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10/11/2008

FORTIS: LES COULISSES DE LA VENTE

leterme-reynders - quedub 09-11-08.jpgDans l'affaire Fortis, l'introduction d'une procédure en référé, par le cabinet Modrikamen, a permis à celui-ci d'avoir accès à l'entièreté du dossier du gouvernement belge. A entendre ceux qui défendent les 1.700 actionnaires, ces pièces recèleraient bien des informations. Nous avons interrogé Me Olivier Bonhivers, associé et bras droit de Me Modrikamen.

La Dernière Heure: Le directeur général  de BNP Paris Bas a déclaré jeudi qu'il avait reçu des assurances selon lesquelles le processus de vente de Fortis ne serait pas affecté par les procédures judiciaires. Un commentaire?

Olivier Bonhivers: Cet engagement lui aurait été tenu par Yves Leterme et par Didier Reynders, mais aussi par la Banque Nationale et la CBFA. Le gouvernement s'est donc arrogé le rôle de Fortis. Il est à espérer qu'il ne compte pas remplacer la justice.

 

DH: Quelles informations avez-vous pu recueillir sur le modus operandi des négociations du gouvernement, fin septembre et début octobre?

OB: Si l'on revient en arrière, il a fallu deux jours pour boucler les négociations entre les Hollandais et le duo Leterme-Reynders ainsi que plusieurs hauts fonctionnaires belges – réunis, selon un équilibre politique –. Objet de l'accord: l'acquisition, par les Pays-Bas, de Fortis Banque Hollande et d'ABN Amro. Cette opération permet à Fortis Banque de récupérer 76 milliards d'euros…

 

DH: C'est alors qu'arrive BNP Paris Bas…

OB: Les négociations avec les Hollandais ont aussi longues que dures. Et voilà qu'arrivent quarante négociateurs français de BNP Paribas. Ils exigent de négocier avec le gouvernement belge, et non avec le management. Les Français déclareront plus tard qu'ils estimaient plus facile de négocier avec des gens qui connaissaient moins bien le dossier…

 

DH: Les ministres belges et leurs collaborateurs connaissaient moins le dossier Fortis?

OB: Les Belges, dont une demi-douzaine de hauts fonctionnaires, sont parfaitement compétents dans leur zone d'occupation, mais ils n'ont jamais vendu une banque.

 

DH: Cette décision sera avalisée par le conseil d'administration…

OB: Le comble est que le conseil d'administration de Fortis ne se prononcera que dans la nuit de dimanche à lundi, soit cinq heures après la sortie du communiqué du gouvernement annonçant la vente à BNP Paris Bas. En étudiant les PV du conseil, on constate même que des administrateurs se sont plaints de n'avoir pas pu négocier.

 

DH: Notre gouvernement dit que, faute d'intervention, Fortis était en faillite…

OB: Rappelons-nous que, deux jours avant la vente aux Français, Fortis avait récupéré 76 milliards de liquidités. Il n'y avait donc aucune urgence de céder Fortis à BNP Paris Bas.

 

DH: Vous reprochez aussi la cession de Fortis Insurance…

OB: Le gouvernement belge a déclaré, par la suite, qu'il avait cédé le volet "Assurances" parce que les Français l'exigeaient. Ce n'est pas une réponse! Surtout que cette branche de Fortis n'a jamais connu le moindre problème de solvabilité. Pourquoi l'avoir cédée, si ce n'est par panique et parce que les négociateurs belges étaient fatigués, après des dizaines d'heures de négociation sans dormir?

 

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