent peut-être pas, mais j'ai connu peu d'échecs. Et, s'il y en a eu des personnels, je n'ai jamais connu l'opposition. C'est peut-être une faiblesse, mais tant au niveau communal qu'au niveau législatif, j'ai toujours appartenu à la majorité. Pour ce qui est des échecs, j'ai une grande faculté de rebond. Sans cela, ce serait infernal!

 

PM: Cette faculté de rebond est-elle innée chez vous?

MD: C'est sans doute innéi, mais c'est aussi le fruit de mon expérience…

 

PM: Vous arrive-t-il de pleurer?

MD: Non, ce n'est pas dans ma nature! Même si je me rends compte qu'avec l'âge, je deviens plus sensible, car avant, j'avais un caractère un peu abrupt. Tout cela ne m'empêche pas d'être fort affecté par la perte de proches, comme mes grands-parents, ma mère… Enfin, j'ai la grande chance que mon père soit encore en vie: il a 83 ans.

 

PM: Et la mort d'un de vos enfants?

MD: Non, je n'ose l'imaginer. Ce n'est pas dans la nature des choses. Je n'ai pas la force d'y penser.

 

PM: Avez-vous des rituels, avant les grandes échéances: comme Obama qui avait été jouer au basket, le soir de l'élection…

MD: A ces moments-là, je suis bien entendu stressé, le contraire serait anormal. Et j'essaie d'organiser au mieux les soirées électorales, avec l'aide d'une équipe pluridisciplinaire. Je suis à mon centre de campagne, avant de rejoindre les plateaux de radio et de télévision. J'ajouterais un petit élément: j'ai toujours déposé mes bulletins au même bureau de vote. C'est mon seul rituel.

 

PM: Regrettez-vous parfois de n'être pas croyant?

MD: Pas du tout! Je me porte fort bien comme agnostique, même si je me dis parfois qu'il devrait être plus facile, pour moi, d'être croyant. 

 

PM: Craignez-vous votre propre mort?

MD: Non! Mais j'ai surtout l'espoir qu'elle ne sera pas trop pénible. Comme elle viendra, autant qu'elle soit brutale!

 

PM: Vous donnez l'impression de flirter avec la mort…

MD: C'est exact! Cela vient sans doute de la vie agitée que je mène, et de toutes mes activités. Je sais aussi que cela ne risque guère d'augmenter mon espérance de vie.

 

PM: Vous ne levez jamais le pied?

MD: L'oisiveté me mènerait tout droit à la mort.

 

PM: Il y a quand même un côté suicidaire chez vous…

MD: Sûrement! D'un point de vue scientifique, d'abord. Cependant, je m'imagine mal ne plus mener la vie que j'ai: avoir des projets est le moteur de ma vie. Je m'imagine mal ne plus être occupé. Ce serait la pire des choses.

 

PM: Vous n'avez jamais craint de franchir la ligne blanche?

MD: Nul n'est à l'abri d'un problème physique. Mais à ce propos, je suis un adepte de la réflexion de Jean-Luc Dehaene: "On ne gère les problèmes que quand ils se posent!" A force d'imaginer le pire, on n'a plus de vie…

 

PM: Comment se fait-il que vous ne craquiez jamais?

MD: J'ai la chance d'avoir une grande résistance. Quatre ou cinq heures de sommeil me suffisent.

 

PM: Quelque soit l'heure du jour ou de la nuit, vous maniez toujours les chiffres avec autant de facilité…

MD: Les chiffres sont toute ma vie. Que je parle de chiffres ils s'organisent bien dans ma tête et viennent tout seuls. C'est un don!

 

PM: Et l'alcool?

MD: Il y a une légende sur l'alcool et moi. Il est vrai que j'aime bien boire un verre de vin rouge. Mais certains exagèrent: par exemple, je ne bois pas deux whiskies par an. Finalement, je ne sais pas si trois verres de vin peuvent faire du tort ou non. Je parle de trois verres, pas de trois bouteilles! (il éclate de rire)

 

PM: Vous avez pourtant déjà fait une cure?

MD: J'ai fait un régime, pour raison de santé. Et comme on ne peut faire un régime sans arrêter l'alcool…

 

PM: Ce régime, vous l'avez fait à la demande d'Elio Di Rupo?

MD: Nos relations ne sont pas de cet ordre…

 

PM: La "daerdenmania" est partie d'une prestation, lors soirée électorale bien arrosée…

MD: Elle était brillante ma prestation ce soir-là, vous ne trouvez pas?!

 

PM: La "daerdenmania", ont-ils changé votre vie?

MD: Je me rends suffisamment compte que j'ai un rôle limité, dans la plus petite région d'un tout petit pays, pour conserver les pieds sur terre. Restons modestes!

 

PM: Cette "daerdenmania", vous l'avez un peu aidée…

MD: Je vous donne ma parole que tout est venu naturellement.

 

PM: Vous en avez parfois un peu remis, non?

MD: A part les interviews qui ont suivi et le développement sur le net, je n'ai rien fait. Tout s'est enchaîné très rapidement puisque, dans la foulée, on a fait un livre sur moi, puis il y a eu des disques, ainsi que des émissions télé comme celle de Canal + France… Je n'ai jamais rien demandé de tout ce qui est arrivé.

 

PM: Vous n'avez pas eu peur que cela vous retombe dessus, comme ces chanteuses à la Britney Spears…

MD: (éclats de rire) C'est la première fois qu'on me compare à Britney Spears! Il est vrai qu'il y a toujours un effet de balancier. Et comme je ne risque pas de tomber enceint… Plus sérieusement, celui qui est dans la lumière doit, un jour ou l'autre, trouver la force de gérer la situation quand il retrouve l'ombre.

 

PM: Vous avez dit que vous aviez fait de la chirurgie esthétique par amour des femmes: c'est vrai?

MD: J'aime les femmes! J'avais des poches sous les yeux et c'était le signe d'une fatigue extrême. Beaucoup m'en faisaient la remarque. Le problème était que, même en les maquillant, ces poches ne disparaissaient plus. Comme je souhaitais que celui qui m'opérait soit un vrai pro et pouvoir encore voir les gens, après l'opération. Il existait une solution scientifique pour faire disparaître ces poches et j'ai accepté d'être opéré.

 

PM: Et le résultat?

MD: J'en suis très satisfait.

 

PM: Les femmes sont contentes?

MD: Elles me disent même que j'ai retrouvé mes beaux yeux… (il éclate de rire) 

 

PM: Vous n'allez pas devenir comme ces femmes qui se font tout refaire…

MD: Non, il n'y a pas de danger! J'ai accepté ces opérations par respect pour les gens, pour mes électeurs. C'est pour le même motif que je me suis fait refaire les dents. Le public a le droit de voir autre chose qu'un homme qui a les dents abîmées et sales, ou qui est mal habillé… 

 

PM: Vous avez aussi été victime d'une perte d'audition…

MD: Quel est celui qui ne subit pas ces petits désagréments de l'âge? C'est un problème sociétal: il n'était plus question pour moi d'accepter de ne plus entendre les questions des gens ou celles des journalistes. Quand je me suis rendu compte que ma perception auditive n'était plus suffisante et qu'il était possible d'y apporter une réponse médicale et efficace, je l'ai fait.

 

PM: On vous appelle "Papa", pour souligner une forme d'autorité?

MD: Tout est parti de ce que Frédéric est réviseur comme moi et qu'il veut faire de la politique comme moi. Il m'appelait toujours "papa", lors des réunions et en public. Cela faisait rire, tout en permettant à mes amis de me "vieillir". C'est pour cela qu'ils se sont mis à m'appeler "papa"…

 

PM: Comment jugez-vous votre fils?

MD: Il est récemment passé chez Pascal Vrébos et je trouve qu'il a été fort bon. Je crois même que l'émission va permettre de faire avancer les choses, en ce qui concerne son activité de réviseur. Il vaut toujours mieux sortir par le haut…

 

PM: Lui et vous êtes souvent attaqués sur le sujet: on a l'impression que vous êtes réviseurs de toutes les entreprises publiques de Wallonie…

MD: Aucune législation européenne ne va jamais établir d'incompatibilité entre l'exercice d'un mandat législatif et une profession libérale comme le révisorat. Surtout que le problème existe aussi pour les avocats, les architectes, les médecins les pharmaciens, les experts-comptables… Toutes ces professions ont des ordres qui les organisent… Il appartient donc aux titulaires de s'y conformer, c'est tout! Le débat s'arrête là!

 

PM: Vous vivez le même problème que Me Uyttendaele?

MD: Nous sommes en campagne électorale et d'aucuns croient qu'ils vont gagner des voix en attaquant l'un ou l'autre avocat, voire un réviseur. Etant moi-même en congé du révisorat depuis 94, Frédéric est le seul concerné par ce problème, en Belgique. C'est donc lui qu'on attaque…

 

PM: Il se dit souvent que vous n'êtes pas en odeur de sainteté, au Palais royal…

MD: Je remarque que le Palais m'invite encore…

 

PM: Peut-être, mais vous ne serez sans doute jamais ministre d'Etat…

MD: C'est un titre auquel je ne pense pas vraiment. Je préfère être ministre en exercice…

 

PM: Vous savez ce que vous ferez quand vous ne serez plus ministre?

MD: Je suis ministre depuis 14 années ininterrompues, mais je ne sais pas ce que je ferai.

 

PM: Vous dites peu de mal des gens: vous êtes un peu notre Julien Clerc?

MD:Dire du mal est tout à fait contraire à ma nature. Soit je dis du bien, soit je ne dis rien. Qu'est-ce qu'une qualité ou un défaut? De même, j'ai du mal à répliquer aux attaques. Je déteste dire du mal. Quand Didier Reynders m'attaque ad nominem, je suis franchement triste…

 

PM: Vous êtes un gentil?

MD: Cela n'enlève rien à ma détermination ou à ma volonté d'aboutir.

 

PM: Avec le recul, votre gentillesse vous a avantagé?

MD: Dans ma vie politique, j'ai toujours recherché le consensus. La pacification de Liège est un de mes grands souvenirs politiques.

 

Ce que je pense d'eux:

-      Albert II: C'est un homme éminemment sympathique qui consacre l'essentiel de son existence à la cohésion du pays.

-      Le prince Philippe: Un homme en devenir…

-      Le prince Laurent: Un homme qui a compris qu'il n'exercera jamais la fonction royale et qui cherche d'autres activités.

-      Yves Leterme: Je suis positivement surpris par la manière dont il évolue dans sa fonction de Premier ministre. Il a de plus en plus d'assurance, surtout depuis la séparation de son parti d'avec la NV.A

-      Elio Di Rupo: C'est un homme pour lequel j'éprouve une grande admiration. J'espère qu'il trouvera le chemin de son aboutissement personnel.

-      Jean-Claude Van Cauwenberghe: Je suis triste de constater combien il peut être affaibli après tout ce qu'il a fait en politique.

-      Rudy Demotte: Il s'agit d'un homme brillant et sérieux. Un grand avenir s'ouvre à lui…

-      Alain Mathot: Il y a 'abord le souvenir de son père. Alain a indiscutablement des qualités politiques, notamment dans son contact avec la population. Il fera son chemin…

-      Jean-Claude Marcourt: Il a été un grand chef de cabinet et est un excellent ministre. Il a besoin d'encore un petit effort pour conquérir la population, mission dans laquelle il s'investit énormément.

-      Philippe Moureaux: Un homme qui a marqué le PS grâce à de très grandes qualités morales et intellectuelles.

-      Didier Reynders: Il est incontestablement une des personnalités politiques les plus brillantes du paysage actuel. Il développe cependant une attitude qui le mènera à l'isolement total.

 

"Elena, mon amour!" 

On connaît surtout Frédéric et Aurore Daerden. Il a un troisième enfant, Elena, fille de sa compagne, Sandra. Le ministre en est très fier. "Elle porte un prénom italien et aura 18 ans en avril et est en dernière année d'humanités, en maths fortes. Elle est mignonne et intelligente. Tout récemment, elle m'a rapporté un formidable bulletin." Vous la voyez souvent? "Je rentre encore parfois chez moi! Et elle aussi…" "Papa" pousse sa fille à passer son permis de conduite et espère qu'elle réussira aussi bien qu'en maths…

 

 

 

Commentaires

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Écrit par : maxosize | 08/10/2014

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